Projet « Los Desconectados » à Medellin – Colombie


Rendre la dignité socio-économique aux populations défavorisées de Medellín

Dans le domaine des services publics élémentaires (eau, électricité), l’habitat et l’aménagement du territoire

Depuis Avril 2012, l’association France Amérique Latine Comité Bordeaux-Gironde s’est associée avec son partenaire colombien « la Corporación Jurídica Libertad » autour du projet « Rendre la dignité socio-économique aux populations défavorisées de Medellín (en Colombie) dans le domaine des services publics élémentaires, l’habitat et l’aménagement du territoire ».

Ce partenariat se concrétise à la fois par le soutien des actions menées en Colombie et par des actions réciproques en Aquitaine, actions d’échange et de sensibilisation.

CJLLa Corporación Jurídica Libertad” (CJL)

La Corporation Juridique Liberté (CJL) a été fondée le 22 juin 1993 à Medellín, Colombie par un groupe de 7 avocats qui développent leurs activités dans différentes zones de la Région d’Antioquia et du Chocó, par l’accompagnement de communautés paysannes, afro-colombiennes et de populations indigènes. La CJL met en place des actions d’accompagnement et de formation de personnes et de comités de quartiers afin de leur permettre de défendre leurs droits et de participer à une construction démocratique du développement municipal dans les domaines de l’aménagement du territoire, de l’habitat et des services publics élémentaires.

1- La problématique de « los desconectados » à Medellin

desconectados1Medellín, capitale d’Antioquia, représente la deuxième ville la plus importante de Colombie.

« Los desconectados » à Medellín est le nom donné aux habitants privés des services publics de base : fourniture d’eau et d’énergie, logement, occupation des sols, à la fois par manque de revenus et parce qu’ils habitent des zones à haut risque ou qui se trouvent en dehors du périmètre urbain desservi par les réseaux d’énergie.

Être déconnecté affecte directement la dignité des personnes : les activités quotidiennes de subsistance se compliquent, et la déconnexion entraine des conséquences inévitables sur la santé, la malnutrition, et l’éducation.

Quelques chiffres alarmants, début 2012 à Medellin :

– plus de 30 000 familles non approvisionnées en eau potable

– 20 000 familles non approvisionnées en électricité.

Une loi non respectée

Selon l’arrêt T.710, de 2010, de la Cour Constitutionnelle de Colombie, « le fournisseur d’énergie et la mairie ont l’obligation d’assurer l’accès aux services publics élémentaires, car la satisfaction de ces droits humains fondamentaux ne peut être soumise à la capacité de paiement des usagers, surtout s’ils sont en situation de grande pauvreté ».

Un acteur de poids

EPM (Entreprises Publiques de Medellín), le principal fournisseur d’énergie électrique du pays, dessert près de 12 Millions de Colombiens. L’entreprise est implantée sur le marché de l’Amérique Centrale, et affiche en 2010 un bilan net de 1,4 milliards de pesos. Rétablir les branchements équivaudrait à 0,5% des gains de 2010 …et pourtant, EPM ne trouve pas d’issue au problème de tous les « déconnectés » du réseau de la ville.

2 - Le projet

Objectif général

Contribuer à la reconnaissance effective des droits économiques, sociaux et culturels des familles et des communautés vulnérables et défavorisées de la ville de Medellin par l’exercice et renforcement de la participation démocratique. Développer la gouvernance participative locale par l’appropriation des acteurs communautaires, des enjeux de l’aménagement territorial

Objectifs spécifiques

  1. Le renforcement capacitaire (empowerment) des populations vulnérables et défavorisées par la gouvernance, l’auto-gestion et l’autonomisation en fonction des spécificités des quartiers concernés.
  2. Le développement participatif pour exprimer l’exigence de leurs droits économiques, sociaux et culturels dans le domaine du logement digne, des services publics élémentaires et de l’aménagement du territoire.
  3. La mise en cohérence des propositions de quartiers avec les politiques publiques du développement urbain durable.

Il s’agit de fournir aux communautés des outils pratiques afin qu’elles participent à la construction démocratique du développement local.

Zone d’intervention et publics concernés

Le projet s’adresse aux communautés du secteur populaire de la ville de Medellin qui, dans leur grande majorité, sont des populations récentes (installées depuis 30 ans ou moins), des migrants internes victimes du conflit armé et/ou déplacées de force. Ces populations se sont établies dans les zones où l’Etat investit peu socialement et souffrent d’un déficit d’infrastructures publiques et d’équipements adéquats, pour assurer leurs droits fondamentaux et essentiels. Il s’agit d’adultes et de jeunes, en grande partie des femmes avec enfant(s), à revenus très faibles, voire inexistants.
Trois cantons sont visés dans le cadre du projet et il se déroulera dans cinq quartiers. Il s’agit d’intervenir et de travailler avec les organisations et les leaders des cantons suivants :
– Le Canton Manrique – n° 3 – avec deux quartiers : Bello Oriente et Cruz;
– Le Canton Aranjuez – n° 4 – avec le quartier Moravia ;
– Le Canton Villa Hermosa – n° 8 – avec deux quartiers : Pinares de Oriente et Las Golondrinas.
mesa_interbarrial-141x139La CJL fait partie d’une plateforme inter-quartiers « des déconnectés », « la Mesa interbarrial de los desconectados » (MIBD), qui articule depuis 3 ans le travail entre les cantons.
Les Cantons sont constitués de quartiers, chaque quartier a une assemblée administrative locale (JAL), et une Assemblée d’Action Communale (JAC). Ces deux structures institutionnelles constituent l’équivalent du Conseil de Quartier en France. Il existe aussi dans les quartiers des Comités de Quartiers (ou Comités Communautaires) avec les mêmes fonctions que les Comités de Quartiers en France

Au terme des deux ans, le projet aura permis à au moins 30 535 personnes d’être directement bénéficiaires de ses activités. On estime que 55% seront des femmes.

3 - Les échanges avec l’Aquitaine

En parallèle du projet en Colombie, nous avons conçu des actions réciproques en Aquitaine et qui se matérialiseront essentiellement lors de la venue de membres de la CJL durant ces deux années (la première venue aura lieu en mars 2013).

Echanges de compétences et d’expériences entre acteurs Aquitains et Colombiens

Ces rencontres permettent:

– l’échange d’expériences et de savoir-faire

– la capitalisation et la construction de savoirs faire communs

– la mise en place éventuelle de collaborations futures…

Education au développement en Aquitaine auprès du public scolaire

FAL 33 favorise l’éducation populaire en proposant des dispositifs d’éducation à l’image, d’éducation au développement et à la solidarité internationale, aux établissements scolaires de la région Aquitaine, essentiellement des collèges et des lycées. Dans ce cadre, des ateliers/projection sont proposés autour des Droits de l’Homme en Colombie, notamment lors des Rencontres du Cinéma Latino-américain.

Sensibilisation du grand public en Aquitaine

Des projections-débats, des conférences, des campagnes de sensibilisation, des manifestations culturelles sont organisées durant toute l’année, en partenariat avec différentes associations et acteurs, pour aborder les thèmes du projet afin de mettre en parallèle des problématiques semblables dans les pays du « Sud » comme du « Nord ».

4 - Les partenaires

Les partenaires essentiels de ce projet sont la Région l’Aquitaine, le cinéma Jean Eustache, UMA film, « El Ayuntamiento de logroño » (organisation espagnole) et les organisations appartenant à “la Mesa Interbarrial de los Desconectados” : “Mesa de vivienda y hábitat de la comuna 4”, “mesa de vivienda y habitat de la comuna 8”, “Corporación volver”, “Asociación de familias de Belencito Corazón ASOBELECO”, “Junta de acción comunal del barrio San Francisco de Asís”, “Organización latepaz”, “Mujeres Aventuras Gestoras en derecho”, “Corporación Paz y Futuro”.

Remise de prix Fondation France Libertés - 2013Depuis 2013, le projet compte sur l’appui permanent de la Fondation Danielle Mitterrand – France Libertés. Ce partenariat se traduit par des actions en Gironde grâce au soutien du Comité Girondin de France Libertés et au niveau national.

La Mesa Interbarrial de desconectados a été Lauréate du Prix Danielle Mitterrand de la Fondation en 2013, qui a été remis à Claudia Serna (CJL, représentante de la Mesa Interbarrial de Desconectados) par Valérie Trierweiler à la comédie des Champs Élysées.

5 - Bilan des activités 2015-2016

Le projet « Renforcement de la participation démocratique des organisations communautaires de la ville de Medellin relative à la défense des droits économiques, sociaux et culturels et à l’aménagement territorial de la ville » soutenu par FAL33 en partenariat avec la CJL et la MIBD touche à sa fin… Les deux dernières années du projet (mars 2014-mars 2016) ont été riches en activités et en échanges… l’occasion pour nous de revenir sur les temps forts de ce projet !

En Colombie


Réunions entre délégués de quartiers

Trois réunions ont été conduites, les 24 juin, 16 septembre et 11 novembre 2015, dans les comunas 6 et 10 de la ville de Medellín. Ce fut l’occasion pour les leaders communautaires représentants de la Mesa Interbarrial de Desconectados, de présenter et de partager les problématiques de leurs quartiers, et de faire le point sur leurs actions en cours, pour une meilleure coordination des actions de leurs quartiers.

Elaboration d’un livret qui permet de faire le bilan sur les activités menées

Un livret intitulé « ¿Que vienen desalojos? » a été publié en octobre 2015 et distribué à quelques 2 000 exemplaires dans les quartiers concernés par le projet : Moravia, Picacho, Independencias, La Cruz, Bello Oriente, Pinares, Nueva Jerusalén, entre autres. Il est centré sur les mécanismes de défense contre les relogements forcés à Medellin et reprend les revendications des comunas, liées au Droit au logement digne. Vous trouverez l’intégralité du livret réalisé ICI

Marche pour le logement digne, contre la déconnexion des services publics et les relogements forcésCarnaval Vida digna

Cette Marche a été organisée le 11 décembre 2015 dans la commune 6 de Medellín.

Chaque année, le gouvernement local de Medellín investit dans 3 millions d’ampoules, afin de décorer la ville avec des illuminations de Noël. Les quartiers défavorisés se mobilisent pour dénoncer cette injustice, et rappeler qu’environ 30 000 familles n’ont pas d’électricité dans leur foyer. Cette année encore, quelques 500 personnes ont défilé avec des banderoles, et des mégaphones, et ont sillonné les quartiers populaires de la ville, pour attirer l’attention des autorités et de la population sur leurs problématiques quotidiennes. Retrouvez une vidéo de cet évènement ICI.

Rencontres entre organisations communautaires et gouvernement local

Il s’agit pour nos partenaires, de se coordonner entre quartiers, afin de prendre la parole et d’exposer aux autorités municipales, leur vision sur le développement futur de la ville de Medellín.

Une rencontre inter-quartiers s’est déroulée dans la commune 8, le 25 septembre 2015. Les participants ont abordé les problématiques liées au Plan d’Aménagement Urbain, développé par le gouvernement local: les relogements forcés, l’exclusion des habitants des décisions locales, les conséquences néfastes du projet de « Cinturon Verde » sur les conditions de vie des habitants des quartiers défavorisés. Les citoyens ont exprimé la nécessité d’élaborer une véritable politique publique du logement, qui inclue les personnes vivant seules. Cette réunion a aussi donné lieu à un atelier de réflexion, sur l’évolution et le développement du quartier Pinares de Oriente, la transformation des espaces du quartier et la mobilisation des habitants de la comuna.

Une autre rencontre a été organisAG quartiersée avec les autorités en charge du projet « cinturon verde » le 15 avril 2015. Cette Assemblée a réuni quelques 200 personnes.

Une consultation populaire s’est également tenue le dimanche 13 mars 2016, dans la Commune 8 de Medellín, afin de débattre de l’implantation d’une nouvelle politique publique « d’amélioration intégrale des quartiers », inscrite dans l’agenda politique municipal de Medellin dans le contexte du plan de développement urbain pour 2016-2019. Elle a rassemblée 1 795 participants. 3 jours après (le 16 mars 2016), a été présentée, dans le quartier Sol de Oriente, la proposition officielle des organisations communautaires, pour l’amélioration  des quartiers populaires, au Conseil Territorial de Planification (CTP). Un reportage photo et une vidéo de cet événement ont été réalisés. Les propositions de développement des communes de Medellín pour 2016-2019 sont disponibles ICI.

EN FRANCE


Dans le cadre des actions d’échanges entre FAL33 et ses partenaires Colombien, Carlos Bedoya, leader communautaire et représentant de la Mesa Interbarrial de desconectados, était en France du 28 novembre au 18 décembre 2015.Il témoigne de son séjour en Aquitaine:

Carlos Bedoya« La France est un pays très différent du mien surtout au niveau de la reconnaissance des Droits Humains. Ce qui m’a le plus frappé c’est la connaissance politique des citoyens. Les citoyens reconnaissent les dynamiques et les stratégies de l’administration publique. Ils reconnaissent également, lorsqu’ils en ont la connaissance, notre histoire et la violation des Droits Humains en Amérique Latine. Ils ont aussi conscience de l’importance de la protection de l’environnement (par exemple, les organisations de la société civile se sont beaucoup mobilisées à Paris pour la COP21). Les citoyens reconnaissent aussi la double intention des autorités gouvernementales, qui par leurs discours rhétoriques prônent la protection de la planète, mais qui par leurs actions se laissent influencer par le règne de l’argent et de l’économie. Ce qui m’a le plus impacté c’est la culture et l’accueil avec lequel les partenaires français reconnaissent les luttes de nos quartiers populaires, qui reflètent et qui apportent une autre réalité par rapport à celle qui est véhiculée par les gouvernements, les entreprises, les médias… qui sont les seuls à avoir assez de ressources pour pouvoir venir ici. Pour une fois, la parole est donnée aux communautés vulnérables, défavorisés et appauvries qui peuvent ainsi faire passer leurs messages en France. Il est important pour nous d’échanger et d’apporter en France de l’information sur nos conditions de vie en Colombie, nous qui avons été piétinés par les gouvernants. »

Durant son séjour, il a pris part à une multitude d’activités: émissions radios, interventions scolaires et universitaires, rencontres avec le tissu associatif local, sensibilisation du grand public aux problématiques rencontrées à Medellín. Au total, Carlos aura touché plus de 750 personnes lors de ses diverses interventions, et FAL33 remercie ses partenaires pour leur engagement !

Comme le dit si bien Carlos : « LA LUCHA SIGUE ! »