Ici, retrouvez tous les jours des nouvelles de nos voyageurs. 

 

Jour 1 :

27 octobre 

Sur la route de Barquisimeto. Aujourd’hui nous prenons la route vers la Comuna El Maizal située à côté de Barquisimeto, à l’ouest du Venezuela. La pluie nous a quitté. Après avoir déguster un bon café et une árepa (galette de mais fourrée typique au Venezuela), nous quittons la côte caribéenne pour la capitale Caracas. Depuis notre petit bus, nous admirons les montagnes verdoyantes de la cordillera de la Costa qui s’écrasent dans la mer. 

Nous entrons dans la jungle urbaine qu’est Caracas. Une ville énorme, bruyante, minérale. Le béton s’élève dans le ciel à l’image des Ceibas et de leur lianes s’agrippant sur les ponts. Les aras et perroquets survolent la ville. Les Barrios, littéralement les quartiers, faits de taules et de briques, s’accrochent sur les hauteurs. Un anarchisme de façade, héritage d’un exode rural rapide dans la seconde moitié du XXeme siècle.  Les fresques murales  nous souhaitent bon voyage tandis que les nombreuses grosses cylindrées et deux roues nous dépassent. Nous croisons nombre de voitures et de camions sur la bas côte. Des files de camions attendent leur première goutte de diesel. 

À l’hôtel, Denir nous explique qu’il faut faire attention au bruit des moteurs, l’essence n’étant pas de très bonne qualité en ce moment. Le pays connaît actuellement un cruel manque de pièces détachées mécaniques a cause des sanctions unilatérales imposées par les États Unis. Le blocus est un embargo pétrolier qui empêche le Venezuela de vendre son pétrole au reste du monde mais aussi d’acheter avec des dollars des pièces détachées pour l’extraction, le raffinage, le transport de l’or noir. Il y a peu de temps, le pays a reçu le soutien matériel et technique de l’Iran des ayatollahs. Une solidarité entre les peuples sanctionnés par les États Unis. 

Nous passons devant ce monument gigantesque d’acier et de pierre à la mémoire du bicentenaire de la bataille de Carabobo (1821). Il s’agit de la victoire totale des armées de Simon Bolivar sur l’oppresseur espagnol dans la conquête de leur indépendance. Des nuages noirs encrent le ciel couleur or. La route nous offre en cet fin d après midi un magnifique spectacle. Des ombres chinoises se dessinent au grès du vent. La nuit tombe vite de l’autre côté de L’Atlantique. Une route rocailleuse, fatiguée et marquée par une récente pluie tropicale oblige notre bus à rebrousser chemin. Les raccourcis ne sont pas toujours les meilleures options.. Les phares déchirent la nuit et les klaxons brisent le silence. Nous arrivons enfin à notre petit hôtel El Colombiano après avoir manger arepas et pabellones ¡Hasta mañana!

Jour 2 :

28 OCTOBRE

Découverte de la Comuna El maizal. La Comuna El Maizal est une organisation d’origine paysanne qui a vu le jour en 2009, après le début du sauvetage des terres promu par le gouvernement du président de l’époque, Hugo Chávez. Il s’agissait à l’ époque d’encourager la production agricole dans la région et sa gestion par les paysans. Elle couvre une superficie d’environ 2 000 hectares et se situe entre les municipalités de Simón Planas (État de Lara) et d’Araure (État de Portuguesa), aux portes des plaines du llanos. Il regroupe 24 conseils communautaires paysans –  à Portuguesa et à Lara – totalisant plus de 7 500 hommes et femmes. Toutefois, leur champ d’action est beaucoup plus large, puisqu’ils proposent leurs services dans la municipalité de Simón Planas, notamment dans la ville de Sarare, qui compte plus de 35 000 habitants. L’expérience de El Maizal est devenue un point de référence important pour l’économie populaire et l’organisation sociale régionale et une référence éthique à l’échelle nationale, étant donné qu’elle a réalisé une proposition communautaire et autogérée : le pouvoir du peuple. 

Notre expérience avec la Comuna. Lors de la visite des infrastructures communautaires, nous avons découvert leur expérience en tant que communauté organisée sur la base d’une proposition de développement social, économique et politique dans une perspective communautaire et socialiste. Au début de l’excursion, on nous a d’abord montré les zones où les bovins sont élevés pour leur production ultérieure. 

Par la suite, les zones de culture. Dans chacune de ces zones, chaque représentant nous a raconté l’histoire du développement de cette zone et comment les produits étaient destinés uniquement à la consommation de la communauté ou à l’acquisition de capital pour l’investissement et pour résoudre les problèmes qui se posaient dans la population qu’ils abritaient. En ce sens, ils ont une production agricole (principalement du maïs, des légumes et des légumineuses) et un élevage (bovins, chèvres, porcs, buffles et produits laitiers) intense, dans un pays où prévaut l’économie rentière des importations et du commerce. 

Cela implique, en premier lieu, une rupture avec la dynamique économique traditionnelle du Venezuela, même si, pour l’instant, reste cantonné à la sphère locale. Elle dispose également d’une société communale de transport dénommée “Camilo Cienfuego” pour autogérer les déplacements nécessaires pour pouvoir produire et satisfaire les besoins de plus de 86 conseils communaux. La question du gaz est l’une de celles qui ont posé de graves problèmes aux familles ces dernières années. 

D’autre part, ils ont déclaré avec insistance que la pente devenait de plus en plus raide à cause de la situation du pays, de la bureaucratie et surtout du sabotage des entités publiques ; des mafias subordonnées aux propriétaires terriens ou des dirigeants politiques qui, pour une raison ou une autre, ne s’intéressent pas au progrès de cette commune ou de cette façon de penser et de s’organiser. 

Ce qu’il faut également dire, c’est que leur discours était informé et bien placé. Ils ne parlaient pas pour le plaisir de parler,  pas de pamphlet. Ils étaient très clairs sur leur situation et ce qu’ils devaient faire, sur les implications de cette situation au niveau national et sur les batailles qu’ils allaient devoir affronter. Ils nous ont dit que toutes les décisions sont prises en communauté, ils se réunissent périodiquement pour discuter et créer des agendas de travail. Avec l’argent qu’ils ont récolté grâce à leurs productions, ils ont créé des écoles pour les enfants et ils aspirent à ouvrir bientôt des centres de santé pour la poursuite de leurs projets économiques. Il est à noter l’importance de la responsabilités endossées par les jeunes grâce notamment à leur enseignements et leurs expériences liées à L’école de formation politique d’éducation populaire de la Comuna. Et ils continuent à faire des progrès. 

Quelqu’un a demandé : “Recevez-vous de l’aide du gouvernement et des institutions privées ? Ce à quoi ils ont répondu, presque jamais, au début ils avaient beaucoup de soutien de l’Etat, quand ils encourageaient leur fondation. Aujourd’hui il se fait du point de vue énergétique avec le non paiement de l’électricité Depuis cette année 2021, ils ont fait de grandes avancées, par exemple, l’usine de transformation de la farine “Ana Soto” et une école de formation à la communication avec Terra TV “Yordanis Rodríguez” en juillet. Ils cherchent aussi à développer leur réseau de distribution avec des boutiques solidaires au sein du territoire communal. Ici différents mode de paiements existent : carte bancaire, dollar, bolivar et avec son doigt ! Au sein des boutiques, des échanges se font entre différentes comunas sous la forme de troc. Nous avons visiter une boutique dans la municipalité de Simón Planas. Au bout de la rue, sur la place ombragée Simon Bolívar, le discours de début de campagne  du leader communautaire Àngel Prado comme représentant communal pour briguer le poste de maire de la municipalité de Simón Planas, dans l’État de Lara. Rouge, salsa, drapeau venezuelien… Des militants couverts de rouge et de goodies chantonnent à la gloire du Comandante Hugo Chávez. Toujours cette salsa grésillante, si forte qu’on ne s’entend pas parler.

Jour 3 :

30 octobre 

Ecole Che Guevara. L’agroécologie comme moteur de la bataille pour la production. Au Venezuela, il n’est pas seulement possible de rêver, il est aussi possible de faire. Alors que le pays, qui n’est plus reconnu comme un géant du pétrole, est devenu l’un des principaux exportateurs de mauvaises nouvelles, il n’est pas inutile d’écouter les paroles des jeunes de l’école Agroprecuria Ernesto Che Guevara de la Comuna El Maizal pour nous raconter leurs histoires et leur apprentissage de la permaculture et l’agroécologie.

 Avec la Constitution vénézuéliennes de 1999, de nouvelles institutions ont été créées pour concevoir des politiques agricoles qui ouvrent des espaces pour la pensée agroécologique. L’agroécologie est comprise dans la perspective de la production d’aliments avec un impact minimal sur l’environnement. C’est à dire en s’adaptant aux écosystèmes.  L’agroécologie est conjuguée avec la philosophie de la permaculture. 

La permaculture consiste à créer des solutions et à essayer de tirer des opportunités des contraintes. En ce sens, cela est peut-être un privilège de devoir développer un projet de formation agroécologiques au Venezuela. C’est aussi un modèle de vie créative, en perpétuelle remise en question et en contact permanent avec la réalité la plus primaire : le sol, les plantes, les animaux, l’eau, le soleil et leur interaction avec le genre humain. Prendre soin de la Terre, prendre soin des hommes, produire en abondance et partager. 

Avec le Mouvement des Sans Terres du Brésil, FAL33 accompagne la formation de 15 jeunes de la Juventud Comunera (Jeunesse Communardes) la Comuna El Maizal sur le module permaculture. Ces jeunes femmes et hommes ont entre 18 et 23 ans. Elles et ils travaillent dans la Comuna (responsable du transport de gaz, ouvrier agricole,…). Les cours avec le MST se déroulent toutes les fins de semaines de 8h à 15h. Avec FAL33 les cours se vont en visioconférence avec une douzaine de modules. La présence du MST sur le territoire de la Comuna s’explique en partie par la volonté conjointe avec les comuneras et comuneros de favoriser par l’éducation populaire, l’autogestion et l’agroécologie. L’agroécologie doit être le fer de lance d’une production agricole durable en vue de la souveraineté alimentaire, horizon nécessaire dans la lutte contre la guerre économique. 

En début d’après-midi, nous avons visité la zone de production agricole, une douzaine de serres et les ateliers de lombrics compost. Lorsque nous avons partagé avec les jeunes, nous avons ressenti un sentiment d’avenir, la possibilité d’une nouvelle société qui est là comme une promesse. Que nous, citadins, ne savons pas ce qui nous manque, tellement absorbés par la grande ville, tellement désensibilisés par le bruit, la publicité et la consommation individuelle à outrance. Il est certain que nos regards ont été enrichis par ces expériences sociales politiques et économiques de la Comuna El Maizal, projet en construction perpétuelle car sans fin. Ainsi à El Maizal, c’est l’histoire d’hommes et de femmes qui ont réinventé leur vie, brisé l’ordre qui les condamnait à la misère et à la soumission, et en ont construit un autre, collectivement. C’est entre autres leur révolution, l’héritage de leur terre, celle des hommes et femmes libres.

 

Jour 4 :

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31 octobre 

Direction les Andes venezueliennes. Le voyage en bus  d’El Maizal à la Azulita régale les yeux. Notre groupe traverse le paysage désertique rouge de l’état Trujillo. Les cactus règnent en maître. Les visages se voilent pour se protéger du soleil. Les premiers massifs apparaissent. Le début des Andes. Il ne faut pas se perdre dans ce brouillard de moyenne montagne. De drôle de rencontres peuvent advenir, comme des vaches au milieu de la route ! Heureusement que le calme olympien de Victor notre chauffeur, nous permettent d’arriver à la Azulita. 

La Azulita est un village des Andes situé à 1 135 mètres d’altitude et a une température moyenne comprise entre 17 et 25°C. En  1866 la ville prend son nom actuel, en référence à la couleur des montages environnantes, azul signifiant bleu en espagnol. L’économie locale est tournée vers la culture du café et l’écotourisme. Pour la quantité de forêts, cascades et sa position géographique privilégiée, La Azulita reçoit les meilleurs éloges. En 1990, elle a été reconnue comme “Ville écologique d’Amérique” pour la préservation de ses forêts. De plus, comme de nombreux villages offrent une vue spectaculaire au sud du lac de Maracaibo, ce territoire s’appelle El Balcón de Los Andes Venezolanos. Effectivement une fois le brouillard levé, nous avons une vue magnifique sur le village de la Azulita et en horizon le lac Maracaibo depuis notre posada Hetichizo, l’ ensorcellement en espagnol.  Dans la nuit, d’innombrables éclairs illuminent le ciel sur le lac de Maracaibo. Sans bruit. Ce phénomène naturel, qui se répète une centaine de jours par an à l’embouchure de la rivière Catatumbo. Des poètes et des musiciens ont surnommé le secteur le “phare de Catatumbo”. Phare parce que la régularité de luminosité pourrait faire croire qu’un phare a été installé dans le lac. Et que les pêcheurs se guident grâce à cette lumière. Cela offre un spectacle féérique qui ferait presque penser à un mauvais montage de cinéma tant il paraît irréel. Nous sommes bien ensorcellés !

Jour 5 :

1 novembre

Café, échanges de semences et partage. Une bonne journée commence souvent avec un bon café (ou un thé pour Yvette). On avale avec gourmandise les arepas chaudes.  Retard bordelais oblige, on s’arrête a la place Simón Bolívar du village andin de la Azulita. On fait connaissance avec les jeunes de la brigade Apolônio Carvalho du MST du Brésil. Notre bus gris suit le pickup du MST : direction la coopérative de café de la Comuna El Tambor. 

Le portrait du défunt Comandante Hugo Chávez buvant sa quotidienne tasse de café, accueille notre délégation. Les producteurs Alexander et Julio commencent la visite par la zone de production. Des machines noires de séchage datant du XIXeme siècle occupent tout l’espace. Elles sont peu utilisées à cause des aléas d’approvisionnement de gaz. Les graines de café séchées sont désossées de leur cosse, puis la grainé torréfiée. Elle est ensuite moulue pour la café. Le lieu est multifonction. Il accueille également des visites touristiques et sert également d’auberge. La coopérative est utilisée par les habitants de la Comuna  pour les réunions des conseils communaux par exemple. À l’extérieur, des graffitis embellissent le bâtiment fait de béton et de taule. 

Les petits producteurs cherchent a produire un café de qualité sans intermédiaire. Ils essaient de passer de la production de café sous soleil au café sous ombre. Ce dernier, qualitatif, organique est plus savoureux car il contient l’ensemble des odeurs et de l’environnement local. Nous partageons avec plaisir les graines amenées de France avec celles des producteurs. Un acte symbolique fort et humain. Tout débute avec une semence, la vie, une idée, une production alimentaire. Un mot d’ordre : partagez votre lumière, comme une bougie la flamme ne perds pas d’intensité. Nous partageons  également  une repas avec les jeunes de la brigade au sein d’un petit restaurant sur la place Simón Bolívar (on mange beaucoup dans ce voyage !). 

Le ciel se couvre, le brouillard apparaît. Nous traversons ce paysage estompé pour rendre visite à Serafín, petit producteur à Saysal alto. Son fils, sa belle et la petite Sophie nous accueille avec un bon riz au lait. On mange avant de travailler ! Serafín aujourd’hui ne s’occupe plus de la production de semences. Son fils a pris la relève après avoir travailler 15 ans dans une fabrique de rhum. Serafín nous explique qu’il veille ses 8 vaches pour produire 4 à 5 litre de fromage par jour. Nous traversons un chemin boueux pour accéder aux grand champs d’haricots. La terre est bonne mais victime de termites et gorgée d’eau.  La journée se conclue par une échange de graines et un pot de l’amitié au jus alcoolisé de goyave.

Jour 6 :

2 novembre

Pluie, Producteurs, Partage. Il pleut. Beaucoup. Le brouillard englouti le paysage. Les vêtements sont mouillés mais les cœurs réchauffés. Rituel matinal : arepas avec des Bananes accompagnés d’un café. Pas d’électricité, ni de gaz. Les arepas sont cuites au feu de bois. Les compañeras discutent, visite la serre de fleurs de la posada, certaines s’essaient même à la dance aérienne… 

Notre bus passe avec brio 3 cascades qui débordent sur la route. Au niveau  la route  inondée, notre bus embarque des passagers supplémentaires pour les passages difficiles. Comme un concours L’épine, les techniques de franchissement sont multiples et ingénieuses : le transport en 4×4, jambes en l’air pour le motard,… Victor passe avec les mentions félicitations du jury la conduite sur route inondée avec un groupe de françaises. On baptise le bus l’arche de Victor. Nous arrivons enfin à la ferme de la brigade du MST, Tierra Livre. Terre Libre. 

Le MST est présent au Venezuela depuis 2005, suite à un accord avec le commandante Hugo Chavez. L’accord est basé sur le développement des échanges d’expériences sur l’organisation des mouvements sociaux et des aides technique à la production agricole entre le MST et le gouvernement bolivarien. Les brigades du MST sont présentes en dehors du Brésil, en Amérique Latine mais aussi en Afrique et en Chine. Ainsi le projet porté par FAL33 conjointement avec le MST au sein de la ferme Terra Livre consiste à en faire un lieu de formation et une ferme modèle, conçue selon les principes de la permaculture (travail du voyage solidaire de FAL33 en 2019). Ce projet implique également la constitution d’une banque de semence. Aujourd’hui différents représentants des groupes de production agricole affiliés au projet sont présents à la ferme Terra Livre. Une longue réunion à permis aux productrices et producteurs de se rencontrer de nouveau toutes et tous ensemble, après deux années difficiles. L’enjeu actuel est la reprise du travail de suivi par les membres du MST des visites formatives et un appui technique sur la création de la banque de semences. Maintenant au travail !

Jour 7 :

3 Novembre 

Visite aux producteurs El paramito. Au réveil certaines on eu la chance de faire du yoga sur la terrasse. Le brouillard a laissé place au paysage montagneux de la Azulita et le lac Maracaibo. C’est dans ce lac que fut découvert au début du XXeme siècle le pétrole. Notre routine s’installe : arepas, café (the pour Yvette) et retard au lieu de rendez vous. Le quart d’heure bordelais se transforme en trois quart d’heure. Nous nous sommes perdus sur les hauteurs d’El Paramito après avoir éviter deux troupeaux de vaches. Pa’lente, en avant comme le répète souvent les Vénézuéliens. 

Nous arrivons enfin chez le señor Antonio qui nous accueille chaleureusement avec sa voisine Ana, productrice également. Ils font partis du projet de semences. Sur place, nous retrouverons les jeunes de la brigade. Ici nous partageons un café avec ces amoureux de la semence. Nous échangeons avec Antonio sur ses réussites, ses difficultés par rapport à sa production et son implication dans le projet. Les pluies récentes ont affecté durement la production. Elles risquent de durer jusqu’en décembre voire février… Un travail sur la pollinisation est également à prévoir son l’accompagnement du renforcement de sa production. Antonio produit de tout : haricots, manioc, malanga,… Il a également des chèvres, des vaches, des cochons et même des cochons d’Inde. Antonio a l’habitude de recevoir du monde en raison de sa grande famille (ils sont plus de 40!). 

Nous savourons du pastitcho (lasagne locale), des tajadas (Bananes plantain) mais aussi de la salade avec des pommes de terre. Le tout maison bien sûr. Balade digestive obligatoire, nous marchons vers la ferme de Kelly qui produit de la panela, du sucre roux.  Son unique ingrédient est le jus de la canne à sucre qui est cuit à haute température pour donner une sorte de mélasse, ensuite refroidie en pains. Elle est principalement utilisée pour donner, par dilution, une boisson très populaire (agua de panela), souvent agrémentée de jus de lime (ou citron vert). 

Après avoir partagé un chocolat chaud, nous repartons vers la posada. Le brouillard et la pluie avalent le paysage. Les flaques d’eau grossissent. Les torrents débordent. Pour une fois on rentre à l’heure du goûter. Le soir nous faisons un atelier de fabrication d’arepas. L’arepa est un pain de maïs de couleur blanche ou jaune. Elle peut être garnie notamment de jambon, de fromage, de viande, de haricots ou d’œufs. C’est le plat typique du Venezuela et en Colombie. Maintenant vous connaissez le petit déjeuner demain matin : arepas !

Jour 8 :

4 novembre

A la découverte de L’ETAR mistaja. A 7h du matin nous quittons notre balcon des Andes pour nous rendre plus haut dans les montagnes, à l’école ETAR. Plus on monte plus c’est vert. En Europe c’est l’inverse, plus on monte plus c est minéral. Nous traversons le fleuve Chama, des tunnels et comme dans chaque frontière entre États, des péages. La nature luxuriante embrasse les flancs des Andes. Des plantes epiphites décorent les arbres comme de longues barbes hipsters, les fougères sont aussi grandes que des voitures. Les cascades fendent les nuages qui s’agrippent aux sommets. L’appel de la montagne. Les éboulements sur certaines parties de la route témoignent de la violence des récentes pluies. 

On s’arrête un temps à Mérida au marché municipal. Un souk, organisé, propre où se vendent artisanat local et nourriture typique. Les étalés multicolores sont pleines, les arômes envahissent les couloirs verts du lieu. Poteries rouges, hamac, cuatros (guitare a 4 cordes) attendent leur futur acquéreur. Ici on accepte tant le bolivar, la monnaie nationale, que le dollar Étatsunien. Une dollarisation de l’économie qui ne dit pas son nom. Aujourd’hui environ 5 bolívares représentent 1 dollar. Avec cela on peut s’acheter une bière en terrasse. La récente révision de l’inflation fin septembre 2021 à fait perdre plusieurs 0 aux billets bolivariens. 

On profite de cette pause au soleil (détail important) pour manger une glace a la noix de coco et au dulce de leche. On se régale, même Víctor! Du courage et du sang froid il en faut pour Victor notre conducteur. Sur la route défoncée et caillouteuse, nous nous arrêtons souvent pour demander notre chemin. La pente est raide. Le moteur peine. La route en zigzag secoue notre bus. Des gouttes d’eau perlent les vitres teintées. On arrive enfin à la finca de Cheo, Víctor respire. La finca de Cheo se situe sur un parc naturel. Il ne peut pas agrandir ses cultures de Coriande et de carottes. Très adaptées à cette altitude de 2000 mètres, il en produit assez pour même pouvoir en vendre dans le cadre du programme Conuco de l’Etat vénézuélien. 

Par rapport au voisin Colombien, la loi des semences venezuelienne de 2015, interdit l’usage de produit chimique et autorise la reproduction de semences autochtones. Aujourd’hui la reproduction et la production de semences est une opportunité pour les paysans pour atteindre une autonomie alimentaire et une amélioration de leur revenus. Cheo espère de jours meilleurs pour relancer la coopérative, anciennement spécialisée dans les roses. 

Ce sont ces 8 vaches qui assurent un revenu stable pour Cheo avec la vente de lait. Soudain la pluie tambourine sur les taules. On patiente avant d’aller se réunir avec le personnel de l’ETAR Mistaja. L’école agricole est isolée sur les hauteurs de la ferme de Cheo. Les nuages sont à notre hauteur, le paysage se dégage. L’école apparaît. La directrice de l’ETAR Mildré nous accueille dans une grande salle de cours. L’école agricole possède de nombreuses infrastructures pour la production d’aliments et de protéines animales. Actuellement 60 élèves sont sur place. L’internat est fermé pour le moment. Aujourd’hui la structure fait face à de nombreux défis suite à la pandémie : motiver les étudiants, améliorer la production de l’école et maintenir les professeurs sur place avec du personnel local. Mildré explique que l’école travaille avec différents producteurs locaux mais aussi le MST depuis quelques années sur la production de semences. Les professeurs de l’école se sont formés à la ferme pilote du MST Terra Livre à la Azulita. Demain on y retourne pour faire un cours d’introduction à la permaculture.

Jour 9 :

Vendredi 5

Formations à l’ETAR Mistaja. Il faut avouer que c’est quand même mieux de partir avec le soleil qu’avec la pluie ou le brouillard. Bon, nous sommes partis avec une heure de retard pour profiter du soleil. Pendant le trajet, le bus se transforme en annexe de FAL33 avec une vue splendide sur les Andes. On travaille dans le bus avec de la salsa, de la cumbia, du merengue voir même des rancheras mexicaines (chansons populaires du pays de Zapata). Victor troque sa casquette de conducteur pour celle de DJ. La route est praticable, le bus grince comme un vieux gréement balloté par l’océan.

Aujourd’hui nous restons toute la journée à l’ETAR mistaja. L’école ETAR Mistaja est l’un des dix groupes de production retenus dans le projet agroécologique Merida. Le lieu possède des infrastructures allant d’un internat, aux salles de classe et agricoles (bovins, etc). La journée commence avec lors la trentaine d élèves entonnent l’hymne Vénézuélien “Glória al bravo pueblo”. Ensuite le MST débute une mística. Un rite ésotérique mélangeant chansons paysannes et messages politiques.

FAL33 propose une introduction à la permaculture avec une présentation numérique. Même avec une coupure de courant, le permaculteur sait être patient. Le courant revient, sous le regard attentif des élèves de 4, 5 et 6 année. Après deux ans de cours à distance, les élèves ont repris les cours depuis septembre de l’école technique agricole robinsonne. Robinsonne vient de l’héritage spirituel et éducatif de Simon Rodríguez. Rodríguez était le précepteur personnel et le mentor spirituel de Simon Bolívar. Il poussait son élève à être curieux et découvrir la nature. Il accompagna Simon Bolívar dans son tour d’Europe qui sera le point de départ pour la libération du continent du joug espagnol. L’indépendance passe également par la souveraineté alimentaire, combat actuel du MST.

Après l’intervention de FAL33, le MST propose aux élèves une introduction à la banque de semence. Les interventions se terminent avec Francisco Nava, scientifique aupres du Ministère de la recherche et de l’éducation Vénézuélien. Il nous explique comment, par l’organisation populaire, les communautés avoisinantes de l’ETAR on réussi à remettre sur pied 5 km de tubes pour le transport de l’eau de sa source jusqu’au château d’eau. Aujourd’hui il manque le raccordement du château d’eau au réseau de distribution. Au Venezuela, les habitants peuvent se réunir et fonder une Mesa Técnica del Agua pour gérer distribuer l’eau. Une vidéo témoigne de leur combat et leur auto-organisation. Une autre vidéo réalisée par les jeunes de la communauté en formation Audiovisuelle  de Mérida raconte les recherches scientifiques a Mistaja sur la grenouille jaune, espèce en voie de disparation. 

Jour 10 :

Samedi 6 Novembre

Balade au bosque nublado. Notre bus gris souris dépasse un groupe de cyclistes. Les forçats de la route. L’état de Mérida et Táchira sont connus aux Venezuela pour les adeptes de la petite reine. On traverse des villages où les graffitis pour les prochaines élections couvrent les murs. Des messages de soutiens à la libération d’Alex Saab. Saab est un homme d’affaires et diplomate venezuelien colombien extradé dans une prison de haute sécurité en Floride aux États-Unis suite à une escale au Cap Vert malgré son immunité diplomatique. En attendant d’arriver de nouveau à l’ETAR, Glória improvise une classe d’espagnol.

 

L’ornithologue Luis et  le scientifique Fransciso et cheo nous accueillent avec un rite d’entrée dans la forêt humide. Il faut demander permission à la terre mère pour fouler son sol. Le bosque nublado est une forêt humide adaptée au climat andin (montagne basse) située entre 1800 et 3000 mètres. La forêt se situe au bout de la sierra Culata. En face se trouve la sierra nevada.

 

Nous empruntons un chemin boueux créé au XXeme siècle par des prisonniers pour relier les familles de Mistaja aux villages de la vallées. Aujourd’hui la nature a repris ses droits, les habitants se sont rapprochés des routes goudronnées. Fransciso nous mets en garde : l’ours andin a été vu sur le chemin de Mistaja la semaine dernière.

 

Le nom Mistaja  vient de la tribu autochtones locale. Plusieurs légendes peuplent la forêt comme la reine blanche. Une autre histoire raconte que la fille d’un chef d’une tribu de la vallée : Mistaja. Son père est tombée gravement malade. Mistaja est partie à la montagne chercher des réponses pour guerrir son père.  On raconte qu’elle fut ensorcelée par les chants de la montagne. Elle fut retrouvée et sauver par une tribu qui lui a donner un remède. On lui dit qu’elle a été victime des duendes, les esprits des montagnes

 

Les oiseaux ensorcellent les yeux de Luis.

On lève les yeux. Entre les nuages, vole un Oripopo, le vautour local. La zone est connue pour être un couloir pour les oiseaux migrateurs d’Amérique du nord. En 30 mins, 6000 oiseaux traversent le territoire de Mistaja. Les vautours Samoro passent l’hiver et cohabitent donc avec leur cousin local. Plusieurs oiseaux endémiques tels que le guacamaya rouge, l’aigle de compète et le colibri partagent les lieux avec le Condor. Le plus grand oiseau d’Amérique du Sud, il est menacé d’extinction. Le Venezuela est le 10eme pays avec le plus de biodiversité du monde.

 

Dans la forêt cohabitent et coopèrent en parfaite harmonie le monde animal et végétal.

Tel un immeuble, chaque espèce d’oiseaux sait trouver sa place en fonction de la nourriture disponible :proche du sol, sur le tronc, dans les branches sur la canopée. Il y existe des plantes parasites comme le Paramito. Il s’agit d’une plante invasive qui produit un fruit blanc en se nourrit de la sève de l’arbre en question. Lorsque un oiseau mange ce fruit blanc,  il embarqué donc la semence de la plante Paramito. Une fois qu’il finit ses déjections en essuyant sur le tronc, les selles collent sur l’arbre la semence de Paramito. Heureusement qu’il n y a pas de papier toilette dans la nature…

 

La plante  Bromelia est une merveille de la nature. C’est un écosystème à elle seule. Avec la forme d’un ananas, le monde amphibien peut se reproduire entre ses feuilles. Ces derniers peuvent servir d’aliment pour d’autres animaux au sein de la chaîne alimentaire du règne animal. Sur les arbres, la Bromelia peut changer de couleur (vert au rouge) ‘en fonction de la puissance du soleil pour lors de la photosynthèse.

 

Sur les arbres, le lichen pousse, les champignons pullulent. Les lianes tombent, les ordichent tendent leur immenses bras. La course à la lumière est l’ énergie de la forêt. Vers le ciel se dressent des fougères géantes, fossiles vivant d’ une époque préhistorique lointaine. On se croit presque dans le monde perdu de Sir Coman Doyle.  Dans le sous bois, les odeurs changent.

 

Au bout du chemin les a des nous offrent un panorama exceptionnel. Les vautours tourbillonnent. Des chèvres paissent paisiblement. On partage un cruba, un fruit de la passion. En face de nous : la montagne el tambor qui culmine a un peu plus de 3000 mètres. Les Andes on surgit il 30 millions d’années. La zone de Mistaja était une mer peu profonde. C’est pour cela que sur le chemin dans les champs, d’énormes fossiles restent figés pour l’éternité.

 

Comme cela faisait une éternité que nous n’avions pas manger, on décide d aller au petit village de style colonial de Jaji. Une beauté pavée située au cœur des Andes où se dresse le cloche  bleu et blanc de l’église. Nous mangeons dans un joli restaurant aux tuiles romaines et aux balcons en bois.

 

L’apres midi, après un bon café nous faisons une réunion avec les membres du MST concernant les perspectives du projet Mérida avec les petits producteurs.

 

Le soir on décide de retrouver Franscico et Luis a la casa de la cultura a Mérida. Lieu autogéré par une quinzaine habitants de la Comuna, il s’agissait d’une ancienne maison abandonnée. Elle occupée et retapée par les comuneros. Fidel, le Che, Victor Jara, Hugo Chávez, Salvador Allende,.. Toutes les figures du socialisme latino-américain sont là. La casa de la cultura se définit comme un bastion de résistance à Mérida, gouvernée par le parti d’opposition au chavisme, Primo Justicia. Maison de 3 étages, il y a une bibliothèque ainsi qu’une radio communautaire. Les volontaires se sont formés avec nos amis de TERRATV. Nous avons pris le temps de discuter avec les bénévoles tout en mangeant une succulente pizza napolitaine.

 

Jour 11 :

Dimanche 7

Sur la route de Caracas. Les matins peuvent être difficiles, surtout pour celles et ceux qui ont besoin de dormir. On boucle les valises. On vérifie de ne rien oublier dans les chambres. L’odeur de café arrive jusqu’au salon. Pas de le temps de se reposer. La journée s’annonce longue. Loin d’être frais comme des gardons, on quitte notre luxueuse cabane (avoir de l’argent n’est pas critère pour apprécier les belles choses) pour Mérida.

Nous avons eu un problème de *Coor andin ation*. Ce  jeu de met explique que la coordination a été difficile lors de la commande de petits déjeuner andins tôt le matin. Le repas est composé d’un café, de plusieurs tranches d’avocats, de deux árepa, d’œuf, de fromage et de la crème de lait, nava en espagnol.

Notre voyage continue en grimpant les routes en lacets, tortueuses et étroites de la cordillère. Les motos pouvant accueillir jusqu’à 4 passagers (ont ils vraiment le choix ?) frôlent souvent le bus. D’autres attendent depuis longtemps en face d’une station service… Les picks up signalent leur dépassement par un coquet coup de klaxon. Il est à noter qu’à la différence d’autres pays d’Amérique Latine, au Venezuela on ne conduit pas comme un Fangio. On quitte Mérida avec un shooting photo de la star locale, l’enseigné pic Bolivar. Culminant à plus de 5000metres, il s’agit de la plus haute montagne au Venezuela.

On traverse  le plus haut village du pays : Mucuchies. Il est de style typiquement andin avec son église coloniale au centre. Les maisons aux tuiles romaines sont de couleur jaune bleue orange voir même rose fushia. Des grilles en fer forgées barricadent les fenêtres. Des cavaliers au chapeau de cowboy font leur courses. Le soleil cogne, le froid se fait sentir dans ces hautes montagnes. Les montagnes accueillent un observatoire spatial et météorologique. On scrute avec attention ces curieux champignons de fer sur les crêtes des Andes.

On s’arrête à la laguna Mucubaji située dans le parc national de la Sierra Nevada. A première vue, un calme presque reposant. Sur la lagune, nombre de touristes prennent la pause. On se balade pour respirer l’air pur tout en se donnant la main. D’autres font une balade à cheval. On oublierai presque qu’il faut déjà repartir.

Un pied de nez d’une hypothétique civilisation précolombienne impériale comme le fut l’empire Inca au Venezuela. Les nuages eu aussi on droit à leur baptême. On s’arrête pic-niquer quand soudain la gourde de Glória tombe abruptement dans la végétation en pente. Impossible de la retrouver. Mère nature à pris son offrande…

On arrive enfin dans les immenses plaines à perte de vue du Llanos. Le climat est chaud, l’air est lourd. La clim reprend du service. La gorge s’assèche. On suit l’immense autoroute bordée par les hautes herbes et les sentier couleur ocre. Elle est presque vide. De temps en temps un 4×4 nous dépasse comme nous dépassons les nombreux camions de transport agricoles. Les palmiers et les arbres en forme de soucoupe défilent tout comme les panneaux publicitaires et de campagne électorale des différents candidats. Quelques fois des panneaux en forme de losange jaune poussin rappellent les limitations de vitesse, que personne ne respecte. On a le temps d’observer le paysage, les immenses fermes du grenier céréalier et d’élevage bovin du Venezuela. Des rizières ont élu domicile dans la plaine.

De nombreux contrôles policiers ponctuent le voyage. Victor notre chauffeur à mis au point un discours bien huilé.

– D’où venez vous ?  De Mérida.

– Où allez vous ?  À Caracas

Que faisiez vous ? Nous sommes professeurs ont donnait des cours sur l’agriculture. 

-Très bien, passez.

On entre à Barinas, terre de révolution, ville natale d’Hugo Chávez. Plus tard, nous sommes à  Guanare, ville où Hugo Chávez a prêté serment sous un arbre comme à l’image de Simon Bolívar au Mont  Sacro en Italie.  La lumière du soleil étincelle, traverses la coiffe chevelue des arbres. Elle sublime le paysage.  Un drap d’or caresse la plaine. Une boule orange de feu meurt dans une ultime révérence avant son éternel renaissance. Les lumières des chaumières commencent à s’allumer. Les phares des voitures et les loupiottes des camions signalent leur présence. Attention tout de même aux motos aveugles en pleine nuit…

Il n’est pas rare de croiser des crèches de Noël remplies de guirlandes lumineuses sur le bord de la route. Les postes de police sont aussi décorés. On fête Noël tôt au Venezuela. Autre curiosité locale :une énorme mangue jaune trône au milieu d’un rond point, prête à être cueillie.

On aurait pu être cueilli par les policiers dont le 4×4 s est garé juste à cote nous dans une station en fin de service. On ajoutait du gasoil dans le moteur depuis un réservoir externe, pratique théoriquement interdite.  160km encore à faire avant d’arriver enfin à Caracas.

Jours 12 et 13 :

Lundi 8 et mardi 9 Novembre

Visite de Caracas. Un air de salsa dans les rues, une chaleur tropicale le matin… pas de doute, on est de retour dans les Caraïbes ! A la sortie de notre hôtel, nous débouchons ensuite sur la Sabana Grande, une rue piétonne avec un grand nombre de boutiques et de restaurants. C’est assez dynamique, et même agréable. Si on est à Caracas ce n’est pas non plus pour se dorer la pilule.

Alors ce matin, nous avons une réunion avec les membres de l’institut Simon Bolívar au café TEEC. La naissance de la Fondation de l’Institut Simon Bolivar pour la paix et la solidarité entre les peuples le 6 septembre 2020, marque une nouvelle étape politique. Dans les circonstances les plus difficiles, devant faire face non seulement aux sanctions américaines et européennes, mais aussi à la pandémie de COVID-19, la révolution bolivarienne a fait cet effort au profit de tous ceux qui croient en ses idéaux de liberté dans le monde. L’objectif de l’institut est de coordonner la solidarité mondiale avec la révolution bolivarienne et le peuple vénézuélien, ainsi que la solidarité de la nation sud-américaine avec les luttes pour la justice sociale et économique des peuples du monde entier. Il développe également la recherche, la formation et encourage la discussion critique.

Egalement présent à la table, Jésus Reyes de la web tv communautaire TERRA TV. Tout comme l’institut, TERRA TV cherche a organiser, articuler et nouer des solidarités internationales grâce au suivi des processus et à l’agenda des luttes. L’objectif est d’avoir une télévision différente, horizontale, qui sert aussi d’outil de formation, de diffusion et d’articulation des mouvements sociaux paysans. Ces chroniques croisées, libérées de l’”événementiel”, donnent au spectateur la possibilité de découvrir l’image faite par les paysan(ne)s eux-mêmes.

Dans le cadre de la 17e Foire internationale du livre au Venezuela (FILVEN 2021) nous découvrons l’intérieur de l’Assemblée nationale du Venezuela. L’invité d’honneur est le Vietnam. La Foire comprend plus de 800 activités en direct et en ligne, notamment des présentations d’œuvres littéraires de renommée mondiale, des expositions de livres publiés à l’échelle nationale et internationale, ainsi que des conférences et des entretiens avec des écrivains et conférenciers célèbres ainsi que les plus importantes maisons d’édition des  pays latinoaméricaines. Des livres sont donnés gratuitement. Le ministre de la culture se balade au milieu des allées, la femme d’Alex Saab attire les photographes et les journalistes.

Nous avons un peu de temps dans l’après-midi pour visiter le centre ville de Caracas : oui, c’est possible de se balader à Caracas, en sécurité, l’idéal étant d’être bien accompagné. Dans tous les cas, il faut bien sûr respecter les règles élémentaires de sécurité (pas de signes ostentatoires de richesse etc). La place Simon Bolivar est déjà prête pour fêter noël.

Juste à côté, située dans la dernière rue pavée de Caracas, la maison natale de Simón Bolívar est l’un des endroits les plus importants de la ville. C’est en effet ici qu’est né le 24 juillet 1783 (la maison date de 1773) celui qui deviendra « El Libertador », le libérateur. Comme le montre la maison – qui a été restaurée à plusieurs reprises, la faute à de nombreux séismes – il était issu d’une famille très riche, ce qui lui a permis de quitter Caracas pour l’Espagne afin  d’y parfaire son éducation. Il est revenu séjourner ici en 1827, avant de partir en Colombie. En résumé, Simón Bolívar (1783-1830) fut celui qui libéra le Venezuela, la Colombie, l’Equateur, le Pérou et la Bolivie de la couronne d’Espagne – rien que ça. Malgré le succès de toutes ces guerres d’indépendance (durant lesquelles il aurait chevauché l’équivalent de deux fois le tour de la Terre et acquis le surnom « Cul de fer »), il n’a pas réussi son rêve de créer une Grande Colombie. En effet, l’union formée face à l’adversaire espagnol n’a pas résisté à la paix qui a suivie.

La maison de Bolivar semble résister aux immeubles en béton lui faisant face dans le quartier. Riche de son pétrole, le Venezuela a construit à tire-larigot, dans une frénésie que l’on retrouve aujourd’hui dans les Émirats. De la fenêtre teintée de la voir on peut voir les reliquats: des cauchemars de béton armé, dont les deux tours jumelles du Complexe de Parque central. Elles furent de 1979 à 2014 les plus hauts gratte-ciels d’Amérique du sud, avec une hauteur de 225 mètres. Depuis, elles ont été dépassées par le Costanera Center (303 mètres), à Santiago du Chili. Caracas fut pourtant dans les années 1950 à l’avant-garde de l’architecture, avec des réalisations signées par des créateurs de renommée mondiale. Le Centre Simon Bolivar (1954) est composé de deux tours jumelles et de longs bâtiments ministériels, signés par l’architecte vénézuélien Cipriano Dominguez. Avec ses immenses parkings et « cascades d’escaliers », il était aussi l’expression de la civilisation de l’automobile, alors signe de modernité et de richesse.

Au loin, nous pouvons apercevoir les barrios à flan de montagne. Ces quartiers sont reliés au centre ville par des téléphériques, le « Metrocable ». Ces « métro aérien » sont apparus comme la solution idéale pour en finir avec la ségrégation urbaine dont souffrent les habitants du quartier. Ce grand projet de réinsertion sociale né dans les années 2010 par l’architecture a permis de réduire significativement le taux de criminalité dans les barrios. Cette solution a été adoptée par d’autres villes latino-américaines telles que Medellin (Colombie) ou bien la Paz (Bolivie).

Les Caraqueños (les habitants de Caracas) ont la chance de pouvoir, à moindre frais et en quelques minutes, quitter le vacarme de la ville et prendre un grand bol d’air frais. Il leur suffit de prendre le téléphérique vers le parc national d’El Ávila. D’une superficie de 85.000 hectares, il s’étend dans la montagne au nord de la capitale, à environ 2100 mètres d’altitude.

Dernier jour :

Mercredi 10

Retour en France. 6 heures du matin. Victor nous attend pour notre dernier trajet en bus au Venezuela: direction l’aéroport de Caracas. On quitte avec tristesse Yolimar et Denir venus pour dire au revoir. On nous prévient qu’il faut y être au moins 4h avant. Fort heureusement car après 3 contrôles de sécurité, vérification du test PCR et du billet on arrive enfin à embarquer à 10H30 pour Istanbul avec Turkish Airlines. Seules 6 liaisons aériennes internationales sont actuellement autorisées, à savoir :Istanbul, Moscou, Panama, Santo Domingo, La Paz et Cancun. Ces mesures font partie du système de restrictions spécifiques engagées par les autorités dans la lutte contre la covid19. Ces mesures alternent une semaine dite « radicale » et une semaine dite « flexible » (« système du 7+7 ») sur l’ensemble du territoire. Cette mesure entraîne, en semaine radicale, une limitation des déplacements et une suspension des vols intérieurs.

 

Après 24h dans l’avion, une nuit sans dormir, après un changement d’aéroport à Istanbul (oui c’est ça quand on choisit de faire Paris Caracas au moins cher !), il nous faut encore passer 4 heures dans l’avion pour arriver à l’aéroport Paris Charles de Gaulle, presque vide. Le contraste est saisissant par rapport à l’effervescence des aéroports turcs. Un air triste des parisiens, des nuages gris dans le ciel à notre arrivée, les magasins fermés (nous sommes le 11 novembre), pas de doute on est de retour. On arrive ENFIN à Bordeaux en début de soirée… et plutôt bien fatigués !!

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