27 FEVRIER 2020

"Los Desconectados" de Medellín

Ce projet a pour but de rendre la dignité socio-économique aux populations défavorisées de Medellín dans le domaine des services publics élémentaires (eau, électricité), l’habitat et l’aménagement du territoire.

Medellín, capitale d’Antioquia, représente la deuxième ville la plus importante de Colombie. L’Etat investit inégalement et délaisse certaines zones qui souffrent d’un déficit d’infrastructures publiques et d’équipements adéquats sensés assurer les droits fondamentaux et essentiels de leurs habitants. Dans leur grande majorité, ce sont des populations récentes (installées depuis 30 ans ou moins), des migrants internes victimes du conflit armé et/ou déplacées de force.

Trois cantons sont visés dans le cadre du projet et il se déroulera dans cinq quartiers. Il s’agit d’intervenir et de travailler avec les organisations et les leaders des cantons suivants :
√  Le Canton Manrique – n° 3 – avec deux quartiers : Bello Oriente et Cruz;
√  Le Canton Aranjuez – n° 4 – avec le quartier Moravia ;
√  Le Canton Villa Hermosa – n° 8 – avec deux quartiers : Pinares de Oriente et Las Golondrinas.

« Los desconectados » à Medellín est le nom donné aux habitants privés des services publics de base : fourniture d’eau et d’énergie, logement, occupation des sols, à la fois par manque de revenus et parce qu’ils habitent des zones à haut risque ou qui se trouvent en dehors du périmètre urbain desservi par les réseaux d’énergie.

Être « déconnecté » affecte directement la dignité des personnes : les activités quotidiennes de subsistance se compliquent, et la déconnexion entraine des conséquences inévitables sur la santé, la malnutrition, et l’éducation.

Problématique

Une loi non respectée

Selon l’arrêt T.710, de 2010, de la Cour Constitutionnelle de Colombie, « le fournisseur d’énergie et la mairie ont l’obligation d’assurer l’accès aux services publics élémentaires, car la satisfaction de ces droits humains fondamentaux ne peut être soumise à la capacité de paiement des usagers, surtout s’ils sont en situation de grande pauvreté ».

Un acteur de poids

EPM (Entreprises Publiques de Medellín), le principal fournisseur d’énergie électrique du pays, dessert près de 12 Millions de Colombiens. L’entreprise est implantée sur le marché de l’Amérique Centrale, et affiche en 2010 un bilan net de 1,4 milliards de pesos. Rétablir les branchements équivaudrait à 0,5% des gains de 2010 …et pourtant, EPM ne trouve pas d’issue au problème de tous les « déconnectés » du réseau de la ville.

Objectif général

Contribuer à la reconnaissance effective des droits économiques, sociaux et culturels des familles et des communautés vulnérables et défavorisées de la ville de Medellin.

Objectifs spécifiques

Renforcer la participation démocratique et développer la gouvernance participative locale par l’appropriation des enjeux de l’aménagement territorial par des acteurs communautaires. Il s’agit de fournir aux communautés des outils pratiques afin qu’elles participent à la construction démocratique du développement local.

Bénéficiaires

Le projet s’adresse aux communautés du secteur populaire de la ville de Medellin : il s’agit d’adultes et de jeunes, en grande partie des femmes avec enfant(s), à revenus très faibles, voire inexistants.

Partenaires

Depuis Avril 2012, l’association France Amérique Latine Comité Bordeaux-Gironde a établi un partenariat avec son partenaire colombien « la Corporación Jurídica Libertad » qui se concrétise à la fois par le soutien des actions menées en Colombie que par des actions réciproques en Aquitaine (actions d’échange et de sensibilisation).

La Corporation Juridique Liberté (CJL) a été fondée le 22 juin 1993 à Medellín par un groupe de 7 avocats qui développent leurs activités dans différentes zones de la Région d’Antioquia et du Chocó. Grâce à des actions d’accompagnement et de formation de personnes et de comités de quartiers, ils permettent aux communautés paysannes, afro-colombiennes et aux populations indigènes de défendre leurs droits et de participer à une construction démocratique du développement municipal dans les domaines de l’aménagement du territoire, de l’habitat et des services publics élémentaires.

La CJL fait partie d’une plateforme inter-quartiers « des déconnectés », « la Mesa interbarrial de los desconectados » (MIBD), qui articule depuis 3 ans le travail entre les cantons qui sont constitués de quartiers, chaque quartier a une assemblée administrative locale (JAL), et une Assemblée d’Action Communale (JAC). Ces deux structures institutionnelles constituent l’équivalent du Conseil de Quartier en France.

Cette organisation a été Lauréate du Prix Danielle Mitterrand de la Fondation en 2013, qui a été remis à Claudia Serna (CJL, représentante de la Mesa Interbarrial de Desconectados) par Valérie Trierweiler à la comédie des Champs Élysées.

Déroulement du projet

En Colombie…

Dans le but d’améliorer la coordination des actions de leurs quartiers, des leaders communautaires représentants de la « Mesa Interbarrial de Desconectados » ont pu présenter les problématiques de leurs quartiers, partager et faire le point sur leurs actions en cours lors de trois réunions conduites les 24 Juin, 16 Septembre et 11 Novembre 2015.

Un livret intitulé « ¿Que vienen desalojos? » a été publié en octobre 2015 et distribué à quelques 2 000 exemplaires dans les quartiers concernés par le proje. Il est centré sur les mécanismes de défense contre les relogements forcés à Medellin et reprend les revendications des comunas, liées au Droit au logement digne. Vous trouverez l’intégralité du livret réalisé ICI

Près de 500 personnes ont participé à la marche “Viva digna” durant le carnaval de 2015.

Plusieurs rencontres entre organisations communautaires et gouvernement local ont été organisé afin que nos partenaires puissent exposer aux autorités municipales leur vision sur le développement futur de la ville de Medellín et améliorer leur coordination entre quartiers (politiques de logement…).

13 mars 2016, commune 8 : Une vidéo d’un de ces événements a été réalisé. Les propositions de développement des communes de Medellín pour 2016-2019 sont disponibles ICI.

En France…

Dans le cadre des actions d’échanges entre FAL33 et ses partenaires colombiens, Carlos Bedoya, leader communautaire et représentant de la Mesa Interbarrial de desconectados, était en France du 28 novembre au 18 décembre 2015. Durant son séjour, il a pris part à une multitude d’activités: émissions radios, interventions scolaires et universitaires, rencontres avec le tissu associatif local, sensibilisation du grand public aux problématiques rencontrées à Medellín. Au total, Carlos aura touché plus de 750 personnes lors de ses diverses interventions.

Il témoigne de son séjour en Aquitaine:

« La France est un pays très différent du mien surtout au niveau de la reconnaissance des Droits Humains. Ce qui m’a le plus frappé c’est la connaissance politique des citoyens. Les citoyens reconnaissent les dynamiques et les stratégies de l’administration publique. Ils reconnaissent également, lorsqu’ils en ont la connaissance, notre histoire et la violation des Droits Humains en Amérique Latine. Ils ont aussi conscience de l’importance de la protection de l’environnement (par exemple, les organisations de la société civile se sont beaucoup mobilisées à Paris pour la COP21). Les citoyens reconnaissent aussi la double intention des autorités gouvernementales, qui par leurs discours rhétoriques prônent la protection de la planète, mais qui par leurs actions se laissent influencer par le règne de l’argent et de l’économie. Ce qui m’a le plus impacté c’est la culture et l’accueil avec lequel les partenaires français reconnaissent les luttes de nos quartiers populaires, qui reflètent et qui apportent une autre réalité par rapport à celle qui est véhiculée par les gouvernements, les entreprises, les médias… qui sont les seuls à avoir assez de ressources pour pouvoir venir ici. Pour une fois, la parole est donnée aux communautés vulnérables, défavorisés et appauvries qui peuvent ainsi faire passer leurs messages en France. Il est important pour nous d’échanger et d’apporter en France de l’information sur nos conditions de vie en Colombie, nous qui avons été piétinés par les gouvernants. »

Au terme des deux ans, le projet aura permis à au moins 30 535 personnes d’être directement bénéficiaires de ses activités. On estime que 55% sont des femmes.

Comme le dit si bien Carlos : « LA LUCHA SIGUE ! »