Le paramilitarisme colombien profite de « la paix » pour se déployer à la frontière avec le Venezuela

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La reconfiguration du champ politique et du territoire colombiens suite aux accords de paix signés avec les FARC a donné lieu à une nette progression du paramilitarisme dans tout le pays voisin, principalement dans les régions de production intensive de coca et à la frontière avec le Venezuela.

Par Mision Verdad, novembre 2017

La para-économie colombienne, qui parasite massivement l’économie du Venezuela, s’étend sur un territoire  principalement situé à la frontière binationale dont Cúcuta constitue l’épicentre. Les autorités colombiennes se sont déclarées « impuissantes » à stopper ce trafic qui, s’aidant de certaines astuces juridiques pour légaliser les marchés parallèles, fortifie le néo-libéralisme colombien grâce aux subventions du socialisme bolivarien.

Le Département du Nord de Santander, dont la capitale est Cúcuta et dont le gouverneur appartient au parti du président Juan Manuel Santos, compte parmi les trois Etats présentant le plus grand nombre de “cultures illicites”. Depuis l’an dernier déjà, lors de l’instauration d’un cessez-le-feu unilatéral par les FARC, des conflits entre bandes paramilitaires ont été signalées dans ce département, surtout dans la zone urbaine de Cúcuta où la lutte entre des groupes paramilitaires comme « Los Rastrojos » et le Cartel du Golfe pour le contrôle des routes de contrebande s’intensifiait.

Même si la propagande médiatique évoque un soi-disant combat des forces de sécurité colombiennes contre ces groupes criminels, qui se font de plus en plus puissants dans la région, il est indubitable que le paramilitarisme se développe et se renforce en Colombie. Après la démobilisation des FARC, les forces armées colombienne se sont focalisées sur ce qu’elles appellent le post-conflit et sur le contrôle d’une dénommée « structure de menaces permanentes » (SAP) qui, selon les autorités, serait formé de dissidents des FARC et de l’ELN n’ayant pas négocié la « paix » avec le gouvernement ainsi que de bandes paramilitaires.

Reconfiguration du narco-Etat colombien

Cependant, l’alliance entre les forces armées colombiennes et les différents groupes paramilitaires existant dans ce pays est telle que dans la mesure où les FARC ont été évacuées de leurs territoires, les corps de sécurité de l’Etat colombien s’assurèrent que ces espaces soient réoccupés par ces mêmes bandes criminelles, consolidant ainsi le narco-Etat en toute « légalité ». Derrière cette nouvelle reconfiguration se cache le contrôle exercé par les cartels de la drogue mexicains et états-uniens sur les mafias colombiennes. C’est un problème d’une telle ampleur que le mieux que puisse faire le président Santos est de regarder ailleurs et d’attaquer le Venezuela.

La lutte pour le contrôle de l’intégralité du territoire colombien est une réalité tangible dans le cadre d’une guerre qui se poursuit malgré les accords signés avec les FARC, car, comme on pouvait s’y attendre, la démobilisation de la plus importante des guérillas sert davantage la consolidation du narco-Etat et la soumission aux projets des Etats-Unis qu’à l’établissement d’une véritable paix. Les matrices d’opinion répandues par les médias tentent d’imposer l’idée que le Venezuela est le théâtre d’opérations de cette lutte entre groupes paramilitaires, cherchant implicitement à légitimer le bellicisme du gouvernement de Juan Manuel Santos envers le processus bolivarien.

La débâcle et les fortes divisions internes de l’opposition vénézuélienne et le relâchement partiel des tensions politiques ont entraîné le besoin d’amplifier les voyages à l’étranger et les effets d’annonce (“Prix Sakharov” décerné par la droite du parlement européen à la droite vénézuélienne, World Tour de Luisa Ortega, etc…) pour pallier cette faiblesse électorale, mais aussi de multiplier les manœuvres contre la souveraineté du Venezuela, comme la contrebande de billets de banque, d’essence et d’autres produits d’origine vénézuélienne, l’offensive contre le bolivar et l’augmentation du narcotrafic. Le président Maduro a fait le lien entre le président Juan Manuel Santos et la progression de ces mafias dans la zone frontalière.

Les médias colombiens tirent à boulets rouges sur le Venezuela

La presse colombienne – un oligopole privé aux mains de l’élite économique au pouvoir – veut imposer le storytelling selon lequel les groupes paramilitaires colombiens trouvent plus sûr de se disputer le pouvoir du côté vénézuélien de la frontière plutôt que du leur, en raison du contrôle qu’y exercent les forces armées de Colombie et parce que le Venezuela serait le premier intéressé par la contrebande de ses produits d’extraction, qu’il organise lui-même ou qu’il introduit en Colombie.

Les médias colombiens martèlent que le Venezuela ouvre ses routes  au narcotrafic depuis la Colombie, principal producteur de drogue au monde, jusqu’à la mer des Caraïbes. Dans ce renversement du responsable et de la victime, les médias de Bogota accusent les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FNAB) de disculper son propre appareil militaire et les nombreux parapolitiques qui occupent les gouvernements et les mairies de départements frontaliers comme le Nord de Santander.

Les paramilitaires colombiens veulent élargir la frontière à leur guise

Les incohérences sautent aux yeux. Un exemple : « El Tiempo »  (média colombien appartenant à la famille Santos) a décrit brièvement les  affrontements qui eurent lieu en mai dernier du côté vénézuélien de la frontière, les morts et les blessés ayant été évacués vers des hôpitaux de Cúcuta sans aucune procédure de transfert ou de déportation.

Ces actions de propagande combinées à la simulation « d’attaques armées  » de l’armée bolivarienne en territoire colombien tentent d’établir une base de légitimité politique dont  Juan Manuel Santos pourrait se servir à moyen terme pour se présenter comme un « gouvernement agressé » devant se défendre face au Venezuela.

Infiltration paramilitaire en territoire vénézuélien

La défaite politique de la droite que représente l’élection de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) a donc renvoyé la balle dans le camp international, les affrontements de plus en plus fréquents entre les forces armées bolivariennes et des bandes criminelles comme celle de « Los Rastrojos »  indiquent une augmentation des incursions paramilitaires sur le territoire vénézuélien lui-même.

Les 120 jours de violence qui secouèrent le Venezuela à la mi-2017 avec un solde de près de 100 morts (imputés par les médias internationaux au gouvernement Maduro), ainsi que les sabotages et les actions de guerre urbaine dans les Etats frontaliers (à Táchira et Mérida surtout) trouvèrent dans des bandes paramilitaires comme « Los Rastrojos » les hommes de mains indispensables.

Ce chapitre de la violence meurtrière heureusement stoppé depuis l’élection de la Constituante à la fin du mois de juillet, le paramilitarisme se reconstitue comme Terminator, de l’autre côté de la frontière : le « processus de paix »  génère une réactivation du paramilitarisme, une confrontation interne pour le contrôle territorial et économique et un déploiement d’activités économiques illégales qui servent à les financer dans la zone frontalière. Ces niches para-économiques sont liées à la contrebande de billets de banque et de marchandises – aliments, médicaments, etc. ainsi qu’à la manipulation du taux de change entre le peso et le bolivar qui non seulement facilite le blanchiment des capitaux du narcotrafic mais favorise aussi la hausse du dollar parallèle dont la « base de calcul », protégée légalement par l’Etat Colombien,  se trouve à Cúcuta.

Les liens qu’entretiennent ces bandes avec l’opposition vénézuélienne ont été dénoncés par le Président Nicolas Maduro; quant au groupe « Los Rastrojos », sa présence au Venezuela et sa participation à la contrebande de combustibles vénézuéliens et à d’autres trafics en rapport avec le dollar parallèle deviennent de plus en plus évidentes. Au cours des cinq dernières années, les arrestations au Venezuela de chefs de cette bande sont devenues fréquentes, preuve évidente de leur activité. L’une des plus importantes arrestations après celle de « Diego Rastrojos » en 2012 dans l’Etat de Bolivar, eut lieu en septembre dernier (voir “alias Commandant Camilo”voir “alias Commandant Camilo”) dans la ville dont est originaire la gouverneure du Táchira appartenant au parti d’opposition “Action Démocratique”, Laidy Gomez.

On se demande pourquoi le gouvernement colombien n’a pas manifesté sa reconnaissance légitime pour ces actions du Venezuela contre les paramilitaires, comme c’est l’usage en diplomatie bilatérale.

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En 2017, les fosses communes et les « faux positifs » de l’ère Uribe-Santos commencent à peine à émerger du silence médiatico-gouvernemental. Les réseaux paramilitaires qui ont, avec l’armée, perpétré ces violations massives des droits humains, sont aussi les formateurs, les fournisseurs en armes, en argent et en hommes de main des insurrections de la droite au Venezuela – que les médias nous présentent comme des « révoltes populaires contre la dictature de Maduro ».

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Le milliardaire Henrique Capriles Radonsky, un des leaders de la droite vénézuélienne, avec un des principaux articulateurs du réseau paramilitaire – l’ex-président colombien Alvaro Uribe.

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Autre protégé d’Uribe, autre oligarque vénézuélien : Leopoldo Lopez. Jugé et emprisonné pour l’organisation de violences qui ont fait des dizaines de morts, ce leader de d’extrême droite serait selon les médias occidentaux détenu… « pour ses opinions » (sic). Pour plus de détails en photos sur ces « combattants de la démocratie », voir « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? », http://wp.me/p2ahp2-20J

Extension du champ de bataille dans la zone frontalière

Des massacres commis par l’Etat colombien à l’encontre de son propre peuple sont révélés quotidiennement. Une nouvelle fosse commune découverte à La Macarena (département du Meta) et contenant plus de 2000 cadavres, victimes présumées de l’opération « faux-positifs » menée par l’ex-président Alvaro Uribe avec le soutien de son ex-ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, a secoué, une fois de plus, l’opinion publique il y a quelques semaines.

Alors que la Colombie vit une situation de précarisation sociale et que les forces de sécurité et les paramilitaires assassinent chaque semaine des leaders sociaux, politiques, des journalistes, des défenseurs des droits humains, des paysans, des indigènes, un rapport comme celui de la « Fondation Idées pour la Paix« , intitulé « Crime organisé et saboteurs armés en période de transition«  (dans lequel le Venezuela est cité plus de vingt fois), signale parmi les nombreuses sources de financement de ces bandes, le trafic d’essence, de bétail et d’aliments du Venezuela vers la Colombie en règle générale. On cherche aussi à répandre la fausse idée selon laquelle le gouvernement de Santos prépare le chemin de la paix en Colombie, faisant abstraction du rôle fondamental joué par le Gouvernement Vénézuélien dans ces accords. Ce rapport rejette la faute d’un éventuel échec de ce qu’il appelle la « transition » sur le Venezuela.

Il dénonce le renforcement de la bande « Los Rastrojos » sur le territoire vénézuélien et le met au compte de la « grave détérioration de la situation sécuritaire au Venezuela, encore aggravé par l’existence d’une collusion criminelle à de nombreux niveaux du Gouvernement« . L’idée centrale dudit rapport  étant que « le développement de structures locales du crime organisé plus réduites, y compris celle des « Rastrojos » peut mettre en péril la transition vers le post-conflit en Colombie« .  En conclusion, il offre une argumentation très dangereuse qui pourrait bien justifier une ingérence plus forte du gouvernement de Santos dans les affaires intérieures du Venezuela et laisse entrevoir la possibilité d’autres « faux-positifs ».

Cette pratique des « faux-positifs » qui maintient le gouvernement vénézuélien  en état d’alerte, en particulier le Ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez. Les offensives économiques et monétaires dans la zone frontalière, ajoutées aux sanctions états-uniennes défendues par le gouvernement de Santos sur le plan diplomatique et à la réorganisation du paramilitarisme utilisé comme un instrument de guerre asymétrique démontrent que le vrai danger qui  menace actuellement ne provient pas de chez nous, mais bien de chez nos voisins.

Source : http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/paramilitarismo-colombiano-dispara-a-la-soberania-venezolana-en-la-frontera

Traduction : Frédérique Buhl

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Comment fonctionne une commune au Venezuela (BBC Monde)

Par Daniel Garcia Marco (@danigmarco) BBC Monde, Caracas. 1er novembre 2017

Déjà malade, quelques jours après avoir remporté sa réélection et six semaines avant sa dernière apparition télévisée, Hugo Chavez était très mal à l’aise. C’était le 20 octobre 2012. Il avait encore six ans de mandat devant lui, mais, sans doute poussé par la maladie, sentait le besoin d’accélérer son projet socialiste. « Est-ce que je vais continuer à prêcher dans le désert ? » houspilla-t-il ses ministres, auxquels il reprocha de ne pas avoir lu un livre sur l’histoire des communes chinoises remis quelque temps auparavant. Maduro baissa les yeux, comme les autres ministres, donnant raison à Chavez qui lança : « la commune ou rien ! Nicolas, je te confie ce projet comme je te confierais ma vie : les communes ». Avec le temps, cette phrase est apparue comme un testament.

Cinq ans ont passé. L’actuel président Nicolas Maduro, aux prises avec une grave crise économique, n’a pas fait  des Communes sa priorité. C’est une chose qui pourrait bien changer avec l’actuelle Assemblée Nationale Constituante (ANC), ce corps plénipotentiaire élu par la population le 30 juillet dernier pour réformer l’État et rédiger une nouvelle Constitution. « J’en appelle à une Constituante profondément ouvrière, profondément communale » avait dit Maduro le 1er mai. Désormais installée depuis début août, l’ANC pourrait réaliser ce que Chavez ne put faire: donner à la Commune un rang constitutionnel.

« Âme du socialisme réel »

Mais, qu’est-ce qu’une Commune ? C’est une forme d’organisation basée sur l’autogouvernement et l’autogestion qui possède son propre modèle économique. La sublimation du « pouvoir populaire » que recherchait Chavez. « L’âme du projet de socialisme réel », disait le leader de ce que l’on a appelé la Révolution bolivarienne. L’un de ses plus grands exemples est la Commune socialiste Panal 2021 (Panal signifie : « nid d’abeille ») dirigée par le collectif ou la fondation Alexis Vive.

Panal 2021 a, au-delà de la « commune chinoise » plusieurs référents : les communes des zapatistes au Mexique et la Commune de Paris, un mouvement insurrectionnel qui gouverna la capitale française durant une brève période en 1871.

Panal 2021 se situe dans le quartier 23 janvier ; sans doute le quartier populaire le plus politisé d’Amérique Latine, un bastion de la gauche malgré le triomphe de l’opposition aux élections parlementaires de 2015.

La commune regroupe huit grands blocs d’immeubles, 3600 familles, 13000 habitants. Parmi eux, il y a de nombreux opposants, ce qui n‘empêche pas beaucoup d’entre eux participent à la logique communarde.

 

« Nous voulons que ce « Commune ou rien » de Chavez ne reste pas un slogan, qu’il soit une action quotidienne. La révolution, ce ne sont pas les ministres qui la font mais les peuples organisés », dit à BBC Monde Ana Marin, porte-parole de l’organisation anticapitaliste Alexis Vive.

Cette commune a démarré en 2006 et elle se distingue par la prise des décisions en assemblées et par des « moyens de production sociale », c’est-à-dire, des petites entreprises telles qu’une boulangerie, un atelier textile et une fabrique d’empaquetage de sucre qui sont entre les mains de la communauté.

Pour sa création, elle a compté sur une aide initiale de l’État, qui a animé et financé l’autogestion. La commune Panal 2021 s’est étendue à d’autres zones de Caracas et même à d’autres régions du pays. Et elle aspire à continuer de croître.

La commune, qui possède sa propre banque pour l’attribution de microcrédit, est en train de mettre la dernière main à la frappe de sa propre monnaie, le Panal, qu’on utiliserait pour payer une partie du salaire des travailleurs, lesquels pourraient dépenser leur argent dans les magasins de la commune. Pour eux, la logique capitaliste de l’offre et de la demande ne s’impose pas. « Il s’agit d’une économie planifiée, qui n’est pas au service du capital mais au service du bien commun et de la répartition équitable de la richesse » affirme Marin, qui assure que les « unités productives » sont rentables.

« Nous ne sommes la main d’œuvre de personne »

L’atelier textile constitue un exemple d’activité. Un portrait en couleur de Chavez domine cet espace où se trouvent plus d’une dizaine de machines à coudre et une machine à broder acquises avec les ressources du gouvernement du District capitale de Caracas. « Ici, il n’y a pas de chef. Ni d’employés. On les appelle des producteurs. Il s’agit d’une organisation horizontale » : José Lugo, porte-parole de l’économie communale, me le montre avec un exemple. Il appelle deux jeunes femmes, je leur propose un prix pour la confection d’uniformes. Toutes les deux me répondent de la même façon, au grand contentement de Lugo : « Nous devons convoquer une assemblée dans laquelle nous fixerons le prix de notre produit ».

«Il n’y a personne qui nous impose le prix que va coûter notre force de production », renchérit Lugo. « Nous ne sommes la main d’œuvre de personne. Nous sommes une force productive. C’est ce que nous a enseigné le Commandant Hugo Chavez Frias », ajoute-t-il.

Dans l’atelier on confectionne des sacs, des tee-shirts et des uniformes avec le logotype d’une abeille du Panal 2021. Les douze productrices connaissent toutes les étapes du processus textile. Elles ont commencé avec six machines et en ont désormais 19 ainsi qu’une camionnette pour la distribution. Les excédents que génèrent cet atelier et le reste de ce que l’on appelle « les unités socio-productives », affirment les porte-parole, sont réinvestis dans la communauté ; celle-ci propose des prix beaucoup plus accessibles car dans la Commune on évite les canaux de distribution, argument-ils.

Une enquête du portail digital local Armando.Info a dénoncé, néanmoins, le fait que le tissu entrepreneurial est en train d’apporter des bénéfices surtout à l’équipe de direction d’Alexis Vive. BBC Monde n’a pu joindre son responsable, Robert Longa.

Pas besoin de policiers

La commune, c’est aussi le contrôle social. Marin s’enorgueillit du fait que le niveau de scolarisation soit plus élevé qu’ailleurs et du haut niveau de sécurité grâce au système de caméras de surveillance. « Nous faisons office d’intelligence sociale. Les caméras représentent un mécanisme de prévention et de dissuasion » dit Marin ; elle assure que les habitants sont actifs et signalent la présence d’éléments externes. La porte-parole nie, cependant, que le collectif Alexis Vive dispose d’armes. Nombre de ces groupes ralliés au gouvernement chaviste, sont accusés de constituer les forces de choc de la dite révolution bolivarienne.

L’autogestion fait qu’eux-mêmes contrôlent leur territoire, affirme la porte-parole. « Ici, il n’y a pas de police, non pas parce qu’elle ne peut pas entrer, mais parce qu’elle n’est pas nécessaire » assure-t-elle. Quant à sa structure, la commune du Panal 2021 se divise en « petits nids », qui se composent de 10 à 12 habitants par bloc, responsables d’environ 300 familles.

Les « nids »apportent des propositions aux assemblées ordinaires, qui se tiennent dans la salle omnisport tous les 15-20 jours. Là, on décide à mains levées. Il n’y a pas de vote secret et universel.

Marin reconnaît le leadership du collectif Alexis Vive en matière de proposition ; il est dirigé par Longa et constitué d’un noyau dur de quelques 50 personnes. « Ici les gens se plient toujours à ce que nous décidons. Non pas parce que c’est l’Alexis Vive qui doit décider de tout, mais parce que nous avons la confiance des gens » dit Marin.

La disparition de l’État ?

L’objectif final, me dit Lugo, c’est que cette commune, l’une de celles qui ont les plus importantes ressources et organisation, soit autosuffisante et en mesure d’être autogérée.

C’était le rêve de Chavez ; en 2007, les poches pleines de pétrodollars, réélu avec la plus large majorité, avec une opposition détruite et une fois dépassées les difficultés sous forme de coup d’état, chômage pétrolier et autre, il relança son idée d’État communal. « C’est la culmination du projet politique de Chavez », dit à BBC Monde l’historienne et professeure Margarita Lopez Maya qui a évolué vers une position critique, et a étudié à fond le projet du commandant. Chavez a tenté d’introduire le nouveau schéma d’organisation territoriale dans la réforme de la Constitution qu’il proposa en 2007. Néanmoins, lors du référendum,  il essuya l’une de ses rares défaites électorales.

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Malgré tout, il continua. En 2010, la Loi Organique de Communes, fut approuvée ; on y développe l’idée d’État Communal, une nouvelle forme d’organisation « qui permettra aux vénézuéliens et aux vénézuéliennes d’atteindre le bonheur social dans la société socialiste » dit le texte.

L’évolution socialiste de Chavez

Chavez cherchait à rompre avec la Constitution de 1999 – elle sera à présent réformée par l’Assemblée Constituante – nombreux sont  les chavistes qui qualifient ce texte de trop bourgeois et libéral. « La discussion consiste à savoir si Chavez a toujours voulu le socialisme et qu’il n’a pas pu le mener à bien jusqu’à ce qu’il ait un pouvoir sans contrepoids ou si, en vérité, il s’est peu à peu laissé convaincre par le socialisme » expose Lopez Maya; elle voit dans ce tournant une claire influence du modèle cubain et de Fidel Castro, qui, lui aussi, vira au socialisme après avoir gagné le pouvoir dans l’île.

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La mort de Chávez, la chute des prix du pétrole et la crise économique ont mis un frein – pour le moment – au rêve du commandant. « Sur le chemin que nous avions parcouru avec le président Chavez, nous avons un peu reculé avec le président Maduro du fait de tout ce qui s’est passé » admet José Lugo, le porte-parole économique de Panal 2021.

« Mais, avec l’Assemblée Constituante, ce que nous avons reculé, nous allons le parcourir quatre fois plus vite, en marche avant », confie-t-il.

BBC Monde n’a pas reçu de réponse à sa demande d’entretien avec le Ministère des Communes et avec la Commission de la Constituante pour le renforcement de la Démocratie participative, les Communes et les Conseils Communaux. L’idée de la Constituante consiste à renforcer les liens entre le peuple et l’État, mais Lugo poursuit un objectif plus lointain : « L’intention, au bout du compte, c’est de démonter l’État, c’est ce que disait le commandant Chavez : en finir avec la bureaucratie, réduire l’État dans la mesure du possible. Ce serait l’idéal ».

« Ceci pourrait paraître une utopie, mais nous sommes bien là », dit-il.

Source : http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-41827684

Traduction : Sylvie Carrasco

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Le Venezuela lance la campagne nationale contre la violence envers les femmes

L’élection le 30 juillet dernier d’une Assemblée Constituante au Venezuela remobilise les énergies dans la bataille permanente pour développer les droits de la femme. Ce mercredi, dans tout le Venezuela, a commencé la campagne nationale contre la violence envers les femmes.  Les activités se dérouleront du 1er novembre au 10 décembre 2017 afin de sensibiliser tous les secteurs de la population au droit de la femme à une vie exempte de toute forme de violence. La campagne a démarré le mercredi 1 novembre sur le thème : « La paix commence à la maison, stop à la violence contre les femmes« .

Lors d’un entretien dans le cadre de l’émission « Encendidos » à Venezolana de Television, la Vice-Ministre pour la Protection des Droits de la Femme, Rebeca Madriz a la société à mener une évaluation interne sur ce plan dans chacun de ses secteurs et surtout d’introduire le thème de la violence contre les femmes en tant que délit dans le débat public et politique, ainsi qu’à exiger que les droits des citoyennes soient reconnus comme étant des droits humains.

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La Vice-Ministre pour la Protection des Droits de la Femme, Rebeca Madriz

Le programme des activités commence ce 1er novembre et durera jusqu’au 10 décembre, date à laquelle sera célébrée la Journée Internationale des Droits Humains ». A partir de 19 heures ce soir, des projecteurs de lumière violette illumineront symboliquement des espaces publics et touristiques du pays pour réaffirmer l’engagement du gouvernement à renforcer le dispositif de protection des femmes et des spots TV seront diffusés : https://twitter.com/twitter/statuses/925693161955000321.

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La Ministre des Droits de la Femme Blanca Eekhout (à gauche) lors d’un des meetings de la campagne conte la violence envers la femme.

Madriz a précisé que l’Etat soutiendra les institutions chargées de la défense des droits de la femme dont l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) qui discutera d’un projet de loi sur la création d ‘un Institut National de Défense des Droits des Femmes afin de développer des actions de promotion (défense, protection) face à ce phénomène qui représente un véritable problème social, d’Etat et de santé publique.

Dix ans après sa promulgation, la Loi Organique sur les Droits de la Femme à une vie exempte de violences sera révisée afin de potentialiser divers thèmes dans le domaine culturel, de renforcer la sensibilisation aux droits relatifs à l’égalité des sexes et de proposer une thérapie aux hommes qui usent de violence.

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Un débat national sera également ouvert sur la dépénalisation de l’avortement, la création d’un dispositif national de planning familial, l’actualisation du Code pénal et un programme de prévention et de réduction des grossesses précoces.

Rebeca Madriz a rappelé que la loi définit actuellement 21 délits de violence contre la femme allant de la violence physique à la violence psychologique, et que l’Institut National de la Femme (Inamujer) et le Ministère des Droits de la Femme ont mis en place un Bureau national d’assistance aux femmes victimes de violence, la Défendeure Nationale des Droits des Femmes, joignable au numéro de téléphone 0800 femmes (6853737) qui reçoit les plaintes et offrent les services de conseillères.

Source : http://ciudadccs.info/este-miercoles-comienza-campana-nacional-la-violencia-hacia-la-mujer/

Traduction : Frédérique Buhl

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La campagne pour élire les maires en décembre 2017 commence au Venezuela

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Dans sa conférence de presse du 31 octobre, la présidente du Conseil National Electoral (CNE), Tibisay Lucena (photo), a fait savoir ce soir que 4800 citoyens avaient déposé leurs demandes de candidatures pour les élections municipales, prévues pour décembre de cette année. Elle a indiqué que sur ce total 4016 sont des hommes et 784 des femmes. (Note : depuis lors ce chiffre a augmenté : ils étaient 7106 candidats le mercredi après-midi, le deadline pour inscrire les candidats étant fixé à ce jeudi 2 octobre à minuit, il y aura donc plus de partis et de candidats inscrits que ceux mentionnés dans cet article)

Mme Lucena a indiqué que la régularisation de la demande, qui doit se faire avec les pièces requises auprès des commissions électorales municipales, a déjà été réalisée par 18 porte-paroles, et a appelé le reste des partis politiques, groupes d’électeurs et citoyens à présenter sur initiative propre leurs postulations, dans le respect des étapes prévues dans le chronogramme et qui se termine ce 2 novembre.

Lucena a mentionné que pour ce nouvel évènement électoral, 82% des organisations politiques de dimension nationale qui existent dans le pays (elles sont 22 au total) ont déjà présenté leurs candidats et ont fait l’inscription de leurs candidats à travers le Système Automatisé de Demandes du CNE.

Pour ce qui est des 66 organisations politiques de dimension régionale, 84% ont fait la même démarche, et sont en train de présenter devant les conseils régionaux les éléments requis pour la régularisation de leurs candidatures.

Les partis politiques qui se sont inscrits sont: Comité de Organización Política Electoral Independiente (Copei), Movimiento al Socialismo (MAS), Movimiento Electoral del Pueblo (MEP), Partido Comunista de Venezuela (PCV), Movimiento Popular (MP), Movimiento Político Alianza para el Cambio (APC).

Se sont ajoutés aussi Patria Para Todos (PPT), Unidad Popular Venezolana (UPV), Partido Socialista Unido de Venezuela (PSUV), Por la Democracia Social (Podemos).

Avanzada Progresista (AP), Organización Renovadora Auténtica (ORA), Un Nuevo Tiempo (UNT), Tupamaro, Nueva Visión para mi País (Nuvipa), Nuevo Camino Revolucionario (NCR), Unión y Entendimiento (Puente) y Unidad Política Popular 89 (UPP 89) complètent la liste.

« Ce sont les organisations politiques qui ont inscrit sur internet leurs candidats et leurs candidates ou partiellement certains d’entre eux, et ont porté aux conseils municipaux leurs candidats et leurs candidates ».

Elle a rappelé que le Registre Electoral National qui sera utilisé pour ces élections est celui qui a été mis à jour du 15 juillet et qu’il a déjà été approuvé par l’ensemble des partis. Ce registre contient 19 millions 740 846 électeurs.

Inscriptions dans l’état du Zulia

Un ensemble de 15 citoyens se sont inscrits sur le Système Automatisé de Demandes pour la candidature au gouvernement de l’état de Zulia, pour les élections qui auront lieu en décembre de cette année, a également fait savoir Lucena ce 31 octobre.

Elle a détaillé que neuf de ces demandes ont été présentées par des vénézuéliens de leur propre initiative, alors que le reste l’a été par les partis politiques.

Dans l’état de Zulia un nouveau gouverneur sera élu, aussitôt que le Conseil Législatif de cette entité régionale a déclaré son absence absolue après le refus de Juan Pablo Guanipa de prêter serment devant l’Assemblée Nationale Constituante.

L’opposition avalise le processus

Face aux dénonciations de la part de dirigeants de partis d’opposition de « manque de garanties électorales » pour ces élections de maires qui auront lieu en décembre, Lucena a qualifié ces accusations d’imprécises. Elle a rappelé que toutes les organisations politiques ont avalisé publiquement la transparence et la fiabilité du système électoral vénézuélien en signant les audits réalisées à chaque processus.

« Disposer des conditions nécessaires pour la réalisation du processus électoral auxquelles toutes les organisations politiques ont participé a toujours fait partie des garanties de ce processus » a-t-elle souligné.

Elle a dit que les garanties sont données par le CNE « mais aussi construites par ces mêmes organisations politiques qui disent aujourd’hui qu’il n’y a pas de garanties alors qu’elles finissent toujours par participer aux scrutins, et avaliser les résultats comme ce fut, de nouveau, le cas des élections de gouverneurs : les partis d’opposition ou de la majorité ont signé l’audit post-électorale. »

Elle a ajouté que le processus électoral est normé et compte sur la présence d’inspecteurs électoraux; d’observateurs nationaux, d’un  accompagnement d’observateurs internationaux, de témoins de scrutin provenant des organisations présentes dans les registres électoraux subalternes; de conseils électoraux, de groupes de bureaux électoraux et de salles de totalisation des suffrages. Ainsi que de la transmission via internet des audits, d’une  commission technique électorale et de l’identification biométrique de l’électeur, avant qu’il se rende à l’isoloir.

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Signature de l’audit post-élection des gouverneurs par les différents partis politiques (14-16 octobre 2017)

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Postulats nationaux

Un total de 22 partis nationaux et 73 régionaux sont autorisés à présenter des candidats pour les élections municipales et pour le choix du gouverneur de l’état de Zulia, a fait savoir plus tôt dans la journée la rectrice du Conseil National Electoral (CNE), Tania D’Amelio, à travers son compte twitter @taniadamelio.

Elle a signalé que « les postulations pour les élections #Municipales2017 de gouverneur(e) de Zulia peut se faire soit via les représentants des partis politiques soit par initiative propre.

Par état

Pour l’heure, en attendant les dernières postulations, le CNE a déjà autorisé les partis régionaux suivants:

> Amazonas: Solución, La Plataforma, Puama, Merap, Tupaz, Geradivu, Orisur y Creea.
> Anzoátegui: US, Dale, PTA; URS; Tison y NP.
> Apure: Fuerza Ciudadana.
> Aragua: Puro Limón, Rena y AUP.
> Barinas: Frutos.
> Bolívar: M-100; EB y Pro Guayana.
> Carabobo: Proca, Usted, PMP, Camina, PMV, Conenzo, SCC, Seguimos, Progreso y Juega Limpio.
> Cojedes: Pasoco y TINA ES I.
> D. Amacuro: Meri, PIO, Yivi y Rios.
> Falcón: PLC; PQV y Goyova.
> Guárico: Proyecto Gente Nueva.
> Lara: Organización Fuerza en Movimiento.
> Mérida: Active, GI; Agen y PMI.
> Miranda: Por Amor a los Pueblos.
> Monagas: UPEM, DSM, PLRAS, MABS y MIPAM.
> Nueva Esparta: MRA, ARNE y NM.
> Portuguesa: Electores de Voluntad Independiente Venezolano.
> Sucre: Asis, Proalfa, Fichas, Mlsd, MPS, SR y TB.
> Táchira: Partido Orientación Revolucionaria Socialista.
> Vargas: Gentilicio de Vargas y Vargas Unida.
> Yaracuy: Convergencia, Yaracuy Unido, Nueges y MRS.
> Zulia: Partido Indep. del Zulia

Source: http://ciudadccs.info/4-800-ciudadanos-se-postulado-las-municipales/

Traduction: Cathie Duval

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Différences entre la lutte anticorruption menée par le Venezuela et celle dirigée par les Etats-Unis.

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Tarek William Saab, Procureur Général de la République

L’état moderne et le capitalisme sont fondamentalement corrompus, c’est pourquoi dès leur apparition en Amérique Latine, la corruption y a existé. Depuis l’emploi que fit Santander des ressources de la Colombie afin de laisser les troupes du Libertador démunies de tout argent au 19ème siècle, la corruption s’est donnée deux objectifs : l’enrichissement personnel et la manipulation politique.

La nouveauté du XXè siècle fut la poursuite constante d’une prétendue « lutte contre la corruption » très sélective, dirigée par les Etats-Unis pour faire tomber des gouvernements considérés comme portant atteinte à leurs intérêts hégémoniques dans le monde, et surtout dans ce que ce pays considère comme son « arrière-cour ». Leur utilisation partiale, discriminante et très sélective de la lutte anti-corruption est basée sur cet objectif. Par exemple, la dite « Operation Lava Jato » au Brésil a réussi à atteindre son but : la destitution de Dilma Roussef de la Présidence sans que son implication dans les affaires de corruption et de négligence administrative dont elle fut accusée n’ait jamais été prouvée, ce que reconnurent même des médias tels que la BBC. L’objectif actuel est d’emprisonner le candidat favori des prochaines élections présidentielles, Lula Da Silva.

A l’inverse, les accusations de corruption contre Michel Temer, qui reposent pourtant sur des faits avérés , ont été rejetées et il continue à exercer la présidence du Brésil en toute illégitimité, imposant un retour en arrière dans  toutes les avancées politiques réalisées par les gouvernements du Parti des Travailleurs brésilien. Il se passe la même chose dans l’affaire de l’entreprise de bâtiment et de travaux publics Odebrecht, dûment divulguée et filtrée depuis le Département de Justice des États-Unis dans le but d’attaquer des gouvernements progressistes ou des personnalités qui après leur sortie du gouvernement, sont devenus gênantes pour les intérêts états-uniens, comme cela s’est produit au Pérou, au Panama et au Guatemala.

Également utilisé pour discréditer l’image du gouvernement des Kirchner en Argentine, ce moyen est employé pour amener le président de l’équateur, une fois trahi le vote qui le désigna pour poursuivre la ‘révolution citoyenne », à entamer un processus de privatisation et à faciliter la détention du vice-président qui avait été son compagnon de la campagne présidentielle mais qui fut le premier à élever la voix contre ses intentions de privatiser les entreprises de l’état équatorien et à attirer l’attention de manière générale sur la trahison par Lenin Moreno  des réalisations de Rafael Correa.

Par contre, l’affaire des Panama’s Papers, dans laquelle étaient impliqués des présidents et leaders de pays alliés des USA comme l’Argentine, le Chili et l’Arabie Saoudite, a été étouffée. Toutefois, l’implication de Macri n’a pas été niée, pas même par son avocat qui s’est contenté de défendre la légitimité des entreprises offshore. 

La lutte anticorruption menée par le Venezuela est radicalement différente. Des affaires comme celle de « Coco » Sosa, des dizaines de hauts dirigeants de l’entreprise publique du pétrole PDVSA parmi lesquels l’ex-président Orlando Chacin, prouvent que personne n’est intouchable.

Pour les États-Unis, la « lutte contre la corruption » tant vantée n »est qu’un combat contre l’Etat Nation

Le combat que mène le gouvernement bolivarien contre la corruption est dirigé depuis l’Etat lui-même et adopte une méthode très différente. En premier lieu, c’est le Président Nicolas Maduro lui-même qui en a pris la tête. A plusieurs occasions, il exigea de la Ministre de la Justice, Luisa Ortega Diaz de sanctionner les délits de corruption affectant la stabilité de la nation. Mais Ortega Diaz et son époux German Gerrer ont construit une pyramide d’impunité et faisaient chanter (pour procéder à des extorsions) ceux qui auraient dû être condamnés pour ces mêmes délits, confiants dans le vieil adage qui absout le « voleur volé » ; se voyant découvert, ils ont fui le pays pour se joindre à la campagne internationale contre le Venezuela.

Contrairement à Ortega Diaz, le Procureur Général qui lui a succédé – Tarek William Saab – personnifie l’Etat vénézuélien et a pris l’offensive contre la corruption, aboutissant hier à la détention du déjà cité Orlando Chacin, qui était aussi le vice-président du service Exploration et Production de PDVSA. Des chefs d’accusation tels que « association de malfaiteurs, obstruction à la liberté de commerce et  collusion de fonctionnaires avec des entreprises », ainsi que de  » péculat, détournement de fonds et dommages causés à l’industrie pétrolière » lui ont été imputés.

Cela permet de constater deux choses :  premièrement que la lutte menée contre la corruption inclut les cadres supérieurs les plus proches du gouvernement, deuxièmement, que la corruption constitue l’instrument utilisé par les intérêts des transnationales pour saboter l’économie nationale et détruire l’infrastructure de la plus importante entreprise du Venezuela.

La réaction de médias tels que Reuters a été très suspecte, car au lieu de saluer ces détentions, l’agence tente de ternir cet important coup porté à la corruption en dénonçant un prétendu affrontement qui n’existe pas entre le Tribunal Suprême de Justice et le Ministère Public.

En plein XXIème siècle, tandis que les médias privés d’information contrôlent toujours davantage l’opinion publique, au beau milieu d’une guerre multidimensionnelle qui produit des matrices d’opinions bénéficiant à l’élite occidentale, les enquêtes des principales agences internationales et d’ONGs qui publient et établissent des classements (rankings) de corruption, se basent sur des « enquêtes d’opinion » et non sur des chiffres réels, comme par exemple le nombre de plaintes publiques ou officielles déposées, de chefs d’accusation et  d’arrestations, ce qui aurait un caractère plus scientifique mais pourrait évidemment montrer au grand jour la réalité des chiffres, mettant les Etats-Unis et leurs alliés de la région sur la sellette.

Cela montre clairement que le modèle étasunien de « lutte contre la corruption » tant vanté  n’est qu’un combat acharné contre l’Etat-nation pour éliminer les contrôles et faire du pillage et de la spoliation des ressources des pays d’Amérique Latine un acte légitime, par des discours prétendant justifier la nécessité de réduire la figure étatique et de tout abandonner aux mains des monopoles privés.

Pour le Venezuela en revanche, la lutte contre la corruption est un combat vital pour garantir la solidité de l’Etat, protéger et réorganiser les entreprises importantes pour le pays (comme la compagnie pétrolière publique PDVSA) ainsi que le système de gestion des devises dans un contexte économique où elles sont moins abondantes que les années antérieures. Toutes ces actions dépassent la simple question de l’économique et ont pour objectif la sécurité et la défense nationales.

Source : http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELA/venezuela-y-eeuu-tienen-diferentes-objetivos-con-la-lucha-anticorrupcion

Traduction : Frédérique Buhl

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Je crois en l’état communal. Une discussion nécessaire à l’Assemblée Nationale Constituante. Par Isaias Rodriguez

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Isaias Rodriguez (assis, au centre) lors d’une récente assemblée populaire à Guarenas

Je crois en l’état communal et je crois que l’heure viendra où les citoyens comprendront tout le bénéfice qu’ils peuvent en tirer. Bien sûr, chaque chose en son temps. Je ne sais pas si c’est le meilleur moment pour imposer au Venezuela un État Communal mais je crois que nous devons aller dans cette direction…

Les gens pensent qu’un État Communal c’est le « communisme », on leur a mis ça dans la tête… Pour les chrétiens, « commune » signifie communion, partager le corps du Christ à travers une hostie… Mais « commune »  désigne aussi un des états révolutionnaires les plus importants du monde : la Commune de Paris où le peuple occupa la capitale pendant trois jours pour défendre sa souveraineté face à la Prusse. Il faut bien comprendre le concept de commune.

Rome est organisée en communes. Le lieu où le Libertador Simon Bolívar avait juré de libérer à l’Amérique est la commune du Monte Sacro. Autrement dit je ne suis pas en train de parler de quelque chose nécessairement lié à un processus idéologique déterminé.

Je crois que la commune est l’état idéal pour le travail social : une société petite où les citoyens peuvent démocratiquement établir leurs besoins, et même organiser leur loisir, comment ils peuvent disposer de parcs, d’espaces verts. Comment ils peuvent contrôler les crises de la question climatique. Enfin tout ceci sur une petite échelle parce que quand tu essaies de résoudre cela globalement tu te retrouves face à des intérêts que t’en empêchent comme les transnationales.

Dans une commune tu sais où tu vas placer l’hôpital, le lycée, les chemins, faire en sorte que tu puisses te déplacer en vélo. Je parle d’une société que j’ai vue, qui n’est pas utopique, je la connais, je parle d’espaces communaux qui sont réels.

Si nous avions des communes en ce moment au Venezuela il n’y aurait pas de problèmes de production d’aliments parce que la commune elle-même sème, produit, c’est à dire qu’on résout un problème en petit et que si plusieurs groupes résolvent leurs problèmes en petit quand tu les unis tu as crée une culture sociale pour vivre en fonction sociale et pas individuellement. La commune est le meilleur espace pour éduquer les personnes à la vie en société, pour vivre dans la compréhension que le plus important ce n’est pas un être humain mais LES êtres humains…

Cet espace communal je continue de penser qu’il serait l’idéal. Que pourrait-il se passer? Dans un pays comme le nôtre qui même s’il a grandi en tant que peuple, n’a pas suivi cette croissance sur le plan institutionnel, les institutions peuvent encore voir la commune comme une rivale: les conseils municipaux ne se font pas à l’idée d’être déplacés par le pouvoir des communes amis le jour où ils ce pouvoir va les renforcer, alors il ne sera plus si difficile de l’intégrer comme quatrième pouvoir dans la structure des pouvoirs publics au Venezuela. Le Pouvoir National, le Pouvoir Régional, le pouvoir Municipal et le Pouvoir Communal.

Je crois qu’il faut commencer à éduquer le pays pour qu’il comprenne ce qu’est le Pouvoir Communal et comment il peut le servir et je suis partant pour qu’il s’intègre dans ce processus.

Isaias Rodriguez (actuel ambassadeur du Venezuela en Italie)

Source : https://isaiasrodriguezweb.wordpress.com/2017/10/29/creo-en-el-estado-comunal/

Traduction : Cathie Duval

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Venezuela : pourquoi il est si important d’avoir reconquis électoralement l’état de Miranda

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« Guarimbas », violences organisées par les couches riches à partir des quartiers chics de Caracas. En invisibilisant la majorité populaire et en inversant le montage des news, les médias nous ont fait croire pendant des mois que cette minorité imprégnée de mépris racial et social était le « peuple du Venezuela » et que l’action défensive des forces de l’ordre était une « répression ».

par Ernesto Cazal

Miranda, un état stratégique détenu pendant très longtemps par l’opposition, vient d’élire comme gouverneur le jeune candidat chaviste Hector Rodriguez.

Son prédécesseur, Henrique Capriles Radonsky, dirigeant de Primero Justicia (PJ) et membre de l’oligarchie vénézuélienne, avait tenté pendant des années de s’imposer comme le leader principal d’une droite aujourd’hui en cours d’implosion. Il a été gouverneur de l’état de Miranda pendant deux périodes consécutives (2008-2012 et 2012-2017). Lors de sa défaite aux présidentielles de 2013, le milliardaire refusa le verdict des urnes et demanda à ses partisans de “décharger leur rage” dans la rue. Le soir-même commença une campagne “à la colombienne” : actes de vandalisme, tirs contre des centres de santé, des magasins publics d’alimentation, des médias associatifs, et meurtres de leaders sociaux, souvent motivés par le racisme social. Bilan : 13 morts et plus de 100 blessés. Une répétition à moindre échelle de l’insurrection armée de 2017 qui a fait, elle, près de 200 morts. On sait comment les médias internationaux ont fabriqué la plus grande fake news de l’histoire contemporaine en attribuant les victimes au gouvernement et en faisant croire que celui-ci était la source de la violence.

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L’ex-gouverneur de l’État de Miranda, Henrique Capriles Radonski (à gauche), ici réuni avec l’ex-secrétaire de gouvernement de Pinochet Jovino Novoa à Santiago en 2013. Radonski est impliqué dans le coup d’État meurtrier contre le président Chavez en avril 2002, dans les assassinats de militants bolivariens le 15 avril 2013 et dans l’insurrection armée de la droite en 2017.

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En avril 2013 déjà, Capriles Radonski appelait ses partisans à « décharger leur rage » dans la rue pour refuser le résultat des élections. Bilan : 13 morts et plus de 100 blessés.

En décernant un “prix Sakharov” à ce type d’opposants, la majorité de droite du Parlement Européen et ses alliés sociaux-démocrates se placent dans une situation d’apologie de nombreuses violations des droits humains, du racisme, de la violence politique et du coup d’État (1). Bien que naturalisé par la concentration privée des médias et l’inféodation croissante aux États-Unis, ce pari persistant sur le « wrong horse » contraste avec la diplomatie équilibrée, prospective et informée de la communauté internationale (Mouvement des Non Alignés, UNASUR, CARICOM, Russie, Chine… jusqu’au Vatican et aux médiateurs officiels tels que l’ex-président espagnol Zapatero). Tous ont condamné les violences et recommandé le retour au dialogue et à la voie électorale. Le Venezuela continue à battre le record mondial en termes de quantité de scrutins puisqu’après l’élection de la Constituante de juillet 2017, et celle des gouverneurs le 15 octobre, viennent les municipales de décembre qui seront suivies en 2018, des présidentielles.

Cette alliance de la droite vénézuélienne avec une extrême droite sous influence du paramilitarisme colombien ne s’exprime pas que dans les violences des cycles insurrectionnels. Depuis des années l’État de Miranda a constitué leur base, avec cellules dormantes infiltrées depuis Bogota par les réseaux de l’ex-président Uribe et mises à couvert dans des grands domaines terriens.

Cet état représente en lui-même un état stratégique pour la stabilité générale de la région centre-nord du Venezuela, car c’est le point par lequel circulent quotidiennement les marchandises et les personnes qui vont de l’est à l’ouest et vice-versa. Des millions de personnes y vivent et y cohabitent et il représente un axe fondamental dans le domaine politique et juridique à cause de la proximité du district de la Capitale où sont réunis les sièges des pouvoirs publics vénézuéliens.

En termes de sécurité nationale, de stabilité économique et de rentabilité politique, la signification de la récupération de Miranda par le chavisme est extrêmement importante. Nous allons voir pourquoi.

La vie économique et la surface

Miranda est traditionnellement un pôle économique très important surtout dans le domaine de l’agriculture, de l’industrie et du tourisme. Au nord, entre les montagnes (comme El Hatillo) et les côtes des Caraïbes comme celles de Barlovento, les visiteurs venus d’autres états et même de l’étranger affluent assez régulièrement. Là et vers l’ouest et le sud de l’état, les fermes, les grands potagers et les grands vergers fournissent les villes et les villages de l’état ainsi que Caracas et d’autres états voisins en cacao, fruits, fleurs, légumes divers et céréales par tonnes.

Les secteurs industriels de la manufacture sont concentrés dans les municipalités où la population est le plus pauvre ou appartient à la classe moyenne basse et qui possèdent, par conséquent, des quartiers populaires comme les « barrios » et des résidences qui n’ont rien d’opulent. Par exemple, les municipalités de Sucre (Petare), Plaza (Guarenas), Guaicaipuro (Los Teques), Cristóbal Rojas (Charallave), Lander (Ocumare del Tuy). C’est précisément dans cette partie de Miranda que le chavisme a augmenté son score et que la majorité a élu Rodriguez gouverneur le 15 octobre dernier.

Le dernier recensement (2011) de l’Institut National des Statistiques (INE) enregistre un nombre d’habitants de plus de 2.600.000 et on estime qu’il y en a 3 millions en 2017. Miranda est l’état le plus peuplé du Venezuela, après le Zulia.

Sur les 21 municipalités qui le composent, quatre appartiennent au District Métropolitain de Caracas: Baruta, Chacao, El Hatillo et Sucre. On appelle habituellement cet ensemble « l’Est de Caracas. » A Baruta, Chacao et El Hatillo résident les gens les plus riches non seulement de l’état mais aussi du pays et c’est ce bloc minoritaire de la population qui, traditionnellement, d’un point de vue de classe, affronte les chavistes, dont la majorité appartient aux secteurs populaires.

396 ans après sa fondation, le “barrio” de Petare est le plus important d’Amérique Latine en termes de population. Comme tout « cordon de misère, » – on appelait ainsi les “barrios” dans les années où les paysans se déplaçaient vers les grandes villes (1960-1970), Petare se dessine entre l’autoroute Francisco Fajardo, l’avenue Boyacá également appelée Côte Mille, des zones opulentes comme les Terrasses d’ Ávila, les centres résidentiels de Palo Verde et du fleuve Guaire, ce qui représente environ 70% du territoire de la municipalité de Sucre.

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Le « barrio » géant de Petare vu du satellite

Petare lui-même est composée de 50 secteurs avec de hauts indices de violence criminelle, de gros problèmes dans les services publics et une population qui, selon l’INE, frôle les 400.000 habitants, c’est à dire environ 46% de la population de la municipalité de Sucre. D’autres estimations non officielles donnent à Petare une population de plus de 500.000 habitants, parmi lesquels les gens non recensés – population étrangère, surtout des Colombiens, des Péruviens et des Chinois.

Beaucoup de reportages, émanant pour la plupart de médias d’opposition, ont montré Petare comme un endroit malsain, ultra-violent et en font retomber la responsabilité essentiellement sur le Gouvernement national. Cependant, lorsque Carlos Ocariz était maire de la municipalité de Sucre (2008-2017) et Henrique Capriles gouverneur de Miranda, tous 2 dirigeants du parti d’extrême droite Primero Justicia, les indices de délits ont grimpé fortement, une donnée que les médias anti-chavistes ne mentionnent pas.

L’importance de ce quartier populaire ne réside pas seulement dans le nombre de ses habitants ni dans la para-économie qui se développe en son sein, ni dans la violence criminelle ou dans les illégalités organisées, mais aussi dans sa domination stratégique territoriale.

Les relations de l’est et de l’ouest avec le nord du Venezuela

Alors que Petare constitue un lien direct vers l’est du pays et représente la principale issue vers Guarenas, Santa Lucía et l’est du pays, la capitale de l’état de Miranda (Los Teques) en constitue un vers l’ouest. Des milliers de personnes circulent tous les jours sur les couloirs centraux de la région, entre les montagnes, pour aller d’un côté à l’autre du Venezuela ou pour travailler dans les différents centres (commerciaux, industriels, agro-alimentaires, touristiques) qui constituent la vie économique de ce territoire.

Les voies de communication ont été pensées pour le transport des marchandises et des personnes des villes et des villages de l’état de Miranda vers le centre urbain de Caracas où travaillent et font du commerce la plupart des habitants de Miranda.

Ces routes servent aussi de communication directe et relativement rapide entre les états voisins de Miranda et de Caracas. Ce facteur est important pour comprendre le scénario des violences de bandes paramilitaires.

Les corridors paramilitaires et leurs relations avec des dirigeants de l’opposition à Miranda

La capture et le démantèlement de groupes, d’individus et de campements impliqués dans des activités criminelles par les corps de sécurité et du renseignement de l’État vénézuélien ont été la preuve la plus évidente.

Même si les groupes criminels ont commencé à agir dès 2002 dans l’état de Miranda, il leur a été facile de s’étendre à cause de la permissivité (et souvent de l’implication) de l’ex-gouverneur Radonsky et d’autres membres de la direction de l’opposition.

En 2015, lors du démantèlement de la bande criminelle paramilitaire « Gamma » qui opérait à Dolorita, municipalité de Sucre, Gustavo González López, alors Ministre de l’Intérieur, expliquait : « le para-militarisme est, à la base, une réponse, une structure de l’élite économique, de l’élite financière, de l’élite politique, qui cherche à reprendre le pouvoir par n’importe quel moyen ou de n’importe quelle façon. »

L’assassin de Liana Hergueta, José Pérez Venta, qui fut aussi un militant de Volonté Populaire (VP), a admis en août 2015 avoir reçu un entraînement paramilitaire à Cúcuta (Colombie) sur instructions d’Antonio Rivero. Henrique Capriles, alors gouverneur de Miranda, a été impliqué par ce même Pérez Venta dans des délits en territoire vénézuélien.

En octobre de cette année, González López a informé que 10 paramilitaires qui, d’après lui, faisaient partie d’une bande qui faisait le trafic de drogues de la Colombie vers les îles des Caraïbes et l’Afrique, avaient été capturés dans une grange à los Valles del Tuy : « Les liens sont confirmés par les trafiquants de drogues arrêtés. »

González López a informé sur son compte Twitter en avril 2016 que les corps de sécurité de l’Etat ont détecté et affronté des commandos installés dans des « campements de structure paramilitaire improvisés » dans les municipalités de Páez et d’Andrés Bello, à Barlovento.

En juillet 2016, González López a assuré que l’états-unien Joshua Holt et sa compagne vénézuélienne avaient transformé leur appartement en une véritable planque d’armes militaires à fins privées, et se trouvaient en relation avec des acteurs qui ont impliqué le gouverneur de Miranda. Nous écrivions alors: « (…) le rôle que joue l’opposition vénézuélienne dans cette infiltration d’agents des forces spéciales (comme Holt) a été révélé par le ministre González López suite à la perquisition des services de renseignement et des services de sécurité : « Selon les investigations, les 2 individus ont établi « une relation par internet au contenu  suspect. » Quelques mois plus tard, ils se sont rencontrés en personne en République Dominicaine et 5 jours après l’arrivée de l’états-unien au Venezuela, et sont mariés à la Mairie de la municipalité de Sucre de l’état de Miranda gouverné par Carlos Ocariz du parti Primero Justicia. (..)»

Dans une conférence de presse, à propos de l’affaire Holt, González López avait décrit le paramilitarisme au Venezuela de cette façon : « Cette façon d’agir correspond à des activités propres à des bandes criminelles de paramilitaires qui s’installeraient en territoire vénézuélien avec la protection de secteurs de l’opposition dont la stratégie est le rapprochement avec ces organisations criminelles pour exécuter des activités terroristes en utilisant diverses façades. »

Les informations obtenues montrent l’existence de corridors dans les environs de Petare (La Dolorita, municipalité de Sucre) qui débouchent sur Barlovento, c’est à dire, depuis l’est de Caracas pour arriver à l’est de l’état de Miranda et un autre qui avait comme point central los Valles del Tuy et débouchait au sud de Miranda. Tout cela entre les montagnes, les confluents fluviaux et les installations agricoles : ce qu’on appelle les « raccourcis clandestins», loin de la présence de l’Etat mais proches des yeux des policiers municipaux et des policiers du gouvernement de de l’opposition.

Il faut souligner aussi que le corridor qui part du nord, de la municipalité de Sucre vers los Valles del Tuy débouche au sud et au sud-ouest ainsi que d’autres corridors qui ont déjà été démantelés par l’Etat vénézuélien où opéraient les bandes « d’El Juvenal » et « d’El Picure », des clones de Pablo Escobar à Guárico et à Aragua.

« L’Est de Caracas » : capitale de la “révolution de couleur” au Venezuela

En termes d’anti-politique, les manifestations violentes de l’anti-chavisme entre avril et juillet de cette année ont été l’apogée « naturelle » des expressions de l’opposition dans les zones les plus riches de l’état de Miranda. Les municipalités de Chacao, Baruta et Sucre, en plus des Hauts de Miranda (là où sont concentrées les classes hautes et moyennes, minoritaires au Venezuela) ont été le théâtre des violences les plus importantes organisées par la table de l’Unité Démocratique (MUD), à l’exception des états frontaliers avec la Colombie.

Les marches, les protestations, les troubles, les attaques d’administrations de l’Etat, les sit-in, les barrages de rues, les sabotages de services publics, parmi les tactiques violentes utilisées par les révolutions de couleur destinées à conduire à une insurrection armée, ont été utilisées pendant les 3 mois de 2017 dans diverses municipalités de Miranda dont les habitants ont souvent été les otages.

Les classes les plus hautes de la société sont toujours les commanditaires les plus actives dans ce genre de manifestations, où que ce soit. Au Venezuela, ce sont les plus réactives aussi bien à ce que représente le chavisme en tant que culture radicale et politique qu’à ce que le gouvernement Bolivarien fait en dirigeant l’Etat.

L’ex-gouverneur de Miranda, Henrique Capriles incarne, par sa situation sociologique, cette haine et cette violence de classe. Avec la complicité des corps de police de ces municipalités et  la Police de Miranda (Polimiranda), l’opposition vénézuélienne a réussi des choses qui, s’il n’avait pas été gouverneur de l’état, auraient été un peu différentes. La même chose est arrivée en 2014, au moment de la mise en place du plan « La Sortie » de Leopoldo López et de María Corina Machado.

Auparavant, en mai 2016, la Police de Chacao (Polichacao) a dû être reprise en main par le Ministère de l’Intérieur, de la Justice et de la Paix à cause de la découverte d’un réseau interne de tueurs à gages impliquée dans divers délits déjà jugés, y compris l’assassinat politique du journaliste chaviste Ricardo Durán. En outre, des membres de la police ayant des liens avec l’opposition ont soutenu les actions de mercenaires et des manifestants violents.

En juin 2017, dans le cadre de cette révolution de couleur manquée qui a essayé d’organiser un coup d’Etat contre le Gouvernement du Président Nicolás Maduro et a même encouragé une intervention étrangère des Etats-Unis, le ministre Néstor Reverol a officialisé le contrôle de Polimiranda à cause de l’existence « d’éléments suffisamment convaincants qui impliquent la participation de fonctionnaires (de ce corps de police) à des violations des droits de l’homme et à des réseaux de délinquants. »

A son tour, la négligence du gouvernement de Miranda vis-à-vis de la stabilité et la sécurité des citoyens, s’est exprimée dans l’inéligibilité de Capriles à des charges publiques pendant 15 ans pour faits de corruption et autres irrégularités administratives.

Avec l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), la stabilité politique est revenue et a mis un terme à la stratégie de l’insurrection de l’anti-chavisme. Cela a ouvert la voie à l’organisation des élections régionales qui ont vu dans l’état de Miranda la défaite du candidat d’opposition Carlos Ocariz et la victoire du chaviste Héctor Rodríguez. Cette victoire permet de restaurer la paix et de reprendre la lutte contre la forte insécurité locale. Un territoire de moins pour le secteur putschiste de la droite.

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Le jeune candidat chaviste Hector Rodriguez, ici en campagne, a gagné son pari de vaincre l’oligarchie locale de Miranda dans les urnes. Ci-dessous, après la victoire – au festival de théâtre de Los Teques et à l’inauguration d’un point d’approvisionnement d’eau désalinisée.

Note : (1) Sur les violations des droits humains commises par cette opposition, on peut lire notamment « la rage raciste de l’extrême droite vénézuélienne » https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/24/la-rage-raciste-de-lextreme-droite-venezuelienne/ et « Venezuela: la presse française lâchée par sa source ? » : https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/

Source: http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELA/por-que-es-importante-que-el-chavismo-haya-recuperado-el-estado-miranda

Traduction: Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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La Russie et la Chine mettent un frein à l’option militaire de Trump au Venezuela

Publié par Venezuela infos,

Face à l’intention des Etats-Unis d’intervenir au Venezuela et de contrôler le pays, se place le facteur des alliances avec la Chine et la Russie, puissances qui remettent en cause l’hégémonie étasunienne au niveau mondial.

Une investigation de Mision Verdad,  23 Octobre  2017.

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La Chine: une ceinture, une route

La Chine s’est  proposé de réactiver la Route de la Soie, cette ancienne route commerciale  qui s’étendit autrefois de la Chine à l’Occident sous l’Empire romain et par laquelle la soie orientale arriva pour la première fois en Europe. C’est par ce double couloir de commerce et de distribution de ressources énergétiques et de matières premières,  que le président Xi Jinping cherche à rouvrir les canaux entre la Chine et l’Asie Centrale, le Moyen Orient et l’Europe.

L’Initiative «  la Ceinture et la Route » (ICR) a été lancée en 2013. Elle englobera des routes terrestres (la Ceinture) et des routes maritimes (la Route) afin que le pays devienne moins dépendant du marché étasunien pour ses exportations et améliore ses relations commerciales dans la région, principalement à travers des investissements en infrastructure qui visent à renforcer le leadership économique chinois. La Chine prêtera à hauteur de 8000 milliards de dollars pour de l’infrastructure dans 68 pays, pour une population totale de 4400 millions d’habitants (65% de la population mondiale  et un tiers du PIB mondial) et une part de 30% de l’économie mondiale. Cela représente 7 fois plus que le Plan Marshall des Etats-Unis pour reconstruire  l’Europe après la Deuxième Guerre Mondiale.

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La Ceinture couvre  six couloirs  économiques: le Nouveau Pont Continental Euro-asiatique, le couloir Chine-Mongolie-Russie, le couloir Chine-Asie Centrale-Asie Occidentale, le couloir Chine-Péninsule Indochinoise, le couloir Chine-Pakistan  et le couloir Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar. Elle s’étendra également vers l’Amérique Latine par voie maritime.

Au-delà d’évacuer le surplus de produits, avec l’ICR, le gouvernement chinois envisage de déplacer les excédents manufacturiers moyennant la délocalisation industrielle vers les pays périphériques, le long des divers couloirs de l’Initiative. Par la fabrication de produits industriels de haut de gamme il parviendrait à commercialiser des trains à grande vitesse, des générateurs d’énergie et des équipements de télécommunications.

La Russie en réajustement géostratégique

De son côté, la Russie maintient une politique extérieure qui a été considérée comme « intelligente » par différents  analystes  et lui a permis de contourner une crise provoquée par le ralentissement économique, les sanctions de l’Occident et la chute des prix du pétrole.  Sa stratégie  est dirigée par la création de l’Union Economique Euro-asiatique qui réunit le Belarus, le Kazakhstan, le Kirghizistan  et l’Arménie, dans l’intention de constituer un marché commun unique avec la libre circulation des marchandises, des services, du capital et des personnes, et, en outre, un espace doté d’une politique migratoire, éducative,  englobant même l’information.

Après l’adhésion de la Crimée, la guerre à l’est de l’Ukraine et son engagement en Syrie,  le Kremlin poursuit de multiples objectifs de stabilité interne et de présence internationale qui sont passés par la stabilisation de sa relation avec la Turquie, ce qui lui a aussi permis de consolider son influence dans la victoire contre les groupes terroristes en Syrie.

La Russie a réorienté ses alliances géopolitiques après que les Etats-Unis ont conçu et soutenu le renversement du gouvernement ukrainien de Viktor Ianoukovitch et installé un régime d’extrême droite dans le but de resserrer l’encerclement.  Washington et ses agences ont pour cela dépensé 5 milliards de dollars dans le financement de « programmes de diffusion de valeurs et de formation politique » en Ukraine, ont fomenté une révolution orange avec la prise de la place de Maïdan et tout le processus de tensions bien connu qui déboucha sur les sanctions imposées à Moscou, aux côtés de l’Europe.

Un des objectifs de sa conception de la politique extérieure énoncée en Novembre  2016, est de renforcer la position de la Russie comme un pays prédominant dans le monde moderne et de retrouver son influence dans la stabilité et la sécurité du système démocratique mondial. Voici, parmi d’autres,  quelques directions spécifiques:

  • Lutter  contre la pression politique et économique des Etats-Unis et de leurs alliés, qui conduisent à la déstabilisation mondiale.
  • Poursuivre le travail conjoint avec l’Union Européenne (UE) qui reste pour la Russie un important partenaire politique et économique.
  • Maintenir l’objectif de stabilisation de la situation au Moyen  Orient et en Afrique du
  • Nord.
  • S’opposer aux tentatives d’ingérence dans les affaires intérieures de la Russie afin d’obtenir des changements de pouvoir  non constitutionnels.
  • Utiliser les nouvelles technologies pour renforcer la position des moyens de communication de la Russie à l’extérieur et accroître la sécurité informatique du pays.
  • Considérer le projet de construction d’un système de défense antiaérien des Etats-Unis comme une menace pour la sécurité nationale, ce qui donne à la Russie le droit de prendre les mesures de réponse nécessaires.
  • Considérer comme intolérable toute tentative de pression des Etats-Unis et réagir avec force à toute action hostile.
  • Construire des relations mutuellement bénéfiques avec les Etats-Unis.
  • Renforcer les liens de la Russie avec l’Amérique Latine et la Caraïbe.

A cause des sanctions occidentales, qui ont réduit l’accès des compagnies russes à la technologie, aux investissements et au crédit de l’Occident, ainsi qu’en raison de  la chute du prix du pétrole, s’est  développé un processus d’intégration économique et d’alignement politique qui servirait de contrepoids à l’UE , avec un espace économique qui ira de Saint-Pétersbourg à Shanghai.

Le bloc Chine-Russie gagne des  espaces par une vision multipolaire

Les deux nations partagent de plus en plus les éléments d’une vision du monde pluri-polaire,  elles privilégient l’importance de maintenir des Etats-nations forts qui jouissent d’une pleine liberté d’action au niveau international.

Elles partagent des critiques envers les gouvernements occidentaux et dénoncent ce qu’elles considèrent comme une couverture médiatique occidentale biaisée. Elles dénoncent aussi le financement étranger d’organisations non gouvernementales (ONG) et l’utilisation de techniques de mobilisation sur les réseaux sociaux pour fomenter l’instabilité. En 2011-2012, Poutine a rejeté sur les ONG parrainées par les Etats-Unis la responsabilité des manifestations de rue tenues à Moscou ; en 2014 Pékin a vu une main étrangère derrière le mouvement de protestation à Hong Kong.

Récemment le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a menacé la Chine de l’exclure du système international du dollar américain si elle n’appuie pas les nouvelles sanctions contre la Corée du Nord, ce qui a suscité chez l’analyste Paul Craig Roberts la réflexion suivante : « le Gouvernement des Etats-Unis, Etat en faillite, dont la dette dépasse les 20000 milliards  de dollars, qui se voit obligé de créer de la monnaie pour acheter ses propres titres de créance, menace la deuxième plus forte économie mondiale, dont le pouvoir d’achat est supérieur à celui de l’économie des Etats-Unis « , et cela à partir du scénario prévu selon lequel une énorme quantité de transactions économiques sortiraient du système du dollar provoquant la réduction de son volume et de son importance.

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La Russie et la Chine achètent de plus en plus d’or pour soutenir leurs économies et faire face à la valeur artificielle du dollar pendant que les pays de l’axe asiatique commencent à réaliser des échanges commerciaux dans leurs propres monnaies, y compris pour le pétrole, coup sévère porté au pétrodollar.

L’Amérique latine à l’horizon

Des analystes affirment que l’existence même du groupement des Brics (Brésil, Russie, Chine, Inde et Afrique du Sud) favorise l’autonomie des Etats latino-américains au niveau international et élargit leur marge de manœuvre en politique extérieure. Il s’agit d’un groupe qui occupe 29% de la terre ferme de la planète (sans compter l’Antarctique), concentre 43% de la population mondiale et près de 27% du PIB mondial en termes de parité du pouvoir d’achat.

Au cours du sommet qui s’est tenu en septembre dernier, le bloc est convenu de créer la Nouvelle  Banque de Développement, qui prévoit d’accorder des prêts à hauteur de 4 000 millions de dollars en 2018 tout en finançant des projets à moyen terme du secteur privé. Il a aussi été convenu de créer un fond d’obligations en devises nationales  pour « contribuer à assurer la stabilité des investissements dans les pays du Brics, stimuler le développement de marchés obligataires nationaux et régionaux des pays du Brics,  y compris l’augmentation de la participation du capital privé étranger et l’amélioration de la stabilité financière des pays du Brics « .

 

 

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De nombreux analystes affirment que si la Chine parvient à redessiner la carte du commerce mondial, elle créera des opportunités pour que les exportations latino-américaines trouvent de nouveaux débouchés en Asie. On parle également d’un câble de fibre optique Trans-Pacifique pour unir les deux régions, tandis que la Chine s’intéresse au financement de tunnels, routes et chemins de fer qui aideront à acheminer les produits des pays de la côte atlantique de l’Amérique Latine vers la Chine et vice-versa.

Le commerce et les investissements de la Chine en Amérique latine ont connu une croissance exponentielle depuis l’an 2000, les exportations de l’Amérique latine vers la Chine, après l’escalade des sanctions de 2014, ont augmenté de 5000 millions de dollars en 2000 à 120000 millions de dollars en 2012, de même qu’ont augmenté les importations depuis la Chine, générant une balance commerciale totale d’environ 230 000 millions de dollars par an. Pour plusieurs des principales économies de l’Amérique latine, comme le Brésil, l’Argentine, le Chili et le Pérou, la Chine a remplacé les Etats-Unis en tant que principal partenaire économique, mais non en tant qu’investisseur. Voilà un défi crucial pour l’hégémonie économique dont ont joui les Etats-Unis dans la région,  depuis le déclin de l’empire britannique, fruit de la Seconde Guerre Mondiale.

La collaboration stratégique de la Russie avec le Brésil, en particulier dans le cadre des Brics, ainsi que la coopération avec l’Argentine, le Venezuela, Cuba, le Nicaragua et d’autres Etats de l’Amérique latine et de la Caraïbe, recherche des réponses aux nouveaux défis et menaces. L’incorporation d’entreprises russes dans les secteurs dynamiques de l’industrie, l’énergie, les communications et le transport dans les pays de la zone s’est vue accompagnée de la consolidation des liens à travers la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens (Celac).

La relation de la Russie avec  les partenaires latino-américains (en particulier l’Argentine, le Brésil, le Chili, l’Uruguay et l’Equateur)  a franchi un nouveau pas après l’escalade des sanctions de 2014, qui limitaient l’importation de produits alimentaires en provenance de l’UE, des Etats-Unis, du Canada, de l’Australie et de la Norvège. La Russie les a remplacés par des livraisons venues de l’Amérique latine  et a mis en route  la mission de rendre leur économie plus compétitive et plus diversifiée en accordant un plus fort appui  au développement de leur  économie agricole.

Le commerce estimé de la Russie avec l’Amérique latine et la Caraïbe s’est élevé à 24000 millions de dollars en 2013  tandis que la Chine continue à détrôner d’autres concurrents étrangers,  par le biais de fusions et rachats qui ont atteint 102200 millions de dollars investis par la Banque de développement de Chine  (CDB) et la Banque Chinoise d’import-export (Chexim) entre 2005 et 2013.

Il faut souligner qu’aucun des pays de la dite Alliance du Pacifique, bloc commercial latino-américain qui inclut actuellement le Chili, la Colombie, le Mexique et le Pérou, n’a pris la décision, en son temps, de rompre les relations avec la Chine, alors même que ce bloc apparaissait comme un partenaire proche des Etats-Unis et du Canada. Ses membres (moins la Colombie) figuraient parmi les pays désireux d’établir le Partenariat Trans-Pacifique (TPP) annulé par Trump en janvier dernier.

Comme elle compte peu de positions dans le Pacifique en raison de la barrière de contention géographique que représentent le Japon, Taiwan, l’Indonésie et d’autres lieux contrôlés par les USA, la logique d’expansion chinoise est orientée vers le Pacifique sud.

La dissuasion au Venezuela

Le Venezuela est la première destination latino-américaine des investissements chinois. Depuis 2001, se sont développés quelques 800 projets de coopération qui ont permis le développement de secteurs aussi stratégiques que l’énergie, le pétrole, l’éducation, la santé, la technologie, le commerce, l’agro-industrie, l’agriculture, l’infrastructure, l’industrie, la culture et le sport. En 2013, le commerce bilatéral avait été multiplié  par 13714, passant de 1,4 million de dollars en 1974 à 19 200 millions de dollars.

La Russie dispose d’importants investissements dans la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque au travers de l’entreprise Rosneft qui ont été consolidés et seront augmentés après la rencontre à Moscou des présidents Poutine et Maduro début octobre.  La coopération agricole également devrait augmenter, au moyen de la mise en route d’usines de transformation de denrées alimentaires de haute technologie.

La coopération militaire engage plus de 11000 millions de dollars dans divers systèmes de missiles, de défense, sol-sol, sol-air, des systèmes d’artillerie,  défense antiaérienne,  fusils, hélicoptères, avions de combat et équipement logistique. L’échange commercial entre les deux pays a connu son apogée en 2013, lorsqu’il atteignit 2 450 millions de dollars.

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En mai 2013 un accord de confidentialité  permit à Rosneft d’obtenir des données géologiques sur les blocs pétrolifères en mer du Venezuela pour leur possible future exploitation, dans la claire intention de protéger les intérêts commerciaux chinois et d’assurer l’accès russe aux futurs gisements de pétrole et de gaz au Venezuela.

La Chine et la Russie déjouent l’intérêt qu’ont les Etats-Unis à intervenir d’une manière plus décisive dans la politique vénézuélienne car les alliances passées par le pays caribéen sont vitales pour leurs objectifs géostratégiques. Les déclarations depuis Moscou et Pékin à chaque agression réalisée par les Etats-Unis ces dernières années, ont été claires. Les deux gouvernements ont appelé à la résolution souveraine des conflits et à la non-ingérence, car les sanctions imposées par l’Administration Trump représentent une attaque directe aux alliances passées avec le pays sud-américain. D’où précisément leur appui à une résolution des conflits au Venezuela par la voie des élections, sous l’autorité de l’Etat vénézuélien et de son institution électorale, objet des attaques, le CNE.

Une partie du conflit global se déroule sur un territoire local, ce qui permet au Venezuela, dans les reconfigurations des dynamiques géopolitiques, de jouer un rôle décisif en faveur du multipolaire comme recherche d’un équilibre politique global qui lui permette d’exercer son droit à exister de manière souveraine.

 

 

 

Source : http://misionverdad.com/trama-global/china-y-rusia-apoyan-a-venezuela-contra-la-intervencion

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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Élections régionales au Venezuela : discrétion et embarras dans la presse française

Alors que l’élection de l’Assemblée nationale constituante en juillet dernier avait fait l’objet d’une intense couverture médiatique pendant plusieurs jours en France, les élections régionales qui se sont tenues la semaine dernière n’ont pas fait les gros titres de la presse hexagonale cette fois-ci. Est-ce parce que l’opposition y a largement participé et que la campagne et les élections se sont déroulées dans le calme, la thèse de la « dictature chaviste » se voyant ainsi invalidée ? Ou bien est-ce parce que la victoire de la coalition au pouvoir contredit le récit médiatique majoritaire d’un peuple tout entier dressé contre Maduro ? Éléments de réponse.

A la surexposition médiatique, succède le strict minimum journalistique

La une de Libération consacrée au Venezuela le 12 août 2017

Rétrospectivement, la couverture médiatique de l’élection de l’Assemblée constituante était d’une toute autre intensité. Avalanche de dépêches, reportages court, moyen et long format, « éclairages » et débats en plateau, titres choc en manchette, interviews, articles de décryptage, photos reportage, tweets enragés d’ « intellectuels engagés » … Le Venezuela et sa constituante auront l’honneur de faire la une de Libération. Tout y est passé pour une couverture médiatique maximale de l’élection de l’Assemblée nationale constituante. L’instrumentalisation du Venezuela à des fins de politique intérieure était à son comble du Front national jusqu’à l’Elysée : il s’agissait de faire d’une pierre, deux coups en diabolisant le Venezuela bolivarien et la gauche de transformation sociale en France (FI, PCF). Un phénomène que l’on a pu observer également en Angleterre avec Corbyn, en Espagne avec Unidos-Podemos, etc. Il faut dire que la frange la plus radicale de la droite vénézuélienne avait alors renoué avec la stratégie insurrectionnelle des « guarimbas ». Une flambée de violence dont les médias, dans leur grande majorité, imputaient la responsabilité au gouvernement accusé d’organiser la répression contre ce qui était présenté comme une insurrection populaire. En réalité, une stratégie de violence d’extrême-droite qui n’avait rien de spontané et qui suscitait alors l’indulgence de la presse hexagonale comme nous l’avions illustré dans un précédent article à relire ici.

Nous pouvions donc raisonnablement nous attendre à ce que les médias de masse accordent au moins la même attention aux élections régionales au Venezuela. Un pays accusé d’être une dictature qui organise des élections régionales auxquelles l’opposition, dans son immense majorité, participe : en voilà un scénario qui aurait de quoi susciter l’intérêt d’éditorialistes et de journalistes si soucieux des droits de l’homme et de la démocratie. N’ont-ils pas à cœur de vérifier la validité de leurs thèses sur la dictature vénézuélienne et de répondre à ceux qui, « idéologiquement aveuglés », les contestent ? Où sont donc passés les Enthoven, Naulleau et autres chevaliers blancs du tweet ?

Une élection reléguée au second plan dans les médias français

Des électeurs font la queue très tôt le matin pour aller voter à Petare, l’un des plus grands « barrios » d’Amérique latine. AVN / Fausto Torrealba

Bien entendu, la plupart des grands quotidiens et hebdomadaires ont relayé les résultats des élections régionales et la victoire de la coalition chaviste qui remporte 18 gouvernorats sur 23. Cependant, les articles consacrés à l’événement électoral sont souvent des reprises de dépêches AFP ou Reuters ou, tout du moins, ils en adoptent le ton très factuel. Nous sommes loin des unes, des manchettes et des articles exhaustifs de l’été dernier. Pas de reportages non plus sur les chaînes d’information suite aux élections. Des reportages ont en revanche été diffusés par certains journaux télévisés et chaines d’information un peu avant la tenue des élections afin de rappeler à leur manière les enjeux du scrutin. La veille du vote, le présentateur de BFM TV introduit un reportage intitulé « Au pays du chaos » par ces mots : « La dictature ou la démocratie, c’est pour résumer l’enjeu de l’élection de demain au Venezuela. » Même ton pour le JT de 13 heures de TF1 qui consacre un reportage au système D dans le pays caribéen le même jour. L’élection passée, les téléspectateurs devront se contenter des bandeaux d’alerte info en bas de leur écran pour savoir si le Venezuela a fini par basculer dans la dictature ou non. Jean-Luc Mélenchon invité au 20h de TF1 le lendemain des élections n’a pas été interrogé sur le sujet. Ni les autres représentants de la France Insoumise ou du PCF invités dans les médias dans le même laps de temps. Etrange … Les députés de la FI avaient dû faire face à de nombreuses injonctions médiatiques à condamner le « régime» vénézuélien l’été dernier. Décidément, la couverture médiatique des élections régionales n’est pas de la même ampleur.

L’information mise en avant : l’opposition conteste les résultats

 

 

 

 

Cartographie des résultats officiels publiés par le Conseil National Electoral (CNE) : le PSUV et ses alliés réunis au sein du Gran Polo Patriotico (GPP) remportent 18 Etats ; la coalition de droite (Mesa de Unidad Democratica – MUD) en remporte 5. Source : site internet du PSUV

Les articles insistent presque tous sur le fait que la coalition d’opposition (MUD) conteste les résultats et ce, jusque dans leurs titres. Libération titre sur « la victoire et des soupçons pour Maduro ». Pour l’inénarrable Paulo Paranagua  du Monde, « le pouvoir s’attribue la victoire aux élections régionales, l’opposition conteste ». Pour Courrier international, c’est une victoire écrasante mais contestée du parti au pouvoir. Même son de cloche pour LCI et ainsi de suite.  Ce que ces articles taisent, c’est qu’en 18 ans de révolution bolivarienne, l’opposition a contesté tous les résultats des élections … qui lui étaient défavorables. A l’instar de Laidys Gomez, nouvelle gouverneure d’opposition de l’Etat du Táchira, qui s’était empressée de reconnaitre sa très large victoire face au gouverneur chaviste sortant pour ensuite contester les résultats dans le reste du pays. C’est « le folklore habituel destiné aux médias internationaux et aux chancelleries » juge, tranchant, Benito Perez dans les colonnes du quotidien suisse le Courrier (classé à la « gauche de la gauche »).

Un florilège de titres que l’on pouvait lire dans la presse française au lendemain des élections.

Les chavistes ont, quant à eux, tout de suite reconnu leur défaite dans tous les Etats remportés par l’opposition incluant des zones stratégiques comme le Táchira, frontalier avec la Colombie. Par ailleurs, Henri Falcon, gouverneur d’opposition sortant en quête d’une réélection dans l’Etat de Lara a reconnu sa défaite en dépit de la position officielle adoptée par la MUD. Même scénario dans l’Etat de Carabobo où le candidat de droite a reconnu la victoire de son adversaire chaviste. Ce qui a bien moins été relayé également, c’est l’avis rendu par le CEELA (Conseil des Experts Electoraux Latino-Américains) et ses 1300 observateurs déployés dans tous les pays pour suivre l’élection, par la voix de son président lors de la conférence de presse de présentation du rapport final de leur mission d’accompagnement : « les élections se sont déroulées dans le calme et dans des conditions en tout point normales, aucun incident n’est à déplorer et le vote reflète en conséquence la volonté des citoyens vénézuéliens. » Le président du CEELA, Nicanor Moscoso, a en outre précisé qu’au terme des 12 audits de chacune des phases du processus électoral auxquels les représentants de tous les partis politiques en lice étaient étroitement associés, le document final a été signé par tous les partis de la coalition chaviste (GPP) et de la coalition d’opposition (MUD), le jugeant donc conforme.

Hector Rodriguez Castro, l’une des figures montantes du PSUV (chaviste) en pleine campagne à Petare. Il a été élu gouverneur de Miranda, le « joyau de la couronne » qu’il a ravi à la droite. L’Etat était jusqu’ici gouverné par l’opposant Henrique Capriles, candidat malheureux aux élections présidentielles de 2012 face à Chavez et 2013 face à Maduro, depuis déclaré inéligible par la justice vénézuélienne suite à des pots-de-vin de la part d’Odebrecht. C’est notamment dans certaines riches municipalités de Miranda dirigées par la droite comme Chacao que se concentraient les « guarimbas ». FACEBOOK

En outre, les articles proposant une véritable analyse des raisons d’un tel résultat ou à défaut avançant ne serait-ce que quelques éléments, ne sont pas légion. Ainsi, pour les Echos, reprenant Reuters, les chavistes remportent l’élection « par surprise ». Surprise, magie, hasard sont rarement les ingrédients d’une élection … Christophe Ventura, chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Amérique Latine qui nous avait accordé un long entretien sur le pays caribéen, avance, quant à lui, quelques éléments d’analyse, d’abord sur les réseaux sociaux puis dans un entretien sur le site de l’IRIS : « Comme en 2015 pour le chavisme (lors élections législatives), l’opposition vient de connaître un « trou » électoral parmi ses électeurs. Une bonne partie des classes moyennes et supérieures urbaines s’est abstenue. […] Cette tendance semble indiquer que le vote est venu sanctionner les événements de l’année et leurs responsables. […] Ils invalident les stratégies de la tension et de la violence développées ces derniers mois. » Peut-être qu’une analyse approfondie des résultats du scrutin s’apparenterait alors à une remise en question pour tous ces médias qui ont depuis longtemps pris fait et cause pour l’opposition vénézuélienne, y compris pour sa frange la plus radicale. Peut-être aussi que la presse française dominante aurait été plus loquace si l’issue de l’élection avait été favorable à l’opposition. Jack Dion, directeur adjoint de la rédaction de Marianne, livre ses réflexions sur son compte Facebook : « Une présumée dictature qui organise des élections avec des opposants en lice, c’est déjà une surprise. Une opposition battue alors que tous les médias la donnaient archi favorite, c’est encore plus étrange. Moralité : la réalité du Venezuela est plus complexe que les raccourcis en vogue, d’où qu’ils viennent. » A méditer …

Le président Maduro reçoit trois des quatre gouverneurs d’Acción Democratica (au centre) qui ont prêté serment devant l’Assemblée Nationale Constituante (Etats d’Anzoátegui, Nueva Esparta et Mérida) au Palais Miraflores, la résidence officielle de la présidence de la République, le 24 octobre 2017, en présence du Vice-président Tareck El Aissami (de dos à droite) et de la première dame Cilia Flores (à gauche). TWITTER

La droite vénézuélienne est aujourd’hui profondément divisée quant à l’attitude à adopter entre ceux qui, à l’instar des quatre nouveaux gouverneurs du parti Acción Democratica qui ont prêté serment devant l’Assemblée nationale constituante puis ont rendu visite à Nicolás Maduro à sa résidence officielle de Miraflores, semblent jouer l’apaisement et le dialogue, ne serait-ce que temporairement, et d’autres qui prônent la ligne dure comme Henrique Capriles qui a décidé de quitter la coalition en dénonçant la « trahison » d’Acción Democratica, la grande gagnante de ce scrutin au sein du camp antichaviste. La presse française standardisée se montre assez peu diserte sur les dissensions de l’opposition comme Libération qui se contente de relayer une dépêche AFP qui explique en creux que pour comprendre les échecs et les fractures de la droite vénézuélienne, c’est du côté des chavistes et de leur « plan d’accaparer le pouvoir pour toujours » qu’il faut chercher. Sur les ondes de France Inter, Anthony Bellanger, l’ex-directeur de l’information de Courrier international aujourd’hui chroniqueur éditorialiste aux Inrocks,à BFM TV et à France Inter, livre à peu près la même analyse : « On n’est plus à l’époque soviétique où les dictateurs remportaient 99,8% des voix. On gagne les élections, il ne faut pas exagérer, mais on perd un peu de terrain, pour ne pas être ridicules. » Si dictature il y a, celle-ci n’aurait aucun intérêt à livrer à l’opposition des Etats aussi stratégiques que le Táchira, le Mérida ou le Zulia, principale zone pétrolière du pays, à la frontière avec la Colombie et ayant manifesté par le passé des velléités sécessionnistes comme le rappelle le journaliste indépendant Maurice Lemoine spécialiste de l’Amérique Latine et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique dans un article publié par Mémoire des Luttes. Juan Pablo Guanipa, élu gouverneur du Zulia est le seul nouvel élu à avoir refusé de prêter serment devant l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) ; il n’a par conséquent pas pu prendre ses fonctions, contrairement à ses quatre autres collègues de l’opposition, et de nouvelles élections seront organisées en décembre. En tout cas, aucune remise en cause conséquente de l’opposition vénézuélienne, de sa stratégie et de sa rhétorique, malgré le désaveu électoral et les profondes divisions, ne semble vraiment à l’ordre du jour dans les salles de rédaction parisiennes.

Qu’est-ce que ce traitement médiatique en dents de scie révèle des relations que la presse française dominante entretient avec le Venezuela ? Loin de vouloir réellement informer sur la situation du pays caribéen, loin de se soucier des droits de l’homme et de la démocratie à Caracas, cette presse proclame inlassablement le mot d’ordre TINA (« There is no alternative – il n’y a pas d’alternative ») et fait le procès sous toutes les latitudes d’une gauche de transformation sociale un peu trop gesticulante à son goût. Toute information en provenance de Caracas qui ne donnerait pas de grain à moudre pas à ce discours ne sera pas mise en avant. C’est manifestement le cas des élections régionales. On préfèrera insister sur le fait que l’opposition conteste les résultats, en omettant qu’elle agit ainsi à chaque défaite électorale depuis 18 ans, plutôt que d’analyser les raisons d’un résultat favorable au chavisme malgré une profonde déstabilisation économique, sociale, politique et géopolitique depuis 3 ans. Et on préfèrera surtout vite passer à une autre « actualité ». Comme, par exemple, la décision du Parlement Européen dominé par la droite (PPE) et les sociaux-démocrates (S&D) de décerner le prix Sakharov à « l’opposition démocratique vénézuélienne » en décembre.

Crédits photo :

Photo en couverture : REUTERS / Ricardo Moraes

https://www.lapatilla.com/site/2017/10/15/en-fotos-asi-se-llevan-a-cabo-las-elecciones-regionales-en-venezuela-este-15oct/

Capture : https://boutique.liberation.fr/products/samedi-12-et-13-aout-2017

EN Venezuela Elecciones/FOTOS: Electores de Petare acudieron a votar desde muy temprano

www.psuv.org.ve/temas/noticias/detalles-gobernaciones-revolucion-infografia-gppsb-psuv-cne-primer-boletin/#.WehVFzs6-M9

www.elciudadano.cl/entrevistas/el-dia-despues-de-las-elecciones-regionales-en-venezuela-debemos-destacar-la-voluntad-democratica-del-pueblo/10/16/

http://www.el-nacional.com/noticias/politica/las-imagenes-reunion-tres-gobernadores-adecos-con-maduro_209105

Insoumission vénézuélienne

Par Maurice Lemoine  |  24 octobre 2017  

Le 15 octobre, alors que plus de 18 millions de Vénézuéliens étaient invités à élire leurs gouverneurs, le Grand pôle patriotique Simón Bolivar (GPP), constitué autour du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), a triomphé dans 18 Etats sur 23, n’en abandonnant que 5 à la coalition de la Table d’unité démocratique (MUD ; opposition). Malgré ce résultat sans équivoque, on se gardera bien ici d’accabler le malheureux Paulo A. Paranagua, deskman Amérique latine au service international du quotidien du soir Fake News (ex-Le Monde) pour le titre de son article du 17 octobre : « Le pouvoir s’attribue la victoire aux régionales ». C’est bien sûr le Conseil national électoral (CNE) et non « le pouvoir » qui a annoncé le résultat des élections. Simplement, ayant écrit quelques jours auparavant (14 octobre) « tous les pronostics évoquent une progression de la MUD, qui pourrait l’emporter dans 12 à 18 Etats, au lieu de 3 actuellement », l’infortuné journaliste ne pouvait qu’invoquer « une fraude à l’échelle nationale », sous peine de passer pour une diseuse de bonne aventure de troisième catégorie.
De la même manière, on recommandera l’indulgence pour Anthony Bellanger, l’ex-directeur de l’information de Courrier international aujourd’hui chroniqueur éditorialiste aux Inrocks, à BFM TV et à France Inter. Devant courir de l’un à l’autre pour y disserter sur des pays dont il ne connaît strictement rien, il s’en tire avec talent en racontant n’importe quoi. Ayant constaté en parcourant rapidement les dépêches que, malgré « les fraudes », l’opposition avait fait élire deux gouverneurs de plus que lors de l’élection précédente, il a levé le mystère pour les auditeurs du « service public » le 16 octobre à 18h55 : « On n’est plus à l’époque soviétique où les dictateurs remportaient 99,8% des voix. On gagne les élections, il ne faut pas exagérer, mais on perd un peu de terrain, pour ne pas être ridicules. » Précaution franchement inutile : quiconque a déjà entendu Bellanger parler du Venezuela sait pertinemment que, fort heureusement pour lui, le ridicule ne tue pas.

Avec une participation de 61,4 %, certes « non soviétique », mais néanmoins supérieure à celles affichées dans des pays aussi hautement démocratiques que la Colombie, le Chili, l’Argentine, le Mexique, la France, l’Allemagne ou les Etats-Unis, le chavisme s’est donc imposé (54 % des suffrages), infligeant un dur camouflet à ceux qui avaient fait de cette élection un référendum contre le chef de l’Etat Nicolás Maduro [1]. Ajoutant au poids des chiffres, il a reconquis deux juridictions hautement symboliques : l’Etat de Barinas, où se trouve Sabaneta, le village natal de feu Hugo Chávez, a élu l’un de ses frères, Argenis Chavéz ; l’Etat-clé de Miranda, qui inclue une partie du Grand Caracas, dirigé jusqu’ici par un des leaders de l’opposition, le multimillionnaire Henrique Capriles Radonsky, déclaré inéligible par la justice [2], a vu triompher l’un des jeunes espoirs de la révolution bolivarienne, Héctor Rodríguez.

Au lendemain de l’annonce des résultats, les dirigeants de l’opposition ont semblé complètement groggies. Puis, selon un scénario rôdé depuis presque deux décennies, le porte-parole Gerardo Blyde a annoncé que la MUD ne reconnaissait pas les résultats issus d’une « fraude sans précédent » alors que les prévisions lui annonçaient une « victoire gigantesque ». Avant d’ajouter : « Nous demandons aux candidats d’organiser des activités de rue pour soutenir notre accusation d’irrégularité. »
Pour l’instant, sans grand résultat, hormis celui qui voit les médias nationaux mais aussi internationaux, de la droite assumée à la gauche la plus décervelée, dérouler le tapis rouge à tous les poncifs : « pays à l’agonie », « dérive autocratique », « régime autoritaire », « installation d’une dictature »… Car, en matière de journalisme de basse intensité, Paranagua et Bellanger, épinglés ici non en vertu d’une haine personnelle mais en tant qu’archétypes du dévoiement partisan de l’information, ne constituent hélas en rien des exceptions.

L’œuvre en cours de formatage de l’opinion est devenue telle qu’il convient désormais de remettre systématiquement en mémoire les épisodes passés pour permettre un minimum de compréhension du présent. Ainsi…
Une crise sans précédent (récent) a mis à genou le Venezuela. Le « madurisme » serait « en train d’achever le chavisme » (Marianne, 1er août 2017). Qu’est-ce à dire ? Si le pouvoir de ce pays pétrolier ne commettait aucune erreur, cela se saurait ; il serait bien le seul au monde à rendre une copie parfaite. Mais, les ratés de sa gestion n’expliquent pas tout. Des pénuries organisées et de l’accaparement des aliments, médicaments et biens de première nécessité aux conséquences désastreuses du marché noir, en passant par une inflation démente sciemment provoquée, c’est bien, depuis l’arrivée de Maduro au pouvoir, une déstabilisation économique qui sème le chaos dans le pays [3]. Elle a, affectant, décourageant et provoquant un mal-être social, enfanté la victoire de l’opposition lors des législatives de décembre 2015. Majoritaire à l’Assemblée nationale, celle-ci, en faisant prêter serment à trois députés non élus car suspectés de fraude, s’est mis en janvier 2016 dans l’illégalité, amenant depuis le Tribunal suprême de justice (TSJ) à invalider toutes ses décisions. Confronté à un tel défi à l’ordre institutionnel, aucun Etat de droit ne procéderait autrement.

« Prisonnier politique » emblématique, le dirigeant de Volonté populaire (VP) Leopoldo López n’a pas été condamné pour ses « opinions », mais pour avoir déclenché une vague de violence destinée à renverser le chef de l’Etat – « La Salida » (la sortie) – qui, en 2014, a fait 43 morts et plus de 800 blessés. Président du gouvernement espagnol et membre de la noble « communauté internationale » qui, de Donald Trump à Emmanuel Macron, traite le Venezuela de dictature, Mariano Rajoy a appelé López le 12 juillet dernier et l’a « félicité pour son courage » avant d’exiger, pour la énième fois, sa libération « totale » (le « dissident » effectuant désormais sa peine à domicile) [4]. Sacré Rajoy ! Le 16 octobre, accusés d’être « les principaux promoteurs et directeurs » des incidents qui se sont produits en Catalogne le 20 septembre, sans faire aucune victime mortelle, les présidents de deux associations indépendantistes, Jordi Sanchez (Assemblée nationale catalane) et Jordi Cuixart (Omnium cultural), ont été mis en examen pour sédition et placés en détention préventive. L’Union européenne s’est contentée de « discrètes critiques », trop occupée qu’elle est à menacer Caracas de sanctions.

D’avril à juillet 2017, ce n’est pas, comme l’ont dit et répété les commentateurs disciplinés de nos radios et télés, « la répression des manifestations de l’opposition » mais « la vague de violence » qui a fait plus de 125 morts. Bavures policières, mais aussi assassinat de membres des forces de l’ordre, crimes de haine dans les rangs des manifestants, citoyens lambda victimes d’accidents dus aux barricades ou assassinées pour avoir voulu les contourner ou les déblayer, protestataires se faisant sauter avec leurs propres armes artisanales ou engins explosifs, etc., la camarde a frappé tous les camps, des opposants aux chavistes et aux indifférents.

Pourtant, le 1er septembre, dans Fake News (ex-Le Monde), l’inévitable Paranagua écrit encore : « Depuis cinq mois, les manifestations de l’opposition se déroulent selon le même scénario, rappelle Mme Tamara Taraciuk [analyste de Human Right Watch sur le Venezuela]  ; les rassemblements et les cortèges commencent de manière pacifique ; les forces de l’ordre les dispersent de manière brutale ; des jeunes radicalisés s’interposent alors avec des boucliers improvisés et renvoient les grenades lacrymogènes sur les policiers ou ripostent avec des jets de pierres ou de cocktails Molotov. » Comme la représentante de l’organisation de défense des droits humains notoirement proche du Département d’Etat dont il rapporte les propos, Paranagua n’a soit jamais couvert, comme est censé le faire un journaliste, les démonstrations de l’opposition, soit ment délibérément.


« Jeunes radicalisés s’interposant alors que la Police réprime avec férocité les manifestants » (Fake News – ex-Le Monde).

Photos à l’appui, on constatera sur ce site que l’inversion des séquences qu’il opère dénature sciemment les événements [5] : Garde nationale et police bolivarienne ne répriment pas les manifestations pacifiques (ni ne les provoquent en les « encageant » comme l’ont fait les forces de l’ordre françaises, suivant des ordres ineptes de leur hiérarchie, lors des défilés contre la loi Loi El-Khomri). Elles n’interviennent que quand « les jeunes radicalisés » et surtout les groupes de choc fascisants équipés pour la guérilla urbaine, loin de s’interposer pour protéger les citoyens d’une répression qui alors n’existe pas, s’émancipent de la tête du cortège et entreprennent de provoquer les affrontements.

Violence insurrectionnelle, vandalisme, énormes dommages matériels, rupture de l’ordre démocratique, tragédie humaine, refus de l’opposition de s’asseoir pour dialoguer : pour sortir de ce piège mortel, Maduro se tourne vers le peuple et convoque l’élection d’une Assemblée nationale constituante (ANC), faculté que lui donne sans aucune équivoque l‘article 348 de la Constitution [6]. L’opposition qui, en 2014, réclamait une telle Constituante, la rejette en bloc et refuse de participer à la Commission présidentielle chargée d’en élaborer le fonctionnement et le mode d’élection. Celui-ci combinera finalement un vote par circonscriptions municipales (364 membres) et un vote sectoriel (176) permettant d’élire spécifiquement : 79 travailleurs ; 28 retraités ; 24 membres des conseils communaux ; 8 paysans et pêcheurs ; 8 indigènes (élus selon leurs us et coutumes) ; 5 chefs d’entreprise ; 5 handicapés ; 24 étudiants. Tandis que la Conférence épiscopale vénézuélienne encore plongée en pleine Guerre froide dénonce « l’inscription dans la Constitution d’une dictature militaire, socialiste, marxiste et communiste », les bourreaux en col blanc du pilori médiatique s’accordent peu ou prou sur le fait que la Constituante a été « désignée grâce à un scrutin sur mesure et contraire au suffrage universel et à la Constitution ».

Hormis le dernier point, parfaitement mensonger, cette polémique mérite qu’on s’y arrête un instant. Reposant sur l’égalité impliquée par le suffrage « direct et universel » – un individu, une voix – la démocratie s’opposerait par définition à tout mode de scrutin favorisant certaines catégories de citoyens, sauvegardant ainsi la volonté du bien général face aux intérêts corporatifs, sectoriels ou particuliers. Toutefois, il ne manque pas d’analystes, généralement progressistes, pour noter, voire dénoncer, le fossé qui sépare le « monde politique » de la société. La fracture entre les électeurs et leurs représentants « professionnalisés ». Ou le mode de reproduction des élites. Beaucoup se retrouvent dans le constat suivant : « Il ne faut pas minimiser les effets de l’appartenance sociale de ceux qui concentrent le pouvoir – fût-il local – sur le contenu même des politiques qu’ils mènent. On peut en outre douter de leur capacité à représenter d’autres catégories de population que la leur, ou que celles qui savent se faire entendre d’eux… et qui sont rarement éloignées de la leur [7].  » Qui contesterait qu’en France, par exemple, la majorité « macroniste » de l’Assemblée nationale est composée de chefs d’entreprises et de yuppies issus des start-up ? Combien d’ouvriers ? Combien de paysans ? Le constat valant peu ou prou pour l’ensemble des partis.
Quand bien même le Venezuela se voudrait une démocratie « participative » et « protagonique », ce phénomène sociologique y existe également. Dès lors, ne peut-on considérer que le type de représentativité partiellement choisi pour la Constituante s’inscrit dans l’histoire des mouvements d’émancipation, riches des combats menés pour impliquer les classes populaires ? Avec des arguments philosophiques également respectables, on peut être d’accord ou non. Mais, plutôt qu’une excommunication automatique, la question mériterait un vrai débat de « philosophie politique » – en particulier chez les « rebelles professionnels », prompts à s’enflammer dès qu’il s’agit du Tiers-état de la Révolution française ou de la Commune de Paris, mais particulièrement timorés et distants dès qu’il s’agit du Venezuela d’aujourd’hui [8]. D’autant que, dans le cas présent, les arguments avancés par l’opposition ne tiennent pas.

A la veille du scrutin, d’El Universal et El Nacional (Venezuela, 16 et 29 juillet), à Clarín (Argentine, 10 juillet), La Razón (Bolivie, 17 juillet), El Espectador (Colombie, 27 juillet et 10 octobre), El Universo (Equateur, 18 juillet), El Excelsior (Mexique, 16 juillet), CNN (Etats-Unis, 10 juillet), El Nuevo Herald (Miami, 11 juillet), El País (Espagne, 8 juillet), L’Obs (25 avril), Le Point (15 juillet) et La Croix (16 juillet), sans parler de Fake News (ex-LeMonde, quasiment un jour sur deux !), le club planétaire de la pensée conforme diffuse avec délectation ou inconséquence les chiffres de l’institut de sondage vénézuélien Datanalisis : « Près de 70 % des Vénézuéliens sont opposés à la Constituante et 80 % d’entre eux dénoncent la gestion du chef de l’Etat. »
Dans ces conditions, et avec un tel rapport de forces, comment imaginer un seul instant que même dans des collèges d’ouvriers, de paysans, de chefs d’entreprises, d’étudiants (fers de lance supposés des manifestations !), ou, sur le plan territorial, dans les plus modestes des « municipios » [9], l’opposition ne puisse obtenir des élus, voire même une majorité ? A moins, bien sûr, que les fameuses estimations reprises unanimement par la sélecte confrérie du bourrage de crâne ne relèvent de la plus extrême fantaisie… Ce qu’on n’ose imaginer.
En réalité, en refusant de participer au scrutin et de siéger dans la Constituante, l’opposition a commis la même erreur qu’en 2005 ou, en ne présentant aucun candidat aux législatives du 4 décembre, elle s’était exclue de la représentation à l’Assemblée nationale pour cinq années – ce que les plus lucides de ses dirigeants ont ensuite amèrement regretté et critiqué.

Le 30 juillet, jour de l’élection de l’ANC, non seulement la MUD boycotte le scrutin, mais ses dirigeants les plus radicaux appellent à le saboter. Dans le cadre d’une grève générale (non suivie !) de deux jours, Freddy Guevara, principal porte-parole du parti Volonté populaire, incite les Vénézuéliens à « rester à la maison ou à sortir uniquement pour ériger des barricades ». Dans les quartiers des classes aisées de Caracas, épicentres des violences d’avril à juillet, les électeurs potentiels sont menacés d’agressions physiques et même de mort s’ils vont voter. Le CNE devra ouvrir dans la capitale des « bureaux d’urgence » pour permettre la participation de milliers de citoyens empêchés de le faire dans leurs circonscriptions. Au cours de cette escalade de violence qui voit, en province, des bureaux de vote attaqués à la grenade ou à coups de fusils, près de 200 terminaux de vote électronique sont incendiés (dans les Etats de Mérida Táchira, Zulia et Trujillo), un sergent de la Garde nationale et un candidat chaviste sont assassinés, vingt-et-un fonctionnaires de police blessés par arme à feu, huit gardes nationaux brûlés par un engin explosif dans le quartier caraqueño d’Altamira.
Au moins quinze morts tombent au cours de ce week-end. En vain. A la surprise générale (forcément !), 8 089 320 Vénézuéliens se rendent aux urnes pour élire leurs Constituants, soit 41,5 % de l’électorat. Une claque pour ceux qui pensaient Maduro au bord d’une tombe sur laquelle ils rêvaient d’aller cracher.

Ces chiffres seront bien sûr contestés. D’abord, semant légitimement le doute, par Antonio Mugica président de la firme Smartmatic, qui fournit le software des machines à voter. « Nous estimons que la différence entre la participation réelle et celle annoncé par les autorités est d’au moins 1 million de voix », déclare-t-il, depuis… Londres, trois jours après le scrutin.
Une bien curieuse affaire… Sans jamais aucun incident, et défendant l’intégrité des résultats de douze élections successives, cette entreprise en encadre techniquement le déroulement depuis 2004 – le vote étant complètement automatisé. Dans le cas présent, non seulement Mugica sort précipitamment ses vingt employés du Venezuela et ferme ses bureaux « jusqu’à nouvel avis », mais il s’abstient de tout contact avec le CNE, son partenaire familier, avant de s’envoler pour la Grande-Bretagne, où il organise sa spectaculaire conférence de presse. Ensuite, il disparaît des radars, sans jamais avoir soumis à quiconque un quelconque rapport technique détaillé expliquant la supposée fraude « d’au moins 1 million de voix » (on admirera la précision), qui l’a réalisée et comment elle a été détectée.
Devant ce qui demeure un (relatif) mystère, on avancera une hypothèse. Dans un contexte d’agression permanente, les Etats-Unis viennent alors d’annoncer des sanctions contre, entre autres, la présidente du CNE Tibisay Lucena pour son rôle dans l’organisation de cette élection « illégale ». « Cette action du gouvernement américain affecte également d’autres fournisseurs de notre institution qui, nous en avons connaissance, ont vu bloquer leurs comptes à l’extérieur », révélera Lucena [10]. De là à en conclure que les entreprises travaillant avec le gouvernement vénézuélien risquent de se couper définitivement du marché américain, voire d’être condamné à de très fortes amendes par la justice de ce pays, il n’y a qu’un pas – que nous franchissons (en compagnie des dirigeants de Smarmatic, manifestement)…

Trouvant sans doute le président de Smartmatic un peu mollasson, Henry Ramos Allup, député d’Action démocratique (AD, membre de la MUD) n’estime lui la participation qu’à 12 %, soit à peine 2,4 millions de personnes. Inspiré par ces savantes « expertises », le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA) Luis Almagro, la bave aux lèvres, s’empresse de tweeter : « On confirme la plus grande fraude de l’histoire latino-américaine en pourcentage et millions de votants ».Par la voix de la chef de sa diplomatie Federica Mogherini, l’Union européenne déclare qu’elle refuse de reconnaître cette ANC et annonce qu’elle est prête à « accentuer graduellement » les pressions sur Maduro. Parmi ses membres, c’est l’Espagne qui pousse le plus pour des mesures de rétorsion. Sacré Mariano Rajoy (bis) !



Le 16 juillet, deux semaines avant l’élection de la Constituante, l’opposition avait défié le pouvoir en organisant un plébiscite présenté avec sa mesure habituelle comme « l’acte de désobéissance civile le plus grand de l’humanité », « détonateur » de la dernière phase de la mobilisation visant à forcer le départ du chef de l’Etat. Au milieu des questions posées, la première sur le rejet de la Constituante, la dernière sur la formation d’un gouvernement d’union nationale, la deuxième attirait particulièrement l’attention : « Demandez-vous à la Force armée nationale et à tous les fonctionnaires publics d’appliquer et défendre la constitution de 1999 et de respecter les décisions de l’Assemblée nationale ? » Un appel non dissimulé à une intervention militaire.
Arrivé la veille en compagnie de quatre autres anciens présidents latino-américains en tant qu’« observateurs internationaux », le Mexicain Vicente Fox jugea que le scrutin marquait le début « du chemin vers la fin » du gouvernement Maduro.

« Le Venezuela a envoyé un message clair à l’exécutif national et au monde », déclarera deux jours plus tard la rectrice de l’Université centrale du Venezuela, Cecilia García Arocha, en précisant que 6 492 381 personnes avaient voté dans le pays et 693 789 à l’étranger (alors que 101 000 seulement y sont enregistrés par le CNE !). Permettant ultérieurement à Freddy Guevara d’annoncer une nouvelle étape de la lutte baptisée « Heure Zéro », cette consultation anticonstitutionnelle et dépourvue de valeur légale, menée sans aval ni participation du CNE, sans registres électoraux ni bulletins de vote vérifiables puisque brûlés à la fin du scrutin, se déroula dans le plus grand calme et sans intervention du « gouvernement dictatorial » [11].

Quel contraste avec la gestion calamiteuse par le gouvernement de droite au pouvoir à Madrid du référendum (déclaré également illégal par la Cour constitutionnelle espagnole) organisé le 1er octobre par les indépendantistes catalans. Dix mille policiers et gardes civils casqués et armés jusqu’aux dents pour garantir le maintien de l’ordre ! Des charges policières sur la foule pacifique, des écoles prises d’assaut, des dizaines de blessés, des personnes âgées en sang… En fin de journée, près de 900 manifestants auront été examinés par les services de secours (de même que près de 40 policiers). Heureusement pour lui, Rajoy n’est pas Maduro.

Dix-huit gouverneurs à cinq ! L’élection du 15 octobre confirme la tendance observée le 30 juillet. Et provoque les mêmes accusations : « Fraudes, violences, irrégularités, manipulations, extorsions et chantage destinés à nier la volonté des Vénézuéliens »… L’opposition dénonce notamment l’absence d’observateurs internationaux. Pourtant, le 4 octobre, c’est Nicanor Moscoso, le président du Conseil des experts électoraux latino-américains (Ceela), qui, en conférence de presse au siège du CNE, a confirmé que, au terme de douze audits de chacune des phases du système électoral, tant le Grand pôle patriotique que les partis d’opposition ont signé le document en manifestant la conformité.
En l’occasion fort de cinquante observateurs, dont vingt ex-présidents, vice-présidents et magistrats d’organismes électoraux dans leurs pays respectifs, le très respecté Ceela a accompagné et observé plus de trois cents scrutins, partout sur le continent (sauf aux Etats-Unis !). Son porte-parole, le colombien Guillermo Reyes qui, à Caracas, affirme que les vérifications effectuées offrent « confiance, sécurité et transparence », peut difficilement être considéré comme un redoutable gauchiste : il a été président du CNE colombien – pays où la droite monopolise le pouvoir depuis la nuit des temps ! Tous confirmeront après coup la sincérité du scrutin. Tenu dans les mêmes conditions d’ailleurs, avec les mêmes software et hardware, que celui qui a entériné la victoire de la MUD en décembre 2015.

Dans son communiqué, l’opposition met également en cause le déplacement de bureaux de vote dans les heures qui ont précédé le scrutin. Et pour cause… Il s’agit des centres où, lors de l’élection de la Constituante, des voyous à la solde de l’extrémisme ont créé le chaos et menacé les citoyens pour les empêcher de voter. Ne s’étant pas évaporés, échappant au contrôle des dirigeants de la MUD qui ont décidé de la participation à ces élections régionales, ils font peser une menace potentielle sur la journée. Raison pour laquelle le CNE déplace effectivement et à juste titre, dans sept Etats, 282 centres (sur 13 599) vers des endroits plus aisément protégés par les forces de sécurité.

A l’exception de l’opposant Andrés Velásquez qui, battu de très peu (0,26 % des suffrages) dans l’Etat de Bolívar, présente des documents susceptibles de mettre en évidence des irrégularités, l’ensemble des leaders se contentent de dénoncer « le système électoral le plus corrompu du monde » (Henrique Capriles) et d’en appeler à la communauté internationale. Et omettent évidemment de remettre en cause le CNE pour les résultats annoncés dans les Etats qu’ils ont gagné. Il est vrai que…
« Mieux encore ! Les Chavistes perdent des Etats périphériques, un peu comme s’ils concédaient quelques broutilles sans importance à l’opposition », assène Anthony Bellanger aux infortunés auditeurs de France Inter, dans sa brillante chronique du 16 octobre. S’il avait autre chose qu’un petit pois à la place du cerveau, il saurait que c’est précisément trois de ces Etats – Zulia, Táchira et Mérida – que le pouvoir, s’il avait fraudé, aurait tout fait pour contrôler.

Dans le Zulia, le candidat de Justice d’abord (Primero Justicia), Juan Pablo Guanipa, s’est imposé avec 51,6 % des suffrages. Principale zone pétrolière, disposant d’une sortie sur la mer caraïbe à travers le lac de Maracaibo, et donc vitale pour l’économie du pays, le Zulia, s’appuyant sur des particularités historiques et culturelles, a régulièrement manifesté des velléités de sécession. En 1863, dans le cadre de la « guerre fédérale », le général Jorge Sutherland y proclama l’Etat souverain du Zulia, qui deviendra en 1866 la République du Zulia (incorporant les Etats de Trujillo, Mérida et Táchira) avant d’être soumise.
Sans remonter aussi loin, en 2003, Julio Portillo, directeur de l’Ecole de sciences politiques de l’Université [privée] Rafael Urdaneta, le comparant au Québec et au Panamá, propose un référendum sur l’indépendance du Zulia, avec comme argument qu’il « est une Nation du fait… de ses richesses » [12]. En 2005, la directrice du département des sciences politiques de l’Université de Zulia, Lucrecia Morales, exhortera encore à détacher l’Etat de « ce gouvernement » (de Chávez) par la voie de « l’émancipation définitive [13] ».
Peu de temps avant les élections législatives tenues cette année-là, l’ambassadeur des Etats-Unis William Bromfield, lors d’une visite au gouverneur d’opposition Manuel Rosales, déclara à Maracaibo : « Il y a vingt-cinq ans, j’ai vécu deux années dans la République indépendante et occidentale du Zulia [c’est nous qui soulignons], et je sais parfaitement ce qu’est un climat chaud  [14 ! » Avant d’évoquer la possible signature d’un « accord bilatéral » entre le Zulia et les Etats-Unis.

Situés sur la frontière colombienne, le Táchira et Mérida ont été, hors les quartiers huppés de Caracas, deux épicentres de la vague de violence d’avril à juillet 2017. La victoire des deux gouverneurs élus, Laidy Gómez (Táchira, 63,3 % des votes) et Ramón Guevara (Mérida, 51,05 %), impliqués dans l’appui à ces « guarimbas », laisse augurer une absence d’enthousiasme dans les tâches de maintien de l’ordre en cas de reprise des hostilités dans cette région particulièrement sensible. Alors que les acteurs locaux des troubles récents ont pu compter sur l’aide de paramilitaires colombiens, Laidy Gómez semble faire d’une large ouverture de la frontière avec le pays voisin une priorité, sans trop sembler se préoccuper de la contrebande des biens de première nécessité qui, dans le cadre de la « guerre économique », mine le Venezuela.

Du fait de sa continuité géographique, ce triangle stratégique (Zulia, Táchira, Mérida) pourrait déclencher une crise d’une gravité exceptionnelle si, comme l’ont fait en 2008 les riches provinces pétrolières et gazifières de la « demi-lune » en Bolivie – Santa Cruz, Beni, Pando, Tarija – pour tenter de déstabiliser Evo Morales, elles venaient à refuser l’autorité du pouvoir central, organisant une quasi-sécession. Ou même si elles fermaient les yeux sur une forte pénétration paramilitaire venue du pays voisin. Ou encore si elles favorisaient la création d’une « zone libérée » d’où pourrait surgir l’appel d’un gouvernement dit « légitime » – prémisse peut-être d’un « gouvernement en exil », un Tribunal suprême de justice parallèle a déjà pris ses quartiers, à Washington, au siège de l’OEA. Ou enfin si, dans le cadre de l’éventuelle « opération humanitaire » invoquée par Washington et l’OEA, elles favorisaient une intervention également venue de Colombie.
Complotisme ? Qui peut avoir oublié les inquiétantes déclarations du directeur de la CIA, Mike Pompeo, lorsqu’il a révélé que la Colombie « est disposée à collaborer à la récupération de la démocratie au Venezuela »  ?
Bref, il eut été vital pour le PSUV de contrôler directement ces trois Etats. Mais, par pitié, ne dites pas à la mère d’Anthony Bellanger qu’il est analphabète, elle le croit chroniqueur dans la matinale de France Inter
En attendant, de fortes turbulences secouent la MUD. Déjà, les primaires organisées le 10 septembre pour choisir ses candidats, avaient engendré de fortes tensions. Minoritaires, les partis « ultras » Vente Venezuela, de María Corina Machado, et Alianza Bravo Pueblo, du maire de Caracas Antonio Ledezma actuellement assigné à résidence, avaient décidé de ne pas participer aux élections régionales « pour ne pas trahir le peuple ». Ces primaires opposèrent donc Action démocratique (de Henry Ramos Allup), Volonté populaire (de Leopoldo López et Freddy Guevara), Justice d’abord (d’Henrique Capriles), Un Nouveau temps (de Manuel Rosales), Avancée progressiste (de Luis Romero et Henry Falcón) et le Copei (d’Enrique Mendoza). Marquée par une forte abstention, la confrontation « entre amis » permit au vieux parti social-démocrate Action démocratique de rafler la plupart des candidatures grâce à sa relative modération et à son implantation en régions. Promoteur de la violence au cours des mois précédents, Volonté populaire s’effondra. Trahisons, insultes et même horions agitèrent les centres de vote. Justice d’abord accusa son ex-militant Ismael García, passé à Action démocratique, d’avoir eu recours à la fraude et à l’aide d’une bande criminelle – le Train d’Aragua – pour intimider ses adversaires. Dans l’Etat d’Amazonas, le gouverneur sortant Liborio Guarulla dénonça la MUD pour avoir séquestré le matériel électoral et imposé un candidat.
Après l’inattendue victoire chaviste, les camps en présence ne jouent plus le même jeu. La furibonde María Corina Machado accuse les « cogollos » [15] d’être complices de la fraude pour avoir accepté les conditions, imposées par le pouvoir, dans lesquelles se dérouleraient ces élections. Plus ou moins trotskiste, censé représenter la gauche politique, le politologue Nícmer Evans reproche à la MUD (la droite et l’extrême droite) de « ne pas avoir inclus le chavisme critique dans sa stratégie [16] ». Les candidats d’opposition vaincus hurlent au scandale, avec plus ou moins de conviction. Mais pas tous. Gouverneur sortant de l’Etat de Lara et candidat de la MUD Henri Falcón déclare : « De façon responsable, je dis que nous avons perdu, c’est aussi simple que ça, et il faut l’accepter parce qu’il faut aussi savoir faire preuve de courage. » Député anti-Maduro, José Guerra ne mâche pas plus ses mots : « Nous nous sommes battus nous-mêmes, nous n’avons pas été capables de mobiliser nos sympathisants ! » L’ex-premier secrétaire de la MUD, Jesús « Chuo » Torrealba, se montre particulièrement agacé : « La déclaration de la MUD me préoccupe, on n’y comprend rien. Il ne s’agit pas de croire ou de ne pas croire dans les résultats (…) Elle doit pouvoir dire ici j’ai les actes [de chaque table], ici j’ai les résultats, et ils ne coïncident pas. »
Tout comme le vice-président de son parti Action démocratique, Antonio Ecarri Bolívar – « Les résultats sont dus à l’abstention, pas à une supposée fraude » – Henry Ramos Allup constate , le 16 octobre, sur la chaîne Globovisión : « Déjà, dans l’après-midi [de dimanche], j’avais des informations m’indiquant que l’affluence des électeurs de l’opposition avait diminuée, ce qui laissait prévoir un résultat positif pour le chavisme. » Puis, interrogé sur la position du secrétaire général de l’OEA Luis Almagro, qui critique la participation aux régionales, il fait exploser une bombe (qu’on aurait dû entendre au moins jusqu’à Bruxelles, Paris et, pourquoi pas, la Maison de la Radio)  : « Je crois qu’Almagro se trompe complètement (…) Je lui recommande de reconsidérer sa position et de cesser de donner tant de leçons depuis l’extérieur. »

Pour expliquer ce spectaculaire retournement de perspective, on précisera que sur les cinq gouvernorats gagnés par l’opposition, quatre l’ont été par Action démocratique – ce qui fait de Ramos Allup le potentiel leader de l’opposition dans la perspective de l’élection présidentielle de 2018.

La stratégie insurrectionnelle de la MUD n’a pas payé. Alors que le pays sombrait dans la folie, l’Assemblée nationale constituante convoquée par Maduro a ramené un calme dont rêvaient une majorité de Vénézuéliens. D’une façon inattendue, l’une de ses premières décisions, la destitution de la procureure générale Luisa Ortega, passée avec armes et (surtout) bagages à l’ennemi, et son remplacement par Tarek William Saab, a permis l’enclenchement d’une lutte inédite et spectaculaire contre la corruption – fléau qui a causé un tort considérable à la révolution bolivarienne, scandalisant les citoyens, toutes tendances confondues [17]. La montée en puissance des Comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP) entraînant la distribution de kits de nourriture subventionnée par le gouvernement à neuf millions de familles leur permet d’échapper aux pénuries organisées pour faire tomber Maduro, manœuvre cynique, mais également bouillon de culture du mécontentement populaire. Les menaces de Donald Trump et l’ingérence de pays de la région suscitent un viscéral rejet. « C’est juste dingue ! » : Bolivar et Chávez redeviennent plus vivants que jamais.
En un mot : malgré un contexte social et économique délicat, le cœur du chavisme s’est remobilisé.

La MUD, elle, a fait tout ce qui était humainement possible pour échouer. Pendant quatre mois, elle a jeté la classe moyenne dans la rue au nom d’une « rébellion civique » lui assurant la chute imminente de la tyrannie de Maduro. Sans résultat. La sauvagerie et les excès de ses escadrons de choc militaro-délinquants ont fini par effrayer la fraction modérée de ses partisans. Après le plébiscite du 16 juillet, Julio Borges, le président du Parlement, affirmait encore, évoquant la « partialité » du CNE : « La Constituante est inacceptable et nous ne tomberons pas dans le piège des élections des gouverneurs. » Leitmotiv : « Dans une dictature, on ne vote pas », ce serait « légitimer le régime ». Soudain, Ramos Allup, puis Freddy Guevara, changeant leur fusil d’épaule, annoncent qu’Action démocratique et que Volonté populaire participeront – de manière « tactique » pour Guevara –à ce scrutin. « Tactique » peut-être, mais tout de même… Smartmatic vient juste de dénoncer une manipulation « d’environ un million de voix » par le CNE ! Guevara s’attire des rangs de son propre camp l’accusation de « traître » et d’« opportuniste ». Ce qui n’empêche pas les autres partis de suivre le mouvement et 196 candidats d’opposition de postuler aux primaires. Amenant les « durs » à la rupture. Désarçonnant complètement militants et sympathisants, qui ne savent plus à quel Saint se vouer.


« BHL et Freddy Guevara à Paris »

Autre malaise chez les modérés : la MUD ne propose aucun programme crédible, aucune mesure, aucune solution concrète susceptible d’atténuer la crise économique. Juste « renverser la dictature ». Qui plus est, les leaders du « G-4 » – Justice d’abord, Volonté populaire, Un Nouveau temps, Action démocratique – les yeux rivés sur la présidentielle de décembre 2018, passent leur temps à se faire des croche-pieds. Annoncent qu’ils dialoguent avec le pouvoir, mais attention, sans dialoguer. Vivent luxueusement dans des avions volant entre Caracas, Lima, Washington et Bruxelles, où ils quémandent des sanctions et l’asphyxie… économique du pays. Voire même une intervention, certes « humanitaire », mais tout de même un peu militarisée… Chez les chavistes, on parle de « trahison de la patrie » – ce qui fait hurler la bien-pensance planétaire – , mais, chez les plus raisonnables des anti-Maduro, la démarche choque et inquiète : la réponse à la crise qui les affecte aussi se situe peut-être ailleurs, non ? Comme leurs compatriotes « bolivariens », ils aimeraient bien un minimum de raison et un peu de tranquillité.

15 octobre. La diabolisation permanente du CNE a atteint son but (même si ce n’est pas le moment !) : elle incite nombre d’opposants à s’abstenir de voter. Les divisions et trahisons lors des primaires ont laissé des traces : les mécontents du candidat demeuré en lice restent également à la maison. Les enragés de Maria Corina Machado crachent sur tout le monde. Par rapport aux législatives de décembre 2015, la MUD perd trois millions de voix. Pas en raison de fraudes, du fait d’un vote sanction.
Comme il se doit, ses dirigeants avaient annoncé qu’en aucun cas leurs cinq élus ne prêteraient serment devant l’Assemblée nationale « prostituante », démarche exigée par le pouvoir. Mais, pour les intéressés, c’était prendre le risque, comme l’Assemblée nationale l’a fait depuis janvier 2016, de se retrouver hors-jeu. Le 23 octobre, dynamitant la MUD, les quatre gouverneurs d’Action démocratique – Laidy Gómez (Táchira), Alfredo Díaz (Nueva Esparta), Ramón Guevara (Mérida) y Antonio Barreto Sira (Anzoátegui) – ont franchi le Rubicon et, de ce fait, pourront exercer leur fonction. Seul Juan Pablo Guanipa (Justice d’abord), élu dans le Zulia, a refusé de reconnaître la légitimité de l’ANC et risque donc de voir son élection invalidée.
En apprenant la nouvelle de cette victoire hautement symbolique, le président Maduro s’est prononcé avec mesure à la radio et à la télévision : « J’ai appelé tous les gouverneurs d’opposition et je leur ai dit qu’on tourne la page. Je leur tends la main pour qu’on travaille ensemble. Dieu fasse qu’on puisse maintenir ce climat de bonne volonté. » Pas sûr qu’il soit entendu par tous. Evoquant les quatre gouverneurs, Leopoldo López les a accusés de « trahison et de tromperie ». Et la droite dure a annoncé une (nouvelle) tournée internationale pour dénoncer la tyrannie.

L’intrusion de ces opposants raisonnables troublera-t-elle le jeu ? Pas sûr. Car celui de Washington semble clair : imposer de l’extérieur ce que ses protégés sont incapables d’obtenir dans le pays. Trump accentue les sanctions économiques. A l’OEA où, le 14 octobre, il a présidé la cérémonie d’investiture d’un Tribunal de justice vénézuélien parallèle et où il manigance pour faire déférer le gouvernement vénézuélien devant la Cour pénale internationale (CPI), la dérive de Luis Almagro prend une telle ampleur que le président bolivien Evo Morales estime qu’il faudrait lui envoyer un psychiatre. Toutefois, bien que parfois gênés aux entournures par un activisme que ne lui permettent nullement les statuts de l’OEA, l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, Panamá, le Paraguay et le Pérou suivent le mouvement. Alors que chaque jour, en Colombie, tombent des dirigeants populaires sous les balles assassines, le président Juan Manuel Santos assure que la résolution de la crise du Venezuela passe par « la célébration d’élections générales » anticipées, avec « un CNE indépendant ».
Les vingt-huit Etats membres de l’UE ont récemment donné leur « accord de principe » à la mise en place de sanctions contre « le régime » de Maduro. « Il faut un retour à l’Etat de droit » au Venezuela, a affirmé de son côté le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Dans son édition datée du 20 octobre, le quotidien du soir Fake News (ex-Le Monde) a publié un long reportage de sa correspondante Claire Gatinois contant les tristes tribulations d’une jolie étudiante en comptabilité de Caracas qui se prostitue pour 80 reais la passe (20 euros) au Brésil, à Boa Vista (Etat de Roraima). Tonalité de l’article : « Même une vie misérable vaut mieux que le Venezuela ».
Rien, en revanche, sur le tout récent recours en nullité déposé auprès de la Cour suprême fédérale par Dilma Rousseff, visant à révoquer le pseudo « impeachment » qui a interrompu son mandat présidentiel en 2016. Un nouveau témoignage a révélé que l’ex-député Eduardo Cunha, bras droit de Michel Temer et alors président de la Chambre des députés, a reçu un million de reais (265 809 euros) afin d’acheter le vote de députés pour obtenir sa destitution.
Rien non plus, jamais, sur les femmes des quartiers populaires (et autres) qui, au Venezuela, votaient hier Chávez et aujourd’hui Maduro.

Illustration : Mobilisation du Grand Pôle Patriotique (juin 2017)

Notes

[1] Le PSUV a gagné les Etats d’Amazonas, Apure, Aragua, Barinas, Bolivar, Carabobo, Cojedes, Falcón, Guárico, Lara, Miranda, Monagas, Portuguesa, Sucre, Trujillo, Yaracuy, Delta Amacuro, Vargas, et a reconnu sa défaite dans les Etats d’Anzoátegui, Mérida, Táchira, Nueva Esparta et Zulia.

[2] Capriles aurait bénéficié de pots-de-vin de la part d’Odebrecht, le grand groupe de BTP brésilien impliqué dans un scandale qui touche des fonctionnaires et hommes politiques de toutes tendances dans douze pays d’Amérique latine et d’Afrique.

[3] Lire Mémoire des luttes, « La guerre économique pour les nuls (et les journalistes) », 11 août 2017.

[4]  ABC, Madrid, 12 juillet 2017.

[5] http://www.medelu.org/Au-Venezuela-la-fable-des

[6] Article 348- L’initiative de la convocation de l’Assemblée nationale constituante pourra être prise par le président ou la présidente de la République en conseil des ministres, l’Assemblée nationale avec l’accord des deux tiers de ses membres, les conseils municipaux réunis en conseil municipal avec l’accord de deux tiers de leurs membres ou de 15% des électeurs inscrits sur les listes électorales.

[7] Michel Koebel, Le Monde diplomatique, janvier 2014.

[8] D’autres réflexions et propositions existent de par le monde, telles, par exemple, celles du politologue américain James Fishkin qui suggère notamment la formation de comités, d’assemblées de citoyens tirés au sort et statistiquement représentatifs, ayant compétence pour se prononcer sur des dossiers compliqués.

[9] Hormis le vote sectoriel, 364 des Constituants ont été élus sur la base d’un par commune, deux pour les capitales des provinces et sept pour Caracas.

[10]  Misión Verdad, Caracas, 3 août 2017.

[11] Seule exception notable, une fusillade provoqua la mort d’une femme devant un bureau de vote situé dans l’ouest de Caracas. Supposément « chaviste », le présumé coupable a depuis été arrêté.

[12]  La Verdad, Maracaibo, 26 octobre 2003.

[13]  La Jornada, Mexico, 11avril 2007.

[14]  Ibid.

[15] Terme péjoratif venant de la IVe République : les notables de la direction des partis.

[16]  BBC Mundo, Londres, 16 octobre 2017.

[17] Lire « Comment le nouveau procureur général Tarek William Saab a repris et accéléré la lutte contre la corruption au Venezuela, Venezuela Infos, Caracas, 21 octobre 2017 – https://venezuelainfos.wordpress.com/

Publié par Mémoire des luttes :  http://www.medelu.org/Insoumission-venezuelienne