Élections municipales : nouvelle étape pour les bases populaires du chavisme

par Ruben Castillo, 13 décembre 2017

2017 avait débuté dans un calme que nous n’avions pas connu depuis longtemps. Nous sortions d’une année plombée par la défaite que nous avait infligée la droite lors des élections législatives du 6 décembre 2015, et nous subissions déjà les assauts d’une guerre économique marquée par la rareté des aliments, la spéculation effrénée et la peur de mourir de faim que tant de prophètes de malheur (de droite comme de gauche) – conjointement aux grands médias privés (internes et externes) – s’étaient chargés de nous faire intérioriser.

Politique réelle : soutien des bases chavistes 

Ce calme des deux premiers mois fut un ressourcement, une respiration pour affronter les difficultés accumulées depuis 2016; c’est alors que la situation empira à l’extrême lorsque l’ex-procureure générale Luisa Ortega lança dans un discours, au début d’avril 2017, le mot d’ordre de « la rupture du fil constitutionnel » : le Venezuela entra dans la spirale de la violence. Plus de 120 jours de « guarimbas » (violences de l’extrême droite). Mais c’est là aussi que se situe la genèse politique de notre mouvement qui aboutit à trois victoires électorales successives. Nous avons désarticulé l’antipolitique qu’on a voulu imposer par la violence, en suivant la stratégie politique initiée par Chavez et continuée par Nicolas Maduro.

La mobilisation populaire pour élire l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) s’est chargée de désarticuler toute cette antipolitique violente qui s’est abattue sur nous, et les élections régionales ont laissé l’adversaire sans arguments. L’année aurait pu s’achever sur ces deux victoires, mais le CNE a ouvert un processus électoral de plus : celui des élections municipales de décembre 2017; une fois de plus, la politique nous a permis d’obtenir une victoire, plus grande même, grâce aux secteurs populaires qui appuient ce processus, démontrant une fois de plus que ce gouvernement bénéficie d’un solide soutien, malgré la guerre économique que nous vivons.

Arrêtons-nous un moment sur le contexte de ces trois victoires, et surtout sur la dernière qui fait apparaître des résultats que nous n’avions pas obtenus en 2008 avec Hugo Chavez à la tête de l’Etat, et alors qu’à cette époque nous jouissions d’un climat d’apparentes tranquillité et stabilité.

A mon avis, il existe deux raisons à ce triomphe :

  • Les bases et la politique réelle. Le fait politique, telle une habitude inscrite dans notre corps, est plus vivant que jamais dans les différentes formes d’organisation, qu’elle s’appelle UBCH (équipes politiques de mobilisation du chavisme), Conseils Communaux ou CLAP (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production). Ceux-ci plus que les autres ont conduit les bases à une discussion réelle, de fond, sur le fait politique pour construire un pays différent à celui que nous connaissons.
  • Les outils de cette politique au milieu des attaques. Nicolas Maduro a répondu à la question que beaucoup se sont posée le 8 décembre 2012 : pourquoi lui à la présidence de la république et pas quelqu’un d’autre ? Habilement et sans se laisser prendre au jeu de l’ennemi, il a créé une série de conditions pour maintenir le fait politique dans les quartiers pauvres, dans les maisons, au travail, dans les quartiers plus résidentiels, etc…et, ce qui est encore plus intéressant, il a créé des instrument sociaux pour esquiver les attaques de l’ennemi, tels que le Carnet de la Patrie, le mouvement Nous sommes Venezuela, le plan Travail Jeune, le Congrès de la Patrie, entre autres.

Les résultats obtenus, bien que très favorables, ont également montré que les processus électoraux qui ont précédé ce scrutin-ci, ont créé les conditions favorables à une atomisation de la droite. Le coup de maître de l’Assemblée Nationale Constituante et la convocation qui a suivi aux élections régionales a démobilisé brutalement une masse d’opposants autosuggestionnée, pendant quatre mois de violences et d’étau économique et médiatique international, sur la chute imminente du gouvernement bolivarien.

Dans l’agenda des partis de droite, le politique arrive en dernier. Et c’est là que la direction chaviste a sorti tout son jeu pour les désarticuler. A preuve, la forte abstention que l’on a connue dans le camp de l’opposition. Même avec 49 % d’abstention, de nombreux pays du continent et du monde voudraient bien un taux d’abstention équivalent à celui de nos élections municipales.

Les élections municipales de 2017, en terme d’analyse statistique, reflètent un élément de comparaison intéressant. Notons que chaque élection a été réalisée dans un contexte différent (2008 : prospérité pétrolière ; 2013 : décès de Chavez et début de l’attaque économique ; 2017 : guerre économique, sanctions internationales, blocus financier et manifestations violentes). Pour éviter l’euphorie du triomphalisme, il est important de reconnaître que le succès de ces élections et leurs résultats chiffrés répondent à un projet politique et à un plan exécuté par une équipe qui a Nicolas Maduro à sa tête, un plan qui, avant le processus de la Constituante, n’avait pas d’objectif clairement défini. En cinq mois, il a désarticulé l’adversaire et a joué très fortement sur la remoralisation de la base. Les graphiques qui suivent montrent en chiffre ce à quoi nous avons fait référence :2008-2013

Lexique nécessaire à la lecture du tableau :

Estado : État

Comparativa : comparatif

Total alcadías : total des Mairies

Alcadías perdidas por el PSUV : Mairies perdues par le PSUV

Alcadías ganadas : Mairies gagnées

Pérdida real de alcadías en 2013 : perte réelle de Mairies en 2013

 

2013-2017 (1)

Graphique n°2, comparatif des Mairies 2013-2017

À la lumière de ces données, on ne peut pas nier les espaces récupérés au milieu de la plus grande agression subie par notre pays depuis l’époque de Cipriano Castro ; la transition 2008-2013, favorisée par l’incertitude qui a suivi le décès d’Hugo Chavez et la méfiance quant aux capacités de Nicolas Maduro pour mener la bataille et assumer le leadership populaire, ont influé notoirement sur le recul électoral. Or, neuf ans plus tard, (en comptant à partir de 2008) la courbe s’est inversée de façon magistrale, mettant en évidence deux choses : il améliore les résultats obtenus avec Hugo Chavez à la tête de la révolution, et au passage, en moins de deux mois, il récupère environ 945.000 votes pour la camp chaviste, depuis la dernière bataille – celle des élections régionales de 2017.

Bref, la dynamique électorale et le fait politique constituent la grande combinaison gagnante utilisée cette année par Nicolas Maduro pour éviter la guerre et son instinct de mort. Il se sort avec brio de l’année qui semblait la plus compliquée de toutes. A cela s’ajoute le fait que ces processus électoraux viennent renforcer des éléments stratégiques tels que les tables rondes de négociation en République Dominicaine. Lors de la prochaine session de négociations de janvier 2018, la position renforcée par ces événements électoraux permettra de poser comme condition aux représentants de l’opposition qui devront intercéder auprès de leurs alliés internationaux, l’arrêt du blocus économique et financier auquel ils soumettent le Venezuela depuis une longue période et plus encore l’exigence d’un accord de cohabitation qui permette de réaliser les élections présidentielles dans des conditions pacifiques; il est clair que pour ces élections-là, dans son travail politique actuel, dans sa pratique depuis la base, le chavisme a retrouvé le moral.

Sources :

Traduction : Sylvie Carrasco

Les 300 familles du campement des Travailleurs Sans Terre « Hugo Chavez » expulsées manu militari au Brésil

Publié par Venezuela infos dans Brésil, Internationalisme/Solidarité, Mouvements Sociaux de l´ALBA, réforme agraire, travailleurs ruraux le 14 décembre 2017 et traduit par: T.D.

Aujourd’hui 14 décembre 2017, sous la pluie et dans le froid, le Commando des Missions Spéciales (CME) est arrivé au campement Hugo Chávez et en a expulsé les quelques 300 familles qui y vivaient avec leurs 150 enfants, dix jours avant Noël, en dépit de l’appel lancé par les organisations, mouvements et organisations sociales nationales et internationales, religieux, artistes pour demander l’arrêt de cette procédure.

C’est une expulsion de plus parmi les 20 prévues dans la région, toutes décidées par le juge Amarildo Mazzuti de la juridiction agraire de Marabá. Le Mouvement des Sans Terre du Para dénonce l’action de la police, coordonnée par le gouvernement de l’état, le harcèlement et la violence auxquelles les familles des travailleurs ruraux ont été soumises sur place. Les familles se retrouvent à la rue, n’ont nulle part où aller, et les enfants ne pourront pas terminer leur année scolaire. Le gouvernement de l’État, ainsi que d’autres organismes publics, ne se sont pas prononcés sur ces violations des droits humains et n’ont proposé aucune solution alternative au conflit. Les familles ont résisté jusqu’au dernier moment mais ne pouvant plus gérer la situation ont choisi de commencer le démantèlement des cabanes. En cette heure, les familles organisent un campement temporaire dans une région avoisinante.

Ces derniers jours, les paysans avaient été attaqués par des hommes armés, ce qui avait suscité une grande mobilisation d’amis et d’organisations solidaires et rouvert le débat sur la propriété de la terre et la violence dans cette région du nord du Brésil.

Le Mouvement des Sans Terre remercie  les centaines de gestes de solidarité du Brésil et de l’étranger et réitère son engagement pour défendre les droits des familles des travailleurs ruraux sans terre dans la lutte pour la réforme agraire et la justice sociale. Celles-ci n’abandonneront pas la région.

Le latifundio veut la guerre, nous, nous voulons la terre!

Direction de l’État du Para du Mouvement des Sans Terre

Source:

https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/12/14/les-300-familles-du-campement-des-travailleurs-sans-terre-hugo-chavez-expulsees-manu-militari-au-bresil/

 

Au Venezuela, la souveraineté commence par les semences

Publié par Venezuela infos dans agro-écologie, assemblée constituante, Assemblée Nationale / Lois d´initiative populaire, Économie populaire, commune, Défense de l´environnement, histoire de la révolution bolivarienne, Lutte contre les réseaux d’intermédiaires / spéculateurs, mouvements sociaux, souveraineté, souveraineté alimentaire, travailleurs ruraux

le 15 Ddécembre 2017 et traduit par: Frédérique Buhl

 

L’un des enjeux les plus importants de la Révolution Bolivarienne est la construction d’un modèle de production agricole qui garantisse la sécurité et la souveraineté alimentaires, aujourd’hui plus que jamais menacées, et qui offre une alternative au système capitaliste de l’agro-industrie, destructrice et prédatrice. Il s’agit d’un programme ambitieux, qui repose sur un grand nombre d’expériences déjà réalisées dans ce sens dans tout le pays. C’est maintenant au tour de l’Etat de jouer, en instaurant des politiques publiques qui permettront de multiplier ces expériences sur le long terme, de les renforcer et d’en étendre le champ d’application.

POUR UNE AGRICULTURE DIVERSIFIEE ET « ZÉRO DEVISES »

« La possibilité de construire un modèle alimentaire différent, diversifié et souverain fait partie d’une agriculture « zéro devises ». Le Venezuela reste fortement dépendant de l’importation de tous les éléments constituant la chaine de production de l’agro-industrie : depuis les semences jusqu’aux intrants et aux technologies. Il s’agit d’une chaine de production industrialisée des aliments autour de laquelle s’organise le « bachaqueo » : c’est le nom populaire donné au pillage des produits subventionnés au Venezuela pour les revendre à prix majoré (dans le pays lui-même mais aussi et surtout en Colombie ou dans d’autres pays voisins à économie strictement néo-libérale) et à la spéculation, alors même que ces systèmes de production agro-industriels ont depuis toujours bénéficié d’aides et de subventions de la part de l’Etat.

L’agrobusiness s’est développé au Venezuela grâce à  l’appropriation de la rente pétrolière et des biens publics par une poignée de familles ; si nous voulons construire un autre modèle, nous devons modifier tous les éléments de la chaine, des semences à la consommation », nous explique Ana Felicien, membre de la campagne « Venezuela libre de transgéniques » et de l’organisation « Semences du peuple« .

Des efforts ont été faits dans le sens d’un tel changement tant par des institutions que par le peuple organisé. La Loi des Semences (2015), fruit de trois années de débats populaires constituants, en a été l’un des résultats les plus importants. Une vision agro-écologique s’en dégage, valorisant la semence indigène, afro-descendante, paysanne et locale. Anti-transgénique, anti-brevet et anti-privatisation, la Loi des Semences respecte la législature constitutionnelle selon laquelle le génome d’êtres vivants ne peut pas être privatisé et l’importation, la production et le semis de graines transgéniques dans le pays doit être interdite.

Actuellement, nous dit Ana Felicien, « de gros efforts sont faits par le peuple mobilisé pour produire et améliorer diverses variétés de semences autochtones, permettant de retrouver la diversité de notre patrimoine génétique et de diminuer notre dépendance aux importations. C’est déjà le cas pour les semences de maïs, de pommes de terre et de quelques autres variétés de légumes ».

AMELIORER NOS PROPRES SEMENCES POUR AMELIORER LA PRODUCTION

« Pour améliorer la production alimentaire, il faut commencer par les semences. Le soutien apporté par l’Etat dans cette optique existe mais doit être plus fort et plus efficace. La dépendance aux semences, outre le fait qu’elle limite la production, va à l’encontre de la politique voulue », affirme l’agriculteur Pablo Characo, producteur de maïs appartenant à la communauté de Guanape (Etat d’Anzoategui) et membre d’un réseau national de producteurs de semences. « Notre communauté travaille à la production et à l’amélioration des semences –en particulier celles de maïs- depuis dix ans et a obtenu de très bons résultats. Nous avons commencé à produire nos propres semences pour plusieurs raisons, mais avant tout par nécessité : les semences que nous nous procurions sur le marché n’étaient pas de bonne qualité et n’arrivaient que lorsque la saison des pluies était terminée. Nous étions aussi affectés d’un point de vue économique, car pour la majorité d’entre nous il est difficile d’acheter des semences importées en raison de leur coût élevé. Le simple fait qu’une semence vienne de l’extérieur peut lui faire perdre, à son arrivée dans le pays, toute garantie d’un bon rendement en raison du changement de climat et d’autres facteurs », nous explique Characo.

Le processus d’amélioration de la semence de maïs créole autochtone (comme l’ont nommée ses producteurs) a apporté de nombreux avantages à la communauté de Guanape. « Nous nous sommes rendus compte que la semence que nous produisions nous-mêmes était de meilleure qualité que celle vendue sur le marché. Tout d’abord parce que n’étant pas obligés de l’acheter, nous avons pu en baisser les coûts de production, ce qui nous a apporté des bénéfices et nous a permis d’améliorer nos conditions de vie ». Mais en dehors du point de vue économique, nous avons aussi pris en considération d’autres aspects pour améliorer nos semences : les conditions climatiques, sociales, politiques et culturelles. Par exemple, les pluies sont insuffisantes à Guanape, nous avons donc adapté nos semences à ce type de climat: elles n’ont pas besoin d’une trop grande quantité d’eau et résistent à la sécheresse. Par ailleurs, à part l’agriculture, nous faisons aussi de l’élevage (ovins, porcs, vaches, volailles) et nos semences, riches en protéines et à forte concentration d’amidon, servent d’aliment pour notre bétail. Nous avons pu vérifier que grâce à cette alimentation, les animaux prennent plus de poids et produisent plus de lait. Le maïs que produisent nos semences pèse plus lourd et est donc plus avantageux à vendre », selon lui.

« La semence que nous avons améliorée ne nécessite pas non plus un tas d’engrais chimiques pour produire, car nous avons adopté une approche agro-écologique : nous utilisons un humus de lombrics et de matière organique comme fertilisants, ainsi que des « contrôleurs biologiques » contre les maladies. Nous avons utilisé un seul produit agro-chimique à petite échelle pour les mauvaises herbes, mais nous cherchons à l’éviter afin de produire des aliments totalement naturels, de préserver la qualité de nos sols et le milieu ambiant. Car nous savons bien que les produits agro-chimiques utilisés en agriculture contaminent les cours d’eau et par conséquent affectent aussi notre qualité de vie », affirme Pablo Characo, qui rappelle que cette semaine, ils apporteront leur appui à d’autres communautés de Guasdualito (Etat d’Apure).

SAUVER LA DIVERSITE ET NOS SAVOIR-FAIRE 

A l’autre bout du pays, dans des communautés du plateau andin, on œuvre aussi à la sauvegarde de légumes autochtones, comme les pommes de terre natives, la cuiba, la ruba, entre autres. « Notre objectif est de sauver aussi bien la diversité des semences de légumes d’origine andine que les savoir-faire liés à leur emploi », explique Liccia Romero, professeure à l’Université des Andes (ULA)  et à l’Université Polytechnique Régionale « Kleiber Ramirez », et membre d’une petite équipe d’investigation qui depuis 18 ans travaille avec une communauté de l’État de Mérida, celle de Gavidia. « La production de pommes de terre de commerce est très dépendante de l’achat de semences qui doivent être renouvelées périodiquement pour échapper à la dégénérescence de la semence-tubercule. Cependant, les communautés paysannes utilisent une série de savoir-faire et un matériau qui rendent possible un refroidissement de longue durée de cette semence et ne connaissent donc par cette dépendance. Par conséquent, aussi bien le matériau -les semences dans toute leur diversité- que les compétences représentent des éléments-clés pour repenser un nouveau modèle productif ne dépendant pas du schéma commercial, de la certification des semences et de coûts de production élevés. Cette option doit être valorisée par nos politiques publiques, qui jusqu’à présent restent trop attachées à la certification

« La semence paysanne doit être reconnue dans toute sa diversité et toute sa potentialité », soutient Liccia Romero, « la grande diversité de semences que possèdent ces communautés permettent d’obtenir de nombreux produits et  permet différents procédés de récolte, y compris leur conservation sur le long terme, (d’où l’appellation « pommes de terre annuelle »), fondamentale pour la souveraineté et la sécurité alimentaires. De plus, il s’agit de tubercules qui permettent d’adopter facilement un mode de production agroécologique et durable : ils ne nécessitent pas l’usage de produits agro-chimiques, que ce soit pour la conservation de la semence ou pour obtenir une bonne récolte. Ce sont des semences qui ont été sélectionnées pour leur capacité de résistance soit à des maladies dues aux nuisibles, soit à des conditions naturelles défavorables. Elles sont tout-à-fait adaptées au le contexte d’incertitude climatique que nous connaissons actuellement.

Pour l’instant, nous avons notre propre technique de semis à l’intérieur de l’espace communautaire de Gavidia. Au début nous étions 3 familles, maintenant nous sommes 25 à posséder et à reproduire nos propres semences. En-dehors de Gavidia, 17 autres agriculteurs en ont reçu et les multiplient. Mais cela représente un espace restreint, la plupart des familles continuant à dépendre des semences du commerce qui nécessitent beaucoup d’intrants chimiques, une fertilisation intense et de grandes quantités d’eau pour leur irrigation, donc d’une agriculture assez coûteuse », commente Romero.

« Pour que ces expériences puissent s’étendre, il leur faut l’appui d’une politique publique comprenant des programmes spécifiques allant dans ce sens ». L’Etat doit reconnaître la semence paysanne dans toute sa diversité et ses potentialités, en mettant en place des politiques d’incitation à cette forme d’agriculture. « Des organismes de financement comme FONDAS (1) par exemple pourraient lancer des programmes spécifiques pour répandre l’usage de cette catégorie de semences à l’aide de financements et de transferts de savoir-faire. Ce dont ces cultures ont un besoin essentiel, c’est d’une fertilisation organique, d’un sol bien aéré et d’un mode d’exploitation particulier, facilement transmissible. Notre équipe organise fréquemment des ateliers pour enseigner ces pratiques à de nouvelles familles d’agriculteurs qui les apprennent rapidement et les mettent en pratique. Mais notre champ rayon d’action est limité car nous sommes une petite équipe ».

Une politique publique mise en place dans cette perspective devrait renforcer et accélérer les processus d’investigation, selon Liccia Romero : « L’une des difficultés que nous rencontrons, par exemple, est de trouver le procédé permettant de cultiver cette variété de pomme de terre à plus basse altitude, car jusqu’à présent elle n’a été produite qu’à Gavidia, qui est un plateau de haute altitude ».

Ces politiques publiques devaient aussi développer un marché plus étendu pour l’écoulement de variétés de pommes de terre native dont la culture ne satisfait pour le moment que l’autoconsommation locale : « elles ne sont pas produites en plus grandes quantités car leur commercialisation reste difficile, la plupart des gens ne les connaissant pas et étant habituée à consommer la pomme de terre de commerce. Cependant, les producteurs de cette sorte de pomme de terre préfèrent eux-mêmes acheter la pomme de terre native pour leur consommation personnelle : elle est plus goûteuse et plus naturelle. Ils ne consomment souvent pas les pommes de terre qu’ils cultivent, sachant très bien qu’ils utilisent de grosses quantités de produits agro-chimiques pour leur production », dit Liccia Romero. « Les autres tubercules d’origine andine, comme la cuiba et la ruba sont moins connues mais présentent un grand potentiel de culture agroécologique ainsi qu’une grande diversité de produits dérivés possibles. Ce sont nos propres produits qui contribuent à notre identité andine et vénézuélienne », conclut-elle.

Sources:

http://www.albatv.org/La-soberania-comienza-por-las.html

https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/12/15/au-venezuela-la-souverainete-commence-par-les-semences/

Nouveau triomphe chaviste aux élections municipales du Venezuela

Thierry Deronne, Caracas, le 11 décembre 2017

Plus de 300 mairies gagnées sur les 335 à pourvoir, un poste de gouverneur repris à la droite dans l’État pétrolier stratégique du Zulia. L’importante victoire du chavisme aux élections du 10 décembre 2017 confirme – comme lors des votes de juillet et d’octobre – l’abîme entre l’image martelée par les médias d’une « dictature » et une démocratie qui bat des records en matière d’élections. Ce scrutin est le 24ème en 18 ans de révolution. Le Conseil des Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA) (1) a rappelé par la voix de son président Nicanor Moscoso que les partis de droite comme de gauche ont déclaré être satisfaits du déroulement des 9 audits préalables aux élections : « Ce processus d’audit est inédit et unique dans la région. Il permet que toutes les étapes du processus, tout ce qui est programmé et tout ce qui fait partie du processus soit contrôlé par des techniciens et par les membres des différents partis politiques délégués devant le Centre National Électoral »

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Le Conseil des Experts Électoraux Latino-Américains (CEELA), a observé le déroulement du scrutin.

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Avec 66,17 % des suffrages la nouvelle mairesse de Caracas, Erika Farias a été propulsée par l’électorat des grands quartiers populaires et dépasse même le score de son prédécesseur chaviste Jorge Rodriguez. Son programme vise à mettre en place dans la capitale un « grand réseau de pouvoir communal ». La droite conserve les mairies du Caracas « chic » : Chacao, Baruta, El Hatillo, ou celle de San Cristobal, à la frontière colombienne.

Plus de 5 mille candidats s’affrontaient dans ces élections. Le Grand Pôle Patriotique (coalition chaviste) ayant présenté des candidatures uniques, la grande majorité des candidats étaient d’opposition. La participation a atteint 47,32%, soit 9.139.564 électeurs (davantage qu’aux présidentielles chiliennes), un chiffre considérable d’autant que le scrutin était organisé en pleine guerre économique, avec chantage aux prix des produits de base de la part du secteur privé et blocus financier occidental, et que les secteurs radicaux de l’opposition avaient appelé à le boycotter. Ce scrutin a aussi valeur de symbole régional: au même moment, au Honduras, la population voit son droit au suffrage présidentiel réprimé dans le sang, sous la pression des Etats-Unis et d’une oligarchie économique et militaire, sans que les médias occidentaux s’en émeuvent outre mesure. (2)

On pourrait donner une importance moindre à l’élection municipale qu’à celle des députés à la Constituante en juillet ou à celle des gouverneurs en octobre. En réalité elle renforce la politique de dialogue et de sortie de crise « par le haut » prônée par le gouvernement bolivarien. L’intensité de la déstabilisation meurtrière entre avril et juillet, dont le montage inversé avait servi aux médias à faire croire à une répression du « régime », n’a fait que galvaniser le rejet de la violence par la majorité des vénézuéliens. Les sondages confirment leur préférence pour un dialogue politique auquel plusieurs partis de droite ont finalement accepté de se plier. Le président Maduro a annoncé une réunion nationale le 16 décembre avec les 335 maires élus et les 23 gouverneurs pour mettre en place « un seul plan de services publics ». Le président Evo Morales l’a félicité: « chaque élection au Venezuela met en échec les plans d’interventions de  l’Empire ». Prochain rendez-vous dans quelques mois, en 2018, pour les présidentielles.

Source: Venezuela infos  – https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/12/11/nouveau-triomphe-chaviste-aux-elections-municipales-du-venezuela/

Avant première du court métrage réalisé à Acarigua

Le 2 décembre, a été projeté en avant première, le court métrage réalisé par les participants de l’atelier donné pendant les mois d’octobre et novembre par Jesus Reyes d’EPLACITE, atelier réalisé grâce à l’appui de l’équipe du Centre Culturel Alí Primera, espace culturel réhabilité par un collectif de militant.e.s révolutionaires à Acarigua, Venezuela. Un grand merci à Yasmin Pinto, à Juan José Moreno, à Félix León et à tous et toutes les camarades qui ont rendu possible cette formation du peuple par le peuple!

Fotos del estreno:

 

 

 

 

 

 

L’Ambassadeur du Venezuela auprès du Royaume de Belgique, du Luxembourg et de l’Union européenne :Venezuela : « Depuis 18 ans, nous sommes en train de montrer au monde qu’un autre modèle est possible »

5 décembre 2017 – Interview réalisée à Bruxelles par Mohsen Abdelmoumen

Mohsen Abdelmoumen : Que se passe-t-il au Venezuela ?

S.E. Madame l’Ambassadeur du Venezuela, Claudia Salerno Caldera : Cette année a été très particulière et complexe. Certains partis de l’opposition ont pris un chemin antidémocratique et ont eu recours pendant plusieurs mois à des manifestations de rue violentes et à des démonstrations de force contre l’ordre public, d’attaques contre les forces de l’ordre et d’actes de sabotage de certains services publics comme la plupart des voies principales de transit de la population. Ces manifestations ont touché plusieurs villes. Donc, pendant quatre mois environ, le pays a été très touché par ces manifestations qui ont été ordonnées, coordonnées, et financées par un secteur radical de l’opposition vénézuélienne. Contrairement à ce que les gens attendaient, ils voulaient créer les conditions pour le changement abrupt du gouvernement légitime et constitutionnellement élu. Le président a présenté une proposition politique très importante en faisant appel à une Assemblée nationale constituante, sur la base de l’article 347 de la Constitution nationale qui lui en donne le pouvoir et après avoir consulté le Conseil des ministres et obtenu son accord absolu. Cette proposition devait être soumise à l’opinion publique, donc à l’électorat, et des élections ont été organisées en juillet de cette année. Contrairement à ce qu’attendait l’opposition, ces élections se sont déroulées en paix et ont connu une énorme participation, soit plus de 56% de l’électorat vénézuélien, et la proposition a obtenu une majorité importante de plus de 8 millions de personnes qui ont voté en faveur de la proposition de l’Assemblée constituante. Cette Assemblée constituante s’est mise en place à partir du 1er août et ce jour a signifié la fin de la violence dans la rue.

Le pays est revenu au calme et, depuis le mois d’août, les gens ont le sentiment qu’ils ont encore les législatives pour répondre aux besoins de la population et pour permettre au pays de continuer d’avancer et de trouver des solutions pour les situations critiques comme l’économie. Étant donné la situation, l’Assemblée constituante a pris la décision d’avancer les élections régionales de décembre au mois d’octobre, après avoir consulté certains secteurs moins radicaux de l’opposition. Le 15 octobre dernier, donc, ont été organisées des élections régionales auxquelles ont participé librement tous les partis politiques de l’opposition et de la coalition du gouvernement. Le résultat a donné 18 États sur 23 ont été acquis par le gouvernement, tandis que 5 États ont été gagnés par l’opposition. Finalement, après une large discussion au sein de l’opposition pour savoir si elle reconnaissait ou pas sa victoire dans ces 5 États, 4 de ces 5 gouverneurs ont décidé de prêter serment devant l’Assemblée constituante, donc de reconnaître ce corps législatif comme étant l’autorité supérieure ainsi que la Constitution l’établit, et seul un gouverneur qui a remporté les élections pour un parti radical de l’opposition dans un état frontalier de la Colombie a décidé de ne pas reconnaître le résultat du suffrage. Les élections vont donc être répétées pour cet État au mois de décembre. L’organe de gestion des élections a décidé d’organiser également les élections municipales le 10 décembre prochain.

Aujourd’hui, le pays a retrouvé le calme que nous avons l’habitude de vivre et la population a la sensation que les choses s’apaisent. Les deux partis les plus radicaux de l’opposition se sont écartés de la voie démocratique depuis avril. Ils ont participé aux élections d’octobre mais après n’ont pas voulu reconnaître le pouvoir de l’État. Ils sont restés isolés et minoritaires par rapport au reste de l’opposition qui est disposée à aller vers les élections et donc, leur faim de pouvoir, si l’on peut dire, doit être canalisée à travers des élections et non à travers des manifestations de rue ni par la voie de la violence. Le pays est donc dans une situation complètement différente et le dialogue qui est une chose très importante a pu se maintenir. Les membres de l’opposition qui se sont levés de la table des négociations en espérant un changement de pouvoir par la violence ont finalement décidé de revenir au dialogue, répondant à l’appel constant, durant toute l’année, du président de la République. Quand l’opposition s’est rendu compte que le peuple a répété à deux reprises sa volonté de garder et de soutenir son gouvernement et le parti politique du gouvernement avec l’élection de la Constituante et avec l’élection des gouverneurs, elle a compris qu’il n’y avait plus rien d’autre à faire qu’à revenir à la table des négociations et à comprendre que la voie électorale, donc la citoyenneté, est la seule qui peut décider de l’avenir et de l’organisation politique du pays. L’opposition est donc revenue à la table du dialogue le 15 novembre à condition que certains pays puissent participer en tant qu’observateurs, et les deux parties, l’opposition et le gouvernement, ont choisi chacun trois pays pour accompagner le dialogue. La première réunion avec cette nouvelle configuration va se dérouler le 1er et 2 décembre prochain en République dominicaine qui est le pays qui va rester une sorte de facilitateur du dialogue, le président de la République dominicaine prenant directement en charge le processus.

En tant que médiateur ?

Ce n’est pas tout à fait un médiateur parce qu’il n’a pas le pouvoir de prendre des décisions. Le rôle est différent. C’est plutôt un facilitateur du dialogue, donc la personne qui aide au processus mais qui ne va pas se mêler du fond de la question. Normalement, un médiateur a le pouvoir d’évaluer les choses et de prendre ou de suggérer des solutions. Ici, ce n’est pas le cas.

L’opposition a-t-elle refusé de s’asseoir à cette table de dialogue au Venezuela ?

Non, c’est juste qu’ils ont pensé que c’était préférable de le faire à l’extérieur. C’est une méthodologie qui a été utilisée auparavant. C’est préférable dans ce genre de situation, il n’y a pas la pression des médias, on peut parler dans le calme dans un pays neutre. Donc, ces pays sont le Chili, le Mexique, le Paraguay, le Nicaragua, la Bolivie, et la République dominicaine. Ce sont les six pays qui vont accompagner le dialogue sans se mêler du fond de la question. C’est une sorte de parrainage de bonne foi pour vraiment aider à l’avancement de la situation. On a prévu des élections présidentielles pour l’année prochaine en décembre et nous sommes sur la voie de solutionner les problèmes. Le pays s’apaise au niveau politique mais garde un stress sur le volet économique.

Pensez-vous que le président Maduro va se représenter aux élections présidentielles de 2018 ? 

On ne sait pas encore. Il n’a rien dit, il a seulement fait quelques blagues récemment à la presse. On verra bien. De l’autre côté, dans l’opposition, il n’y a encore rien eu. C’est encore un peu loin. On en saura davantage l’année prochaine lors de la campagne électorale. On espère bien que l’opposition va comprendre que la démocratie exige de respecter les voix des gens. La démocratie ne peut pas fonctionner seulement quand c’est l’opposition qui gagne les élections. L’habitude de l’opposition, c’est de clamer qu’il y a eu fraude quand elle perd. Selon elle, le conseil électoral fonctionne juste quand elle gagne les élections. En 2015, c’était le meilleur conseil électoral du monde alors que quand elle perd, c’est parce qu’il y a eu fraude.

Sur le volet économique, pourquoi le Venezuela, à l’instar de certains pays comme l’Algérie, n’a-t-il pas diversifié son économie pour sortir de la dépendance totale des hydrocarbures ?

Le Venezuela, ce n’est pas un secret, est un pays hautement dépendant du pétrole. C’est un pays pétrolier dont le revenu interne dépend à 90% du pétrole. Ce modèle économique a été décidé il y a cent ans et ne fait pas partie de la décision du gouvernement actuel. Si l’on compte la période du président Chavez, c’est un gouvernement dont idéologie gouverne depuis 18 ans. On ne peut pas effectuer un changement radical et une diversification totale de l’économie en à peine deux décennies. Malgré cela, depuis 18 ans, nous avons fait tous les pas nécessaires dans l’ordre constitutionnel et tous les ordres législatifs pour favoriser une substitution à la dépendance pétrolière et une diversification de l’économie. C’est une transformation énorme pour n’importe quel pays et cela fait partie d’un débat que nous avons eu dans le cadre de la convention du changement climatique dans laquelle la production pétrolière a été mise dans la balance plus générale de l’utilisation de l’énergie dans le monde. On ne peut pas parler des producteurs sans parler des consommateurs. Ainsi les États-Unis à eux seuls consomment à peu près 70% de la production pétrolière du monde. Généralement, on trouve des pays en voie de développement du côté producteur et ce n’est pas un hasard si le côté qui met la balance sur l’exagération de la consommation, ce sont des pays développés. Le débat existe depuis vingt ans aux Nations Unies.

Vous pensez que ce sont les pays consommateurs qui favorisent cette dépendance des pays producteurs ?

On ne peut pas appréhender un problème économique sans voir les deux côtés : l’offre et la demande. Il n’y a pas d’offre s’il n’y a pas de demande. Il faut donc parler développement dans un sens plus large et de l’économie avec les deux côtés. C’est pour cela que nous avons commencé depuis vingt ans déjà et je pense que c’était à Rio en 1992 où l’on a fait les premiers pas vers la transformation de tout ce qui était désigné sous le grand titre de « droit au développement ».

Au sommet de Rio ?

Le sommet de Rio qui a eu son corollaire 20 ans plus tard à Rio + 20 au cours duquel nous avons fait la balance entre ce que nous avions pu réaliser et ce que nous n’avions pas pu faire. Il y a un chapitre très important de l’Agenda 21 que nous avons décidé en 1992 qui s’appelle « les facteurs de la production et de la consommation soutenables ». Ces critères de soutenabilité globale doivent se voir aussi bien du côté producteur que du côté consommateur. Dans le cadre de la consommation d’énergie, c’est assez complexe car il faut voir toutes les sources d’énergie et il y a des sources qui ont une limite donc qui ne vont pas exister indéfiniment. On sait que c’est un modèle de développement, si l’on peut dire, qui peut durer 100 ou 200 ans, pas plus.

Donc, selon vous, c’est un débat qui concerne tout le monde et la solution doit venir de tout le monde ?

Oui, c’est un débat qui concerne chacun d’entre nous, y compris les citoyens. Parce que les citoyens prennent des décisions. Du moment où une personne va acheter un yaourt au supermarché, et qu’au lieu de prendre un yaourt dans un pot de verre, elle décide de prendre celui qui est dans un pot de plastique, elle choisit le pétrole. Le pétrole est un problème qui existe dans toutes les économies. Par exemple, les sacs avec lesquels on fait les courses. Donc, il faut vraiment voir le problème dans sa globalité et il faut penser à tous les niveaux d’action. Un pays ne peut pas décider tout seul qu’il ne va plus produire du pétrole, parce que ce serait un suicide économique. Tous les pays doivent s’organiser pour cette transformation, ce qu’on appelle maintenant la diversification, et c’est ce dont on discute au niveau des Nations Unies aujourd’hui.

Vous pensez que cela peut se faire dans le cadre des Nations Unies ?

Absolument. Cela doit se passer là parce que c’est le seul endroit où il y a une représentation globale des États, des gouverneurs locaux et aussi de la citoyenneté, parce qu’un gouvernement ne peut pas prendre de décision sans son peuple, et parce que c’est une décision qui va toucher tout le monde. C’est ce que nous faisons. Le Venezuela a été très actif dans le débat climatique de la COP 21. Nous avons créé le bloc Like-Minded Developing Countries (LMDC) avec des pays ayant des pensées similaires et nous avons constitué un groupe négociateur où figurent tous les pays pétroliers mais aussi la Chine qui est un grand consommateur de pétrole et un grand producteur d’autres produits dont dépend toute l’économie du reste du monde. Nous sommes à peu près 30 pays unis qui négocions ensemble dans le cadre du changement climatique, dont certains pays moins développés et qui ont une très haute vulnérabilité économique parce qu’ils ne produisent rien et dépendent entièrement du pétrole, leur économie étant fondée sur le pétrole. Nous tenons tous nos débats avec un critère qui est « la justice », ainsi n’importe quelle décision économique qui aura des conséquences environnementales pour le bien de toute la planète doit être prise dans le cadre de la justice – que l’on appelle justice climatique – et dans le cadre aussi du respect de la souveraineté et de la vulnérabilité économique des petits pays en voie de développement. Si des pays industriels ont déjà un niveau tel de développement technologique et économique qu’ils peuvent dire « maintenant je n’ai plus besoin de pétrole, je vais utiliser l’air » parce qu’ils détiennent cette économie et cette technologie et qu’ils décident à qui ils vont vendre cette technologie pour la substituer au pétrole, c’est alors une question de commerce qui touche les règles commerciales et les droits de chacun à pouvoir accéder aux technologies qui permettent la substitution aux autres ressources naturelles.

D’après vous, il faut que tout le monde parte sur un même pied d’égalité.

Bien sûr, le principe fondamental du droit international, c’est que nous sommes tous égaux. Et le droit qu’ont eu les États-Unis, l’Angleterre, la France, pour arriver à ce niveau de développement qui leur permet maintenant de dire « je peux prendre certaines décisions » que ne peut pas forcément prendre un petit pays de l’Afrique, doit être accessible à d’autres pays qui ont le droit de se développer. En raison de la situation économique actuelle et du niveau de consommation qui est brutal dans les pays développés, car la consommation globale du pétrole n’a pas lieu dans les pays moins développés – nous ne consommons pas ce que nous produisons, nous le vendons -, il existe une inégalité qui fait que les pays riches sont ceux qui sont en train de polluer tout en demandant à tous les pays de prendre des décisions égalitaires pour substituer le pétrole.

N’y a-t-il pas une certaine hypocrisie dans le discours des pays riches ?

Bien sûr, c’est un débat hypocrite parce qu’ils ne veulent pas changer quoi que ce soit à leur consommation.

D’après les chiffres que nous avons concernant l’énergie renouvelable, elle ne dépasse pas les 2%.

Les efforts qu’ils ont faits sont minimes. Par exemple, les émissions des gaz sont en hausse même après les accords de Paris que nous avons réussi à obtenir en 2015 – c’est d’ailleurs les meilleurs que nous ayons pu obtenir avec les conditions économiques globales, parce que l’économie n’est pas seulement en crise au Venezuela, la situation économique est grave un peu partout et elle touche toujours les plus pauvres. Un pauvre en Espagne connaît la même faim qu’un pauvre au Venezuela et peut-être même pire car le cadre socialiste vénézuélien permet un certain type de protection qu’il n’y a pas dans les pays riches.

Dans certains pays comme l’Allemagne, les salaires sont de 300 euros.

C’est vrai qu’être en état de nécessité dans des pays dits riches, c’est pire que dans des pays socialistes où les gens sont protégés. Personne ne sera jamais expulsé de son appartement parce qu’il n’a pas la capacité de payer son loyer. On ne verra jamais une famille être mise à la rue avec des enfants et des vieillards parce qu’ils ont des dettes à la banque, comme on l’a vu en Espagne. On a créé des lois pour éviter que notre peuple soit touché à ce niveau-là.

Donc ce que disent les médias à propos de la crise catastrophique que vit le Venezuela avec un taux d’inflation très élevé, des magasins vides, etc. est de la manipulation ?

Il y a certains faits qui sont indéniables. Le pétrole il y a deux ans arrivait au prix de plus de 100 dollars. Nous sommes passés en moins de six mois d’un baril de pétrole à 100 dollars sur le marché à 25 voire parfois 15 dollars. Maintenant, ça commence à remonter et nous sommes contents des accords que nous avons conclus récemment en ouvrant les débats de l’OPEP aux autres pays producteurs de pétrole, dont la Russie et la Chine, qui sont de très gros consommateurs, qui sont puissants et importants et qui peuvent changer la balance. La Chine est un acteur fondamental et personne ne peut nier que son économie est la plus puissante et celle qui crée la plus grande dépendance – ce ne sont pas les États-Unis -, donc toute la balance de pouvoir économique est complètement tournée vers la Chine et vers les pays qui possèdent encore des ressources naturelles pour pouvoir couvrir la demande croissante, parce qu’il faut savoir que cette demande continue à s’agrandir. Même si le débat moral en Europe et dans les pays développés est d’arrêter de consommer, ils consomment chaque jour davantage. Nous sommes arrivés à la COP 23 en Allemagne avec les chiffres des émissions les plus hauts de l’histoire du monde. C’est une véritable catastrophe. Et nous avons déjà l’accord de Paris, donc il n’y a pas d’excuse. Nous disposons du cadre pour agir et de la convention du changement climatique. Malgré cela, les émissions ont continué à grimper. Donc, ils ne réduisent pas les émissions puisqu’elles sont en train d’augmenter.

C’est une situation assez grave mais je peux vous dire qu’ayant été mêlée aux débats sur le changement climatique dans les pays de l’OPEP, de très grands efforts sont faits dans les pays pétroliers pour changer la matrice énergétique de leurs pays. Ils sont en train de faire des efforts impressionnants et les Nations Unies ont reconnu les efforts qui ont déjà été fournis : par exemple, par les Émirats Arabes Unis, l’Algérie en matière de reforestation et le Venezuela avec la protection d’une grande forêt. Concernant le Venezuela, il faut dire – et c’est une chose que peu de personnes savent – que c’est un des principaux producteurs, nous sommes le premier exportateur vers les États-Unis, mais les émissions de carbone du Venezuela correspondent à moins de 1% des émissions globales. Nous sommes un pays pétrolier mais nous ne sommes pas un pays pollueur. Nous avons donc le droit de continuer puisque nous sommes un pays complètement soutenable au point de vue des émissions. Il n’y a pas de lien direct entre production de pétrole et consommation. La pollution se produit ailleurs, et est un problème des pays développés et des modes de consommation qui sont insoutenables ainsi que du mode de vie des gens riches dans les pays riches, du mode de vie de la classe aisée qui ne veut rien changer. J’ai toujours pris comme exemple que le jour où j’assisterai à une réunion de l’ONU dans laquelle je verrai qu’on a produit la technologie pour que les Ferrari roulent avec le vent, je saurai que nous sommes sur le bon chemin. Mais jusqu’à présent, une Ferrari a besoin de pétrole pour pouvoir rouler. La guerre aussi a besoin de pétrole. Je ne connais pas un seul avion ni engin militaire qui bouge avec l’énergie solaire. C’est pareil pour les compagnies aériennes.

Vous n’êtes pas optimiste quant à cette énergie renouvelable que veulent vendre certains pays développés ?

Je garde toujours l’espoir parce que c’est nécessaire. Cette transformation doit absolument se produire parce que la réalité nous démontre que si nous poursuivons ce chemin, nous mourrons tous. En tant que mère de famille, je garde l’espoir que ces transformations vont se faire. Elles doivent se faire, mais il ne faut pas déplacer le débat et il faut savoir mettre le doigt exactement sur qui doit changer et quand. C’est tout de suite. On aurait du le faire il y a dix ans mais on ne l’a pas fait. Il n’est jamais trop tard et mieux vaut maintenant que jamais, mais on commence à voir les conséquences. On a vu des catastrophes assez graves cette année aux États-Unis, la même année où Trump a pris la décision de sortir de l’accord sur le climat. Un typhon ne va pas demander si vous êtes un pays développé ou pas, il touche tout le monde de la même manière. On a vu dans les Caraïbes ces ouragans qui ont traversé des pays entiers dont la Dominique qui est à 90% dévastée. Ce n’est pas possible parce qu’on a déjà les accords, il faut juste prendre les décisions et les décisions sont prêtes. Mais il faut les prendre.

Il n’y a pas de volonté politique ?

Il y a de plus en plus de volonté politique, mais cela dépend surtout de la capacité des États à pouvoir assimiler économiquement cette information à l’interne. Et il n’y a aucun gouvernement prêt à dire à ses citoyens « on va tout changer et ça va vous coûter autant ». Il est sûr de ne pas gagner les prochaines élections. Je ne parle pas des pays en voie de développement, je parle des pays développés. Je peux vous dire en tout cas, parce que je l’ai vu de mes yeux, tous les efforts que sont en train de faire les pays pétroliers.

Donc, d’après vous, pour diversifier l’économie, il y a plusieurs facteurs qui doivent être pris en compte. Ce n’est pas un discours qui peut le faire, il faut que les pays développés fassent l’effort de ne pas consommer.

C’est exact. Cela doit se faire des deux côtés et il faut bouger tous ensemble. L’accord doit se faire en coopération entre tous.

Dans le cadre onusien qui est le plus approprié ?

Oui, parce que l’accord doit être pris par tout le monde ensemble. Et c’est pourquoi ce qui s’est passé à Paris avec la COP 21 était si important. Nous étions tous d’accord. Cela va être cher, difficile, très dur, mais il faut qu’on le fasse et on a tous voté ensemble. Il reste un seul pays hors de l’accord, ce sont les États-Unis. Mais ce qui s’est passé à Bonn et qui est un bon signal, c’est que même si le gouvernement américain a pris cette décision, d’une part, la décision prend quatre ans pour se matérialiser juridiquement, et les États-Unis continuent les débats, et d’autre part, comme l’accord de Paris établit aussi la participation citoyenne et des gouvernements locaux, il y a eu une manifestation très importante des gouverneurs des différents États des USA dont la Californie qui est économiquement très importante pour les États-Unis, et son gouverneur qui était sur place a dit « We are still in » qui veut dire « nous sommes toujours là ».

Ne pensez-vous pas que Trump est otage du lobby pétrolier ?

Je ne sais pas. Moi, je suis un pays pétrolier et je peux vous dire que je connais la position des pays de l’OPEP. Nous sommes tous d’accord pour faire le changement. Mais je crois que quelqu’un lui a vendu l’idée que ce n’était pas rentable. Il n’a pas eu la possibilité de connaître suffisamment le sujet pour savoir que nous allions y gagner tous. Il a été mal conseillé. Nous étions tous là sous le même toit à Paris, il y avait le gouvernement Obama représenté par son ministre des Affaires étrangères, et quand nous avons fait les comptes ensemble et que nous avons pris la décision, nous avons vu que c’était même rentable. Les gens étaient d’accord, ils ont créé un momentum et ils étaient prêts à faire ce qu’il fallait. C’était extraordinaire.

Pourquoi la COP 23 en Allemagne a-t-elle échoué ?

Les gens ne croient pas que le Momentum qu’ils ont créé soit encore là. Ils vont continuer en attendant les quatre ans pour savoir ce que vont faire les États-Unis, parce qu’ils sont quand même le deuxième consommateur du monde, et c’est très important qu’ils soient présents. La Chine et les États-Unis sont les plus grands consommateurs. Le bon signal c’est de voir que plus de vingt gouverneurs des États-Unis étaient présents à la conférence et ont dit « on est là et on va continuer à agir au niveau local ». C’était un signal très important.

Selon vous, il ne faut rien espérer de l’administration Trump dans le court terme ?

Dans l’immédiat, je ne pense pas que l’administration Trump va changer sa position. S’il gagne sa réélection, cela continuera quatre de plus, mais si le gouvernement change, je suis certaine que la première décision d’un président démocrate sera de revenir dans les accords.

Vous pensez qu’il y a une différence à ce niveau entre Démocrates et Républicains ?

Absolument, oui. C’est oui d’un côté et c’est non de l’autre (rires).

Pensez-vous qu’avec Trump, il y aura un changement de politique envers le Venezuela ou y aura-t-il une continuité de la déstabilisation via l’opposition et les ONG liées à la CIA ?

Je vous remercie pour cette question qui est très importante. Trump n’a pas changé la position des États-Unis. Le président Obama a fait un décret en 2015 qui a défini que « le Venezuela était une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité des États-Unis ». Ce décret qu’il a signé à nouveau en 2016 a été repris par Trump qui a aggravé la situation par la création de tout un régime de sanctions économiques et financières qu’il a mis en place cette année, en 2017. Trump n’a pas seulement continué la politique d’Obama mais il l’a aggravée et empirée par le biais de cette décision de sanctions économiques, commerciales et financières contre le Venezuela. Depuis le décret d’Obama, nous faisons face à une action cruelle des États-Unis qui se mêle de nos affaires internes par la promotion et le financement d’une opposition radicale, et nous avons les preuves des contacts entre l’ambassade américaine à Caracas et les différents acteurs de l’opposition radicale au Venezuela, comme par exemple Julio Borges et d’autres. Ce n’est pas la première fois et ce n’est pas Obama qui a inventé cette politique. Cela s’est fait à l’époque d’Allende et même avant. On a vu le rôle de la CIA sur les gouvernements progressistes. Des documents et les mémorandums pour renverser le gouvernement Allende datant de 1970 ont été publiés par un journaliste montrant l’implication de l’ambassade américaine au Chili. Une phrase du mémorandum disait clairement : « il faut faire pression sur l’économie chilienne jusqu’à ce qu’elle étouffe ». Il n’y a aucune différence entre cette phrase et ce que les États-Unis sont en train de faire maintenant avec l’économie vénézuélienne. Il s’agit d’écraser l’économie d’un peuple souverain juste pour le fait – quel est le péché que le Venezuela a commis ? – d’avoir gagné des élections avec un gouvernement progressiste et de dire qu’on ne va pas se laisser faire par les États-Unis. On l’a dit depuis Chavez qui a gagné les élections en 1999 et nous continuons à le dire avec beaucoup de fierté. S’il faut prendre maintenant des mesures économiques d’urgence, c’est parce que les États-Unis sont en train d’aggraver la crise économique avec les sanctions économiques.

Comment expliquez-vous cet acharnement des États-Unis via ces officines telles la CIA contre le Venezuela ?

Je pense que les États-Unis n’ont pas l’habitude de voir un peuple décider de son propre chemin. C’est ce que nous avons fait et, malgré les sanctions, nous continuons à vivre et à nous associer avec d’autres pays du monde qui sont venus à notre aide. Les États-Unis pensent avoir tout le pouvoir pour écraser une économie. Une semaine après les sanctions, une des préoccupations du président de la République a été de maintenir la capacité de l’État de couvrir ses dettes internationales, donc de payer tout ce qu’il fallait payer et ne pas accumuler des dettes. Nous avons gardé tous les payements à jour, et nous avons fait une réunion la deuxième semaine de novembre avec tous les détenteurs de bons de la dette, pour assurer de la capacité de payement. Nos créanciers n’ont pas peur. Et même si – et là vous voyez le double visage de l’économie – le Venezuela est à jour, la note du Venezuela a été dégradée par les agences de notation. Le coût des prêts du Venezuela sont les plus hauts du monde, nous payons des dettes à 12, 13, même 15% d’intérêts. C’est une véritable guerre économique. Il n’y a pas besoin de déplacer des soldats, on peut asphyxier un pays par la guerre économique. Toutes les mesures qu’ils ont prises contre Allende avant de faire le coup d’État sont appliquées aujourd’hui contre le Venezuela. Quand vous lisez le texte des sanctions, vous remarquez que les mesures sont très similaires. Évidemment, il y a des différences par rapport à l’économie chilienne de cette époque mais le procédé est le même.

Ne craignez-vous pas une intervention militaire américaine ?

Il y a toujours un risque, bien sûr. Ils ont des bases militaires en Colombie, ce serait très facile pour eux d’intervenir. Ils disent qu’il s’agit d’une coopération pour lutter contre le narcotrafic mais le fait est qu’ils sont juste à côté et certainement pas pour planter des fleurs. Et Trump a dit expressément dans une conférence de presse qu’il pouvait intervenir militairement. Le Venezuela subit une pression de la part des États-Unis et autres puissances juste pour le fait qu’ils n’aiment pas le système politique qu’on a établi. Ils n’aiment pas le progressisme.

Quels autres pays ?

Par exemple, la semaine dernière, l’Union européenne a sorti des sanctions contre le Venezuela en se pliant à l’appel de Trump.

Que pensez-vous des relations entre le Venezuela et l’Algérie ?

L’Algérie est un pays ami. J’étais très jeune au ministère des Affaires étrangères quand le président Chavez est arrivé au pouvoir mais je me souviens très bien quand le président à ordonné de rouvrir et de renforcer les relations avec l’Afrique. Je me souviens qu’à cette époque, les plus vieux diplomates ne voyaient pas trop l’importance de ces régions mais pour Chavez, l’Afrique lui tenait tellement à cœur. Il est parti faire une tournée dans presque tous les pays d’Afrique et le Venezuela est le seul pays au monde à avoir des représentations diplomatiques dans tous les pays africains, même au Lesotho, au Mozambique, au Swaziland. Ce sont des petits pays auxquels le président Chavez tenait tellement. Moi-même, j’ai eu l’occasion de faire un voyage extraordinaire dans le sud de l’Afrique, en Afrique du Sud, au Mozambique, au Swaziland et au Lesotho, parce que nous voulions faire une coopération avec l’Afrique sur l’expérience africaine de la gestion de l’eau. Chavez disait toujours « s’il y a un endroit où l’on sait gérer l’eau, ce doit être en Afrique, parce que c’est un continent qui a beaucoup d’eau dans certains pays et très peu dans d’autres, donc s’il faut faire de la coopération, ce n’est pas avec les Européens, ils ne savent pas gérer l’eau. C’est l’Afrique qui doit nous apprendre ». Et il a envoyé une commission du ministère des Affaires étrangères et du ministère de l’Environnement pour voir la gestion sociale de l’eau en Afrique. C’est ce modèle que nous avons repris dans la gestion des bassins au Venezuela. La relation entre l’Afrique du Sud et le Venezuela était une relation très forte pendant toute la période du président Chavez. C’était extraordinaire. Il aimait l’Afrique de tout son cœur, et spécialement l’Algérie.

Je me souviens par exemple avoir eu l’occasion de prendre un taxi ici à Bruxelles et le chauffeur était algérien. Il m’avait amenée à la résidence et dès qu’il a vu le drapeau, il a dit : « Chavez ! ». Je me suis demandé mais comment un Belge peut savoir ? Il m’a demandé la permission de prendre une photo devant le drapeau et m’a dit qu’il allait raconter à sa femme qu’il était sur le territoire vénézuélien en Belgique, et il était ému aux larmes. Je me suis dit que, vraiment, Chavez a touché le cœur de l’Afrique.

Nous aimions beaucoup Chavez et notamment sa position sur la question palestinienne.

Oui, nous défendons très fort le peuple palestinien. Nous avons pris la cause des peuples les plus touchés par l’injustice dans le monde. S’il y a bien une injustice qui ne doit pas laisser le monde dormir tranquille, c’est la Palestine. Et Chavez nous a appris à prendre le cas de la Palestine comme si nous étions Palestiniens. Je serais sans aucun doute prête à mourir pour la Palestine si on me le demandait. Sans aucun doute ! Pour le peuple sahraoui aussi. Nous aimons les causes des peuples dont les droits sont niés. C’est cette force que Chavez nous a laissée qui nous permet aujourd’hui de garder la tête haute. Nous ne baisserons pas la tête, ni devant les États-Unis, ni devant rien. Jamais. Et c’est cela qu’ils ne nous pardonnent pas. Ils savent que nous avons cette force immense que Chavez nous a laissée et qui fait que n’importe quel pays peut dire « Chavez » et se souvenir. Dans un pays comme la Belgique qui n’est pas forcément un pays qui a un lien avec le socialisme ou avec les idées de Chavez, ils savent que quelqu’un qui s’appelait Chavez est passé par ici. Il était tellement grand et il nous a laissé cette force.

Vous pensez que le président Chavez était de la trempe de Castro et de Che Guevara ? Croyez-vous que son message résistera au temps ?

Je pense que l’Histoire va lui réserver sa place pour toujours. C’était un homme exceptionnel, de ceux qui naissent tous les cent ans. Son message survit et pas seulement pour le peuple vénézuélien, car je pense que Chavez est devenu la lumière de tout le progressisme ailleurs aussi. Il a laissé l’espoir aux autres, même en Espagne, par exemple, pour tous les progressistes espagnols et c’est pour cela que les Espagnols nous en veulent autant, parce que nous avons inspiré une partie de l’Espagne. Nous avons inspiré toutes les causes révolutionnaires du monde. Cuba a été la première lumière pour le monde. Castro disait que Chavez était son fils idéologique et spirituel et il a pu faire des choses qui n’étaient pas permises à Cuba à cause de l’embargo, et Chavez a d’une certaine façon renversé le blocus par cette puissance économique avec PetroCaribe qui nous permettait de changer la situation mais également la dynamique de la dépendance que certains pays des Caraïbes avaient vis-à-vis des États-Unis.

En ce qui concerne la coopération que nous avons commencée avec l’Afrique, il se trouve qu’en avril de cette année, le cas du Venezuela est revenu lors d’un débat au Conseil des droits humains à Genève. Un petit groupe de pays s’est rallié à l’agenda américain et les Américains disaient que le Venezuela en tant que membre du Conseil des droits de l’homme à Genève était un violateur des droits de l’homme et que nous devions quitter notre position au sein de cet organisme. Ils ont fourni un document signé par 11 pays stipulant que le Venezuela devait partir, et le premier groupe qui a sorti une résolution contre cette décision et qui a soutenu le Venezuela était le groupe africain. Tous les autres pays ont adhéré à cette résolution et finalement plus de 100 pays ont dit « non, le Venezuela reste parce que ce n’est pas un violateur des droits de l’homme ».

Tout cet acharnement, et pourtant les présidents Chavez et Maduro ont été élus démocratiquement.

Oui. Que représentons-nous comme risque ? Je reviens toujours sur cette phrase d’Obama qui nous a dit que nous étions « une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale des États-Unis ». En réfléchissant à cette phrase, je trouve que c’est presque un compliment, car depuis 18 ans, nous sommes en train de montrer au monde qu’un autre modèle est possible, que le socialisme peut fonctionner. Cuba l’a montré pendant 60 ans et nous le montrons depuis 18 ans face à toute la pression du monde, et on tient. Et le peuple continue à voter pour ce modèle, donc même avec la pression économique, la pire des situations, les gens continuent à croire au modèle socialiste. Et en voyant cela, je me dis que vraiment oui, nous sommes une menace inhabituelle et surtout extraordinaire. Et personnellement, je considère que c’est le meilleur des compliments (rires).

Et on peut dire merci, Barack Hussein Obama (rires)

Oui, grand merci. Ça fait du bien d’exercer ce type de menace. Une menace fondamentalement spirituelle, morale, idéologique, et surtout sociale, surtout à l’égard de pays comme les États-Unis et d’autres qui écrasent les gens.

Un dernier mot, Madame l’Ambassadeur, aux peuples qui résistent face à l’oppression impérialiste US.

Nous savons que c’est difficile, que le chemin du socialisme n’est pas facile, et c’est pour cela que le meilleur, nous sommes en train de le faire aussi, parce que quand le chemin est dur, il n’y a pas que les plus forts qui peuvent marcher. Nous allons montrer que oui, un autre monde est possible, et nous allons continuer à être inhabituels et, surtout, extraordinaires.

Source: Le grand soir – https://www.legrandsoir.info/venezuela-depuis-18-ans-nous-sommes-en-train-de-montrer-au-monde-qu-un-autre-modele-est-possible.html

Le Commissaire des Nations Unies : Il n’y a pas de crise humanitaire au Venezuela


Par Últimas Noticias | Mardi, 12/5/2017

Caracas, le 5 Décembre – Au Venezuela il n’y a pas de crise humanitaire, a déclaré Alfredo Zayas, Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU basé à Genève, expert indépendant sur la promotion de la démocratie, et qui a passé une semaine à Caracas pour y rencontrer des représentants du gouvernement , les ONG, l’Assemblée nationale constituante et des partis chavistes et des partis d’opposition.

Le fonctionnaire, avant de partir pour Quito, a été interrogé: Selon vous, existe-t-il une crise humanitaire au Venezuela? Ce à quoi il a répondu: « Je suis d’accord avec la FAO et CEPAL qu’il n’y a pas de crise humanitaire au Venezuela, bien que dans certains secteurs, il y a une pénurie, un manque d’approvisionnement, les retards dans la distribution, etc. L’important c’est d’en connaître les causes et de prendre des mesures contre la contrebande, les monopoles, l’accaparement, la corruption, la manipulation des devises et des perturbations de l’économie par une guerre économique et financière qui prévoit des sanctions et des pressions. Nous avons besoin de solidarité internationale. Le bruit des médias est histrionique et ne résout pas les problèmes. Avec la bonne volonté et le dialogue, les droits de l’homme peuvent être protégés et renforcés : je ferai des recommandations constructives en temps opportun. Je soumettrai mon rapport au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en mars 2018. »

Lundi, le ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza a rencontré de Zayas dans le cadre de la conclusion de son séjour dans le pays qui avait pour objectif de renforcer les liens entre le Venezuela et l’ONU. Le but de la visite était de recueillir des informations sur la coopération commerciale régionale, la gouvernance, la protection sociale et la situation des droits de l’homme.

Source : Aporrea https://www.aporrea.org/actualidad/n318106.html

Traduction : FAL33

Venezuela : échec du siège par l’Empire, les groupes financiers et médiatiques

Par Silvina M. Romano, Arantxa Tirado, Aníbal García Fernández

Note de Venezuelainfos. Dicton populaire vénézuélien: « la politique bouge tellement qu’il est ennuyeux d’aller au cinéma ». Depuis que l’ex-procureure générale Luisa Ortega a fui la justice de son pays, il n’est de semaine sans qu’on découvre de nouveaux réseaux de corruption sur le point de pousser l’industrie publique du pétrole (PDVSA) à une faillite généralisée comme point d’orgue de la déstabilisation. Alors que les cours pétroliers remontent fortement, le président Nicolas Maduro a décidé de stopper une fois pour toutes la saignée quotidienne de millions de dollars – hypothèque de la filiale CITGO à des fonds vautours, surfacturations ou contrats-fantômes, vols d’infrastructures, bateaux bourrés de pétrole vendus en secret par des tiers. L’enquête menée par le nouveau procureur général Tarek William Saab frappe fort, jusqu’aux plus hautes sphères de l’« État dans l’Etat ». Ce 30 novembre l’ex-ministre du pétrole et l’ex-président de PDVSA ont été arrêtés à Caracas, imputés pour divers délits de corruption, comme avant eux une soixantaine de hauts fonctionnaires. L’enquête s’étend à d’autres dossiers explosifs comme le CADIVI-CENCOEX (octroi de devises d’État au secteur privé), Odebrecht (méga-contrats avec le géant brésilien de la construction) ou la compagnie de l’électricité : on peut s’attendre à d’autres surprises dans les semaines qui viennent.

Pendant ce temps, une droite très divisée, socialement affaiblie depuis l’échec de son insurrection violente d’il y a quelques mois, a fini par s’asseoir à la table des négociations avec le gouvernement bolivarien, sous l’œil de médiateurs internationaux comme l’ex-président espagnol Rodríguez Zapatero. Dans quelques jours auront lieu les élections municipales et en 2018, les présidentielles. L’Amérique Latine, loin d’une « fin de cycle », compte sur un important potentiel électoral essentiel pour poursuivre la transformation sociale et politique.

Thierry Deronne, Caracas, le 30 novembre 2017

Venezuela : l’échec du siège par l’Empire, les groupes financiers et médiatiques

Haitian President Jovenel Moise visits Venezuela

Caracas, le 27 novembre 2017. Le Président de Haïti Jovenel Moise et le Président du Venezuela Nicolas Maduro approfondissent la coopération agricole, commerciale et infrastructurelle dans le cadre du programme PetroCaribe.

Au cours de ces dernières années, depuis Février 2014 et avec une particulière virulence en cette année 2017, l’opposition vénézuélienne et la communauté internationale (avec à sa tête les Etats Unis) ont mis en œuvre diverses mesures économiques, politiques et militaires destinées à parvenir au « rétablissement de la démocratie » au Venezuela (lire : changement de régime). Pour ce faire, il leur faut montrer (voire monter) une réalité d’un Venezuela plongé dans une crise totale (humanitaire) et surtout, d’un Venezuela complètement isolé et affaibli face aux gouvernements « occidentaux ». Dans les faits cependant, le peuple et le gouvernement vénézuéliens poursuivent le processus de changement et le supposé « isolement » contraste avec les fructifères alliances passées avec la Chine ou la Russie dans un schéma de changement géopolitique mondial, dans lequel ces puissances ont retrouvé un rôle prépondérant.

Le siège militaire pour garantir « la démocratie »

Coïncidant avec l’escalade de la pression internationale contre le processus de changement au Venezuela, le Commando Sud des Etats-Unis s’est livré à diverses « activités » dans des zones voisines du Venezuela, en particulier les Tradewinds 2017 (manœuvres militaires en face des côtes du Venezuela), la récente tenue de l’exercice militaire commun dénommé « Opération Amérique Unie » à la triple frontière entre le Pérou, le Brésil et la Colombie et, même, une intervention préparée en février 2016 pour envahir le Venezuela depuis la base de  Palmerola au Honduras, dénommée Opération Liberté II.[1] En comparaison, notons que les manœuvres militaires de l’armée russe au Belarus en septembre dernier, ont été considérées comme une menace et une démonstration de pouvoir de la part des membres de l’Union Européenne et membres de l’OTAN.[2] Toutefois, la présence militaire des Etats-Unis en Amérique Latine et dans la Caraïbe (sous ses diverses modalités) [3] est “naturelle” pour la communauté internationale. Justifiée par la guerre contre les drogues et le crime transnational, cette présence se montre de plus en plus impliquée dans la défense de la « démocratie » dans la région.

L’Amiral Kurt Tidd, Commandant du Commando Sud, il y a un mois, l’a clairement exprimé : “après dix années de défis, les régimes hostiles aux Etats-Unis sont en déclin. L’offensive continue contre la démocratie au Venezuela a fait l’unité des nations sur la défense de nos valeurs communes”.[4] Il est clair que le problème du Venezuela est sa posture « anti-étasunienne », comprenez : un processus qui pose comme principe un ordre social, économique et politique qui n’est pas conforme à la démocratie de libre échange promue par les Etats-Unis et la « communauté occidentale » – dans un pays doté des plus fortes réserves de pétrole du monde.

Il semble alors que les militaires ont un rôle primordial dans la conduite du Venezuela vers la démocratie qu’ils jugent « correcte ». La semaine dernière, le vice-président colombien, Oscar Naranjo – ex Général de la Police Nationale Colombienne et l’un des principaux responsables de l’exportation du Plan Colombie au Mexique, en particulier pour ce qui touche à l’expansion du para-militarisme [5], s’est rendu aux Etats-Unis. Comme « résultat positif » de sa visite (d’après les porte-parole officiels des deux gouvernements) figurent « les premiers pas de la création d’une force d’intervention navale dans le Pacifique entre les Etats-Unis, le Mexique et la Colombie pour la guerre contre la drogue ».[6] Dans le même compte rendu il est dit que le vice-président des Etats-Unis, Michael Pence, a félicité le gouvernement colombien pour avoir joué un rôle de premier plan face à la situation vénézuélienne.[7]

Mais la présence militaire et la surveillance permanente exercée par les Etats-Unis dans des territoires voisins du Venezuela ne suffit pas. Voilà pourquoi, le 13 Novembre dernier, les ministres des Affaires Etrangères de l’Union Européenne ont approuvé un embargo sur les armes contre le Venezuela , comme élément de ce qu’ils ont qualifié de « mesures restrictives » destinées à faire pression sur le gouvernement du président Nicolas Maduro afin qu’il renforce « l’Etat de droit et la démocratie ».[8] Ils ont à leur tour souligné que « La principale responsabilité de mettre fin à la crise au Venezuela réside dans le pays lui-même », [9] créant ainsi de la confusion : s’il en est ainsi, pourquoi et dans quel but faire pression de l’extérieur avec un embargo sur les armes ? Ce qui est certain c’est que, cet embargo, en termes matériels et symboliques, s’ajoute à une série de mesures de la communauté internationale qui essaient de montrer que le Venezuela est « isolé » et « assiégé », que le processus de changement « a été un échec ». Des exemples concrets sont la longue croisade de l’OEA contre le gouvernement vénézuélien [10], ou la pression depuis l’ONU pour contribuer à installer l’idée d’une « crise humanitaire » dans le pays [11]. Ces « mesures » font partie de la guerre économique comme composante indispensable du siège.

Pétrole et paiement de la dette, quel default ?

Ces derniers mois, le prix mondial du pétrole a monté, suite à l’accord obtenu par les membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP): en octobre le prix du baril a dépassé les 45 dollars –il convient d’ajouter que le 30 Novembre prochain les membres de l’OPEP se réuniront de nouveau à Vienne pour décider s’ils prolongent l’accord sur les réductions de production au-delà du premier trimestre 2018 –.[12] Dans un tel contexte, depuis septembre, le gouvernement vénézuélien a décidé de présenter le prix de son pétrole en yuans et non en dollars. Comme conséquence de cette mesure, le prix du baril est monté à 46.7 dollars. Ces deux initiatives ont contribué au rétablissement du prix du baril, ce qui permettra au Venezuela d’avoir une rentrée de devises supérieure à celle enregistrée ces dernières années. Au cours de la première semaine de novembre, le prix du baril a dépassé les 60 dollars, prix équivalent à celui de Juin 2015, lorsque les prix du marché international commencèrent à baisser.

Le pétrole au Venezuela représente 95% des devises qui entrent dans l’économie nationale et toute variation dans les prix du pétrole a un impact substantiel sur l’économie vénézuélienne. En  même temps que l’augmentation du prix du pétrole, le Venezuela a annoncé que les réserves de pétrole attestées et certifiées avaient atteint le chiffre de 300,878, 033 millions de barils car avaient été intégrés 1.9 millions de barils provenant de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque.[13]

Dans quelques media hégémoniques on a spéculé sur la chute en  default – défaut de paiement- du Venezuela, affirmation appuyée par les déclarations des agences de classement mondiales comme Standard & Poor’s .[14] Cependant le gouvernement vénézuélien a payé toutes ses obligations financières à ses créanciers et a couvert les obligations à échéance de 2027 et 2020 ;, ce qui implique que sont payées toutes ses obligations pour ce qui reste de 2017. [15] Il faut ajouter à cela que le gouvernement vénézuélien cherchera à restructurer sa dette, car pour 2018 il aura à payer d’autres obligations pour environ 9 milliards de dollars.[16] Les dernières sanctions économiques imposées par les Etats-Unis depuis le début de l’année indiquent qu’il est probable que depuis les organismes internationaux, sous la pression des Etats-Unis, l’on tente d’empêcher ou au moins d’entraver une telle restructuration, considérant que c’est l’année des élections présidentielles au Venezuela.

Un aspect important est le risque latent que les fonds agressifs dénommés « vautours » achètent une partie des obligations vénézuéliennes de PDVSA et en exigent le paiement au gouvernement. Un tel scénario est probable. Cette alerte n’est pas minime, si l’on considère que le comité directeur de CITGO, la filiale étasunienne de PDVSA, fait l’objet d’un mandat d’arrêt car ils ont signé un accord international avec deux entreprises financières pour refinancer des programmes de dettes sur  2014/2015. Ces dits contrats ont été réalisés sous des conditions qui étaient désavantageuses pour PDVSA. L’accord pourrait mettre en danger la stabilité financière de  CITGO car il apparaissait comme garantie du financement.[17]

Etendre le siège : les Etats-Unis dans la Caraïbe en guerre contre le pétrole du Venezuela.

La guerre économique inclut également la pression dans le domaine énergétique. Comme on le sait, le Venezuela  a impulsé la création en 2005 de Petrocaribe, une initiative qui englobe plus d’une quinzaine de pays de la Caraïbe qui bénéficient d’une coopération énergétique de la République Bolivarienne du Venezuela grâce à la vente de pétrole à des prix subventionnés et avec des facilités de paiement. Il s’agit, dans la perspective vénézuélienne, de garantir la sécurité énergétique de ses alliés, en facilitant leur développement et en posant les bases d’une coopération géopolitique alternative.

Conscients du caractère stratégique que représente pour ces petites et fragiles économies, traditionnellement soumises à l’influence étasunienne, de pouvoir diversifier leurs relations et accéder à des accords commerciaux leur donnant une plus grande liberté d’action, depuis la Présidence de Barack Obama, les Etats-Unis  font pression sur les pays de la Caraïbe pour qu’ils mettent de côté leur approvisionnement en pétrole à travers Petrocaribe, le remplaçant par de nouvelles alliances avec les Etats-Unis. Il s’agit de saper l’un des pivots de la projection extérieure vénézuélienne. C’est ainsi qu’en janvier 2015, les Etats-Unis ont invité les pays de la Caraïbe à une réunion, coïncidant avec le 3ème sommet de la CELAC, réunion qui fut l’antichambre du lancement en Avril, de l’Initiative de Sécurité Energétique de la Caraïbe [18] (CESI selon son sigle en anglais). Se retranchant derrière la crise économique que traversait le Venezuela suite à la chute des prix du baril de pétrole et des impacts que cela pourrait avoir dans sa coopération, les Etats-Unis essayèrent d’attirer les Etats insulaires caribéens. L’idée de l’instabilité de Petrocaribe fut au préalable travaillée par les think tanks – laboratoires d’idées- de l’establishment étasunien comme Atlantic Council qui, en 2014, publia un rapport intitulé “Uncertain Energy: The Caribbean’s Gamble with Venezuela[19] (« Energie Incertaine: le pari de la Caraïbe sur le Venezuela » )

Une autre des stratégies étasuniennes est d’en appeler au remplacement des énergies. Sous un discours d’apparente défense de l’environnement se cache le conflit géopolitique visant à  miner l’influence du Venezuela dans une zone aussi géo-stratégiquement importante pour les Etats-Unis que ne l’est la Caraïbe. Dans cette même ligne l’on comprend que, le 15 Novembre dernier, le Département d’Etat des Etats-Unis ait annoncé que 4.3 millions de dollars seront destinés à « appuyer la diversification énergétique de la Caraïbe ».[20] Il est important de souligner que cette annonce s’est faite dans le cadre de la Table Ronde sur la Prospérité des Etats-Unis et de la Caraïbe, et que les fonds serviront à promouvoir la CESI et la Stratégie 2020 pour la Caraïbe.[21] Participent à ce projet le Bureau des Ressources Energétiques du Département d’Etat, l’USAID (Agence américaine pour le développement international) – déjà porteuse de projets semblables ces dernières années- et l’OPIC Overseas Private Investment Corporation. Leur mission, selon les propres mots du Département d’Etat, est d’offrir « assistance technique en matière énergétique, subventions pour la préparation de projets et de nouvelles opportunités pour des entreprises et des exportations énergétiques étasuniennes mondialement compétitives ».[22]

Les alliances du Venezuela: franchir le siège

Amener l’idée de l’isolement international du Venezuela  fait fondamentalement partie de la propagande des moyens de communication liés aux grands pouvoirs économiques. Il semblerait que pour ces media, le système international se réduise à l’existence des puissances centrales occidentales, laissant de côté tout le monde émergent représenté par la République Populaire de Chine, la Fédération de Russie, l’Inde, le Brésil, etc. Mais il ne s’agit pas que des seuls BRICS. Grâce à l’impulsion qu’Hugo Chávez a donnée à la politique extérieure vénézuélienne, tant sur le plan bilatéral que multilatéral, et grâce aussi à la diversification de ses zones d’influence, étendant sa projection extérieure à des territoires jusqu’alors non explorés par la diplomatie vénézuélienne, l’Etat vénézuélien s’est positionné, ces dernières années comme un actif et dynamique acteur international de premier ordre. Son rôle prépondérant dans les négociations de l’OPEP, en sa qualité de pays détenteur des principales réserves de pétrole avérées dans le monde, autant que son profil de référent pour l’anti-impérialisme international, sont le signe de la tromperie du concept de son isolement international.

De fait, depuis Septembre 2017, le Venezuela occupe la Présidence du Mouvement des Pays Non Alignés (MNOAL), qu’elle gardera jusqu’en 2019.[23] C’est la première fois que le Venezuela assume cette responsabilité internationale, à fort impact symbolique, à un moment où le pays est fortement mis en question à l’extérieur.

Cependant, ces critiques, de même que l’instabilité politique intérieure induite, n’ont pas empêché que le Venezuela, ces derniers mois, ait continué de signer des accords commerciaux décisifs, avec des puissances comme la Chine ou la Russie,  en plus de pouvoir compter sur leur appui politique dans les moments difficiles.[25] Les entreprises russes ont aussi apporté leur aide en avançant des paiements à PDVSA au milieu des sanctions des Etats-Unis. [26]

Le siège militaire, politique, économique et médiatique qui se construit chaque jour contre le processus de changement au Venezuela, a comme objectif immédiat d’installer l’idée que le Venezuela est isolé, qu’il manque d’alliances fortes et « qu’il n’a pas d’issue ». Cependant, le peuple vénézuélien montre une grande force et une dignité, qui s’est manifestement révélée dans sa participation au vote pour l’Assemblée Nationale Constituante en Juillet dernier et lors des élections régionales d’octobre 2017. De son côté, le gouvernement vénézuélien continue de consolider ses alliances internationales. Le siège est réel, mais il a échoué. Malgré les pronostics de la presse néo-libérale, la réalité qui s’impose contre toute attente est celle du peuple vénézuélien qui cherche à consolider le processus de changement. Le Venezuela continuera de déjouer les assiégeants.

Silvina M. Romano, @silvinamceleste , Arantxa Tirado, @aran_tirado, Aníbal García Fernández, @Anibal_garcia89

Notes: 

[1] http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/operacion-venezuela-freedom-2-el-documento

[2]http://www.lavanguardia.com/internacional/20170914/431275707337/rusia-inicia-maniobras-militares-frontera-ue.html

[3] http://www.celag.org/operacion-america-unida-presencia-militar-permanente-eeuu-america-latina/

[4]http://www.southcom.mil/Media/Speeches-Transcripts/Article/1347999/adm-tidd-prepared-remarks-olmsted-foundation/

[5] https://www.elespectador.com/noticias/elmundo/acusan-al-general-r-oscar-naranjo-de-promover-grupos-pa-articulo-469652

[6] https://www.americaeconomia.com/politica-sociedad/politica/colombia-estados-unidos-y-mexico-crearian-fuerza-de-tarea-naval-en-el

[7] https://www.americaeconomia.com/politica-sociedad/politica/colombia-estados-unidos-y-mexico-crearian-fuerza-de-tarea-naval-en-el

[8] https://www.nytimes.com/es/2017/11/14/venezuela-embargo-armas-union-europea/

[9] https://www.nytimes.com/es/2017/11/14/venezuela-embargo-armas-union-europea/

[10] http://www.celag.org/almagro-invoca-carta-democratica-a-favor-o-en-contra-de-la-democracia-por-silvina-m-romano/

[11] http://www.noticiasrcn.com/internacional-crisis-venezuela/pedido-eeuu-consejo-seguridad-onu-discute-crisis-venezuela

[12] http://www.contrapunto.com/noticia/podria-extenderse-recorte-de-petroleo-de-paises-opep-y-no-opep-149589/

[13] https://actualidad.rt.com/actualidad/254973-sube-precio-petroleo-causas-consecuencias-venezuela

[14] https://www.forbes.com.mx/sp-declara-a-venezuela-en-default-selectivo/

[15] https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-paga-intereses-de-bono-PDVSA-2027-20171115-0037.html

[16] https://www.cronista.com/internacionales/En-medio-de-rumores-de-default-Venezuela-enfrenta-dia-clave-con-acreedores-20171113-0064.html

[17]http://www.resumenlatinoamericano.org/2017/11/21/venezuela-duro-golpe-a-corruptos-y-traidores-a-la-patria-detenidos-seis-altos-directivos-de-citgo-por-irregularidades-en-contrataciones-opinan-delcy-rodriguez-diosdado-cabello-y-jorge-rodriguez/

[18] https://www.state.gov/e/enr/c66945.htm

[19]http://www.atlanticcouncil.org/publications/reports/uncertain-energy-the-caribbean-s-gamble-with-venezuela

[20]https://translations.state.gov/2017/11/16/el-departamento-de-estado-de-ee-uu-apoya-la-diversificacion-energetica-en-el-caribe-2/

[21] https://www.state.gov/p/wha/rt/caribbeanstrategy/index.htm

[22]https://translations.state.gov/2017/11/16/el-departamento-de-estado-de-ee-uu-apoya-la-diversificacion-energetica-en-el-caribe-2/

[23]https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-asume-presidencia-del-Movimiento-de-Paises-no-Alineados-20160917-0021.html

[24]https://www.telesurtv.net/news/Venezuela-y-China-fortalecen-acuerdos-petroleros-y-comerciales-20170831-0040.html

[25] http://www.hispantv.com/noticias/china/350436/venezuela-eeuu-trump-opcion-militar-injerencia

[26]https://www.bloomberg.com/news/articles/2017-08-04/rosneft-aids-venezuela-s-state-oil-producer-with-prepayment

Source : http://www.celag.org/cerco-fallido-venezuela-presion-militar-guerra-economica/

Traduction: Michele ELICHIRIGOITY

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El Nula, chronique de la frontière avec la Colombie

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La frontière avec la Colombie, sur des kilomètres, est un fleuve avec des maisons d’un côté, des cultures, des terrains de football, de petites maisons et souvent seulement des plaines, des arbres, des bois.

Celui qui ne connaît pas ne sait pas qu’il est sur la frontière, que la rive d’en face, juste là, identique à celle-ci, est un autre pays où se trouve une grande partie de ce qu’on ne trouve pas ici. La guerre est là, ici aussi et ce fleuve qui s’écoule en fait partie. On doit apprendre à observer et à écouter. Ce canoë qui passe avec deux personnes : contrebande ou pêche ?

Là, la culture du commerce illégal existe depuis longtemps. Avant, ce n’était pas de la contrebande d’extraction, il ne saignait pas le pays, maintenant, oui. De plus en plus. Et non seulement passe l’essence, le bétail, les aliments du panier de la ménagère, les médicaments, les billets mais ces derniers temps, l’éventail s’est élargi à d’autres secteurs comme le plastique, les verres, les pelles à ordures. Toute méthode est bonne pour les faire passer, comme ceux qui s’enveloppent le corps avec des kilos de viande ou des tablettes d’antibiotiques.

Le différence du change consécutive à l’attaque de la monnaie transforme presque tout objet vénézuélien en une marchandise qui génère de super-bénéfices si elle est vendue de l’autre côté, en Colombie.

70 litres d’essence valent plus qu’un salaire minimum du Venezuela. Un salaire minimum dans une étape d’hyperinflation de guerre ne suffit pas à faire vivre une famille. Ni 2 ni 3 salaires minimum. Faire des heures de queue pour trouver de l’essence n’est pas un problème, c’est une activité qui rapporte en 1 jour plus d’argent qu’en 1 mois dans l’état.

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Toute la zone frontalière avec la Colombie a été attaquée par cette dynamique et la paroisse de San Camilo, dans l’état d’Apure, n’est pas une exception. Ses caractéristiques économiques lui donnent la possibilité de développer sa production : c’est la paroisse la plus productive de l’état en produits laitiers avec une moyenne de 200 000 litres par jour et quelques 25 000 têtes de vaches à lait. Elle a aussi l’agriculture, des étangs poissonneux. Elle pourrait être prospère mais le meilleur bétail s’en va en Colombie, une autre partie dans les états du centre, le lait est acheté par Nestlé et les fromageries privées qui gèrent le marché. Les prix sont élevés à San Camilo.

Les causes de cette situation sont variées et s’entrecroisent. Les producteurs achètent des fournitures – vaccins, produits contre les parasites, etc… – en provenance de Colombie , ce qui fait monter le prix de l’élevage et, en conséquence, par exemple, du lait, avec lequel on fait le fromage. Ils ont besoin, disent-ils, de fournitures bon marché. Celui qui devrait le garantir, c’est l’état, qui pourrait aussi acheter une partie importante de la production de lait. Rien de tout cela n’est nouveau, ils ont fait des essais qui ont été freinés, ils sont restés à mi-chemin. Aujourd’hui, les producteurs sont au milieu de la chaîne et fonctionnent avec des prix de fournitures de frontière en guerre et la vente à des intermédiaires privés qui spéculent et font des bénéfices extraordinaires. Ce sont les contrebandiers et les privés qui y gagnent.

Il ne s’agit pas de les faire passer pour des victimes ni de nier que certains producteurs préfèrent un super-bénéfice en faisant traverser le fleuve à leur bétail. La question qui se pose est envers l’état, les politiques qui se construisent d’ici, la façon d’aborder ce contexte. Aucun producteur n’est intéressé pour vendre à l’état si le paiement, comme d’habitude, tarde des mois alors que les prix augmentent tous les jours, tous, et que Nestlé paie immédiatement. Cela n’est pas nouveau non plus.

Il y a des exemples qui montrent que la volonté politique et la coordination des parties peuvent construire d’autres réalités. Une expérience a été mise en marche à El Nula, centre de San Camilo, où les institutions, le Parti Socialiste Uni du Venezuela, le Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora, les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) et les conseils communaux se coordonnent pour faire des opérations de vente de viande et de poisson aux communautés. Le schéma est le suivant : on garantit les fournitures aux producteurs qui vendent la viande à un prix plus bas et grâce à l’organisation populaire, la viande et le poisson sont vendus directement à la population à 25 000 bolivars le kilo de viande et 15 000 le kilo de poisson. Le dernier jour, il y a eu 93 bêtes et 3 000 kilos de poisson pour 19 CLAP.

EL NULA- ISIDORO C PANORAMIO

L’impact est économique, subjectif et retentit sur l’organisation. C’est une façon d’affronter collectivement une réalité de plus en plus contraire. Le cas d’El Nula est un exemple de la façon dont le quotidien économique prend la forme de batailles quotidiennes : la seule banque du peuple a cessé de fonctionner pendant 2 mois et le pont d’accès principal – sur le fleuve Burgua – s’est effondré le 4 octobre dernier. Cette situation a aggravé les problèmes déjà existants, l’essence est passée à 15 000 bolivars le litre et les billets ont commencé à être revendus avec 60% d’intérêt. Les besoins de la majorité sont devenus des affaires pour quelques-uns. Une logique imposée par la guerre qui se répercute sur l’économie. Dans le cas du pont effondré, on a installé une micro-société sur chaque rive : 2 000 bolivars pour traverser en canoë, 30 000 en camionnette, des points de vente de nourriture, de glaces et les 2 rives transformées en piscine pour les enfants.

Comment se battre contre tout ça ? Les jours de vente de viande et de poisson sont une possibilité. Ils montrent qu’on peut essayer des solutions qui comprennent une action de l’état coordonnée avec des producteurs et des communautés organisées en vue de la cogestion. Sans ce triangle, il est difficile d’imaginer comment desserrer le nœud qui se resserre en même temps que le cadre économique général. Les principales variables s’aiguisent sur la frontière.

La question : que faire concrètement ? est au centre des débats, c’est le premier point de toute conversation. Il ne semble pas possible d’arrêter la contrebande en arrêtant ceux qui amènent un camion d’essence de l’autre côté ou plusieurs kilos de viande enroulés autour de son corps. Il s’agit d’une société frontalière dans un moment de crise, coordonnée en grande partie autour de cette activité économique où, souvent, celui qui n’y est pas mêlé directement a un membre de sa famille qui y est impliqué. L’attaque doit être menée contre les mafias de la contrebande qui déplacent des camions, des troupeaux, des milliers de millions. Et des politiques qui génèrent les conditions économiques pour que la production soit rentable et que la culture soit productive.

C’est facile à écrire mais difficile à faire. En particulier parce que la frontière est plus qu’une frontière, il y a une architecture organisée pour renforcer ce cadre. Des bureaux de change colombiens à la politique du Gouvernement de Colombie qui laisse passer toute la contrebande. La situation des paroisses frontalières comme San Camilo peut être résolue par des réponses développées par la volonté des forces locales mais a besoin de réponses nationales, structurelles. Parce que le problème de la frontière est l’épicentre de la guerre vers laquelle on nous a amenés. Par là, ils veulent mettre le bolivar à genoux, organiser des pénuries dans le pays, faire entrer une armée illégale sous commandement nord-américain.

Nous sommes dans une guerre où souvent les généraux ennemis sa cachent, sont invisibles. En particulier quand le champ de bataille est un fleuve qui sépare deux rives identiques, avec des plaines, des maisons et des canoës qui passent. C’est un conflit avec une stratégie lâche que nous devons nommer, expliquer, acculer dans le domaine économique comme dans le domaine politique. La réalité matérielle, avec toutes les conséquences qu’elle amène, le demande.

Marco Teruggi

Source: https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/11/16/el-nula-cronica-de-la-frontera-con-colombia/

Traduction: Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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Pour le droit à être informés sur l’Arc Minier

Publié par Venezuela infos,

Hein? Les défenseurs de la patrie agroécologique et de la parcelle productive comme style de vie prenant la défense de l’Arc Minier ? Mais ici nous ne sommes pas en train de défendre un style de vie mais le droit d’être informés des raisons pour lesquelles il y a « quelqu’un » là-bas au-dehors et ici même sur notre territoire qui s’obstine à créer la zizanie entre nous. Le thème de l’Arc Minier est un thème extrêmement sensible pour les chavistes ? Profitons-en pour les bombarder d’informations fausses ou dévoyées sur l ‘Arc Minier, et voyons comment ils vont se déchirer entre eux ! Il est aisé de voir comment cette tactique vieille comme le monde fonctionne encore.

L’extraction minière est une activité méprisable, horrible ; c’est peut-être l’activité humaine la plus immonde qu’il ait été donné au capitalisme à son apogée de produire. On rêve d’une autre humanité, dans laquelle le concept de richesse ne signifie ni accumulation, ni exploitation humaine, ni destruction de l’environnement. Mais le fait de rêver ne doit pas nous déconnecter du réel. Nous sommes à un moment de l’histoire où ce qui se meurt doit servir à financer et à lancer ce qui est en train d’émerger. Ça ne paraît pas très éthique, mais l’histoire de l’humanité l’est-elle ? Ainsi cette noble entreprise appelée en son temps « Indépendance » n’a-t-elle pas été financée par le système esclavagiste ? et ensuite par l’essor des bourgeoisies européennes émergentes ? Désolé si vous pensiez que cette glorieuse épopée a été menée par des ouvriers communistes, vraiment désolé !

Les rêves d’une humanité engagée massivement dans la production artisanale et traditionnelle d’aliments, de vêtements, de culture et d’habitat continueront à nous porter mais nous savons au fond que chacun de nous mourra sans le voir réalisé ; après nous d’autres générations viendront pour tenter de l’inscrire dans le réel et cela prendra des siècles. Mais celle qu’on appelle « génération actuelle» dépend et continuera à dépendre de l’extraction minière, que cela nous plaise ou non. Et celui qui souffre de cet état de fait au point de pester contre l’âme vénézuélienne (parce que soyons clair : l’industrie pétrolière est bien une activité minière répugnante) et bien qu’il s’exile vers la patrie idéale, ce Pays Imaginaire socialiste où le combustible fossile, le fer, le ciment et maintenant le coltan, ne sont plus des facteurs déterminants de son développement et de sa civilisation.

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Il est probable que l’un des exercices rhétoriques -disons plutôt exercice d’humilité et de maturité- les plus difficiles à réaliser ces temps-ci est de reconnaître qu’une opinion ou une position défendue ardemment peuvent se révéler erronées. Certaines fois on se trompe par obstination, d’autres fois par désinformation ou manque d’information. Dans ce dernier cas de figure, il est plus aisé de reconnaître publiquement et solennellement : « camarades, je me suis trompé. Je demande pardon ; je vais rectifier, corriger et me forger une nouvelle opinion ». Par contre dans le premier cas, il n’y a pas grand-chose à attendre ; il y a des gens qui ont de la peine, de la rage ou tout simplement peur de dire qu’ils ne savent pas, qu’ils ignorent le sujet ou qu’ils le connaissent de manière imparfaite. C’est le type de personnes capable de se plonger dans des discussions interminables sur des sujets qu’ils ont découverts 5 minutes auparavant dans Wikipedia ; et ils en parlent tels des experts.

Sur le thème de l’Arc Minier nous nous sommes trouvés en présence des 2 types de contumace (au fait, cherchez « contumace » sur le dictionnaire de Google) évoqués plus haut. Des gens qui ont jeté en un tweet incendiaire une malédiction contre l’Arc Minier à peine avaient-ils lu les 3 premiers paragraphes sur ce sujet et qui se sont crus obligés de défendre becs et ongles ces 140 caractères simplement parce qu’ils avaient lu une citation d’Einstein, de Benedetti, ou du Che -à moins que ce ne soit de Bob Marley- qui disait à peu près ceci « Les gens qui valent ce sont ceux qui n’ont qu’une parole et qui s’y tiennent de façon inébranlable. Les autres ne sont que des personnes stupides qui ne méritent pas le titre de révolutionnaires ». Donc nous avons les réseaux sociaux et les conversations de café de commerce saturées de gens qui savent tout sur tout sur l’Arc Minier et qui ont décidé d’être une fois pour toutes pour ou contre. Mais à peine sont-ils interrompus au milieu de la conversation par une question du style « mais l’Arc Minier, c’est quoi ? » qu’ils s’enferrent dans la colère et l’invective, tout simplement parce qu’au fond ils réalisent qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent.

On devait s’attendre logiquement à ce qu’une campagne nationale et internationale de diabolisation du décret de « zone de développement stratégique national » (je parie les cendres de mon père et le cartable de mon fils que 98% des lecteurs viennent juste de réaliser que c’est ainsi que se nomme le fameux décret sur l’Arc Minier) ne se développe ; par cette attaque on cherche ainsi à criminaliser le gouvernement de Nicolas Maduro et à affaiblir les possibilités pour le Venezuela de profiter pleinement de nouvelles ressources financières. Mais ce qui rend ce moment si particulier c’est une des facettes de la campagne en cours, qui cible un secteur du chavisme, très sensible au thème de l’extractivisme et de son impact sur les écosystèmes, les populations indigènes et la souveraineté.

Par exemple, les discours récents de Valentina Quintero (la spécialiste du tourisme télévisé, NdT) et Luisa Ortega Diaz (ex-procureure générale, aujourd’hui en campagne contre la « dictature de Maduro », NdT) à ce propos sont truffés de bêtises, d’imprécisions et de mensonges éhontés ; et tout ce qui est dit par ce genre de porte-paroles du catastrophisme trouvera toujours un écho certain dans un secteur chaviste qui a décidé que l’Arc Minier est un instrument créé pour contribuer à la dégradation des cours d’eau et des populations ; ce sont des gens pourtant authentiquement chavistes et révolutionnaires, et qui pour des raisons liées à l’image de soi ou au «qu’en-dira-t-on » corrigeront difficilement leur erreurs ou n’iront même pas vérifier la véracité de l’information. L’Arc Minier de l’Orénoque est devenu le maillon faible d’une chaîne (notre nécessaire, mais si malmenée, unité) que les mafias hégémoniques ont décidé de faire céder, aidées en cela par hypersensibilité des uns, les mauvaises intentions des autres et l’ignorance de la majorité.

Ainsi la vision que les gens (de notre bord et de l’autre) ont de l’Arc Minier de l’Orénoque est à peu près la suivante (accrochez-vous bien!) :

L’Arc Minier est un territoire couvert de forêts vierges et peuplé d’indigènes qui vivent en harmonie avec la Terre-mère. Le gouvernement a vendu ce territoire à des entreprises transnationales chargées d’en extraire et d’en exporter toutes les richesses du sous-sol (or, diamants, coltan, etc…). L’extraction va impliquer la déforestation de 111 800km2 de terres, la mort des cours d’eau à coup de flots de mercure (l’Orénoque disparaîtra et laissera place à une immense flaque rouge ; précisons que le mercure est rouge comme le mercurochrome), la mise en esclavage, l’assassinat ou la mise à l’écart de plusieurs populations indigènes. Là où il y avait la paix, un vivre-ensemble harmonieux, à cause de l’Arc Minier il y aura des bandes et des mafias, de la drogue et de la prostitution, de le contamination au mercure, de la délinquance, de la drogue, la dévastation de zones naturelles, encore de la prostitution, des transnationales assassines et de la corruption. Et encore plus de prostitution et de drogue.

En résumé la propagande attribue à l’Arc Minier tous les travers que l’Arc Minier a précisément pour objectif d’éradiquer. Je peux grâce à un simple article (et je le démontre dans le paragraphe suivant) démentir tout ça et partager une vérité qu’on a voulu nous cacher ou déformer:

Il existe au nord de l’état Bolivar des territoires où ont sévi des bandes, des mafias, de la drogue et de la prostitution, de la contamination au mercure, de la délinquance, des drogues, la destruction de zones naturelles, encore de la prostitution, des transnationales criminelles et de la corruption. Et encore plus de prostitution, de drogue et de contamination par le mercure. C’est pourquoi l’État a conçu et décrété un plan, applicable à cette zone du pays appelée Zone de développement stratégique national Arc Minier de l’Orénoque. Les raisons de ce plan ? L’État vénézuélien a une dette envers la population de cette région et celle de tout le pays, qui consiste à asseoir sa souveraineté sur ce territoire et toutes ses ressources ; cela ne peut être fait de façon isolée par le gouvernorat de l’état Bolivar,  ni par l’armée, ni par l’initiative privée, ni par un ministère. L’Arc Minier est sous-tendu par la volonté ferme et déterminée de respecter les populations indigènes, de protéger les zones où il n’est pas nécessaire ni justifié de développer l’extraction minière, de développer des techniques et de méthodes moins toxiques et destructrices que l’usage traditionnel du mercure (qui au passage n’est pas rouge mais argenté), et de rendre sa dignité et son essor à l’extraction minière de petite envergure, autrement moins nocive que l’extraction minière industrielle à grande échelle. C’est un mensonge éhonté que de dire que 111 800 km2 de forêts vont être dévastés: c’est à peine 1,5% de ce territoire qui sera impacté directement, ce qui est amplement suffisant pour extraire les minerais du sous-sol. L’Arc Minier a été décrété il y a 8 mois (le 24 février précisément) ; et on voudrait qu’en à peine 8 mois on efface les désastres résultant de 200 ans d’irresponsabilité !

Mais ce simple paragraphe ne suffira pas à convaincre certaines personnes de cesser de croire ou de répéter ce que la propagande de guerre assène. Vous pouvez dire toutes les vérités que vous voulez et sur tous les tons, si votre interlocuteur répond systématiquement « ce n’est pas vrai », et vous en ressentirez de la frustration; vous avez gaspillé votre temps, votre salive et votre énergie ; et probablement perdu l’amitié de votre interlocuteur. La machiavélique propagande fasciste a concentré tous ses efforts pour convaincre les gens désinformés, sous-informés ou très sensibles, que Nicolas Maduro a décidé d’étendre l’exploitation minière dans des recoins où personne n’avait encore usé de pelle ou de pioche.

Le territoire concerné par le plan appelé Arc Minier (notez bien : l’Arc Minier n’est pas un territoire mais un plan!) est une zone dévastée, surexploitée par plusieurs transnationales qui ont détruit des milliers d’hectares de forêts, des milliers de vies humaines et de cultures, via des procédés et des techniques criminels ; la mission de l’Arc Minier est d’en finir avec tout cela ! Bien sûr qu’il y a de la criminalité dans les zones minières, de la drogue et de la prostitution aussi. Tout autant que dans certaines zones de Caracas, de Valence ou de Mérida, villes depuis lesquelles on attaque avec le plus de virulence qu’ailleurs l’Arc Minier (en ignorant dans la majorité des cas ce qu’est l’Arc Minier). Si quelqu’un à Valence s’indigne de la destruction de la nature, de la prolifération de la drogue et de la prostitution dans l’état Bolivar, qu’il s’interroge si la fondation de Valence n’est pas passée par des phases d’extermination de populations et d’espèces naturelles et s’il n’y a aucune prostituée ni aucun drogué dans ses rues…

Le plus grand allié de l’État dans la tâche de développer un extractivisme respectueux de l’environnement et soucieux de l’appropriation souveraine des ressources est bien le petit mineur artisanal ; soit dit en passant c’est grâce à lui que l’État a pu récupérer plus de 5 tonnes d’or en 6 mois ! 5 tonnes qui, s’il n’y avait pas eu l’Arc Minier, seraient parties en Colombie, au Brésil, au Guyana, dans une île des Caraïbes, aux États-Unis ou dans un quelconque pays européen. Les petits mineurs artisanaux ont été à la pointe de mouvements de rébellion qui ont permis d’enlever des mines des griffes de grandes entreprises transnationales ou de mafias  que les autorités vénézuéliennes envisagent maintenant d’expulser. A souligner le cas particulier d’une de ces émeutes (la rébellion, ou la prise de Nuevo Callao) qui a vu un groupe de mineurs, en colère suite à l’assassinat d’un des leurs, prendre possession d’une mine gérée par la Greenwich Resources, retenir en otage ses dirigeants, les obliger à signer sur un bout de papier la cession totale de l’entreprise et en assurer un total contrôle ouvrier. C’était en 1995 avant que Chavez ne mette à l’ordre du jour de la Révolution bolivarienne la notion d’expropriation; c’est dire si ces ouvriers-là de l’état Bolivar n’ont aucune leçon à recevoir de qui que ce soit quant au contrôle social des moyens de production.

Le travail à mener par l’État et les travailleurs dans le domaine de l’Arc Minier est titanesque. J’ai rappelé plus haut combien les tares plus ou moins importantes qui caractérisent l’activité minière ont pu macérer ou s’enkyster au cours de ces 200 dernières années. Au fil des générations, l’extractivisme a pu modeler une mentalité et une personnalité spécifiques pour des populations et des communautés entières, dont des communautés indigènes. Si l’on veut démonter de telles structures mentales à la hussarde et en quelques mois, un seul moyen : le génocide ! Hélas il y a toujours ceux qui croient encore que tout se résout à marche forcée, y compris l’édification du socialisme ou l’implantation obligatoire de la permaculture ! Il y a encore des gens qui pensent ainsi : « Il y a un million de personnes vivant directement ou indirectement de l’extractivisme ? Pas de problème : il suffit d’interdire l’extraction minière, d’emprisonner ou de tuer ceux qui persistent à pratiquer cette activité, de déplacer de force les milliers de gens qui en vivent, ou de les convertir en artisans, agriculteurs, journalistes, danseurs, coiffeurs , avocats ou ouvriers textiles ! Ainsi l’extractivisme se meurt, vive le socialisme ! » L’irresponsabilité a souvent des audaces que même l’ignorance n’a pas !

Nous serons encore présents et pour un bon moment, dans des zones minières de l’état Bolivar. Nous venons d’amorcer un premier parcours exploratoire ; vient maintenant le temps de l’approfondissement de ces explorations et des perspectives dévoilées. L’engagement éthique nous oblige à enquêter sur ce qui est digne d’être recherché afin d’ informer le reste du pays au plus près de la vérité, ou à tout le moins cette partie du pays qui accepte d’être informée en dépit de ses préjugés, sur la façon de vivre de ces gens dans ces zones-là, sur leurs luttes et leurs rêves…

Il y a une limite au droit d’informer et de s’informer: la préservation de la vie humaine. Comme vieux routard du journalisme que je suis, je n’ai désormais que faire des prime-times ou des coups d’éclat journalistiques et je serai d’une attention intransigeante sur toutes ces informations ou rumeurs qui pourraient léser la vie ou la réputation de gens qui ne le méritent pas. Je vois une autre limite, qui a trait à la sûreté de l’État, celle-là : si vous apprenez quelque chose et vous le révélez avant que cela ne se concrétise, vous tuez l’information dans l’œuf. Très prosaïquement cela signifie que je ne publierai pas tout ce que je sais, je ne me précipiterai pas pour le dire avant tout le monde, mais je dirai toute la vérité et rien que la vérité. Méditez tout cela et donnez-en l’interprétation que vous voulez, mais je ne serai jamais la cause du malheur de quelqu’un par l’usage d’artifices communicationnels ou par l’ambition de gagner des points d’audience avec la souffrance et les tragédies vécues par d’autres.

José Roberto Duque

Source : https://arconoticias-info.blogspot.com/2017/11/tras-la-noticia-y-tras-la-historia-en.html

Traduction: Jean-Claude Soubiès

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