Nicolas Maduro interdit toute expulsion de paysans et exige d’arrêter les responsables de ces exactions

Texte : Alba Ciudad (Luigino Bracci Roa)

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Jhenzi Erazo González, membre de la Cooperative Caño Avispero, reçoit le titre de propriété des terres.

“Compagnon Castro Soteldo (Ministre d’Agriculture et des Terres), compagnon Aristóbulo (Ministre des Communes), enquêtez et allez-y à fond. Dites-moi ce qu’il y a à faire et à qui couper la tête !” a dénoncé le Président Maduro lors d’une transmission en direct par la télévision publique VTV. “Je ne veux pas de grands propriétaires, de corrompus ni de complices de grands propriétaires dans le gouvernement bolivarien ! Qu’on les chasse tous ! Que soient arrêtés tous ceux qui ont emprisonné cette petite fille ! En prison, ces voyous !”

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Angélica Palencia et sa fille Juana María. Photo: La Tabla

Maduro faisait allusion à Juana María, une fillette de 5 mois dont la mère, la paysanne Angélica Palencia, de 30 ans, fut une des personnes arrêtées le 16 mars dans la municipalité Obispo Ramos de Lora de l’État de Mérida. La fillette, pour pouvoir être allaitée, était amenée plusieurs fois par jour jusqu’au siège du Corps d’Investigations Scientifiques et Pénales et Criminelles (CICPC) de El Vigía, où ont été reclus les 32 paysans, dont la maman.

“Quel besoin y avait-il de faire entrer cette fillette dans une cellule froide du CICPC?” s’est exclamée durement Jhenzi Erazo González, membre de la Coopérative Caño Avispero, “une des victimes de El Vigía”, ainsi que l’a appelée le Président vénézuélien lui-même, qui a lui a remis en main propre les titres de propriété socialiste agraire et les documents d’enregistrement agraire en faveur de la coopérative mentionnée, l’autorisant à  cultiver 350 hectares de terre de qualité A-1, de niveau optimal pour l’agriculture. Comme l’a dénoncé Angelica González, ces terres ne sont pas mises en culture par les grands propriétaires, qui y parquent des bœufs.

González a expliqué que la terre de La Magdalena, où ils travaillent, sera rebaptisée “Juana María” en honneur à la fillette de 5 mois qui l’a accompagnée lors des jours de prison.

Comme l’a expliqué le site Web La Tabla, le 16 mars dernier environ trente paysans étaient en train de travailler la terre de La Magdalena avec l’autorisation de l’Institut National des Terres du 21 septembre 2017 dernier leur permettant de mettre en production 350 hectares qui n’étaient pas cultivés. Des commissions policières du CICPC et de la Garde Nationale se sont alors rendues sur place avec deux juges du Ministère Public. Trois leaders paysans furent abordés avec de supposés mandats d’arrêt.

Leurs compagnons s’opposèrent à l’arrestation et assurèrent aux policiers qu’en cas d’arrestation de leurs compagnons, “il faudrait tous les emmener”, comme l’explique aussi la journaliste Indira Carpio, de sorte que les 32 travailleurs furent arrêtés. Parmi eux se trouvaient onze femmes et six personnes âgées, dont une atteinte d’une affection cancéreuse.

La mesure de privation de liberté fut ordonnée par la Juge du Pôle 6 de contrôle de Mérida, Rosario Méndez. La terre en conflit a pour supposé propriétaire la famille Celis Aranguren, qui – selon le site La Tabla – possèdent huit autres grandes propriétés dans la région et qu’elle voue à l’élevage alors qu’il s’agit de terres de catégorie 1 et 2, dont l’usage doit être légalement réservé à l’agriculture.

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Photo: La Tabla

 

 

Finalement, le 25 mars, les paysans ont été libérés. Le jour suivant, le Procureur Général de la République, Tarek William Saab, a annoncé que le Parquet a demandé à la Juge du pôle 6 de Mérida, de revoir sa mesure de privation de liberté contre les 32 paysans. Il a indiqué que ces paysans ont été arrêtés arbitrairement “en violation des Lois de la République, qui consacrent le droit à la terre comme Droit Humain” et a manifesté sa “ferme volonté d’affronter avec la loi les grands propriétaires”.

Il a également indiqué que le Ministère Public “assumera la défense des droits humains de nos paysannes et paysans quand ils sont victimes de puissants secteurs économiques qui veulent faire revenir le Venezuela à l’époque des grandes propriétés (latifundios) ”.

Nicolas Maduro: « J’interdis totalement les expulsions des communautés paysannes. Elles sont totalement interdites ! ». L’Assemblée Nationale Constituante ouvrira une enquête.

“J’ai demandé à l’Assemblée Nationale Constituante qu’on ouvre une enquête et que dans les 15 jours elle me remette un rapport sur les expulsions illégales, répressives, dont a été victime le mouvement paysan ces dernières semaines dans tout le pays” a insisté le Président Maduro lors de la transmission de VTV. “J’exige une enquête approfondie pour punir sévèrement ceux qui s’allient aux grands propriétaires. J’interdis totalement les expulsions des communautés paysannes. Elles sont totalement interdites !” a exprimé le mandataire national.

“Celui dont je découvre qu’il a des liens avec les grands propriétaires et utilise la force publique pour poursuivre et expulser comme cela s’est produit à El Vigia, qu’il soit sûr que je vais le faire traduire en justice et qu’il sera expulsé des rangs de la révolution ! Je le chasserai du gouvernement ! Les expulsions sont interdites ! Assez de corruption et de complicité avec les grands propriétaires ! Ca suffit ! Nous ne sommes pas une révolution complice des grands propriétaires ! Nous sommes une Révolution des paysans, des paysannes, de la justice !” a souligné le président vénézuélien.
Epurer les institutions

Après avoir reçu son titre agraire des mains du Président Maduro, Jhenzi Erazo González s’est exclamée : “Malgré tant d’intimidations de la part des différents corps de sécurité, nous sommes toujours en lutte ! Aujourd’hui notre président Nicolás Maduro Moros fait de notre rêve une réalité. Aujourd’hui, je parle au nom des 32 compagnons injustement détenus par le CIPC d’El Vigía à cause du caprice des grands propriétaires et latifundiaires et de la complicité de fonctionnaires qui sont toujours dans une institution créée en révolution telle que l’Institut National des Terres (INTI). Monsieur le Président, comment est-il possible que deux fonctionnaires aient apporté leur concours à ces actes de répression contre nous ?” s’est demandé González tout en dénonçant les fonctionnaires Yelibel Hernández et Ana Karina Pérez qui « ont participé pour que nous soyons humiliés de la manière la plus cruelle”.

La paysanne a également exigé que soit destituée la juge qui a pris la mesure d’arrestation, au mépris du titre remis par le président de l’Institut National des Terres à ce moment-là, mesure aujourd’hui ratifiée par le Président de la République.

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González a invité le président Maduro, au nom des 32 compagnons arrêtés et de la fillette de 5 mois a ce qu’il “parcoure avec nous tout l’axe Panaméricain et qu’il observe le travail que nous effectuons avec le Front Élargi Unifié de Résistance Paysanne, avec l’appui du Parti  Tupamaro et notre organisation, qui sont ceux qui nous appuient”.

Elle a aussi demandé au Président Maduro de mener les enquêtes pertinentes pour que “cette affaire n’en reste pas là”. Elle a indiqué que d’autres compagnons ont subi un déplacement forcé à la La Buena Esperanza, au cours duquel 11 compagnons furent arrêtés et qui sont encore “devant les tribunaux”, alors que l’Institut National des Terres se soit prononcé en leur faveur. “Ces compagnons ont été traités d’envahisseurs de terre et considérés comme des terroristes, et cela nous fait mal car nous sommes une seule et même famille à l’échelle de tout une nation, nous voulons produire et faire avancer ce pays”.

González a lancé un appel à l’Institut National des Terres pour qu’il “travaille la main dans la main avec nous. Sur l’axe Panaméricain nous travaillons avec trois fois rien, parce que nous n’avons pas de machines. AgroPatria (entreprise publique d’équipements agricoles) ne nous permet pas d’acheter parce que nous n’avions pas de titre agraire. Aujourd’hui nous l’avons, compagnons !”

Vous ne deviez pas vous laisser arrêter. A présent, occupons les terres pour les faire produire !”

“Je ne crois pas dans les paroles des bureaucrates ! Je crois dans la parole de cette paysanne pauvre !” a répondu le président vénézuélien après avoir écouté González. Il a insisté sur le fait qu’il faut passer de la mentalité de résistance à la mentalité offensive et productive. “Le peuple doit posséder la conscience du pouvoir. Vous ne deviez pas vous laisser arrêter. Je ne me serais pas laissé faire. En vous disant cela, tout est dit. Que celui qui a des oreilles entende bien. Ne vous laissez pas faire. Je ne me serais pas laissé faire ! (..) Et à présent il faut occuper les terres pour produire”, a insisté Maduro.

DaYKpo8W4AA14O_-680x458Le 18 avril le Venezuela atteindra les six millions d’hectares remis aux paysans.

Le président a annoncé que le 18 avril “nous allons atteindre un objectif auquel Hugo Chavez accordait beaucoup d’importance : la Révolution Bolivarienne aura octroyé six millions d’hectares aux paysans ”. Pour atteindre cet objectif, a expliqué Maduro, 44.000 hectares de plus ont été remis aux travailleurs ruraux, dont il a remis ce lundi une partie sous la forme de nouveaux titres de propriété aux paysans.

Le président a indiqué qu’il est nécessaire d’être autocritiques et d’augmenter la production agraire pour aider le pays à sortir de la problématique qu’il subit actuellement. Il a rappelé qu’en Colombie plus de 300 mille citoyens ont été assassinés en 70 ans à la suite, entre autres causes, de la lutte pour la terre. “Les terres en Colombie sont aux mains de 10 familles. Au Venezuela, la propriété des terres a commencé à se démocratiser avec l’arrivée de la Révolution Bolivarienne, la Loi des Terres (approuvée en 2011 par le président Hugo Chavez), avec la Constitution Bolivarienne (de 1999)”. Nicolas Maduro a rappelé que la Constituante accélèrera ce processus de démocratisation « pour que les terres appartiennent à ceux qui la cultivent ».

“Je demande plus d’efforts productifs. Nous ne produisons pas la quantité suffisante pour couvrir les besoins d’un pays qui veut le socialisme, qui veut l’égalité, le futur. Qui va produire pour nous ? Donald Trump ? Santos ? Nous devons produire nous-mêmes et je vais vous demander un plan productif” a dit le Chef de l’État en s’adressant aux leaders des mouvements paysans et aux ministres Castro Soteldo et Istúriz.

Maduro a également convoqué l’État Major Paysan pour que le prochain 25 avril se tienne une réunion de travail dans laquelle seront revus des plans réimpulsant le secteur agricole du pays. Il a appelé les travailleurs ruraux à revoir les plans de production sur les six millions d’hectares octroyés au secteur paysan, afin d’ « approuver les ressources en bolivars et en Petros, pour aller vers un grand plan productif de l’agriculture vénézuélienne ».

Source : http://albaciudad.org/2018/04/maduro-32-campesinos-detenidos-el-vigia-video/

Traduction : Thierry Deronne

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Dollariser le Venezuela : la promesse du candidat de l’opposition aux présidentielles, Henri Falcon.

Publié par Venezuela infos dans politique économique, Privatisation

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Selon certains médias, la dollarisation est une proposition « nouvelle » de l’un des candidats de l’opposition à la Présidence de la République, Henri Falcon, qui a fait de la confiscation de la monnaie nationale vénézuélienne l’élément central de son programme de gouvernement. Toutefois, les antécédents et l’orchestration de ce projet n’ont pas commencé avec Falcon, bien au contraire.

Les antécédents.

Depuis le lancement de Dolar Today comme arme de guerre financière dans un contexte de blocus à l’encontre du Venezuela, la question de la dollarisation s’est positionnée dans le champ médiatique comme une nécessité prétendument inéluctable. Certains cercles intellectuels vénézuéliens en lien avec des organismes de lobbies états-uniens, tout particulièrement le Centre CEDICE LIBERTAD, qui est lui-même une filiale du puissant think-thank INSTITUTO CATO, ont commencé à introduire ce thème pour rivaliser avec le débat économique national depuis 2015 au moins, année où il a acquis une certaine notoriété en deçà de ses activités académiques. Deux éléments clés ont placé cette proposition le plus à droite du spectre politique vénézuélien, où l’on peut aisément identifier avec Maria Corina Machado et l’ancien Parti Voluntad Popular. D’un côté, nous avons une appartenance à la charte intellectuelle du néolibéralisme et de ses principaux représentants ; de l’autre, une identification (pas toujours chaleureuse) de l’Instituto Cato avec le Parti Républicain, outre ses activités de lobbying et de conseil juridique en vue d’engager des réformes favorables aux grandes multinationales au sein du Congrès Américain. Entre parenthèses, il convient de rappeler que l’Instituto Cato a récompensé en 2008 le dirigeant étudiant Yon Goicoechea en lui décernant un prix créé par l’Institution elle-même, le prix Milton Friedman, à savoir 500 mille dollars en espèces remis à quiconque irait grossir les files de Voluntad Popular une fois de retour au Venezuela en 2017.

Mi-2015, CEDICE a commencé à organiser une série de rencontres internationales sur la dollarisation au Venezuela, dans la ville de Caracas. Pour améliorer l’image de ces évènements, ont été invités des acteurs financiers du processus de dollarisation qui avait été mis en œuvre en Equateur et quelques représentants de la classe capitaliste vénézuélienne comme Victor Maldonado, alors président de la Chambre de Commerce de Caracas et qui fait aussi partie du CEDICE.

En publiant une large gamme d’articles et d’enquêtes, CEDICE a tenté de se présenter comme l’avant-garde idéologique de la dollarisation au Venezuela, et a également financé des activités académiques relevant du domaine économique, en mettant en avant des référents intellectuels et en promouvant les idées de ceux qui, dans le spectre politique national, montrent de la sympathie pour la dollarisation et le démantèlement de l’Etat Vénézuélien. Le CEDICE a, par exemple, mis en avant la figure de Maria Corina Machado et ses relations en publiant ses articles, l’admettant en quelque sorte comme membre non officiel de son organisation.

Le parrainage des activités du CEDICE passe par le cordon ombilical de la NED, ce qui revient à dire par le Département d’Etat des Etats-Unis opérant par des mécanismes de pouvoir doux. Publiquement, cette institution a reconnu son soutien à cette ONG et à d’autres qui constituent un vaste réseau d’agents de déstabilisation du pays.

Bref portrait de qui se cache derrière Falcon.

Les droits d’auteur concernant la dollarisation au Venezuela reviennent à Steve Hanke. Il est actuellement le directeur de l’Instituto Cato et l’un des 30 économistes les plus influents du monde selon divers points de vue. Il a également été conseiller du second gouvernement de Rafael Caldera à qui il a proposé de dollariser l’économie vénézuélienne comme élément de base du programme de privatisation –dont tout le monde se rappelle- nommé Agenda Venezuela. Il a conseillé les chefs d’Etat de plus de 10 pays dans leur politique monétaire ; c’est un économiste qui bénéficie d’une forte présence médiatique et qui se vante d’avoir été l’artisan de la dollarisation en Equateur et du démantèlement du secteur public dans plusieurs pays d’Europe de l’Est après l’effondrement de l’Union Soviétique. Son rôle de sicaire financier au Venezuela est amplement connu et on sait qu’il est l’un des promoteurs et des conseillers de l’indice parallèle Dolar Today, dont on se sert pour dévaluer le bolivar et altérer sévèrement le système des prix de l’économie vénézuélienne. Il est aussi le créateur de « l’indice de la Misère », une méthode d’évaluation globale de la pauvreté très peu crédible en comparaison des paramètres internationaux admis, bien qu’il se révèle être un produit médiatique très rentable.

Pour Hanke, le Venezuela est le « pays le plus misérable du monde ». Il se sert de son influence dans les médias internationaux et d’importantes publications académiques et instrumentalise cette qualification pour apporter sa contribution au dossier dit « l’Etat en faillite » au Venezuela depuis le domaine qui est le sien. Autre chose pour laquelle on peut le remercier.

Depuis l’année 2015, Hanke a soutenu la dollarisation du Venezuela dans divers médias, le présentant comme un remède magique aux problèmes de l’inflation du pays, ceux-là même que Dolar Today a contribué à intensifier. Il a défendu en personne cet indice en mai 2016 lorsque l’Etat vénézuélien a dénoncé cette page web devant les tribunaux états-uniens. Cette année-là, il a accordé une interview au journal Panorama dans laquelle il affirme « Je peux résoudre les problèmes en quelques heures seulement, la seule chose à faire est de dollariser le pays, et les médicaments, les aliments commenceront à affluer. L’autre solution, que j’ai recommandée au Président Caldera et que nous avons presque mise en œuvre en 1996, mais il n’a malheureusement pas obtenu les voix suffisantes aux élections, consiste à remplacer le bolivar par le dollar comme nous l’avons fait en Equateur en 2001 », voulant montrer par là qu’il serait le seul à être capable d’engager ce processus au Venezuela.

En 2017, il a soutenu dans une publication de Forbes que son « modèle » de dollarisation du Venezuela était prêt ; il s’agissait d’un projet de loi de 8 points incluant l’élimination du bolivar, le transfert de tous les actifs de la République en monnaie étasunienne et la désignation d’un comité d’experts chargé de redéfinir le schéma des investissements et du remboursement de la dette du pays. Bien qu’à l’époque, la publication ait été propagée par de grands médias financiers, sa proposition n’a pas obtenu de soutien notoire de la part des acteurs politiques et économiques vénézuéliens. Néanmoins, son offensive destinée à influencer l’opinion publique vénézuélienne en faveur de la dollarisation ne s’est pas arrêtée là. Au mois de mars dernier, il a accordé une entrevue à El Universal du Venezuela au cours de laquelle il a de nouveau présenter le modèle qu’il avait déjà évoqué une année auparavant, mais en se référant cette fois-çi aux aspects politiques de la dollarisation, ce qui est nouveau chez Hanke : « s’il y avait un nouveau gouvernement dans ce pays, les sanctions en cours deviendraient inutiles et seraient immédiatement levées », citant l’exemple du Panama où même en pleine détérioration des relations entre les Etats-Unis et Manuel Noriega puis l’invasion ultérieure de 1989 « il n’y eut aucune difficulté à mettre en œuvre la dollarisation ».

Une conclusion qui dépasse le point de vue économique

L’idée de dollarisation ne vient pas de Henri Falcon et encore moins de son conseiller en économie, Francisco Rodriguez, même s’ils ont essayé de la présenter comme une initiative personnelle dont ils auraient la propriété exclusive. Ceci d’un point de vue économique.

D’un point de vue politique, Henri Falcon reste le candidat présidentiel qui a délégué son programme de gouvernement et son activité stratégique de campagne à un économiste étasunien. Il a ainsi mis en évidence non seulement son manque de créativité politique et économique face à la situation actuelle, mais aussi son extrême dépendance à la constellation d’idées liée au néolibéralisme. Un très mauvais service qu’il rend de la sorte à sa tentative de se distancier des autres acteurs de l’opposition qui ne cachent pas leur sympathie culturelle pour les Etats-Unis, ses ONG’s et ses think-thanks, et qui soutiennent programme d’assiègement et d’asphyxie à l’encontre du Venezuela.

Reproduire à la lettre et en actes le programme de dollarisation de Steve Hanke voulait dire, au début de la campagne de Henri Falcon, aller à l’encontre d’une charte de significations liées à l’identité vénézuélienne, comme la défense du pays et de ses principaux symboles qui comprend aussi la monnaie ne se résumant pas à ses seules propriétés métalliques. Dans le cadre de la confrontation directe imposée par les Etats-Unis ces derniers mois, ces caractéristiques ont agi au sein de la société vénézuélienne en faveur de l’unité et de la cohésion face à la menace visant ouvertement l’existence politique même du pays. C’est ce qui a constitué l’atout politique et moral fondamental du chavisme et a fait sa force en plein conflit. De ce point de vue, le fait que Falcon reconnaisse que son programme de « changement » dépend explicitement et politiquement d’un acteur identifié aux Etats-Unis le place automatiquement dans une position de confrontation à l’intérêt national. C’est un autre mauvais service qu’il se rend à lui-même lorsqu’il se présente contre le chavisme à sa base populaire face au mépris qu’il a suscité auprès des secteurs de la classe moyenne supérieure et ses principaux porte-paroles.

Il reste cependant quelques facteurs à éliminer de l’équation, surtout sur le plan de la tactique. Compte-tenu de la pression idéologique que Steve Hanke exerce sur des acteurs de l’extrême droite vénézuélienne (je pense à Maria Corina Machado), le fait d’avoir recours à la dollarisation en tant que programme central de son gouvernement pourrait représenter une manœuvre destinée à inverser le modèle de compétition qu’entretient la campagne de Falcon avec les dirigeants les plus en vue de l’opposition vénézuélienne rassemblées au sein de Primero Justicia, Voluntad Popular et Accion Democratica, et, avant tout, avec la politique de sanctions des Etats-Unis qui sont en définitive les meilleurs des tacticiens.

Pour l’instant, il bénéficie du soutien de Steve Hanke.

Il est fort probable que sur le plan tactique, Falcon se serve de la dollarisation pour obtenir un consensus minimal avec les principaux dirigeants du milieu de l’opposition et du front international contre le Venezuela, qui l’ont qualifié d’instrument de « la dictature » et l’ont accusé de soutenir la « fraude ». Obtenir l’appui de ses adversaires au sein de l’anti-chavisme est primordial pour le candidat de l’opposition afin de lui permettre de libérer sa campagne présidentielle du discrédit qui pèse sur elle. Une bonne partie de cette contre-campagne provient de porte-paroles de l’establishment états-unien qui brandissent la narrative du caractère « frauduleux » des élections du 20 mai, parmi lesquels figurent Marco Rubio, Ileana Ros et l’état-major du Département d’Etat. Ils considèrent Falcon comme un obstacle à l’escalade des sanctions économiques contre le pays après les élections. Dans ce contexte, la proposition de dollarisation tente de persuader les Etats-Unis de baisser le ton de la confrontation, celle-ci étant l’élément fondamental de l’orientation des porte-paroles les plus extrémistes de l’anti-chavisme, puisque le programme central du candidat de l’opposition accorderait à la Réserve Fédérale le contrôle total du Venezuela une fois gagnées les élections. Un bon échange apparemment pour relâcher les tensions au sein de l’opposition. Mais au-delà du point de vue de la tactique, ou de ce que Falcon tente de faire avec son arme de persuasion, il ne semble pas qu’il existe de lignes nettes de démarcation dans le spectre des dirigeants anti-chavistes puisque tous à leur manière poursuivent le même but : livrer le pays aux centres du pouvoir mondial qui a déclaré la guerre au Venezuela.

Source : http://misionverdad.com/La-Guerra-en-Venezuela/dolarizacion-steve-hanke

Traduction : Frédérique Buhl

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Tous, nous sommes le Venezuela, par Issa N’Diaye

Du 06 au 7 mars 2018 s’est tenue à Caracas une journée internationale de solidarité avec le Venezuela. Des délégués de mouvements sociaux, d’organisations de société civile, de partis politiques, intellectuels, artistes, religieux, autres, sont venus de tous les continents et régions du monde. Amérique latine : 116, Amérique du Nord : 48, Caraïbes : 33, Afrique : 19, Europe : 34 et Océanie.

De nombreux délégués ont pris la parole pour dénoncer la guerre totale et multiforme (économique, financière, médiatique, diplomatique et militaire) imposée par les Etats Unis d’Amérique et leurs alliés européens et sous-fifres de pays tiers au peuple du Venezuela et à son gouvernement légitime. Les dénonciations les plus fortes sont souvent venues des délégués venus des Etats-Unis, du Canada et d’Europe.

D’avril à juillet 2017, les attaques armées ont causé au Venezuela 120 morts, des milliers de blessés, la destruction de centaines de centres de santé, écoles, unités de transport et installations publiques.

Cependant, la mobilisation et la résistance des populations et du gouvernement vénézuélien a fini par faire échouer les tentatives violentes de changement de régime menées par les USA et les forces de la droite locale appuyée par celles d’autres pays d’Amérique Latine et d’Europe.

L’échec des agressions militaires par l’intermédiaire de groupes paramilitaires, la plupart étranger, a conduit à d’autres types d’action qui ressemblent fort au blocus total imposé à Cuba depuis de nombreuses décennies : blocus économiques, interdiction d’importations de denrées alimentaires de première nécessité et de médicaments, interdictions de transactions bancaires, attaques et spéculations sur la monnaie vénézuélienne, chutes des cours du pétrole, média mensonges et désinformations en tout genres. Tous les moyens même les plus amoraux ont été utilisés pour faire plier le pays, faisant des victimes innocentes parmi les populations.

Ce qui frappe avant tout en arrivant à Caracas, c’est le calme et la paix sociale face à cette hystérie qui se déchaine dans la presse occidentale. Ce qui est dépeint dans les media occidentaux est totalement différent des réalités de terrain. Le peuple vénézuélien est totalement mobilisé pour surmonter les difficultés qui lui sont imposées. La riposte populaire a conduit à la création de Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) composés de 5 à 12 familles pour assurer la fourniture aux populations des denrées de première nécessité et relancer le système de production nationale en vue d’assurer la souveraineté alimentaire. La relance de la production agricole se fait par la redynamisation de l’agriculture familiale et des coopératives paysannes.

La prise de conscience est nette au niveau du peuple et des dirigeants vénézuéliens de la nécessité de sortir du modèle économique dominant et d’explorer des voies endogènes de développement en dehors du système mondial imposé par le néolibéralisme. Partout et dans tous les domaines sont instaurés des débats populaires où sont explorées des solutions alternatives. Citoyens, spécialistes, experts, universitaires et politiques y sont impliqués dans des échanges féconds. Les délégués étrangers conviés y ont largement participé. Des expériences menées dans d’autres pays et continents ont été analysées et mises à profit.

La mobilisation populaire au Venezuela a mis en échec le plan de déstabilisation programmé par les puissances étrangères. Au plus fort de la crise, des exigences d’élections anticipées avaient été formulées par la droite locale et ses soutiens internationaux.

Ainsi les élections pour la mise en place de l’Assemblée Constituante du 30 Juillet 2017 ont été remportées par le Grand Pôle Patriotique chaviste. L‘opposition avait prôné le boycott.

Elles ont été suivies par les élections régionales du 15 octobre 2017 qui ont vu également le triomphe des chavistes. Aussi, 4 des 5 gouverneurs élus de l’opposition de droite ont décidé de reconnaitre la Constituante dominée par les chavistes, isolant du coup Capriles, chef de file de l’opposition et tête de pont des USA, qui a perdu dans la foulée, son poste de gouverneur de l’Etat de Miranda. Le Poste de Gouverneur de l’Etat pétrolier stratégique de Zulia fut pris également à la droite par les chavistes.

Les élections municipales du 10 décembre 2017 ont vu, grâce à la mobilisation populaire, la large victoire du peuple vénézuélien. Ainsi le PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela) au pouvoir, a remporté 308 mairies sur 335. Seulement 25 furent gagnées par l’Opposition et 2 par les dissidents.

Ainsi les élections de juillet, d’octobre et de décembre 2017 ont toutes confirmé, les importantes victoires du chavisme. Le Conseil des Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA) a rappelé que les partis de droite comme de gauche ont déclaré être satisfaits du déroulement des 9 audits préalables aux élections. « Ce processus d’audit est inédit et unique dans la région. Il permet que toutes les étapes du processus, tout ce qui est programmé et tout ce qui fait partie du processus soit contrôlé par des techniciens et par des membres des différents partis politiques délégués devant le Centre National Electoral. Aussi le CEELA avait déclaré le 11 décembre dans son rapport final que « le processus de vérification citoyenne s’est déroulé en toute normalité et avec succès. On a pu constater que le nombre de bulletins de votes en papier introduits dans les urnes et le nombre de votes électroniques enregistrés par les machines coïncident à 100% »

En 18 ans de pouvoir chaviste, le Venezuela a connu 24 élections, faisant dire à la Fondation Jimmy Carter des USA que le Venezuela possède l’un des meilleurs systèmes électoraux au monde.

La dernière séquence du processus électoral au Venezuela doit connaître son épilogue le 20 mai prochain avec les élections présidentielles.

Ayant perdu tout espoir de renverser le pouvoir légitime au Venezuela, les USA prônent le boycott et menacent de sanctionner les opposants qui ont décidé de participer au processus électoral. Ils déclarent ne pas reconnaitre à l’avance les résultats de la prochaine présidentielle, suivis en cela par certains gouvernements européens et d’Amérique Latine. Drôle de façon d’exercer leur leadership mondial en ‘démocratie’ !

Il est évident que le peuple vénézuélien ne veut plus rester une néo-colonie des Etats-Unis. La dynamique de fond dans le monde actuel est en faveur du processus de reconquête par les peuples de leur pleine et entière souveraineté.

Ce qui se passe au Venezuela nous concerne tous. Il s’agit d’un tournant important pour tous les peuples en quête d’indépendance et de mieux-être.

Aussi nous devrions nous considérer Tous comme Venezuela. Jusqu’à la victoire finale.

Hasta Siempre !

Pr Issa N’DIAYE

URL de cet article: http://bolivarinfos.over-blog.com/2018/04/venezuela-nous-sommes-tous-le-venezuela-todos-somos-venezuela.html

Pour l’expert de l’ONU Alfred De Zayas, il est temps que le Venezuela mène les États-Unis devant la Cour Pénale Internationale

0v2chkkd_400x400Mariela Acuna Orta/Marian Martinez Perdomo. – L’expert indépendant de l’ONU pour la Promotion d’un Ordre International Démocratique et Juste, Alfred De Zayas, assure dans un entretien au quotidien vénézuélien Ultimas Noticias que « l’heure est venue » pour le Venezuela de demander à la Cour Pénale Internationale de mener « une enquête sur les crimes de lèse-humanité commis par les Etats-Unis en imposant des sanctions à son encontre ».

Pourquoi qualifiez-vous les sanctions états-uniennes de délits de lèse-humanité?

Au cours de l’année 2000, la Sous-Commission de la Promotion et de la Protection des Droits de l’Homme a publié une étude sur les sanctions et les a définies comme étant de graves violations des droits humains. En 2015, le Conseil des Droits de l’Homme à Genève a créé la fonction de Rapporteur Spécial chargé d’examiner les mesures coercitives unilatérales.

Dans ses compte-rendus, le Rapporteur, Idriss Jazairy, a mis en évidence les effets néfastes des sanctions et a négocié avec des Gouvernements pour que de telles sanctions soient supprimées, car elles sont contraires à la lettre et à l’esprit du Pacte International des Droits Civils et Politiques et au Pacte des Droits Economiques, Sociaux et Culturels. L’Assemblée Générale des Nations Unies a condamné les sanctions contre Cuba et le blocus dans 25 résolutions que les Etats-Unis ont impitoyablement ignorées.

En tant que professeur de Droit International et ancien Secrétaire du Comité des Droits de l’Homme, j’observe que des sanctions qui entraînent la mort d’enfants par malnutrition, manque d’eau potable, pénurie de médicaments provoquant des décès par manque d’insuline, de médicaments contre le cancer, contre la malaria, par manque d’équipement et de matériel technique constituent un crime de lèse-humanité d’autant plus que ces sanctions sont délibérées, sadiques et ont pour but de faire souffrir.

Les sanctions contre le Venezuela ont aggravé la crise économique causée par la chute du prix du pétrole, au point de provoquer une grave pénurie de médicaments et d’aliments, un manque d’approvisionnement, des retards de distribution, etc., à la suite desquels des enfants vénézuéliens sont morts, tout comme des adultes et des personnes âgées. Etant donné que les sanctions ne sont pas accidentelles, mais planifiées et délibérées, il y a responsabilité pénale et le cas doit être porté devant l’Assemblée Générale afin qu’elle adopte des résolutions qui déclarent sans équivoque que ces sanctions sont illégales et criminelles.

Comment réagir face à cela ?

Il est grand-temps de demander à la Procureure de la CPI d’ouvrir une enquête sur les crimes de lèse-humanité commis par les Etats-Unis en imposant des sanctions contre le peuple vénézuélien, étant donné que les conséquences qui en découlent directement sont la pénurie d’aliments et de médicaments, et la mort par malnutrition et manque de fournitures médicales d’un grand nombre de personnes innocentes. Il faut évaluer le nombre exact de personnes qui décèdent, par exemple par manque d’insuline, de médicaments anti-malaria ou anti-cancéreux, etc. L’article 7 du Traité de Rome donne une définition précise des crimes de lèse-humanité et je suis convaincu que le genre de sanctions appliquées contre Cuba et le Venezuela constituent des crimes contre l’humanité. La Cour Internationale de Justice pourrait aussi le constater dans un avis consultatif.

Vous avez dit que l’ONU devrait apporter sa contribution : de quelle manière pourrait-elle le faire?

Le Secrétaire Général, Antonio Guterres, devrait offrir ses bons offices pour servir de médiateur entre l’opposition et le Gouvernement, et rouvrir les négociations en République Dominicaine. Il devrait également envoyer des observateurs aux prochaines élections.

Avez-vous prévu de revisiter notre pays, après votre visite de décembre 2017 ?

Pas pour le moment, mais mon collègue Idriss Jazairy, Rapporteur chargé des mesures coercitives unilatérales, a demandé une invitation pour se rendre au Venezuela. Le Gouvernement a autorisé cette visite qui sera effectuée cette année.

Note:

alfred_de_zayasAlfred-Maurice de Zayas @Alfreddezayas a étudié l’Histoire et le Droit à Harvard, où il a obtenu son diplôme en droit des sociétés, travaillant dans le cabinet d’avocats new-yorkais Simpson Thacher et Bartlett. Il est membre retraité des barreaux de New York et de Floride. Il a obtenu un doctorat en histoire à l’Université de Göttingen en Allemagne. M. de Zayas a été professeur de droit à de nombreuses universités, dont l’Université de Colombie-Britannique au Canada, l’Institut des hautes études de l’Université de Genève, l’École de droit DePaul University (Chicago), l’Institut des droits de l’homme de l’Université nationale irlandaise (Galway) et l’Université de Trèves (Allemagne). Actuellement, il enseigne le droit international à l’Ecole de Diplomatie de Genève.

En 2009, de Zayas a été membre de l’atelier de l’ONU qui a rédigé un rapport sur le droit humain à la paix, qui a ensuite été discuté et développé par le Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme. Membre de plusieurs organisations internationales des droits humains comme Amnesty International ou l’AEDIDH , il est également signataire de la Déclaration de Bilbao et de la Déclaration de Saint Jacques de Compostelle sur le droit humain à la paix. De 2002 à 2006, il a été secrétaire général de 2006 à 2010, président de PEN International, Centre Suisse romand. Il a été membre de plusieurs conseils consultatifs, notamment de la Société internationale des droits de l’homme (Francfort-sur-le-Main), du Zentrum gegen Vertreibungen (Berlin), de l’Association internationale des droits de l’homme des minorités américaines et du Conseil scientifique de l’Académie internationale de droit constitutionnel (Tunis). Il a reçu plusieurs prix, dont récemment le «Prix des éducateurs canadiens 2011» pour l’éducation sur le génocide.

Source : http://www.ohchr.org/EN/Issues/IntOrder/Pages/AlfredDeZayas.aspx

Traduction de cet article : Frédérique Buhl

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-41X

« Non aux sanctions contre le Venezuela » : la lettre de Noam Chomsky et de près de 150 intellectuels et militants états-uniens et canadiens

Cette lettre va être envoyée aux membres du Congrès des États-Unis, au Parlement du Canada et aux médias. Elle sera publiée dans d’autres médias, et au moins 5 de ses signataires se rendront au Venezuela pour la commémoration d’Hugo Chavez en mars, où elle sera présentée.

Nous exhortons les gouvernements des États-Unis et du Canada à retirer immédiatement leurs sanctions illégales* contre le Venezuela et à soutenir les efforts de médiation entre le gouvernement du Venezuela et les segments non violents de l’opposition politique.

Nous, les organisations et individus aux États-Unis et au Canada soussignés, soutenons des relations hémisphériques fondées sur le respect de la souveraineté de tous les peuples des Amériques. Nous sommes profondément préoccupés par l’utilisation de sanctions illégales, dont l’effet se fait le plus sentir dans les secteurs les plus pauvres et les plus marginaux de la société, pour contraindre le changement politique et économique dans une démocratie sœur. Nous constatons depuis les années 1990 que les sanctions ne servent qu’à appauvrir les familles ordinaires et à déstabiliser l’ordre public. Nous sommes incapables de citer un seul cas où les sanctions ont eu un impact positif.

Les sondages au Venezuela montrent que la grande majorité des Vénézuéliens s’oppose aux sanctions, indépendamment de leur opinion sur le gouvernement Maduro. Les sanctions ne font que compliquer les efforts déployés par le Vatican, la République dominicaine et d’autres acteurs internationaux pour négocier une résolution de la polarisation profonde au Venezuela. De plus, les sanctions sapent les efforts du gouvernement démocratiquement élu et de l’Assemblée constituante pour résoudre les problèmes économiques critiques et déterminer leur propre destin politique.

Malgré la rhétorique de haut niveau des fonctionnaires de Washington et d’Ottawa, ce n’est pas un véritable souci de démocratie, de droits de l’homme et de justice sociale qui pousse cette position interventionniste belliqueuse à l’égard de Caracas. Du décret du président Obama qui, de l’aveu général, est faux, sur le Venezuela représentant une menace pour la sécurité nationale aux États-Unis, à la déclaration de l’ambassadeur Nikki Haley disant que le Venezuela est un « narco-état de plus en plus violent » qui menace le monde, l’utilisation de l’hyperbole dans les situations diplomatiques contribue rarement à des solutions pacifiques sur la scène internationale.

Ce n’est un secret pour personne que le Venezuela, contrairement au Mexique, au Honduras, à la Colombie, à l’Egypte ou à l’Arabie Saoudite, est la cible d’une mission de changement de régime par les États-Unis précisément à cause des qualités de leader du Venezuela dans la résistance à l’hégémonie américaine et à l’imposition du modèle néolibéral en Amérique latine. Et bien sûr, le Venezuela détient les plus grandes réserves de pétrole au monde, ce qui attire encore plus l’attention non désirée de Washington.

Les États-Unis et le Canada ont essayé puis échoué à utiliser l’Organisation des États Américains (OEA) pour construire un bloc qui évoque la Charte démocratique contre le Venezuela de façon hypocrite. Récemment, Luis Almagro, le secrétaire général véreux de l’OEA, est allé jusqu’à soutenir publiquement l’assermentation d’une Cour suprême parallèle, nommée de façon inconstitutionnelle par les législateurs de l’opposition et leur a permis d’utiliser le siège de l’OEA à Washington, DC pour leur cérémonie (sans l’approbation de quelconque état membre de l’OEA). Almagro a ainsi délégitimé l’OEA, enhardi les éléments les plus extrêmes et les plus violents de l’opposition vénézuélienne, et mis de côté les efforts de médiation.

Les sanctions canado-américaines sont une utilisation cynique du pouvoir économique coercitif pour attaquer une nation qui fait déjà face à l’hyperinflation et à la pénurie de produits de base. Bien que prétendument faites au nom de la promotion de la démocratie et de la liberté, ces sanctions violent le droit humain fondamental du peuple vénézuélien à la souveraineté, tel que cela est énoncé dans les Chartes des Nations Unies et de l’OEA.

Nous appelons les dirigeants politiques des États-Unis et du Canada à rejeter la rhétorique déchaînée et à contribuer à la recherche de solutions réelles aux problèmes politiques et économiques du Venezuela. Nous exhortons les gouvernements américain et canadien à annuler leurs sanctions et à soutenir les efforts de médiation déployés par le chancelier de la République dominicaine Miguel Vargas, le président de la République dominicaine Danilo Medina, l’ancien premier ministre espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero, le Vatican et soutenus par un nombre croissant de nations latino-américaines.

* L’Article 19 du Chapitre 4 de la Charte de l’OEA stipule :
Aucun état ou groupe d’états n’a le droit d’intervenir, directement ou indirectement, pour quelque raison que ce soit, dans les affaires intérieures ou extérieures d’un autre état. Le principe précédent interdit non seulement la force armée, mais aussi toute autre forme d’ingérence ou de tentative de menace contre la personnalité de l’état ou contre ses éléments politiques, économiques et culturels.

Signataires :

Pour les États-Unis d’Amérique

Noam Chomsky
Danny Glover, Citizen-Artist
Estela Vazquez, Executive Vice President, 1199 SEIU
Bishop Thomas J. Gumbleton, Archdiocese of Detroit
Jill Stein, Green Party

Peter Knowlton, General President, United Electrical Workers
Dr. Frederick B. Mills, Department of Philosophy, Bowie State University
Dr. Alfred de Zayas, former Chief, Petitions Dept, UN High Commissioner for Human Rights
Medea Benjamin, co-founder, Code Pink
Dan Kovalik, Counsel, United Steelworkers Union

Clarence Thomas, ILWU Local10 (retired)
Natasha Lycia Ora Bannan, President, National Lawyers Guild
Chuck Kaufman, National Co-Coordinator, Alliance for Global Justice
James Early, Articulation of Afro Descendants in Latin America and the Caribbean
Gloria La Riva, coordinator, Cuba and Venezuela Solidarity Committee
Karen Bernal, Chair, Progressive Caucus, California Democratic Party

Kevin Zeese, Margaret Flowers, co-directors, Popular Resistance
Chris Bender, Administrator, SEIU 1000, retired
Mary Hanson Harrison, President Women’s International League for Peace and Freedom, US Section
Alfred L. Marder, President, US Peace Council
Tamie Dramer, Executive Boardmember, California Democratic Party
Greg Wilpert, journalist

School of Americas Watch (SOAW) Coordinating Collective
Gerry Condon, President, Board of Directors, Veterans for Peace
Tiana Ocasio, President, Connecticut Labor Council for Latin American Advancement
Leah Bolger, Coordinator, World Beyond War
Alexander Main, Senior Assoc for Intl Policy, Center for Economic and Policy Research
Kevin Martin, President, Peace Action and Peace Action Education Fund

Dr. Robert W. McChesney, University of Illinois at Urbana-Champaign
Berthony Dupont, Director, Haiti Liberté Newspaper
Marsha Rummel, Adlerperson, City of Madison Common Council, District 6
Monica Moorehead, Workers World Party
Kim Ives, Journalist, Haiti Liberté
Cindy Sheehan, Cindy’s Soapbox
Claudia Lucero, Executive Director, Chicago Religious Leadership Network on Latin America

William Camacaro, Venezuela activist
Baltimore Phil Berrigan Memorial Chapter Veterans For Peace
David W. Campbell, Secretary-Treasurer, USW Local 675 (Carson, CA)
Alice Bush, retired Northwest Indiana Division Director SEIU Local 73
Teresa Gutierrez, Co-Director International Action Center
Claire Deroche, NY Interfaith Campaign Against Torture
Eva Golinger, journalist and writer

The Cross Border Network (Kansas City)
Antonia Domingo, Pittsburgh Labor Council for Latin American Advancement
David Swanson, Director of World Beyond War
Matt Meyer, National Co-chair, Fellowship of Reconciliation
Rev. Daniel Dale, Christian Church (Disciples of Christ), CLRN Board of Directors
Daniel Chavez, Transnational Institute
Kathleen Desautels, SP (8th Day Center for Justice*)

Michael Eisenscher, National Coord. Emeritus, U.S. Labor Against the War (USLAW)
Dr. Paul Dordal, Director, Christian Network for Liberation and Equality
Dr. Douglas Friedman, Director International Studies, College of Charleston
Fr. Charles Dahm, Archdiocesan Director of Domestic Violence Outreach
Blase Bonpane, Director, Office of the Americas
Larry Birns, Director, Council on Hemispheric Affairs

Task Force on the Americas
Dr. Sharat G. Lin, former president, San Jose Peace and Justice Center
Stansfield Smith, Chicago ALBA Solidarity
Alicia Jrapko, U.S. coordinator, International Committee for Peace, Justice and Dignity
National Network on Cuba
Diana Bohn, Co-coordinator, Nicaragua Center for Community Action
Joe Jamison, Queens NY Peace Council

Jerry Harris, National Secretary, Global Studies Association of North America
MLK Coalition of Greater Los Angeles
Charlie Hardy, author, Cowboy in Caracas
Dan Shea, National Board, Veterans For Peace
Houston Peace and Justice Center
Dr. Christy Thornton, Fellow, Weatherhead Center for International Affairs, Harvard University
Code Pink Houston

Workers Solidarity Action Network.org
Rochester Committee on Latin America
Patricio Zamorano, Academic and International Affairs Analyst
Cliff Smith, business manager, Union of Roofers, Waterproofers and Allied Workers, Local 36
Michael Bass, Convener, School of the Americas Watch-Oakland/East Bay
Joe Lombardo, Marilyn Levin, Co-Coordinators of United National Antiwar Committee
Dr. Jeb Sprague-Silgado, University of California Santa Barbara
Portland Central America Solidarity Committee (PCASC)

Dr. Pamela Palmater, Mi’kmaq lawyer Chair in Indigenous Governance Ryerson University
Lee Gloster, Steward IBT 364, Trustee, N. Central IN Labor Chapter, N. IN Area Labor Federation
Celeste Howard, Secretary, WILPF, Portland Branch (Oregon)
Mario Galván, Sacramento Action for Latin America
Hector Gerardo, Executive Director, 1 Freedom for All
Jorge Marin, Venezuela Solidarity Committee
Ricardo Vaz, writer and editor of Investig’Action
Dr. T.M. Scruggs, University of Iowa, Professor Emeritus

Dr. Mike Davis, Dept. of Creative Writing, Univ. of CA, Riverside ; editor of the New Left Review
Dr. Lee Artz, Dept of Media Studies ; Director, Center for Global Studies, Purdue University Northwest
Dr. Arturo Escobar, Dept. of Anthropology University of North Carolina, Chapel Hill
Cheri Honkala, Director, Poor Peoples Economic Human Rights Campaign
Suren Moodliar, Coordinator, Encuentro5 (Boston)
Dr. Jack Rasmus, Economics Dept., St. Mary’s College, Moraga, California
Alice Slater, Nuclear Age Peace Foundation

Rich Whitney, Co-chair, Green Party Peace Action Committee
David Bacon, independent photojournalist
Dr. Kim Scipes, Department of Sociology, Purdue University Northwest
Jeff Mackler, National Secretary, Socialist Action
Committee in Solidarity with the People of El Salvador (CISPES)
Henry Lowendorf, Co-chair, Greater New Haven Peace Council

Judith Bello, Ed Kinane (founders), Upstate Drone Action
Dr. Daniel Whitesell, Lecturer in the Dept. of Spanish & Portuguese, UCLA
Dr. William I. Robinson, Sociology and Global and International Studies, UC-Santa Barbara
Emmanuel Rozental, Vilma Almendra, Pueblos en Camino, Abya Yala
Ben Manski, President, Liberty Tree Foundation for the Democratic Revolution
Frank Pratka, Baltimore-Matanzas Association/Maryland-Cuba Friendship Coalition
Dr. Hilbourne Watson, Emeritus, Department of International Relations, Bucknell University

Dr. Minqi Li, Economics Department, University of Utah
Christina Schiavoni, PhD researcher, Boston
Dr. Robert E. Birt, Department of Philosophy, Bowie State University
Topanga Peace Alliance
Judy Somberg, Susan Scott, Esq., Co-chairs, National Lawyers Guild Task Force on the Americas
Audrey Bomse, Esq., Co-chair, National Lawyers Guild Palestine Subcommittee
Daniel Chavez, Transnational Institute

Barby Ulmer, Board President, Our Developing World
Barbara Larcom, Coordinator, Casa Baltimore/Limay ; President, Nicaraguan Cultural Alliance
Nick Egnatz, Veterans for Peace
Dr. Marc Becker, Latin American Studies, Truman State University
Dr. John H. Sinnigen, Professor Emeritus, University of Maryland, Baltimore County (UMBC)
Dr. Dale Johnson, Professor Emeritus, Sociology, Rutgers University
Sulutasen Amador, Co-coordinator, Chukson Water Protectors

Mara Cohen, Communications Hub, Trade Justice Alliance
Dorotea Manuela, Co-Chair Rosa Parks Human Right Committee
Efia Nwangaza, Malcom X Center – WMXP Community Radio
Dr. Chris Chase-Dunn, Sociology, University of California-Riverside
Dr. Nick Nesbitt, Comparative Literature, Princeton
Timeka Drew, coordinator, Global Climate Convergence
Jack Gilroy, Friends of Franz & Ben www.bensalmon.org

Berkeley Fellowship of Unitarian Universalists, Social Justice Committee
Victor Wallis, Professor, Liberal Arts, Berkeley College of Music

Canada
Jerry Dias, President, UNIFOR
Mike Palecek, National President, Canadian Union of Postal Workers
Harvey Bischof, President, Ontario Secondary School Teachers’ Federation
Mark Hancock National President of the Canadian Union of Public Employees

Stephanie Smith, President of the British Columbia Government and Service Employees’ Union
Linda McQuaig, journalist and author, Toronto
Raul Burbano, Program Director, Common Frontiers
Miguel Figueroa, President, Canadian Peace Congress
Heide Trampus, Coordinator, Worker to Worker, Canada-Cuba Labour Solidarity Network

Rights Action (U.S. and Canada)
Joe Emersberger, writer, UNIFOR member
Nino Pagliccia, Jorge Arancibia, Marta Palominos, Frente para la Defensa de los Pueblos Hugo Chavez
Fire This Time Movement for Social Justice Venezuela Solidarity Campaign – Vancouver
The Hamilton Coalition To Stop The War

Vancouver Communities in Solidarity with Cuba (VCSC)
Maude Barlow, Chairperson, Council of Canadians
Canadian Network on Cuba
Mobilization Against War and Occupation (MAWO) – Vancouver
Dr. William Carroll, University of Victoria, Canada

Andrew Dekany, LL.M, Lawyer
Dr. Leo Panitch, Professor Emeritus, York University, Toronto
Canada-Philippines Solidarity for Human Rights (CPSHR)
Alma Weinstein, Bolivarian Circle Louis Riel Toronto

Maria Elena Mesa, Coord, Sunday Poetry and Festival Internacional de Poesia Patria Grande, Toronto
Dr. Radhika Desai, University of Manitoba

autre
Sergio Romero Cuevas, former Mexican Ambassador to Haiti
Observatorio de Derechos Humanos de los Pueblos, Oaxaca, Mexico

Source: https://venezuelainfos.wordpress.com/2018/03/11/non-aux-sanctions-contre-le-venezuela-la-lettre-de-noam-chomsky-et-de-pres-de-150-intellectuels-et-militants-etats-uniens-et-canadiens/

Le conseil paysan « El esfuerzo » obtient un certificat agraire mais continue d’être menacé.

Le samedi 14 février dernier a marqué un jour de victoire pour la communauté du Conseil Paysan « El esfuerzo ». Après un processus qui a duré dix années, des paysannes et paysans organisés ont enfin vu la concrétisation de leur droit sur les terres qu’ils avaient récupérées et sur lesquelles ils vivent et produisent, contribuant ainsi à la sécurité et la souveraineté alimentaire du pays.

La conclusion tardive de cette procédure administrative arrive à un moment de très forte tension pour cette communauté située sur la commune de Guanare dans l’état de Portuguesa : durant les trois derniers mois, elle a dû tout à coup commencer à faire face à des tentatives d’expulsion, des menaces et des actes de violence tels que l’incendie volontaire d’habitations, du centre de stockage des récoltes et tout récemment de l’école communautaire « Fabricio Ojeda ».

 

L’entrepreneur Bernardo Medina Moser, organisateur du harcèlement contre la communauté paysanne et notamment de l’incendie de son école.

 

 

 

 

 

 

 

La communauté rend responsable de cette escalade d’intimidation et de violence l’entrepreneur Bernardo Medina Moser, fils de l’ancien propriétaire de ces terres, Antonio Medina Larrain. Celui-ci les avait laissées à l’abandon depuis 18 ans environ, après que les organismes de sécurité de l’État vénézuélien les aient saisies au motif de la présence de groupes impliqués dans des délits. Des années plus tard, en 2008, des paysannes et des paysans ont dénoncé l’abandon des terres sur lesquelles ils ont commencé à produire en 2011, une fois initiée la procédure légale pour leur récupération, tel que le stipule la loi de Terres et Développement Agraire.

Néanmoins, comme le souligne le portail La Tabla, à présent, les anciennes plantations de teck présentes sur ces terres et qui avaient été abandonnées, ont réactivé les appétits des grands propriétaires terriens « à cause des facilités qu’octroie pour les exportations non traditionnelles le gouvernement national avec l’appui du gouvernement régional depuis quelque temps. Les grands propriétaires sont revenus au teck […] il n’est plus question de capturer la rente pétrolière pour une partie de la bourgeoisie traditionnelle mais de profiter désormais des devises que génère la vente d’autres ressources naturelles ».

La plainte déposée contre l’incendie volontaire de l’école rurale « Fabricio Ojeda » qui a eu lieu le 18 février dernier, a soulevé l’indignation et se trouve à l’origine de l’intervention des institutions de l’État vénézuélien ; celles-ci sont venues se réunir avec la communauté. L’Institut National des Terres (INTI) s’est manifesté en mettant un terme au processus initié en 2011 et en délivrant à la communauté organisée le Titre d’Attribution Socialiste Agraire pour 515 hectares. Le Ministère du Pouvoir Populaire pour l’Education est également intervenu pour défendre les droits des enfants de la communauté.

 

« Enfin, les habitants de L’Effort ont reçu des mains du vice-ministre [des terres] et président de l’INTI, Luis Soteldo, le titre d’attribution de la terre. Ils vont être également inclus dans les plans de semailles pour leur financement. [Soteldo] s’est également engagé à faire don du toit de l’école que les paysans eux-mêmes reconstruisent », raconte Arbonio Ortega, membre du Conseil Législatif de l’état de Portuguesa. Cette institution, ainsi que l’ensemble des organisations qui intègrent la Plateforme de Lutte Paysanne, ont joué un rôle important dans la lutte pour les droits de la communauté de « El esfuerzo ».

 

 

En plus de l’acte de délivrance du titre de propriété des terres, le directeur de la Zone Éducative de l’état de Portuguesa, Victor Ramirez, a augmenté l’effectif de l’école en reconstruction de 18 à 52 élèves. On a également donné à l’école un code national, ceci pour soutenir la communauté paysanne. De plus, on a augmenté le nombre d’enseignants : deux maîtres supplémentaires et un moniteur de sport qui font partie des familles aidées », raconte Ortega.

Mais le lendemain, les menaces visant les paysannes et les paysans de L’Effort ont repris : « une situation particulière s’est présentée : le survol d’un hélicoptère d’où a été lancé un paquet dans la propriété rurale, provoquant la panique des habitants » rapporte Arbonio Ortega. Les faits ont été immédiatement dénoncés ; les corps de sécurité de l’État sont intervenus pour protéger la communauté paysanne et pour enquêter sur ces faits d’intimidation. Le Conseil Paysan alerte également sur la présence de groupes paramilitaires à la solde des grands propriétaires terriens et sur les menaces de mort formulées à l’encontre de leurs dirigeants.

 

Les puissants intérêts économiques qui se trouvent derrière le harcèlement dont est victime le Conseil Paysan sont évidents ; en effet, le teck est considéré comme un bois de grande valeur sur le marché international. Ce qui est plus préoccupant, c’est le haut niveau d’appui politique dont bénéficie Medina ; d’après ce que l’on rapporte dans la communauté : même les médias publics ont souligné, il y a peu, le démarrage de leur affaire d’exportation de bois, malgré non seulement la persécution exercée sur la communauté paysanne mais aussi les effractions environnementales et la mauvaise utilisation des terres auxquels recourt cette entreprise agro-forestière. Les champs de teck sur les rives du fleuve mettent gravement en danger son bassin hydrographique.

Source : http://www.albatv.org/El-Consejo-Campesino-El-Esfuerzo.html

Traduction : Sylvie Carrasco

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Qui pourra mettre KO le chavisme?

Marco Teruggi / 01/10/2018

Nous étions fatigués de lire que tout était perdu, qu’un coup de pouce suffisait, que le projet s’était asséché de telle sorte qu’on ne pouvait même pas gagner une élection de conseil de copropriété, et qu’il était sur le point de se briser comme une branche sèche. Ces analyses se sont multipliées dans les pires mois du chavisme, entre avril et juillet, quand nous vivions dans notre propre chair une opération de prise du pouvoir par la force. Ce serait la fin du coup d’état prolongé, l’assaut final.

Nous voici au début de 2018, avec trois victoires électorales et politiques consécutives, une Assemblée Nationale Constituante (ANC) installée, 20  gouverneurs chavistes sur 23, 308 municipalités sur 335 et les rangs resserrés devant des élections présidentielles imminentes. En face, l’opposition est dans une phase de rupture, avec des insultes croisées, une désorientation stratégique, des tirs dans le pied, une perte de crédibilité face à sa base sociale.

Comment expliquer ce présent politique alors que nous étions sur le point de recevoir le direct qui allait nous mettre KO? Le chavisme a été sous-estimé, une fois de plus, et l’adversaire surévalué. Un classique dans le regard porté sur le Venezuela, en particulier la sous-estimation. Par manque de proximité avec un processus complexe en aval, des lectures biaisées par le rouleau compresseur anti-chaviste communicationnel, une vision super structurale du processus. Ce ne sont que des hypothèses. La première question est : Qu’est-ce que le chavisme?

Il y a plusieurs dimensions. Je pense qu’il est nécessaire de commencer par une qui est substantielle : l’identité populaire. De la même façon que John William Cooke a parlé du péronisme comme du nom politique du prolétariat argentin, on peut parler du chavisme comme d’une identité politique des classes populaires vénézuéliennes. C’est dans le subalterne que se situe le territoire principal où la révolution s’est formée, d’où les passions sont recréées et soutenues dans les moments les plus durs. Il suffit de prendre un exemple qui échoue rarement : plus le quartier est humble, plus les gens sont chavistes.

Cette dimension a plusieurs explications. L’une relève de l’ordre de l’engagement politique de Hugo Chavez, qui a concentré la force, la recherche de protagonisme dans les exclus de l’histoire nationale, les pauvres. La révolution a eu dès ses débuts une coupe de classe marquée qui se maintient jusqu’à aujourd’hui. Un autre est que cet engagement du sujet s’est accompagné d’une volonté de participer et d’organiser les politiques étatiques structurées, les initiatives présidentielles, les expériences de formation et la politisation. On a cherché à rompre avec le regard passif / consommateur pour construire un acteur / protagoniste. La conséquence est que l’appropriation du processus a été massive. Une troisième explication est dans cette même expérience de vie de la révolution en contraste avec l’histoire de la vie précédente, l’affirmation nationale, populaire, identitaire, de la fierté d’être qui on est. C’est généralement l’élément le plus fort dans les conversations. Un quatrième, pourrait-on ajouter, est l’insertion de la révolution dans l’histoire vénézuélienne, sa connexion avec un pari inachevé, celui du projet indépendantiste. Au Venezuela, il fait partie d’un projet historique qui se bat contre un autre, aussi historique.

Ceci ne se présente pas de manière pure et linéaire, et sur cette force se sont abattues de nombreuses attaques qui l’ont affaiblie. Cependant, cela explique comment, dans cette situation de détérioration matérielle, peut exister une base sociale chaviste estimée à 30% de la population. Cela permet aussi de comprendre comment l’équation proposée par la droite, qui consiste à aiguiser les attaques sur l’économie avec le calcul que cela se traduira automatiquement par une accumulation politique dans les votes ou les rues insurrectionnelles, ne se vérifie pas.

Le chavisme se décline aussi en parties et médiations. La première chose à garder à l’esprit est le caractère civico-militaire du mouvement. C’est dans sa genèse, son épopée, sa force et ses faiblesses. La présence militaire implique le contrôle des zones clés du territoire, ainsi que des postes gouvernementaux et des secteurs stratégiques de l’économie. C’est de là que sont issus  Chavez et une partie de la direction. Les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) ont fait l’objet d’attaques systématiques durant les mois insurrectionnels d’avril-juillet 2017 : assauts contre les casernes, appels publics à ne pas obéir aux ordres du président, menaces de futur emprisonnement. L’objectif était de les briser et d’ajouter un secteur au coup d’État. Cela ne s’est pas produit. Ceux qui spéculaient sur la loyauté des FANB on trouvé là une réponse à leurs spéculations.

Un autre point est la médiation principale : le Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV). C’est le parti dirigé par les dirigeants de la révolution, d’où émanent également les cadres en charge des institutions, et une grande partie des candidatures du chavisme. Il est généralement présenté comme une machine électorale qui à son tour a de sérieuses difficultés à développer une politique qui aille au-delà de la dynamique d’une tendance clientéliste dans les territoires. Ce n’est pas entièrement faux, bien que la complexité soit grande : c’est un parti dont la base et le militantisme sont essentiellement populaires, qui dans l’imaginaire est le «parti de Chavez» et sur lequel reposent toutes les attentes, un parti avec une direction qui a développé des logiques accrues de reproduction des formes de politique contre lesquelles la même révolution est née.

Il existe une autre dimension centrale du chavisme, qui est l’organisation populaire. Il est nécessaire de distinguer – bien que les frontières ne soient souvent pas claires – entre ce qui l’on entend par mouvement social et le processus d’organisation populaire construit dans le processus révolutionnaire. Il y a peu de mouvements sociaux ayant un développement dans diverses parties du pays, dans divers secteurs, avec la capacité de mobiliser et de développer une politique propre au sein de l’unité chaviste. Cette faiblesse représente un problème quand il s’agit de penser la vitalité interne du processus. Ce qui par contre a été massivement développé, ce sont des expériences organisationnelles, souvent conduites par l’État, avec un soutien parfois légal, comme des politiques publiques, dans la recherche constante d’outils de pouvoir territorial et populaire. Il n’est pas de quartier populaire où il n’y ait une expérience d’organisation, souvent dépendant de l’État. Le plus récent et le plus massif, en raison de son caractère et de la situation économique, ce sont les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (Clap), organisés pour garantir l’approvisionnement des produits du panier alimentaire de base.

Le chavisme est donc plus qu’un gouvernement ou un président. Ceux qui ne recherchent pas dans les passions et les expériences populaires peuvent difficilement franchir la barrière de l’analyse.

La droite

La coupe de classe est nette. A quelques exceptions près, en général ex-chavistes, toute sa direction vient des classes hautes / moyennement hautes et sa base militante également. Ça a été le cas depuis le début du processus et même si à certains moments elle a pu élargir sa capacité de rassemblement, cette caractéristique reste vraie. Ceci, avec une dose évidente de mépris/incompréhension de tout ce qui est populaire, détermine ses analyses, ses lectures des moments sociaux et des scènes de batailles. Un exemple clair sont les évènements qui se sont déroulés entre avril et juillet : ils ont pensé que leurs bases était très fortes et que les secteurs populaires allaient répondre à l’appel. Ils ont conclu à un état d’esprit des masses, en partie, à partir d’une lecture des réseaux sociaux, espace au sein duquel ils évoluent avec puissance te argent. Ils se sont trompés.

A cela il faut ajouter une autre dimension : une partie de la direction est à l’étranger, principalement aux États Unis. En premier lieu, ceux qui s’auto dénomment  “l’exil”, qui ont fuient de la justice en général pour avoir participé au coup d’État de 2002 ou avoir volé des millions. Deuxièmement, parce qu’il y a un niveau de prise de décision dans le gouvernement américain lui-même. Il a été fréquent au cours de ces mois de voir les leaders de l’opposition se succéder aux États-Unis pour chercher du soutien, du financement, des photos. Certains plans et décisions ne résident pas au Venezuela, mais viennent des États-Unis – Département du Trésor, lobbies politiques et économiques, Maison Blanche, Commandement Sud – et des gouvernements et politiciens alliés du continent, en particulier les secteurs du gouvernement colombien, liés à Alvaro Uribe. Ceci articulé à son tour avec le bloc allié ou subordonné à l’impérialisme, un éventail qui va des gouvernements de droite du continent à l’Union européenne, où les mêmes dirigeants de la droite vénézuélienne défilent également.

Pour ceux qui auraient des doutes, il suffit de passer en revue les déclarations de Donald Trump en personne, que ce soit à l’ONU, où dans l’exécution de sanctions économiques, diplomatiques, et dans la menace d’une intervention militaire. Cette dépendance vis à vis des  États-Unis donne une empreinte particulière aussi bien à l’opposition qu’au conflit vénézuélien, qui se trouve englobé dans le conflit géopolitique global. La révolution ne se bat pas contre une droite locale. Il est surprenant que certains analystes qui se disent progressistes ou de gauche ne prennent toujours pas cette dimension en compte.

Ce cadre ne doit pas éclipser les différences au sein de l’opposition. Il y a deux points de vue sur la façon de sortir du chavisme : l’un qui avance que cela doit être à travers une ligne insurrectionnelle accompagnée de développement paramilitaire, l’autre, à travers les votes. Les deux options ont subi des défaites, la première quand le 30 juillet le chavisme a réussi à imposer par les votes la légitimité de l’ANC (Assemblée Nationale Constituante) qui a démobilisée l’escalade violente, la seconde le 15 octobre, avec les 18 États entre les mains de chavistes.

Ces revers ont provoqué une crise au sein de la droite, les uns rejetant la faute sur les autres. La ligne violente accusa la ligne électorale d’être complice de la “dictature”, alors que la seconde accuse la première de laisser des espaces de pouvoirs sans les défendre. Les deux défaites sont liées : la droite, avec l’agression violente – qui incorporait des méthodes telles que de brûler des personnes parce qu’elles sont chavistes ou pauvres, le siège de villages pendant des jours par des gens armés et cagoulés – s’est isolée de la majorité de la population et a favorisé, en partie, le vote en faveur de l’ANC. Le choix, ainsi ressenti par de nombreuses personnes le jour de l’élection, était qu’ils décidaient entre voter ou aller à l’affrontement. Dans ce cadre, les élections des gouverneurs ont conservé une partie de la tension dramatique éprouvée les mois précédents. Ce à quoi s’ajoute un facteur, la déception de la part de la base même sociale de la droite qui a été punie par l’abstention dans les élections des gouverneurs. Les erreurs de la direction ont un prix.

Ce cadre présente un dernier élément, la décision, des principaux partis, de ne pas se présenter aux élections municipales du 10 décembre. Une explication possible est que, face à la possibilité d’une nouvelle défaite, et très près des élections présidentielles, ils aient décidé de s’abstenir afin de ne pas aggraver leur crise électorale. Une autre hypothèse est que la ligne insurrectionnelle/paramilitaire est un plan en marche pour remettre sur pied une option armée dans les prochains mois. Il semble peu probable qu’ils puissent à court terme appeler à des mobilisations relativement massives : leur base sociale a été touchée dans sa volonté de lutte, dans la perspective d’obtenir une victoire par la mobilisation. Ils pourraient intenter des actions avec des groupes armés pour user la situation générale, ou pour faire un pas de plus vers un niveau de violence supérieure qui serait décidé par les États-Unis.

Dans ce cadre, la droite est d’accord sur un point : l’attaque permanente de l’économie pour épuiser la population, c’est à dire les secteurs populaires, briser le lien avec le gouvernement, démontrer que le socialisme n’est pas viable, que Chavez s’était trompé, faire du quotidien une bataille permanente pour trouver les produits de base, et que cela se traduise en pillages ou en votes. Tel est la scène de guerre qu’ils ont surtout développée, et c’est là, en même temps que se concentrent les contradictions du processus révolutionnaire.

L’économie

Les symptômes de ce que nous vivons aujourd’hui ont commencé avant la mort d’Hugo Chavez, avec les premiers signes de pénurie, et l’indication par le gouvernement de l’existence d’une guerre économique. En 2013, le cadre correspondait à un test des premières manœuvres : disparition progressive de produits tels que le papier toilette, la farine de maïs, le dentifrice. On trouvait encore des médicaments avec une relative normalité, et les prix n’avaient pas atteint l’escalade qui existe aujourd’hui et qui s’accentue chaque semaine. Depuis cette année-là, la situation s’est aggravée à un rythme accéléré, notamment depuis 2015, avec un facteur aggravant majeur dans une économie comme celle  le Venezuela : la chute brutale des prix du pétrole en 2014.

Après quatre ans, il ne fait aucun doute que la situation économique est le produit d’un plan de déstabilisation prolongé qui s’est joint à des faiblesses propres pour construire un scénario critique. Dessiner la carte des principaux points de la bataille est complexe : l’ennemi ne se montre presque jamais et les acteurs en jeu sont aussi bien nationaux qu’internationaux.

L’un des points centraux est la frontière avec la Colombie. 2 219 kilomètres, presque toujours de rivières, de montagnes et de plaines, séparent les deux pays. S’il est vrai qu’une  culture d’achat et de vente a toujours existé entre les habitants des deux pays en fonction du taux de change, ce qui est en marche depuis 2013 est bien une extraction de contrebande pour désapprovisionner le pays. On a assisté à l’articulation de mafias pour faire passer la frontière en grandes quantités aux principaux produits de l’alimentation, de la médecine, de l’hygiène et de l’essence. La partie colombienne de la frontière est soudain apparue bondée de marchandises vénézuéliennes. Déjà en 2014 il était officiellement reconnu que 40% des aliments vénézuéliens, produits ou importés, partaient par la frontière.

Les fermetures officielles des frontières n’ont pas inversé la situation. La contrebande a commencé à couvrir de nouveaux articles, tels que le plastique, et, surtout, la monnaie elle-même, qui a commencé à être achetée jusqu’à 30% au-dessus de sa valeur. Cela a transformé l’argent en une marchandise : contre un million de bolivars en espèces en Colombie, on reçoit, par exemple, un transfert pour un million trois cent mille bolivars dans un compte vénézuélien. Cette situation provenait du fait que c’était la monnaie utilisée pour la contrebande, avec une demande permanente de billets de banque du côté colombien. Cela a généré des pénuries de billets au Venezuela, où les banques ont fixé des montants maximums de retrait, insuffisants par rapport aux prix quotidiens en hausse permanente. L’autre option s’est avérée être l’achat de billets dans les entreprises également avec une commission : payer 125 000 bolivars par carte pour recevoir 100 000 en espèces.

La contrebande de détail est le produit de la difficulté économique et de l’hyper-profit qu’elle génère : vendre 70 litres d’essence en Colombie donne plus d’argent qu’un salaire minimum. La contrebande en gros est l’œuvre de mafias installées des deux côtés, et d’une politique de sabotage déclarée à l’économie vénézuélienne tolérée et / ou parrainée par le gouvernement colombien. A partir de là, il n’y a aucun contrôle sur ceux qui entrent avec des marchandises, c’est un territoire libéré pour la contrebande.

De l’autre côté, se trouve un autre des nœuds de l’attaque : les maisons de change, qui ont le pouvoir, par la loi, de dicter le taux de change entre le peso et le bolivar à leur bon vouloir, indépendamment du taux officiellement établi par la Banque de la République. C’est ainsi que le bolivar perd de sa valeur, et ce taux de change est la référence avec laquelle le dollar parallèle est calculé, indicatif par lequel la majorité des commerçants au Venezuela, illégalement, calculent les prix sur leurs produits.

Ce dollar augmente, cela a été vérifié avec des statistiques, à deux moments clés : avant les défaites politiques de l’opposition, et avant les rendez-vous électoraux. C’est un dollar politique. Entre le mois d’avril et le milieu de celui de novembre de cette année, il est passé de  3 mille à 52 mille, tout particulièrement après la victoire de l’ANC et des élections de gouverneurs. Tous les prix ont augmentés suivant ce taux et même davantage.

Le dollar parallèle est l’un des éléments clés de l’attaque contre l’économie. Au Venezuela, il existe un contrôle des changes par l’État – c’est le pays qui a la plus forte fuite de capitaux par habitant sur le continent – avec deux types de change, selon les produits. L’argument des commerçants est que le fait d’avoir une offre insuffisante de dollars les oblige à avoir recours à acheter au marché noir, une situation qui les oblige à répercuter l’augmentation de ce dollar dans leurs ventes. La vérité est que la plupart des dollars en circulation sont ceux que l’État offre dans ce qu’on appelle les ventes aux enchères en dollars, où les entreprises et les individus vont. Le mécanisme est le suivant : l’État, qui génère 95% des devises étrangères par le biais du pétrole, met en vente une somme d’argent – appelée panier de devises – qui est achetée pour importer des produits finis ou des intrants qui doivent ensuite être vendus en fonction du taux de change sur le marché national. En réalité, les importations sont surfacturées, les marchandises qui arrivent à destination sont ensuite vendues au taux du dollar parallèle, d’autres n’arrivent jamais aux points de vente, sont revendues dans les réseaux du marché noir, ou détournées directement vers la Colombie. Le résultat est que les produits ne sont pas sur le marché, ou, s’ils le font, leur prix est trop élevé pour un ménage à salaire minimum de travailleurs moyens.

Cette attaque ne serait pas possible avec cette ampleur sans une complicité interne qui a un nom très clair : la corruption. À partir de septembre, les enquêtes du nouveau parquet général ont commencé, affirmant que la corruption dans la zone pétrolière et l’allocation de dollars pour les importations ont généré un déficit fiscal et un détournement de fonds pour la nation. Chaque semaine, apparaissent officiellement de nouveaux cas de responsables et des responsables impliqués, y compris des politiciens du Chavisme qui ont fui.

Le président Nicolas Maduro a décrit la corruption comme l’ennemi principal de la révolution. Il est difficile de savoir jusqu’où iront les enquêtes. Le réseau complot, pour ce qui a été jusqu’ici révélé, est grand, et on peut en déduire qu’il couvre également des zones telles que la frontière, terrestre et maritime, et fonctionne comme un partenaire dans la contrebande de l’extraction. L’impossibilité de stabiliser l’économie ne peut s’expliquer sans tenir compte de ce facteur, qui non seulement vole des milliards de dollars, mais sabote des initiatives productives et sociales, déchaîne une inefficacité écrasante dans l’État.

Les zones touchées sont les poumons de l’économie vénézuélienne. Et si répondre à une attaque avec des armes endommagées est difficile, cela l’est d’autant plus lorsqu’il s’agit de lutter contre les États-Unis, qui ont concentré leur attaque en grande partie sur l’économie. Entre septembre et novembre, ils ont imposé des sanctions à l’économie avec un objectif clair : bloquer le pays jusqu’à ce qu’il soit poussé à la faillite, entre autres en empêchant le Venezuela de renégocier le paiement de ses obligations aux détenteurs américains. Mike Pence, le vice-président américain, l’avait annoncé lors de sa tournée en Amérique latine en août : les coups de feu proviendraient ouvertement du front économique. C’est ce qu’ils peuvent dire publiquement, c’est ce qu’ils font, et pour cela ils ont rassemblé des alliances comme l’Union européenne et le Canada.

Face à cette situation, le gouvernement vénézuélien a approfondi le jeu avec plusieurs alliés, notamment la Chine et la Russie. Aussi bien pour renégocier, trop tard, la dette – au cours des quatre dernières années, le Venezuela a remboursé 71 milliards et pourtant il a toujours a le risque pays le plus élevé – que pour construire de routes commerciales en dehors du dollar, essentiellement autour la monnaie chinoise, le yuan. Une politique économique internationale à haut risque : les deux derniers pays à avoir essayé de commercer hors dollar avaient été l’Irak et la Libye, tous deux ont finis bombardés. Le Venezuela est la cible sur le continent.

Il y a une autre dimension du débat économique, parfois éclipsée par l’urgence, le fait d’être toujours dans les cordes. Il s’agit de savoir comment faire face à la situation, comment se battre. On le sait, l’économie est concentrée sur la politique. En termes synthétiques, la question est la suivante : la réponse à la bataille économique est-elle un pari sur le privé, l’État, le communal / le social? Ce sont les trois formes de propriété en vigueur dans le pays, les trois étapes du projet économique chaviste. La façon de placer les forces a de multiples implications.

Les signaux donnés au cours des dernières années sont que le pari de la direction va vers le secteur privé. Il se manifeste dans le frein des expropriations / nationalisations, la livraison de dollars même, parfois même dans le cas de mauvaise gestion de ces monnaies par des entreprises, le financement dans le but de tenter de faire émerger un secteur entrepreneurial  avec des caractéristiques nationales, la construction d’un récit destiné à montrer que la révolution s’entend bien avec les privés qui veulent travailler pour le pays, des heures d’écran sur les chaines d’état. L’argument repose, en partie avec raison, sur la nécessité de générer de la richesse pour la consommation domestique et de diversifier les exportations, pour lesquelles les entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises, pourraient avoir des conditions si elles étaient soutenues par l’État.

Le problème est que ce discours écarte la possibilité d’ôter  le pouvoir à ceux qui ont déclaré la guerre et qui volent des milliards de dollars, à savoir la grande bourgeoisie, les grands propriétaires fonciers, le pouvoir financier, et qui essayent de créer des conditions légitimes, pour l’arrivée de capitaux internationaux dans des conditions mises en cause par plusieurs analystes. Les autres parties du tableau ne sont pas perçus avec cette force : ni le renforcement de l’économie d’état l’État, ni l’économie communale / sociale. Les domaines stratégiques entre les mains de l’Etat n’ont pas été étendus – par exemple, pour les importations dans les zones fondamentales – de plus, la vision stratégique de construction d’une économie autogérée, sous contrôle communal, ouvrier, en vue de son expansion, reste de plus en plus reléguée, désincarnée de la plupart des discours et des pratiques.

Ceci pose plusieurs des questions : ce pari est-il un mouvement tactique dans une stratégie de transition vers le socialisme, ou est-ce, sous couvert de la tactique, un changement dans la vision stratégique? Une question qui en amène une autre : qu’entend-on par socialisme et par transition?

Ce débat se situe à l’intérieur des caractéristiques du chavisme, multi classe, avec différentes perspectives en son sein sur la direction à donner au processus. Pas seulement dans le débat sur quel type de socialisme – si plus d’état / de parti ou plus communal – mais sur s’il s’agit de l’objectif lui même. A titre de types-idéals on peut dire qu’un secteur pousse vers un projet qui aurait plus à voir avec des libéralisations mises à profit par des mesures sociales. L’autre, en revanche, qui entre en tension avec le premier, garde le regard pointé sur un Etat fort avec des accords avec le milieu entrepreneurial et une organisation populaire limitée. Les deux semblent être d’accord sur le fait que le pari ne réside pas dans le développement de l’économie communale / sociale à plus grande échelle. Dans les faits ces deux conceptions ne se présentent pas de façon aussi claire ni linéaire.

Les moments où ces débats sont apparus le plus clairement sont lorsque le niveau de la violence de rue tombent, comme dans ces mois de septembre / novembre. Le contraste entre la capacité avec laquelle le chavisme a réussi à recouvrer l’initiative politique et l’impossibilité d’arrêter la détérioration des conditions matérielles des classes populaires est frappante. Cela peut s’expliquer par les attaques de la guerre, le poids de la corruption, le plan de comment faire face à cette situation qui, en cette fin de 2017, n’apparaît toujours pas clairement.

C’est sur l’économie que se concentre la principale préoccupation. Toute enquête de rue témoigne du même besoin : stabiliser l’économie, stopper l’augmentation incessante des prix qui a permis de « dollariser » un grand nombre de produits et assurer l’approvisionnement dans des secteurs vitaux comme la santé. Y parvenir est une nécessité pour le chavisme, à la fois pour arrêter le retour en arrière et pour montrer à nouveau qu’il existe un projet qui peut construire un avenir pour la majorité.

Des présidentielle et après.

Les dates électorales se sont accélérées. Trois rendez-vous entre juillet et décembre, et des présidentielles cette année. Contrairement aux prédictions de beaucoup, le chavisme a la possibilité de reconquérir la présidence. Il a en sa faveur, entre autres, la division de l’opposition qui ne présente pas de véritable leadership, qui a sur son dos les défaites consécutives, le manque de crédibilité, et la mauvaise administration des quelques victoires qu’elle a réalisées. Si le chavisme perd, ce ne serait pas parce que la droite a réussi à s’organiser en tant qu’alternative, mais parce que la situation économique aurait atteint une situation insupportable. C’est là le plus grand danger pour révolution aujourd’hui. Une défaite serait une victoire pour ceux qui appellent à une stratégie de guerre criminelle.

La gestion du temps est alors la clé. Il a été conquis avec l’Assemblée constituante, les élections de gouverneurs et, sûrement, les municipales. Cela signifie que le gouvernement a été maintenu, qu’on ne s’est pas rendu, comme certains l’avaient suggéré. Le pouvoir politique est nécessaire pour stabiliser l’économie, développer des pouvoirs de transition, étendre le pouvoir populaire vers la société communautaire. C’est dans ce cadre que se produisent des conflits, des tensions internes et des contradictions se produisent. Perdre le gouvernement signifierait entrer dans une phase de revanche de classe qui chercherait non seulement à subordonner l’économie aux États-Unis et à ses alliés, et à faire dérailler les politiques sociales, mais aussi à discipliner les organes, soit depuis l’État soit par des forces paramilitaires déployées dans les secteurs populaires. Combien de bolivar coûte un tir depuis une moto? L’assassinat actuel des leaders sociaux en Colombie est un miroir de ce qui est possible pour le Venezuela.

Il suffit de poser une seule question : comment cette droite pense-t-elle gouverner avec 30% de chavisme ancré dans les secteurs populaires, convaincu du projet historique qu’il incarne? C’est pourquoi ils emploient la stratégie de l’usure économique, idéologique, éthique, pour arriver à un hypothétique gouvernement avec le plus grand épuisement social possible, la rupture des liens de solidarité et d’organisation. L’impact de la situation économique va bien au-delà du strict secteur économique.

La puissance impériale des États-Unis a toutes les cartes sur la table : des sanctions diplomatiques sur les fonctionnaires, les mesures économiques à la hausse combinées à une diabolisation médiatique, l’installation silencieuse de troupes irrégulières avec son épicentre dans la zone frontalière avec la Colombie, et des manœuvres militaires développées en collaboration avec l’armée du Pérou, de la Colombie et du Brésil à la triple frontière amazonienne. Nous avons là un échantillon des forces sur le continent : une carte de leurs bases montre comment le Venezuela est entouré d’un cercle fermé qui s’achève avec le Brésil et sa politique de renoncement de sa souveraineté. Vont-ils faire une intervention directe à la Hollywood? Cela semble improbable, inutile. Un consensus sur le continent pour une action directe et ouverte n’a pas pu être créé, et il y a d’autres moyens de déploiement de forces armées. Nous en avons eu un avant goût entre avril et juillet, avec des attaques contre les casernes, les meurtres de forces de sécurité de l’État, les occupations temporaires de différentes localités.

La somme des variables semble indiquer que la stratégie contre le chavisme parie à moyen terme sur l’effet de l’usure économique, de la « chaotisation » du quotidien. On ne visualise pas  de conditions ou de scénarios prêts pour accélérer les tempos et à essayer une nouvelle sortie par la violence de rue, bien qu’il ne faut pas exclure cette possibilité.

Le chavisme, quant à lui, a la force de se battre, l’initiative politique de son côté, la nécessité de progresser économiquement et de construire le pouvoir communal. Les mesures qui seront prises ou pas seront dues à la guerre, mais aussi, et surtout, à la capacité de construire une corrélation de forces internes, qui rende possible d’aller dans la direction historique synthétisée par Chavez. Le reste, les troisièmes positions, les critiques sans consistance, n’est que fiction. Le nom de la révolution au Venezuela s’appelle et continuera de s’appeler chavisme pendant très longtemps.

Publié par hastaelnocau.wordpress et Batallas deideas.org

Traduction Gloria Verges

Cette fin de semaine commence l’exercice civique-militaire Indépendance

Le samedi 24 et Dimanche 25 Février, le gouvernement vénézuélien procédera a des exercices civique-militaires  « Indépendance 2018 » avec la participation de la Réserve Militaire, de la milice nationale bolivarienne, de la Force armée nationale bolivarienne (FANB) et du peuple vénézuélien.

Le Samedi 17 Février, le Président de la République bolivarienne du Venezuela, Nicolas Maduro Moros a déclaré que ces pratiques seront réalisées sur « l’ensemble du territoire national, de la mer des Caraïbes à l’Orénoque, de l’Amazone au lac Maracaibo, d’Est en Ouest, du Nord au Sud, aux Forces Armées Nationales bolivariennes, pour montrer au monde que le Venezuela doit être respecté et que c’est un territoire d’indépendance, de dignité et de paix. »

À cet égard, il a invité le peuple vénézuélien à participer à cet exercice civique-militaire, de renforcer la préparation du peuple et des forces armées du Venezuela dans la défense de la nation.
« J’invite tous les Vénézuéliens à participer samedi et dimanche à cet exercice civique-militaires, très important pour peaufiner toute notre force armée nationale bolivarienne, la milice, les communautés et notre peuple », a déclaré le président ce jeudi.

Plus de 500.000 organisations de base, plus de 300.000 miliciens et plus de 168.000 militaires participeront à toutes ces activités d’actions défensives, a déclaré Ceballos, commandant opérationnel stratégique des Forces armées nationales bolivariennes (Ceofanb), a informé Remigio Ceballos.

« Nous concevons la défense du Venezuela pas seulement avec l’utilisation de moyens conventionnels (…) Nous avons aussi le peuple organisé dans une union civique-militaire, une milice bolivarienne devient le bras fort, la mobilisation de tout le peuple pour la défense du pays «, a-t-il déclaré dans une interview à Walter Martínez le 20 février.

http://www.albatv.org/Este-fin-de-semana-inicia.html

“Mon projet de vie c’est l’Hôpital Cardiologique Latino-américain des Enfants”

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Par choix personnel, Isabel Iturria n’a pas eu d’enfants. Pourtant, c’est grâce à son travail plein d’amour et de dévouement que plus de onze mille enfants, filles et garçons, lui doivent la vie.

Ce sont ces petits du Venezuela et d’autres pays qui sont nés une deuxième fois après avoir été opérés à l’Hôpital Cardiologique Latino-américain des Enfants Dr Gilberto Rodriguez Ochoa, institution qu’Iturria a fondée et qu’elle dirige depuis 12 ans.

Native de Caracas, féministe, chaviste prompte à s’émouvoir, enseignante intraitable et lectrice vorace, Iturria accuse le commandant Chavez de l’avoir déviée du chemin de la pratique clinique en la choisissant pour tenir les rênes de ce projet qui demeure un modèle, non seulement pour la qualité de l’attention médicale qu’il offre mais encore parce qu’il est un espace où se vit concrètement l’intégration latino-américaine. Elle parle peu de sa vie personnelle mais nous avons pu obtenir qu’elle nous confie que la lecture la passionne, qu’elle a étudié simultanément la médecine et les lettres et qu’elle passait les week-ends de son enfance au milieu des vaches. Elle s’est présentée  à cette interview avec trois livres :  Humour et Amour de Aquiles Nazoa; un recueil complet du détective Sherlock Holmes de Arthur Conan Doyle (en anglais) et Naissance de la clinique, de Michel Foucault. Elle parla des trois ouvrages avec enthousiasme.

Elle fut une dirigeante parmi les étudiants et, en plus d’être une excellente universitaire, elle s’intéressa aussi au sport.

Elle a pratiqué le volley-ball pendant ses études à l’université et aujourd’hui, à un âge où bien des femmes prennent leur retraite, elle a osé  traverser à la nage le fleuve Orénoque (et par deux fois).

—Vous êtes de Caracas.  Parlez-nous de votre cartographie personnelle de la ville.

—De pure souche. Mon acte de naissance indique La Candelaria. J’ai toujours vécu à Caracas. J’apprécie terriblement toutes les particularités de la ville, par exemple, le dimanche, pouvoir marcher depuis la Promenade de Los Próceres jusqu’à la place Las Tres Gracias et être arrêtée par le tapage des aras en vol.

C’est une ville réellement belle, elle jouit du parc national El Ávila qui nous réconcilie avec l’espace public et même si elle a aussi des endroits hostiles elle a tellement de jolies choses ! Je suis heureuse d’être caraquénienne.

—Quand avez-vous su que votre voie était la médecine ?

—Je ne viens pas d’une famille de médecins et je ne suis pas née un stéthoscope dans la main. Au lycée, je pensais faire des études de mathématiques ; ensuite je voulais étudier l’agronomie car ma maman avait une propriété avec du bétail et nous y passions les fins de semaine, au milieu des vaches et des veaux, ce qui m’enchantait. J’ai entendu des chants à traire depuis ma petite enfance.

Ensuite j’ai voulu faire des études de journalisme et c’est presqu’au dernier moment que je me suis décidée pour la médecine et j’ai fait simultanément des études de lettres. Je plaisantais alors avec mes camarades, leur disant que cela impliquait que je devais subir les poèmes des étudiants en médecine et les maladies des étudiants en lettres. C’est ainsi que j’en suis arrivée là, il n’y avait pas de médecin dans ma famille, je n’étais pas née en pensant choisir cette branche mais après l’avoir choisie je me suis passionnée pour elle, j’en ai tiré un profond plaisir et je ne regrette pas une seconde d’avoir fait ce choix.

isabeliturria

-—Vous avez eu votre diplôme de Docteur en Médecine avec mention Très Honorable, étiez-vous un rat de bibliothèque?

—Oui, j’aime beaucoup les bibliothèques, j’aime étudier, j’aime lire. J’ai vécu pleinement ma période universitaire, bien sûr avec la vie personnelle, privée, de toute personne de 18 ou 20 ans. Ce fut aussi le début dans l’activité politique. Pendant toute la durée des études nous avions un groupe de travail près du Centre des Étudiants, qui, à l’époque, avait à sa tête Jorge Rodriguez.

Par ailleurs j’ai également toujours eu une activité sportive, en ce temps-là je faisais partie de l’équipe de basket de l’université et bon, c’était la vie étudiante, cette chose tellement délectable.

—Vous vous êtes ensuite passionnée pour la cardiologie

—J’ai d’abord fait Médecine Interne à la Maternité Concepción Palacios, puis j’ai fait la partie de Cathétérisme cardiaque, Hémodynamique, au Venezuela, ensuite j’ai fait un an de plus en Espagne, et d’un lieu à l’autre, nous voici en 2003 et arrive ce monsieur que vous voyez là (elle montre une photo d’elle aux côtés du Commandant Hugo Chávez) qui a changé la vie de beaucoup d’entre nous. La mienne, il l’a changée  radicalement. Moi, j’avais eu toute ma vie une activité fondamentalement consacrée à la prise en charge des patients et à partir de 2004, ce monsieur m’a fait laisser la cardiologie des adultes pour travailler dans la santé publique. J’ai occupé les postes de Directrice des Hôpitaux du Ministère de la Santé, Vice-Ministre, Ministre, j’ai étudié tout ce qui concerne la santé publique et par bonheur je me suis consacrée à ce rêve du Président Chávez, l’Hôpital Cardiologique des Enfants, qui est devenu mon projet de vie et dans lequel, heureusement aussi, plusieurs choses se conjuguent, car il y a là une activité de gestion de santé publique, une activité liée à la politique, mais aussi la prise en charge des patients et l’enseignement.

—Parlez-nous du Chávez que vous avez connu et qui vous a choisie pour une si grande responsabilité.

—Nous les vénézuéliennes et vénézuéliens qui étions la gauche dans les années 70 et 80, nous regardions la botte militaire comme notre pire ennemi. Et je crois que tous nous avons été  grandement surpris en entendant le président Chavez dire « pour le moment ». A cette époque j’avais mon diplôme depuis peu, je faisais mon temps de médecine rurale et je me souviens m’être demandée « qu’est-ce que c’est ? un coup d’état militaire ? » et ce « pour le moment » nous a montré que c’était autre chose. Cela a été déterminant pour nous tous. J’ai connu le président Chavez  lorsque je travaillais au ministère, avant l’Hôpital Cardiologique. Quelques interactions se sont produites, jamais directement, mais je me souviens clairement de la première fois où nous avons eu une longue réunion au cours de laquelle, je pense, le président Chavez m’a soumise à un examen décisif. Cela s’est passé le 10 Mars 2006. Ce jour-là le président organisa une évaluation finale pour voir à qui il allait confier la responsabilité de la mise en route de l’hôpital Cardiologique des Enfants. La réunion dura longtemps, il me questionna sur tout, depuis ma petite enfance, sur la politique, sur mon histoire personnelle, sur mon projet de vie, jusqu’à demander tous les détails du projet, comment nous pensions finir de construire l’hôpital et le mettre en marche, pour qu’il fonctionne. Il nous interrogea sur tout, à la fin il me demanda même le calibre de la suture avec laquelle nous cousons les patchs d’une communication inter auriculaire. Et lui, comme toujours, ajustant le plus petit détail, connaissant les choses en profondeur, non à leur surface. Il aimait à dire que, lorsqu’il venait à l’hôpital, il se sentait dans le futur, qu’il s’approchait de comment devaient être les choses, que son cœur s’en réjouissait, qu’il renaissait après nous avoir rendu visite. J’ ai encore les yeux qui se remplissent de larmes lorsque je parle de lui.

—Le Cardiologique d’aujourd’hui ressemble-t-il au projet que vous avez présenté à Chavez en 2006 ?

—Cet hôpital a changé la vie d’un grand nombre. D’abord celle de plus de onze mille enfants, filles et garçons qui ont été opérés. Tu avances dans les couloirs et,  dans chaque service,  tu vas trouver beaucoup de ceux d’entre nous qui avons ouvert cet hôpital, qui vivons depuis le temps où il n’existait que sur des plans, puis il fut un chantier et enfin ce qui progressivement s’est construit au travers de ces onze mille enfants qui sont passés par ici et qui savent que Chavez aussi est passé par ici. Cela remplit notre âme et comble notre cœur. Il y a des choses que nous aurions pu mieux faire mais ces onze mille vies d’enfants sont une satisfaction suffisante pour nous réjouir d’avoir choisi cette voie et d’avoir amicalement côtoyé le président Chavez. Ces derniers mois où nous avons dû faire moins d’interventions que nous aurions voulu, nous avons avancé sur d’autres points. Nous avons fait davantage d’enseignement. Mais ces onze mille enfants sont  une mère de famille, un père, une maison, un pâté de maisons, des petits camarades de classe, répartis à travers tout le Venezuela. Tu vas quelque part et tu trouves un parent d’un patient, un petit ami, un petit neveu, qui ont été opérés au cardiologique. Tu demandes « de qui est cet enfant » ? eh bien il est l’enfant de tous, et dès l’instant qu’il a besoin d’être opéré, il doit être le problème de tous, et après l’opération, il doit être une joie pour tous.

—L’institutionnalisation médicale est toujours accusée de mercantilisme, de déshumanisation. Vous qui venez d’un milieu universitaire comment appréciez-vous ces mises en cause ?

—C’est là que nous évoquerons Gilberto Rodríguez Ochoa, le premier ministre de la Santé du président Chávez. « De l’exercice de la médecine privée ou de l’aliénation de l’acte médical » tel est le titre de l’un de ses livres. J’ai eu le privilège de le connaître en Amazonie, lorsque je faisais ma période de médecine rurale. L’exercice privé de la médecine  engendre un ensemble de perversions que nous, les médecins, refusons, mais il n’est pas vrai non plus que les médecins sont cette série de monstres que quelques-uns veulent nous faire croire.

Même au-delà des différences politiques. Cet hôpital compte en majorité des médecins hommes et femmes qui n’ont pas d’affinité politique avec le socialisme ni avec le président Chávez et qui se démènent pour faire leur travail, même en touchant des revenus ridiculement inférieurs à ceux que n’importe lequel d’entre eux pourrait toucher en consacrant ne serait-ce qu’une demi-heure à la médecine privée, mais ils préfèrent consacrer huit heures à cet hôpital et à ses enfants. Moi, vraiment, je ne crois pas que les médecins vénézuéliens soyons un ramassis de parasites. Oui il y en a, mais comme dans toute profession je crois, car il me semble que des journalistes vendus, il y en a beaucoup

—Le Cardiologique est aussi un exemple d’intégration latino-américaine, comment avez-vous travaillé avec les personnes d’autres pays qui viennent ici apprendre et se soigner ?

—Nous avons pris en charge des patients des pays de l’ALBA et d’Afrique mais ce qui a été plus décisif pour l’intégration ce sont les occasions de formation que nous avons données dans cet hôpital. Le Nicaragua, par exemple, a formé ici son équipe de santé cardiovasculaire pédiatrique, des étudiants d’autres endroits ont ainsi eu la possibilité de se former dans un pays qui leur a ouvert ses portes pour étudier gratuitement, afin de grandir avec nous. Chavez ne faisait pas de voyages dans le monde dans l’intention de dire aux autres pays comment attaquer un tiers, ni d’imposer des décisions politiques à personne et moins encore de voler ni des puits de pétrole ni des terres. Il se déplaçait pour offrir engagement et solidarité, comme Bolivar.

—Vous considérez-vous féministe ?

—Contre vents et marées. Dans cet hôpital Cardiologique des Enfants nous nous efforçons de maintenir la parité de genre. Nous sommes six femmes et deux hommes dans le Conseil de Direction. Le féminisme appartient à l’humanisme et fait partie du socialisme, et sur ce chapitre aussi le président Chavez avait l’avantage sur les autres et il nous a aidés à avancer dans cette direction, mais il reste encore beaucoup à faire. Souhaitons que la Constituante, dont la présidente est une femme, aide à avancer aussi dans ce sens. Ici nous sommes féministes, nous construisons les choses entre tous et entre tous, nous avançons. Dans la santé, en règle  générale, la proportion de femmes est bien supérieure à celle des hommes, dans le monde, justement en raison de cette conception des carrières de santé qui impliquent une très forte composante de soin de l’autre à laquelle il semble que nous, les femmes, sommes toujours plus disposées.

—Quel est votre secret pour être encore, au bout de douze ans, l’exemple de « efficacité ou rien » ?

—Plusieurs circonstances favorables se sont ici conjuguées, et beaucoup de gens ont poussé pour que les  choses réussissent. Depuis le démarrage, ici s’est constituée une équipe de personnes de grande expérience aux côtés d’autres, très jeunes, et désireuses d’apprendre. Nous avons pu commencer de zéro et cela facilite un peu les choses, avec aussi une conception un peu différente qui est celle d’un personnel à temps complet, et ce personnel a débuté avec une rémunération spéciale en lien avec cette idée, selon une autorisation exceptionnelle du président Chávez. Tout a été fait à la mesure de cet hôpital et nous continuons à maintenir cela.

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Biographie Minime

Isabel Iturria est née à Caracas, elle a 51 ans. Elle est docteur en médecine diplômée de l’Université Centrale du Venezuela, mention Très Honorable, en 1991. Elle a obtenu le diplôme de spécialité de Médecine Interne en 1995 et de Cardiologie en 1998. Elle s’est formée en Cardiologie Interventionniste à Caracas et à Barcelone, en Espagne. Son parcours professionnel inclut la charge de directrice de la Gestion des Hôpitaux du Ministère de la Santé entre 2004 et 2006  et celle de la présidence de la Fondation Hôpital Cardiologique Latino-américain des Enfants Dr. Gilberto Rodríguez Ochoa depuis sa création en 2006 et jusqu’à ce jour. En 2013 elle fut Ministre du Pouvoir Populaire pour la Santé. Dotée d’une vaste expérience universitaire, elle se consacre aussi à l’enseignement.

Lieu de chavisme

Visiter l’hôpital Cardiologique des Enfants c’est voter à nouveau pour le chavisme le plus authentique. Dans une époque où nous sommes habitués aux hostilités quotidiennes, dans cet hôpital, les sourires apparaissent en premier,  avec les gardiens du parking, les réceptionnistes,  les  infirmières qui circulent dans les couloirs et le personnel administratif que l’on rencontre. Ce ne sont pas des sourires de guichet de banque ni de restaurant à service rapide. Ce sont des sourires de gens heureux de servir. L’hôpital, avec son éloquente simplicité, son austérité et son impeccable  propreté est un espace où l’on renoue avec les rêves que s’est tracés la Révolution Bolivarienne. Il n’y a  pas de file d’attente, pas de débordements. Il y a des familles avec des petits garçons et des petites filles en train de se photographier devant les fresques murales. « C’est merveilleux que quelque chose d’aussi complet, d’aussi coûteux et d’aussi difficile à mettre en route que la chirurgie cardio- pédiatrique puisse se réaliser avec succès, avec un niveau de qualité similaire à celui des centres les plus importants du monde et avec l’amour et la solidarité propres à l’engagement pris par le gouvernement bolivarien envers ces enfants, avec aussi le fait que ce soit absolument gratuit », explique Iturria.

Une femme de passions

La lecture et le sport sont deux des passions d’Isabel Iturria. De la première elle nous a parlé avec dévotion, et alla jusqu’à nous  lire  Fable avec perroquet , de Aquiles Nazoa,  « un des individus qui sut l’atteindre au point le plus douloureux, le plus dur, le  plus critique politiquement, à partir de l’humour, ce qui est extrêmement difficile ».  Elle nous raconta également qu’elle a fait sa thèse de doctorat à partir du français Michel Foucault, et elle avait son livre sous le bras, Naissance de la clinique, « de la philosophie pure et dure » comme elle-même le qualifie, « en lien avec le thème du pouvoir, de comment les relations de pouvoir apparaissent dans la naissance de la pratique clinique, dans la façon dont nous avons appris à prendre en charge les patients, nous qui sommes nés dans cette génération. » A propos de son  récent engouement pour la nage, elle évoqua son expérience de la traversée de l’Orénoque. «  Dans le lot des cinquantenaires j’arrive chaque fois avant le dixième. C’est une expérience extraordinaire, je la ressens comme quelque chose de mon pays, il ne s’agit pas seulement de l’exercice physique mais du défi. »

Interview: Rosa Raydán  / Photos:  Jesús Vargas

Source : http://ciudadccs.info/la-entrevista-proyecto-vida-hospital-cardiologico-infantil/

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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Les incohérences du “Groupe de Lima” sur le Venezuela

Le Groupe de Lima, qui réunit plusieurs gouvernements néo-libéraux sur orbite états-unienne, vient d’exprimer son refus absolu de la décision du Venezuela d’organiser les élections présidentielles le 22 avril 2018. Or cette date, selon les médiateurs internationaux du dialogue en République Dominicaine comme l’espagnol Rodriguez Zapatero, avait été fixée en accord avec les secteurs de la droite vénézuélienne. Dans un communiqué diffusé après la réunion du Groupe de Lima, les présidents Macri, Santos, etc… ont invoqué le “manque de transparence et de fiabilité” et exigé l’établissement d’un “nouveau calendrier électoral” au Venezuela.

Ironie de l’histoire, cet appel à des « élections générales » a été lancé depuis les bancs de la droite majoritaire à l’Assemblée Nationale (actuellement en état d’illégalité à la suite de trois élections frauduleuses de députés) lors de sa deuxième session en 2016, en exigeant un délai de quelques mois à peine pour leur réalisation.

Cette exigence sans fondement légal ne servait alors qu’à justifier une escalade de violence dans le pays, qui est effectivement survenue durant les mois d’avril à juillet 2017, jusqu’à ce que la convocation de l’Assemblée Nationale Constituante désactive les tentatives de faire de la situation chaotique du pays en élément déclencheur d’une action militaire depuis l’étranger.

Pendant la première moitié de l’année 2017, parallèlement aux guarimbas (violences d’extrême droite) et au milieu des incitations à l’affrontement, des destructions et saccages d’institutions publiques, des assassinats et du chaos généralisé, les dirigeants de l’opposition ont réitéré leur appel à des élections anticipées, alléguant que si le Gouvernement ne les convoquait pas, c’était parce qu’il savait que sa défaite était assurée.

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L’intromission du Secrétaire Général de la O.E.A., Luis Almagro, visant à activer la Charte Démocratique qui s’appliquera à « évaluer la situation vénézuélienne » en s’appuyant sur le « Rapport Almagro » (nourri de données d’ONGs satellites de la droite comme Foro Penal, et financées par les promoteurs de l’intervention contre le Venezuela depuis les USA), avait elle aussi pour objectif, entre autres, de faire pression pour que se tiennent des « élections générales dans un délai de trente jours ».

Le but étant d’obtenir un consensus de 18 votes pour la discussion de la Charte Démocratique et 24 pour son application, de sorte que le Venezuela, qui ne permettrait pas que son auto-détermination soit violée et ne se plierait pas aux exigences de l’OEA, soit catalogué comme un pays hors-la-loi, donnant toute liberté à la prise de mesures coercitives et punitives à son encontre.

 

 

 

 

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Dans ce contexte, le Département d’État réclama également l’organisation d’élections présidentielles anticipées, juste au moment où la nation vénézuélienne se préparait à celles de l’Assemblée Nationale Constituante. C’est le Président Trump lui-même qui émit alors un communiqué dans lequel il assurait que les sanctions seraient renforcées si ces élections constituantes avaient lieu (une menace aussitôt répétée par l’Union Européenne) et exigeait de les supprimer en faveur d’ »élections libres et justes » – appel diffusé par le compte twitter du Secrétaire d’État pour les Affaires de l’Hémisphère Occidental du Département d’État, Francisco Palmieri.

 

 

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D’autre part, l’appel à la libération des « prisonniers politiques » (en réalité auteurs/organisateurs des violences d’extrême droite) contenu dans le communiqué contredit la décision de l’opposition de ne pas signer un accord d’entente en République Dominicaine, dont c’était pourtant l’un des point négociés entre la droite et le gouvernement. Lorsque le consensus a été obtenu entre les deux parties, la droite le rejeta au dernier moment, comme l’a publiquement regretté l’ex-président du gouvernement espagnol et accompagnateur du dialogue, José Luis Rodriguez Zapatero.

Par la suite, le représentant du Gouvernement National à la Table de Dialogue, Jorge Rodriguez, a confirmé que ce revirement in extremis était dû à un appel téléphonique reçu de Colombie lors de la tournée du Secrétaire d’État des U.S.A., Rex Tillerson.

Les références du communiqué du Groupe de Lima au troisième rapport sur le Venezuela de la Commission Inter-américaine des Droits de l’Homme, ainsi qu’à la décision de la Cour Pénale Internationale de procéder à un premier examen de « présumés crimes d’État et contre l’Humanité » , constituent la base des accusations de violation des droits de l’homme , de paralysie des institutions et de perte des libertés politiques de la population. La première de ces accusations ignore totalement les sources officielles pour alimenter son dossier, exposant un version unilatérale, tandis que la seconde, bien qu’on ne précise pas quels seront les rapports qui seront pris en compte pour l’examen préliminaire, s’est essentiellement basée sur les documents de l’O.E.A… inféodée à Washington.

Enfin, le communiqué s’oppose à la participation du Président Nicolas Maduro au Sommet des Amériques qui se tiendra à Lima (Pérou) les 13 et 14 avril, ainsi qu’à la convocation aux élections présidentielles, et engage vivement le gouvernement vénézuélien à ouvrir un « couloir humanitaire ».

Pour ce qui concerne les élections présidentielles, la position du Groupe de Lima met en évidence les inconséquences et contradictions du front vénézuélien de l’extérieur et des dirigeants de la droite qui exigeaient à l’unisson des élections présidentielles anticipées qu’aujourd’hui ils refusent.

En termes politiques, le durcissement de ce positionnement revêt la forme d’un acte d’autorité pour provoquer l’isolement électoral de l’opposition et permettre l’articulation de sanctions renforcées contre le pays à partir du Groupe de Lima, conformément aux injonctions des États-Unis.

Par ailleurs, pour ce qui est du « couloir humanitaire », utiliser les effets qu’ont eu les sanctions financières contre le pays, endommageant les couches sensibles du tissu social et économique, comme élément de la narrative très bien exploitée de « crise humanitaire » ne représente aucun intérêt réel pour enrayer les conséquences des actions menées pour asphyxier l’économie du Venezuela et ne consiste qu’à se rapprocher des intentions des États-Unis d’intervenir à l’intérieur du territoire vénézuélien sous un prétexte humanitaire ; ce qui sous d’autres latitudes (Haïti, République Centrafricaine,etc.) représente aussi une activité lucrative pour des agences comme l’USAID.

Le Groupe de Lima a délibérément étendu ses dénonciations jusqu’au niveau des frontières terrestres, en mentionnant « l’exode de milliers de Vénézuéliens » et en affirmant coordiner les efforts pour affronter cette situation. Ce qui est sûr, c’est qu’il s’agit là d’une bonne excuse pour mobiliser des troupes militaires dans les zones limitrophes du Venezuela, décision prise par le Président de la Colombie, Juan Manuel Santos, en déployant plus de 3 000 soldats à la frontière comme mesure destinée à contenir le flux d’immigrants. Suivi en cela par le Brésil dans le cadre de la tournée de Michel Temer dans l’État de Roraïma, au cours de laquelle ce dernier a ordonné de doubler les effectifs militaires pour faire face à « l’exode massif d’immigrants ». Un signal de soutien a été donné au Mexique et au Chili les incitant à répondre rapidement aux appels à se retirer du processus de dialogue, qui vise à instaurer la paix au Vénézuela ; ces appels ont été lancés notamment par la plate-forme de l’opposition « Soy Venezuela » à l’instigation du secrétaire d’État Rex Tillerson et du sénateur Marco Rubio, dont les déclarations laissent entendre que les options militaires sont privilégiées au préjudice de toute autre solution qui pourrait contribuer à la stabilité politique au Venezuela que ce soit à moyen ou à long terme, comme, par exemple, la tenue d’élections présidentielles dans un climat de respect vis-à-vis des institutions vénézuéliennes.

Le communiqué du Groupe de Lima met donc, plus que jamais, en évidence les incohérences juridiques et politiques de ses propres demandes, ainsi que celles d’acteurs de l’opposition et d’autres agents du front international; il étale encore ses contradictions lorsqu’il réclame un hypothétique calendrier électoral que le CNE a pleinement réalisé depuis la tenue des élections régionales du 15 octobre 2017…

Source : http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELa/contradicciones-grupo-de-lima

Traduction : Frédérique Buhl

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