Nicolas Maduro, le candidat du chavisme

Manifestations Caracas – 27 février 2018

Février a une qualité historique particulière, essentiellement vénézuélienne: c’est le mois où l’année politique est définie.

C’est le cas depuis 1989, lorsque, dans la matinée du 27 février, le soulèvement de la population de Caracas, poussé par les manifestants de la municipalité de Guarenas dans L’État de Miranda, a inversé la trajectoire de trois décennies en quelques instants.

Le cours de l’histoire récente s’est chargé, plus d’une fois, de souligner cette continuité et surtout, l’héritage – avec ses dignes efforts – d’avoir brisé le projet néolibéral de «fin de l’histoire» sur le sol local ; le déclencheur qui a donné raison d’être au Chavisme en tant que force politique. C’est cette audace qu’aujourd’hui encore on continue de nous faire payer.

Les pires années du processus sont sans aucun doute celles qui ont le mois de février comme point de départ pour les guarimbas et les insurrections armées. Pour exemple : c’est toujours en février que se situe le cœur de l’attaque brutale contre le pays lors des tentatives de coup d’État de 2014 et 2017.

Et ceci n’est pas un détail des moindres : d’après  le dur labeur des majordomes de la guerre contre le Venezuela, qui ont consacré la dernière étape de leur vie à organiser une intervention militaire, aujourd’hui le chavisme ne devrait être qu’un lointain souvenir qui ne devrait se répéter nulle part sur la planète.

Les rêves de Julio Borges ne trouvent toujours pas de piste d’atterrissage. Et ça, c’est bien entièrement à Nicolas Maduro que nous le devons.

Une guerre fratricide sans retour apparent était ce que prévoyaient ceux qui ont investi des milliers de dollars pour nous écraser.

Mais rien de cela ne s’est produit et ce février, la cerise sur le gâteau, c’est nous qui avons l’avantage.

Contre tout présage apocalyptique, le chavisme reprend les rues pour soutenir la candidature de Nicolas Maduro, comme il l’avait fait il y a quatre ans, la gorge nouée par  le décès de Chávez.

Et pour rester sur la tonalité sentimentale : nous continuons de surfer avec intelligence sur la vague de mort et d’extermination que traverse aujourd’hui la planète entière. C’est là que là que Nicolas continue de donner des leçons, à l’échelle régionale et mondiale, sur la manière dont il gouverne avec l’opposition frontale de l’oligarchie mondiale.

Depuis l’instant déterminant où Chavez nous a donné l’ordre, tout s’est enchaîné et c’est bien la détermination de revenir à nos clés historiques qui est le garde fou qui continue aujourd’hui encore d’empêcher qu’on  nous donne l’estocade finale. C’est dans les paroles de Chávez cette nuit fatidique que nous nous retrouvons et que nous regardons dans les yeux.

Le poids de l’élite financière mondiale sur nos épaules n’a pas encore atteint les sourires et la joie du peuple, dans tout cet amalgame de vitalité qui définit le chavisme par excellence.

Nous pouvons définir le présent comme extrêmement dur et difficile, il ne peut en être autrement si nous regardons dans le rétroviseur l’accumulation de jeux dangereux que l’adversaire a commencé à jouer depuis le premier jour de la présidence de Nicolas.

Et voici le meilleur de l’histoire : c’est sur ce sol que nous foulons que s’est produite la première fissure du système capitaliste mondial et de son projet de «fin de l’histoire», terminons le travail, pour l’avenir de nos enfants et de no petits-enfants. Aujourd’hui, en ce moment précis de l’histoire, nous sommes sûrs d’une chose : Maduro ne reculera pas d’un seul millimètre.

27 Février 2018

Les photos pour Misión Verdad sont de Rosana Silva.

Traduction FAL 33

http://misionverdad.com/galerias/nicolas-maduro-el-candidato-del-chavismo

Un calme tendu

Marco Teruggi

Nous vivons un calme tendu au Venezuela. Les rues de Caracas sont d’une normalité qui ne correspond pas à l’image construite à l’étranger ni à la radicalité des annonces faites ces derniers jours.  Les quartiers ne sont pas en feu, et il n’y a pas deux gouvernements : un président autoproclamé sans territoire ni capacité à exercer le pouvoir ne peut avoir d’incidence que sur les réseaux sociaux, les salons diplomatiques et les notes d’opinion de ceux qui soutiennent Juan Guaidó.

Le week-end a  ressemblé à un réaménagement des positions, à une maturation de variables internationales, à un gain de temps dans le cadre national. La droite a organisé des assemblées samedi et a lancé dimanche son appel aux Forces armées nationales bolivariennes (FANB) – l’opposition a enlevé le mot Bolivariennes – pour promulguer la soi-disant  Loi d’Amnistie et Garanties Constitutionnelles pour Militaires et Civils.  La loi a été approuvée par l’Assemblée nationale déclarée illégale par la Cour suprême de justice, mais la légalité n’est pas le problème, aujourd’hui, lorsqu’il s’agit d’une tentative de coup d’État.

Cette loi se compose de deux volets: pardonner à ceux qui ont commis les actes de violence de 1999 à ce jour,  et donner le feu vert à ceux qui les commettraient désormais. La droite se proclame présidente et s’accorde de futurs auto-pardons.

L’objectif central est les FANB, axe autour duquel s’articulent les principales spéculations. Comment l’inclure dans le plan en cours, c’est-à-dire comment faire en sorte qu’un secteur dirige l’action par  la force. Les relations de la droite avec les FANB ont été  contradictoires: d’un côté, elle l’a dénigrée publiquement, attaquée  avec des flacons d’excréments dans la rue et des armes de guerre dans les casernes – en 2017 – mais, en même temps , elle a été appelée  à suivre les différents plans de non-reconnaissance de Nicolás Maduro. La droite sait qu’elle a  besoin de la Fanb d’abord pour gagner l’épreuve de force et ensuite  pour maintenir l’ordre futur qu’elle  essaierait d’imposer.

Pendant que la droite gagnait du temps, l’affaire continuait son développement au niveau international. Les menaces ont continué à se multiplier, comme l’a suggéré John Bolton, conseiller américain à la sécurité nationale, qui a déclaré: «Toute violence et toute intimidation dirigées contre le personnel diplomatique américain, le dirigeant démocratique du Venezuela ou l’Assemblée nationale constitueraient une agression grave contre la légalité et seraient  suivie d’une réponse significative «.

Les États-Unis ont également reconnu un représentant diplomatique du gouvernement virtuel parallèle, Carlos Vecchio, en fuite et recherché par la justice vénézuélienne, dirigeant de Voluntad Popular, le parti auquel appartient Guaidó. Voluntad Popular est la force la plus liée aux groupes armés / paramilitaires du pays, et Vecchio est proche d’un membre de son parti  impliqué dans le démembrement d’une femme en 2015.

Parallèlement, Benjamin Netanyahu a annoncé que le gouvernement israélien reconnaîtra  Guaidó. Le bloc dirigé par les États-Unis a fini par réunir toutes ses composantes: France, Allemagne, Espagne, Grande-Bretagne, Israël, Canada, Groupe de Lima sauf le Mexique. Pour ce qui est des pays de l’Union européenne, ils ont affirmé que s’il n’y avait pas d’élections dans huit jours – qui sont maintenant sept – ils reconnaîtront Guaidó.

«Personne ne peut nous donner un ultimatum. Si quelqu’un veut quitter le Venezuela, laissez-le partir «, a déclaré Maduro au cours d’une journée marquée par les exercices militaires de la  Fanb dans différentes régions du pays (voir annexe). Il n’y aura pas d’élections.

Les différentes pièces semblent positionnées sur l’échiquier. On attend les prochaines étapes qui seront franchies  en fonction d’un plan qui ne précise pas comment il fera ce qu’il annonce. Ce que Guaidó résume en trois phases: «cessation de l’usurpation, gouvernement de transition, élections libres», et refuse  tout dialogue – bien qu’il ait existé et a été même reconnu à force de preuves présentées par le gouvernement. Comment se matérialise la cessation de l’usurpation? Sans cela, il est difficile d’imaginer un véritable gouvernement de transition et un appel à des élections. Tout est 2.0 jusqu’à présent.

Par ailleurs, il est nécessaire d’attendre les bilans établis par les États-Unis après l’assemblée de l’Organisation des États américains et le Conseil de sécurité des Nations Unies. Savaient-ils qu’ils n’obtiendraient  pas la majorité nécessaire? Sont-ils prêts à franchir les prochaines étapes sans avoir cet accord? On le verra dans les faits.

La stratégie vis-à-vis du Venezuela ne semble pas faire l’unanimité au sein des forces démocratiques et républicaines. Guaidó est présenté dans plusieurs médias comme «chef de l’opposition» et non pas comme on le  lui avait dit : «président par intérim». En plus, ce président  virtuel est également  tourné en ridicule dans les réseaux sociaux comme #GuaidoChalenge. Guaidó, cadre secondaire de la droite, aurait été mis dans ce rôle car il peut être sacrifié stratégiquement? On le verra également dans l’évolution des événements.

La fin de semaine s’est terminée avec plus de questions que de certitudes. Pendant ce temps, le Venezuela a continué avec une normalité ébranlée en profondeur, des prises de parole du président Maduro devant les jeunes et devant la Fanb, des mobilisations du Chavismo dans diverses régions du pays. Qu’est-ce qui se cache derrière ce calme tendu?

Publié par : https://hastaelnocau.wordpress.com/

Traduction : FAL 33

Trump joue avec le feu à Caracas

Atilio BORON

L’empereur a publié son úkase et oint comme président Juan Guaidó, un moins-que- rien de la politique vénézuélienne, inconnu de la grande majorité de la population, mais construit, «prêt à porter» par les médias américains et les spécialistes du marketing dans les deux dernières semaines.

Après l’éclat de Trump, les gouvernements qui tentent de transformer leur pays en républiques bananières – l’Argentine, le Brésil, la Colombie, le Paraguay, le Honduras et même le Canada – se sont précipités pour être les premiers à lécher les bottes du magnat new-yorkais. Tout ce grotesque juridique, qui nous ferait bien rire si ce n’est qu’il peut finir en tragédie, a la bénédiction de Luis Almagro («Combien vous me donnez pour renverser Maduro ?») et, jusqu’à présent, le silence tonitruant du Secrétaire Général des Nations Unies, le Portugais António Guterres qui, en bon social démocrate, souffre du même tic caractéristique de ses collègues, tic qui le fait regarder ailleurs chaque fois qu’il y a le feu quelque part dans le monde. A travers son porte-parole, il demande des «négociations politiques inclusives et fiables» oubliant ainsi que ces négociations là ont été menées avec succès par José L. Rodríguez Zapatero dans les discussions qui ont eu lieu à Saint-Domingue et qu’au moment d’estampiller de sa signature les accords laborieusement obtenus, les représentants de «l’opposition démocratique» vénézuélienne se sont levés de table en laissant l’espagnol avec sa plume à la main : un appel d’Álvaro Uribe, garçon de courses habituel de la Maison-Blanche, venait de leur transmettre l’ordre de Trump d’interrompre le processus.
 
La tentative de coup d’état, exaltée par les tueurs à gages médiatiques, va rencontrer de nombreuses difficultés. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire moderne du Venezuela que la Maison-Blanche reconnaît un président fantoche, comme Pedro Carmona, le 11 avril 2002, qui a à peine tenu 47 heures au pouvoir et qui s’est retrouvé en prison, Serait-ce différent cette fois-ci ? Difficile à prévoir. Guaidó peut se réfugier dans une ambassade amie à Caracas et à partir de là, publier des déclarations qui tendront la situation et forceront une confrontation avec les États-Unis. Par exemple, face à l’ordre du président Maduro que le personnel de l’ambassade des États-Unis quitte le pays dans les 72 heures qui viennent, les roquets impériaux peuvent leur dire de rester au Venezuela. Une autre alternative est qu’il soit installé dans une ville frontalière avec la Colombie et de là, avec la bénédiction de Trump, les minables nauséabonds de l’OEA et des néocolonies latino-américaines proclameraient une nouvelle république, protégée par les «paramilitaires» colombiens et le narco-gouvernement de Duque, Uribe et compagnie et exigeraient sa reconnaissance internationale devant l’OEA et l’ONU.

L’un ou l’autre de ces deux scénarios confirme pour la énième fois que s’il y a quelque chose que ni les impérialistes ni la droite vénézuélienne ne veulent, c’est le dialogue et le respect des règles du jeu démocratique. Il est clair qu’ils recherchent la confrontation, que ce soit en appliquant le modèle libyen ou ukrainien, différents mais similaires en termes de milliers de morts et de centaines de milliers de réfugiés dans ces deux pays. Mais au-delà des fakenews, les choses ne seront pas si faciles pour les assaillants du pouvoir présidentiel. La base chaviste est solide, et on peut dire la même chose des forces armées bolivariennes. Une «solution» militaire nécessiterait un envoi impopulaire de troupes américaines au Venezuela, au moment où la Chambre des représentants renforce sa proposition de soumettre Trump à la destitution. Et si les 26 000 hommes envoyés au Panama en décembre 1989 pour capturer Noriega et contrôler cette ville durent se battre non sans mal pendant deux semaines pour atteindre leur objectif, face à un peuple sans défense et des forces armées non équipées, l’option militaire impliquerait, dans le cas du Venezuela, un risque énorme de rééditer un fiasco comme Playa Girón ou, à plus grande échelle, la guerre du Vietnam. Avec en prime la déstabilisation de la situation militaire en Colombie et une recrudescence des guérillas.

L’attitude belliciste de Washington contre le Venezuela est une réponse à la défaite militaire subie par les États-Unis en Syrie après six ans d’efforts massifs et inutiles pour renverser Basher al-Assad. D’autre part, ce n’est pas un fait mineur que des pays comme la Russie, la Chine, la Turquie, l’Iran, le Mexique, Cuba et la Bolivie ont refusé d’offrir leur reconnaissance diplomatique au putschiste et cela compte au niveau de la politique mondiale. Par conséquent, nous n’exclurons pas que Guaidó subisse le même sort que Carmona en 2002.

Atilio BORON

TODO 11 TIENE SU 13 !

* Tout 11 a son 13 : Référence au coup d’État contre Chavez du 11 avril 2011, le 13, la peuple ramène Chavez au pouvoir.

Publié par : https://www.legrandsoir.info/trump-joue-avec-le-feu-a-caracas-telesur.html

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Point de non retour

DE CARACAS : LES CLÉS DU COUP D’ÉTAT

Les avancées du coup d’état, depuis l’apparition de l’inconnu Guaido aux déclarations publiques de Trump et de leurs gouvernements amis de la région. Les alternatives possibles.

Juan Guaido s’est autoproclamé président par intérim du Venezuela. Il l’a fait depuis une estrade devant sa base sociale mobilisée à Caracas.  Ainsi, il a assuré  qu’il prendra les rênes d’un gouvernement de transition. Il était inconnu jusqu’au 5 janvier, date à laquelle il a assumé la présidence de l’assemblée nationale grâce au hasard de la rotation des partis.

Quelques minutes après la proclamation est arrivé le twitt attendu : Donald Trump, président des États Unis, a annoncé qu’il reconnaissait  Guaido comme président légitime. Ont suivi ceux qu’on savait: Ivan Duque et Jair Bolsonaro. Voilà complétée la séquence programmée, le point de non retour. A partir de maintenant, le conflit est entré dans une nouvelle étape dangereuse : le plan annoncé par la droite, dirigé de l’extérieur, a pour seule issu l’aggravation de la violence.

L’annonce était attendue. En effet, la veille, le vice-président  nord-américain, Mike Pence, avait tourné une vidéo appelant à la mobilisation de ce mercredi 23 et donnant sa bénédiction à Guaido. Marco Rubio, député républicain, en croisade contre Cuba et le Venezuela, avait pour sa part envoyé un twitt menaçant à Nicolas Maduro : « Ne te mets pas dans une bataille avec quelqu’un qui a démontré qu’il passera à des actions bien au-delà de ce que personne n’a pensé possible. »

C’est ainsi qu’a été déclaré le coup d’état. La question est : Comment feront-ils pour le matérialiser, c’est-à-dire pour destituer par la force Nicolas Maduro ? Une chose est l’annonce, autre chose est la construction d’un rapport de force suffisant.

Dans ce cadre, les regards sont tournés vers certaines variables centrales. En premier lieu, comment va évoluer le front extérieur. Déjà, l’Assemblée Nationale a envoyée à l’Organisation des États Américains un représentant du « nouveau gouvernement » et on attend que les États Unis annoncent de nouvelles mesures pour traduire en faits concrets la reconnaissance de Guaido.

En second lieu, la rue. Ce 23 janvier, la droite a montré qu’elle a récupéré une capacité de mobilisation, chose qu’elle n’avait pas réussie depuis août 2017. Ceci est la dimension publique des actions de rue retransmises  à l’international. A côté, existent les actions violentes commises à partir  de l’après-midi jusqu’à la fin de la nuit, comme c’est arrivé lundi, mardi et aujourd’hui même mercredi.

Cette dernière dimension est centrale : les actions sont présentées pour la communication comme spontanées, alors qu’il s’agit d’actions programmées, activées par des groupes armés ( malfrats rémunérés) pour déclencher des incendies, des actions de harcèlement, tenter d’attirer des habitants des zones populaires, de créer une sensation d’encerclement du chavisme par le pouvoir de la droite. Cela ira en augmentant avec la probable mise en action des forces paramilitaires à un niveau plus élevé que celui de 2017 (où ils en étaient arrivés à donner l’assaut à des casernes militaires). Il y aura davantage de morts ; ça fait partie du plan coup d’état.

Le chavisme se trouve devant cette question : comment affronter cette avancée nationale et internationale, qui cherche à casser la Force Armée Nationale Bolivarienne  (FANB), promouvoir des zones de conflits à la frontière pour justifier des actions de force (le facteur colombien est central), étouffer l’économie, pousser la population à des affrontements civils ?

Le premier pas a été de mobiliser ce 23 janvier pour démontrer que le chavisme n’a pas perdu sa capacité d’intervention de la rue. Ce mouvement a mis en évidence l’unité qui a pu être maintenue, ce qui est la clé dans ces circonstances.  « Nous n’acceptons pas un président imposé à l’ombre d’obscurs intérêts  ni autoproclamé  en marge de la loi. La FANB défend notre constitution  et est garante de notre souveraineté nationale » a écrit Vladimir Padrino Lopez, Ministre de la défense.

Quant aux réponses diplomatiques, il est arrivé ce qu’on pouvait prévoir : le gouvernement a rompu ses relations avec les Etats Unis et la Russie a déclaré de nouveau sa reconnaissance de Nicolas Maduro comme président. Le conflit au Venezuela est géopolitique.

A côté de cela, il est nécessaire de ne pas tomber dans les provocations de la droite qui, à la différence de 2017, a commencé à porter le conflit dans les quartiers populaires dès le début de l’escalade. On s’attend à un déploiement de la violence qui touchera différents points du territoire, un harcèlement armé de villages, de quartiers, présenté comme pacifique, travaillé à grands coups de rumeurs sur les réseaux sociaux.

Quant à l’assemblée Nationale, reste la question : quoi faire ? Elle a été déclarée dans l’illégalité par le Tribunal Suprême de Justice, mais comment faire devant la déclaration du gouvernement parallèle qui est une déclaration de guerre ? Dissoudre l’assemblée et appeler à de nouvelles élections serait certainement éteindre un incendie avec de l’essence : mais, la laisser agir et avancer dans son plan de coup d’état, est-ce une option ? Les réponses sont complexes, elles rassemblent  beaucoup de facteurs à la fois ; le fil du rasoir est dangereux.

Le Venezuela est entré dans une phase qui parait avoir atteint un point de non retour. Le plan annoncé par Guaido, dirigé depuis les Etats Unis, ne peut que se matérialiser par de la violence. Ils cherchent les voix, les acteurs. Quant au facteur temps, il s’est accéléré ; la droite ne paraît pas en condition pour soutenir un conflit avec ces caractéristiques  sur un temps long, au niveau national. L’année 2017 a démontré que la violence prolongée peut faire perdre en légitimité le « golpisme » et l’isoler.

Tout type d’évènement peut avoir lieu à partir de maintenant, depuis le plus petit, comme un incendie  jusqu’à un acte d’une grande portée qui servirait de catalyseur. Cela à tout moment. C’est leur troisième assaut  violent en cinq ans et ils pensent pouvoir s’imposer. Cette fois, il y a un poids international déterminant, et ils bénéficient aussi de la détérioration produite dans le champ économique. En face, il y a le « chavisme », un mouvement  toujours  sous-estimé, qui a démontré son intelligence et sa capacité de manœuvre démocratique  dans des scénarios qui paraissaient perdus.

Par Marco Teruggi

Traduction FAL 33

https://www.pagina12.com.ar/170337-punto-de-no-retorno

AUJOURD’HUI # 23 JANVIER NOUS MANIFESTONS EN DÉFENSE DU VENEZUELA BOLIVARIEN

Hier, tous les masques sont définitivement tombés et l’Empire étasunien, par la bouche de son vice-président Mike Pence, encourage ouvertement un coup d’État au Venezuela. Ils entendent donner une légitimité à la figure de Juan Guaidó, en tant que président de transition, qui n’a pas été élu par le peuple. Le tout accompagné, encore une fois, de scènes de violence organisées par des groupes fascistes soutenus par les États-Unis, d’appels à l’armée pour rompre le lien constitutionnel et des laquais du Groupe de Lima en tournée dans des pays pour parler du Venezuela, alors qu’ils cherchent à couvrir leurs propres réalités. Tout cela est amplifié par l’appareil médiatique des grandes entreprises.

Nous ne pouvons pas faire semblant de ne pas voir. Cela nous rappelle les Guarimbas de 2014 et, plus récemment, celles de 2017 où c’est le peuple vénézuélien qui a été le plus touché (morts, blessés, barrages routiers, incendies d’équipements publics, d’universités,  de crèches, de moyens de transport, d’espaces culturels, blocus sur la fourniture de nourriture, les médicaments, l’argent dans les guichets des banques, les services publics, entre autres). Nous ne pouvons pas ignorer qu’ils cherchent, une fois de plus, à faire passer le Venezuela à un autre stade de tension et de confrontation sans se soucier du peuple, de la démocratie ou de la liberté, car les intérêts en jeu sont ailleurs … nous ne pouvons pas nous taire face à cela.

C’est pourquoi, depuis le Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne, nous voulons, de nouveau dénoncer les manœuvres des États-Unis qui appellent à l’instauration d’un coup d’État au Venezuela et l’insistance de l’Union européenne pour des ‘»élections libres», alors que dans ce pays, le peuple vénézuélien a décidé, le 20 mai 2018, lors du scrutin, de ratifier Nicolás Maduro en tant que président constitutionnel légitime. De même, les 80 organisations qui constituent le RÉSEAU, nous voulons exiger que tout «groupe de contact» qui sera créé à partir de l’Union européenne ne fasse qu’ accompagner le peuple vénézuélien dans un processus de dialogue et de paix respectant les actions et les mesures que seuls les vénézuéliens sont en droit de prendre dans le cadre de leurs cadres juridiques. Pour cette raison, nous rejetons l’ingérence impérialiste, nous réclamons le respect de la souveraineté du peuple vénézuélien et nous manifestons aujourd’hui, 23JANVIER, pour défendre le Venezuela bolivarien.


Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne
Bruxelles, le 23 janvier 2019

NOUS SOUTENONS LA VOLONTÉ DU PEUPLE VÉNÉZUÉLIEN

Les plus de 80 organisations qui composent le Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne dénoncent devant les peuples du monde la prétention de la droite internationale, en accord avec les opposants vénézuéliens et le célèbre Groupe de Lima, à ignorer la volonté du peuple vénézuélien exprimée dans les urnes par un processus électoral démocratique et transparent approuvé par les organisations internationales où 67,7% des votes ont élu le renouvellement du mandat constitutionnel du Président Nicolas Maduro pour janvier 2019.

Plus de 5.823.000 Vénézuéliens ont soutenu cette option contre d’autres opposants tels que Henry Falcón, Javier Bertucci et Reinaldo Quijada. Ils fondent leurs arguments sur la tentative de délégitimer l’Assemblée constituante nationale, qui a également été élue par plus de 8 millions de voix et a été celle qui a déclenché le processus électoral présidentiel parce que le cadre juridique lui confère ce pouvoir.

En 20 ans, la Révolution bolivarienne a conduit 25 processus électoraux démontrant le caractère démocratique et participatif dans lequel le peuple vénézuélien a pu exprimer sa volonté et exercer sa souveraineté comme tel. Cela fait donc partie d’autres manœuvres destinées à mettre en œuvre, comme mesure de pression internationale, en plus des sanctions, le blocus économique, financier et commercial, avec l’intention de continuer à noyer et à affecter le peuple vénézuélien. Nous n’oublions pas ce qu’ils ont fait dans d’autres processus progressistes comme au Honduras, au Brésil et en Argentine. Nous sommes vigilants et réitérons notre soutien inconditionnel à la défense du peuple vénézuélien.

Pour toutes ces raisons, nous nous joignons à cette dénonciation et vous invitons à soutenir, ce 10 janvier 2019, à partir de chacun de nos pays, peuples ou coins, le vote populaire vénézuélien et à l’accompagner dans l’investiture du Président Nicolas Maduro.

POUR LE RESPECT DE LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE !

POUR LE RESPECT DU PEUPLE VÉNÉZUÉLIEN !

PAS D’INGÉRENCE !

Bordeaux, janvier 2019

“Il faut parler des gens ordinaires… de celles et ceux qui construisent le processus de transformation du Venezuela”

Interview de Marco Teruggi, journaliste argentin vivant au Venezuela

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Poursuivant ses rencontres avec les étrangers qui résident au Venezuela et partagent avec son peuple la construction du processus bolivarien, le Réseau de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne (a interviewé Marco Teruggi (photo), journaliste argentin et internationaliste latino-américain, qui vient de publier et présenter dans plusieurs pays son livre “Mañana será historia, diario urgente de Venezuela” (« Demain ce sera de l’Histoire, journal urgent du Venezuela »). Sa tournée sud-américaine lui a permis de converser et débattre d’une réalite vécue, bien éloignée de celle que nous martèlent les médias.

Tu as présenté ton livre « Mañana será historia, diario urgente de Venezuela » dans plusieurs pays, parle-nous de sa réception et des débats qu’il a suscités ?

Mañana será historia, diario urgente de Venezuela” a été publié récemment en Argentine, au Chili et en Colombie. Depuis le mois d’octobre je l’ai présenté en Argentine, en Bolivie et au Chili. Je poursuivrai cette tournée en janvier 2019 en Colombie. De la quarantaine et quelques conférences, événements auxquels j’ai participé autour du livre mais aussi et surtout autour de la réalité du Venezuela, je tire un même un diagnostic. Il existe un processus d’encerclement du Venezuela, un encerclement diplomatique, médiatique, politique, économique. Il existe aussi un besoin de défendre le processus révolutionnaire de la part de nombreux secteurs, compagnes et compagnons, dans les divers pays que j’ai traversés, mais on constate aussi un manque d’information pour briser ce blocus, ce processus quotidien par lequel les grands groupes médiatiques, les gouvernements de droite et les instances internationales comme l’OEA attaquent, accusent et cherchent à délégitimer de manière programmée ce qui se passe au Venezuela.

En termes généraux, disons que le Venezuela s’est transformé en zone de silence de laquelle il est très difficile de parler au-dehors. Il y a parfois des peurs, un manque d’information, en général on trouve des secteurs disposés à défendre mais qui ont besoin de matériel pour pouvoir livrer ce débat. Ce livre a permis d’ouvrir une porte pour débattre de quelques points essentiels de l’actualité vénézuélienne liés à la période de son écriture – plus de deux ans -, mais aussi à des époques antérieures et à celle qui peut suivre. En général, je dirai qu’il y a une bonne réception et une nécessité, surtout, de produire des matériels, dans n’importe quel format, pour pouvoir renverser la vapeur et ouvrir le débat du processus vénézuélien. Un débat qui va de la compréhension de comment sont construits l’encerclement et le siège du Venezuela à comment se joue le processus interne, quel est le débat sur les communes, les milices citoyennes, la production, l’industrie pétrolière, les cryptomonnaies, bref, sur toutes sortes de thèmes qui ont surgi des questions du public au fil des présentations.

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Comment l’argentin que tu es et qui vis au Venezuela, qui écrit et analyse constamment sur les agressions de l’impérialisme, a-t-il été amené à connaître le processus bolivarien ?

J’ai découvert l’expérience vénézuélienne à travers Chávez en 2005 quand il s’est rendu à Mar del Plata, puis en 2011 en rencontrant quelques mouvements populaires sur place, et enfin en 2013 lorsque j’ai décidé de venir m’installer définitivement ici. Il y a six ans que je vis et milite au sein du processus de la Révolution Bolivarienne. Dans mon cas comme dans celui de nombreux autres compagnons, je crois que le processus vénézuélien a agi comme un espace d’invitation. Une invitation à contribuer et à défendre un espace qui a proposé quelques unes des hypothèses les plus avancées du vingt-et-unième siècle pour penser des transformations radicales dans une société latino-américaine. Comme moi, de nombreuses compagnes et compagnons ont débarqué ici. Aujourd’hui ce mouvement d’attraction de la révolution s’est affaibli vu les difficultés économiques mais aussi à cause des incompréhensions qui existent, souvent, sur ce qui se passe. D’où l’importance de générer et revitaliser toutes sortes de cercles de solidarité autour du processus. On peut partir de la reconnaissance démocratique, du fait de reconnaître Nicolás Maduro comme président légitimement élu du Venezuela  – fait qui ne sera pas reconnu par plusieurs gouvernements du continent et certainement pas non plus par les États-Unis – jusqu’à la compréhension et au débat sur ce processus de transformation et le modèle de société, d’économie et de culture qu’il propose aujourd’hui et qui affronte les immenses difficultés d’une attaque nationale et internationale, ainsi que sur ses propres limitations et contradictions dans le camp du chavisme, un espace plus large que celui du gouvernement, et qui se bat, justement, pour trouver des solutions. C’est pour cela que je suis et je reste un internationaliste latino-américain vivant au Venezuela, qui défend une perspective historique, qui défend un processus et qui se propose aussi de pouvoir observer ses contradictions, ses débats pour les raconter tant à l’intérieur qu’au-dehors.

Récemment, dans une conférence de presse internationale, le président Maduro disait qu’aux Etats-Unis en 2018 sont sorties plus de quatre mille news négatives sur le Venezuela, sans compter ce qu’a produit le reste des grands groupes médiatiques internationaux. Comment faire face et répondre à ces campagnes médiatiques, depuis le champ du journalisme ?

Ces campagnes contre le Venezuela en termes médiatiques ne sont pas le fruit de l’improvisation mais de l’articulation entre les principaux médias des pays d’Amérique Latine et d’Europe, alimentés par les grandes agences de presse qui génèrent de manière permanente la matière première pour alimenter ces matrices d’opinion. Ajoutons la volonté claire de démoniser le processus mené par Nicolás Maduro et en général par le chavisme, pour exporter un sens commun selon lequel la situation est si critique qu’elle exige une intervention internationale.

Contre cela existent plusieurs niveaux d’action. Le premier tient dans ce que je proposais, simplement: la légalité et la légitimité du processus électoral récent, qui va de la défense du Venezuela en tant qu’espace politico-démocratique où ont eu lieu récemment plusieurs élections, plus de quatre, remportées par le camp chaviste en présence d’observateurs internationaux. Il faut souligner l’incohérence de la droite qui reconnaît les résultats quand elle gagne mais ne les reconnaît pas quand elle perd.

Le deuxième niveau d’action consiste à montrer qu’au Venezuela est proposé un approfondissement de la démocratie, basé sur la démocratie participative et citoyenne; il existe ici en fait un processus et un débat sur la démocratie plus riches que ce qui existe dans les pays d’Europe ou d’Amérique Latine.

Enfin on peut évoquer les expériences d’organisation et montrer comment il existe une partie de la société, du chavisme, qui s’organise pour faire face aux problèmes de distribution, pour produire, pour défendre leurs territoires face aux attaques; le chavisme comme expérience est beaucoup plus large et dépasse les limites du gouvernement ou du parti lui-même.

Bref, selon les espaces où nous nous trouvons, il est nécessaire de proposer l’un ou l’autre de ces niveaux et ainsi, effectivement, de démasquer la construction autour de ce qui se passe au Venezuela, comment cela est construit ou est en train de se construire, c’est-à-dire réussir à sortir de la langue, des mots que les grands médias imposent pour parler du Venezuela. Il faut parler de ce qui nous intéresse en usant d’un vocabulaire qui nous intéresse, sortir de ce confinement dans lequel on tient tout le monde au sujet du Venezuela, pour au contraire parler de ce thème dans la langue politique qui nous intéresse.

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Il y a quelques jours nous avons interviewé Thierry Deronne qui remarquait qu’au sortir d’une récente tournée en Europe tu concluais que “nous sommes pratiquement seuls” dans cette bataille. Qu’as-tu perçu dans ce voyage et comment faire parvenir aux citoyens européens un message différent sur ce qui se passe au Venezuela?

Je crois qu’une des manières de rompre avec la solitude consiste à expliquer le Venezuela non pas à travers ses porte-parole, discours ou narrations officielles ou du gouvernement. Je crois qu’une des manières, justement, d’ouvrir le débat et de sortir de ce confinement part d’évoquer ce qui se passe au Venezuela à partir d’autres voix, par exemple celles du mouvement féministe, des communard(e)s, de gens organisés dans les barrios pour la distribution des aliments, des voix de travailleur(se)s de la culture et de l’art, de journalistes.

Il s’agit d’élargir la quantité et la manière de raconter ce qui se passe ici, justement pour élaborer une stratégie, une architecture différente de celle que martèlent les grands médias parce qu’en fin de compte il s’agit d’une campagne pour isoler le Venezuela. Je crois que cette ouverture est nécessaire, il convient de ne pas en rester à la figure de Nicolás Maduro comme la seule manière de défendre le processus bolivarien hors des frontières, surtout dans des sociétés comme les européennes où le thème du leadership est un thème qui n’est pas aussi simple d’aborder qu’en Argentine ou au Venezuela.

46622695_10155909379765936_4189519238928531456_oLa meilleure manière de motiver de nouveaux secteurs est de les convaincre de la nécessité d’appuyer le Venezuela à partir de débats sur ce qui rend amoureux du processus: son expérience de construction autour du pouvoir territorial, du pouvoir communal organisé. S’ouvrir au Vénézuéla depuis ces espaces, avec une narration qui n’escamote pas les difficultés, qui reconnaît les problèmes qui sont d’ailleurs présents dans les débats quotidiens du chavisme. Je crois que cette manière de faire peut contribuer à rapprocher les gens qui se sont éloignés: expliquer comment sont les problèmes, comment on en débat sur place et sortir d’un espace de débat limité à la figure de Nicolás Maduro ou de quelque dirigeant de poids.

Concevoir ce débat depuis ce qui se passe dans les soubassements de la Révolution Bolivarienne, un sous-sol fait de tout ce qui a émergé dans tout ce temps. Parler des gens ordinaires, des gens pauvres qui construisent le processus de transformation et du Venezuela comme puissance qui se bat pour ne pas être écrasé ni par l’escalade nationale et internationale, ni à l’intérieur de la révolution par des secteurs dont le projet nie cette vision transformatrice.

Source: https://twitter.com/redeuropave/status/1078603016763310080

Traduction: Thierry Deronne

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Entretien avec Alessandra Moonens, médecin et militante féministe

« Il est aussi nécessaire de défendre la construction du modèle du peuple vénézuélien que de lutter contre le réchauffement climatique »

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Elle a également travaillé avec des mouvements de base tels que le Courant Révolutionnaire Bolivar y Zamora (CRBZ), le Front National Paysan Ezequiel Zamora (FNCEZ), le Mouvement des Habitants (mouvement anti-spéculation immobilière et pour le droit au logement) et l’Alianza Sexo-Género Diversa Revolucionaria (ASGDRe) – l’Alliance Révolutionnaire des Différences de Sexe et de Genre. En tant que professionnelle de la médecine, elle a travaillé dans plusieurs centres de santé ruraux et dans l’un des centres de soins intégraux pour femmes. Aujourd’hui, elle nous parle de son expérience au Venezuela et de la façon dont le processus bolivarien est perçu en Europe.

Par rapport à ton expérience de vie au Venezuela, avec les mouvements de base féministes, les mouvements paysans et en tant que médecin en milieu rural, que retiendrais-tu du processus bolivarien ?

Eh bien, soulignons d’abord qu’il s’agit d’un processus, c’est-à-dire d’un ensemble d’initiatives, de nouvelles structures, de façons d’organiser, d’expériences qui vont toutes de pair. Nous essayons de révolutionner tous les espaces et tous doivent avancer en même temps, car tous sont imbriqués, nous ne pouvons révolutionner la santé sans toucher à l’éducation, au transport, etc. Mais si je devais insister sur un de ces aspects… je pense que j’insisterais sur la territorialisation de l’éducation, c’est-à-dire sur l’arrivée de missions éducatives dans tous les coins du pays. C’est ce qui a permis au Venezuela d’être déclaré Territoire Libre d’Analphabétisme par l’Unesco en quelques années, et avec cela, des espaces de formation ont été développés au niveau universitaire dans des villes où la majorité des gens ne pouvaient même pas rêver d’aller à l’université, des carrières ont été ouvertes comme ingénieur agroalimentaire, médecine, droit, génie dans la construction civile, entre autres. Il convient de noter que le taux de scolarisation universitaire au Venezuela est le cinquième plus élevé au monde et le deuxième en Amérique latine.

Maintenant, en tant que médecin, je ne peux m’empêcher de citer les Missions de Santé telles que « Barrio Adentro », qui ont permis aux médecins, aux infirmières, aux dentistes et aux programmes de prévention d’atteindre directement le village, où qu’il soit, au lieu que les malades aient à se rendre en ville pour trouver des médecins – ce qui était une forme de mépris par ailleurs, comme une claire démonstration de différence de classe – qui les traitent directement dans leurs communautés ou quartiers. Néanmoins, je dois également dire que les femmes sont un peu oubliées dans ces Missions lorsqu’il s’agit de développer la planification familiale, la grossesse et l’accouchement car la pierre angulaire de l’émancipation des femmes est le droit de décider de leur corps et non de mourir dans tout ce qui a trait à la grossesse, l’accouchement ou l’avortement… et on ne s’en est pas préoccupé dans ces Missions.

C’est une dette historique que le processus révolutionnaire garde envers les femmes et que, de nos jours, le mouvement féministe au sein du processus bolivarien exige avec plus de force chaque jour. Mais nous, les femmes, nous ne nous attendons jamais à ce qu’on nous donne le droit de nous organiser et au Venezuela, les femmes ont commencé à s’organiser pour défendre leurs droits, avec une clarté politique révolutionnaire qui m’a fait comprendre que, même si je me sens féministe, je me sens avant tout appartenir à ce féminisme socialiste, révolutionnaire et Bolivarien. En d’autres termes, sortir du rôle que la société patriarcale leur impose pour révolutionner leur propre vie, tout en construisant la Révolution bolivarienne dont elles sont l’axe fondateur puisqu’elles représentent la majorité des bases de la force bolivarienne. Les femmes ont utilisé les politiques sociales pour transformer leur réalité et celle du processus sans que cela ait été pensé à cette fin. Il est indispensable de parler de l’espace le plus révolutionnaire qui s’est développé durant toutes ces années de processus : les communes et les villes communales, urbaines et rurales. Ce sont les laboratoires de la société du futur. Les expériences qui s’y construisent sont essentielles pour ceux d’entre nous qui cherchons à nous organiser dans une société post-capitaliste, juste, profondément et véritablement démocratique, participative, protagoniste et bien sûr, anti-patriarcale.

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À présent que tu es en Belgique, comment perçois-tu la réalité de ce qui se passe au Venezuela ?

Cela dépend évidemment des sources d’information. Ayant vécu au Venezuela pendant tant d’années, je continue d’entretenir des liens étroits avec mes camarades et je peux recevoir des informations directes de personnes de confiance, en plus des médias alternatifs que je lis. Maintenant, en écoutant dans les médias hégémoniques les nouvelles quotidiennes sur le Venezuela, je suis abasourdie et je me demande ce qui se passe vraiment dans le reste du monde où je n’ai pas d’amis qui me donnent des informations directes. La plupart du temps, les médias reprennent exactement ce qu’on peut lire au Venezuela dans les médias clairement identifiés comme étant de droite et profondément anti-chavistes. Ce sont des mensonges, déformations et exagérations, au lieu d’une analyse politique des causes de la situation actuelle. Les choses positives et constructives qui se sont également développées depuis plus de 20 ans dans le pays ne sont jamais mentionnées. Aussi, je me rends compte que, malheureusement, beaucoup de gens qui se disent de gauche et qui sur d’autres questions multiplient leurs sources et ont des positions que je partage, se laissent sans hésitation emporter par le discours dominant sur le Venezuela. J’ai du mal à comprendre pourquoi, quand un peuple passe de la résistance à la construction réelle du socialisme, ceux qui ne participent pas à cette expérience semblent frustrés et préfèrent critiquer depuis une perspective théorique, au lieu de soutenir un peuple qui met en jeu toute sa vie, sa force et son courage pour construire son avenir et le futur de la société que nous voulons.

Que penses-tu des sanctions de l’Union européenne ou, par exemple, du blocage de l’argent vénézuélien par l’un des systèmes de transactions financières mondiaux comme Euroclear, situé à Bruxelles, qui affecte le peuple vénézuélien ?

Venant des États-Unis et de l’Europe il n’y avait rien de mieux à attendre. Dans l’histoire du monde ceux qui ont le pouvoir ont toujours essayé d’annuler, d’annihiler et d’éradiquer les expériences de socialismes qui sont nées. En fait, ils l’ont toujours fait avec beaucoup plus de détermination qu’avec l’extrême-droite qu’ils préfèrent, bien qu’ils la « condamnent ». Pour le capitalisme, rien n’est plus dangereux qu’un peuple en révolution.

Il est terriblement cynique que les sanctions « assumées » ces dernières années et que les conséquences directes de ces sanctions soient utilisées pour accuser l’État vénézuélien. Il y a quelques années au Venezuela, quand les marchandises n’entraient plus comme elles l’auraient dû, cela n’était pas considéré comme une sanction.

Malgré le fait que ceux qui se plaignent de la situation économique actuelle sont les gens de la classe moyenne et supérieure de l’opposition, ceux qui souffrent, qui ont faim, qui meurent et qui perdent leurs filles et leurs fils par manque de médicaments… ce sont les pauvres, comme toujours. Ce sont les mêmes qui gardent la tête haute et traversent les rivières et les dangers pour voter en faveur de la Constituante, en faveur du processus parce qu’ils savent que c’est la voie à suivre. Une fois de plus, je déplore que les « gauches » ne dénoncent pas ce blocus avec plus d’unité et de force, qu’elles ne défendent pas les populations victimes de cette guerre non conventionnelle même s’il n’y a pas de consensus sur la politique intérieure du Venezuela. Sans oublier que, comme dans le monde entier, lorsqu’un peuple est attaqué, les premières victimes sont les femmes, elles sont la cible privilégiée de ces attaques. Au Venezuela, il n’y a plus d’accès aux contraceptifs depuis plus de 5 ans – bien avant la mise en place des sanctions illégales. Il est notoire que pour appauvrir un peuple, le moyen le plus efficace et le plus rapide est de mettre les femmes enceintes le plus tôt et le plus souvent possible.

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Dans le cadre de VeneSol et du Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne, pourquoi soutenir la défense du processus bolivarien et comment pouvez-vous aider l’Europe ?

Je pense avoir développé dans les questions précédentes les raisons de défendre le processus bolivarien, mais en résumé, je pourrais dire qu’il est aussi nécessaire de défendre le modèle de société construit par le peuple vénézuélien que de lutter contre le réchauffement climatique. L’avenir de la planète et de l’humanité sont en jeu. Et je parle de toute l’humanité, non seulement de l’espèce humaine mais de tous les individus qui la composent et qui ont besoin de vivre en paix, dans le respect de nos diversités.
Pour aider, il est nécessaire de dénoncer le blocus, ce qui permettra de dégager un consensus dans la dénonciation, même s’il n’y a pas de consensus sur le projet d’une société qui défend le Venezuela ; de faire du lobbying politique dans le plus grand nombre d’espaces possibles, de briser le cercle des médias et l’isolement que le Venezuela a subi ces dernières années ; développer des projets de solidarité avec les populations, dans les domaines de l’agronomie, de la santé et de l’éducation, par exemple, mais en mettant l’accent sur l’autonomie et l’autodétermination des populations.

Mais, surtout, je crois que le plus important est de diffuser des informations alternatives et correctes sur ce qui se passe réellement au Venezuela, au lieu de répéter ce que disent les médias dominants. C’est pour cela que nous avons développé le site http://www.venesol.org, qui permet aux francophones de découvrir une autre façon de voir ce pays. Personne ne défend ce qu’il ne connaît pas, et pour défendre le peuple du Venezuela nous devons savoir pourquoi nous le faisons, nous devons savoir comment démonter les mensonges, mais aussi découvrir ce qui se construit et ce dont personne n’a jamais entendu parler, comme les communes, les expériences de solidarité entre les peuples, la destruction quotidienne du capitalisme, du colonialisme et du patriarcat pour construire un socialisme féministe et divers. Et peut-être… s’inspirer de ce qui s’y passe pour construire un monde meilleur, ici. Si nous voulons mettre fin au capitalisme, nous devons être convaincu.e.s qu’un autre monde est possible et que c’est la voie à suivre.

MinMujer - Noticias - 2014-11-26 04-36-28 - Múltiples anuncios realizados durante la instalación del Consejo Presidencial de Gobierno de las Mujeres  

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Traduction : VeneSol, http://venesol.org/2018/12/26/il-est-aussi-necessaire-de-defendre-la-construction-du-modele-du-peuple-venezuelien-que-de-lutter-contre-le-rechauffement-climatique/

Chavez a lancé l’appel féministe pour faire tomber les barrières des discriminations

Entretien avec Maria Gabriela Blanco

Le Réseau de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne (@redeuropave) rencontre María Gabriela Blanco, membre de l’Alianza Sexo Género Diversa Revolucionaria (ASGDRe) et militante active en Belgique au sein de Venesol et INTAL Amérique latine, membres du réseau.

Née à Higuerote, dans l’État de Miranda, Gaby Blanco (photo) a étudié l’Économie sociale à l’Université Nationale Polytechnique Expérimentale des Forces Armées et a été chroniqueuse pour l’hebdomadaire culturel Todos Adentro dans la rubrique Diversité populaire. Elle collabore depuis 2012 au magazine Épale CCS dans la rubrique Soberanía Sexuales et vit actuellement à Bruxelles. Elle nous explique comment ce collectif comprend le processus bolivarien au Venezuela et pourquoi il convient de le défendre.

Différents collectifs, mouvements, organisations sociales, partis politiques et vous, Alianza Sexo Género Diversa Revolucionaria (ASGDRe) font partie du Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne. Qu’est-ce qui vous a unis pour faire partie de ce projet pour la défense de la souveraineté et de l’autodétermination du peuple Vénézuelien ?

Je dois d’abord décrire l’organisation qui m’a appris ce que signifie être chaviste, surtout à une époque où le fait de prendre des positions qui dérangent en haut lieu entraîne régulièrement des attaques discriminatoires. L’Alliance Sexo Género Diversa Revolucionaria, ASGDRe, créée en 2009, est un collectif composé de personnes de sexualités et d’expressions de genre diverses, dissidentes de l’hétéronorme (femmes et hommes lesbiennes, trans, homosexuelles, hétérosexuelles et fluides), que nous organisons pour créer, renforcer et consolider la lutte pour nos droits en tant que population discriminée et exclue.

À partir de là, nous nous proposons d’assumer un rôle historique, participatif et moteur dans les luttes des peuples opprimés, c’est pourquoi nous rappelons toujours que nous sommes le fruit de la Révolution bolivarienne. Le travail que nous réalisons nous le faisons à partir de nos relations quotidiennes intimes et sociales, à partir de nos communautés, de notre condition de classe, de nos moyens alternatifs d’éducation et de formation et des espaces d’organisation populaire. En tant qu’Alliance, nous affirmons le besoin fondamental de formation interne ainsi qu’avec les autres communautés afin de mettre en commun et d’approfondir nos connaissances, ainsi que pour nous reconnaître mutuellement comme sujets et sujets politiques de transformation et d’émancipation dans les processus de changement social.

Rencontre nationale des mouvements de la sexo-diversité à Caracas

Il ne faut cependant pas tout mélanger, notre lutte et nos réflexions n’exigent pas le respect ‘diplomatique’ de notre existence, encore moins d’être inclu.e.s dans les logiques de consommation du système capitaliste et patriarcal, nous voulons changer ce système. Nous défendons le fait que le sexe et la diversité des genres font partie d’une lutte de classe et c’est précisément pour cette raison que nous ne sommes pas d’accord avec des objectifs qui sont clairement vindicatifs et fragmentés, mais que nous reconnaissons et nous nous articulons avec de multiples luttes, parmi lesquelles celles des afrodescendants, travailleurs, féministes, paysans, écologistes, indigènes, travailleurs culturels et tous ceux qui sont convaincus de construire un système plus fraternel et humaniste dans la perspective de Notre Amérique. Cela nous amène à faire partie du RÉSEAU EUROPÉEN de Solidarité avec la Révolution bolivarienne qui s’est fondé avec des objectifs très divers, mais communs, ce qui me rappelle beaucoup les débuts de l’ALBA des Mouvements sociaux en 2009.

En Europe, des personnes venues du Venezuela ont demandé le statut de réfugié ou le statut de demandeur d’asile en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre ; au Venezuela, des personnes sont-elles persécutées à cause de cette situation ?

Dans les articles 19, 20, 21, 22 et 23, relatifs aux Devoirs, Droits Humains et Garanties, la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela oblige l’État à garantir, « sans aucune discrimination, la jouissance et l’exercice inaliénables, indivisibles et interdépendants des droits humains » ; stipule également que « toute personne a droit au libre développement de sa personnalité » et donc que « tous sont égaux devant la loi », interdisant la discrimination fondée sur la race, le sexe, la croyance, la condition sociale ou celles qui, en général, ont pour but ou pour résultat de détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, dans des conditions d’égalité, des droits et libertés individuels.

Ainsi, tout un appareil législatif découle de la Constitution pour protéger en la dotant de droits fondamentaux notre communauté de genre dissident. C’est pourquoi, en l’honneur de la vérité et contre la malhonnêteté, aucun(e) compatriote qui aurait le plein usage de ses facultés ne peut affirmer et demander l’asile au prétexte d’une persécution puisque dans notre pays la diversité sexuelle et de genres n’est pas criminalisée, au contraire, elle est légalement garantie. Aucun fonctionnaire de la Puissance publique nationale n’a le pouvoir de soumettre ou de réprimer une personne trans, lesbienne, homosexuelle, bisexuelle, queer, pansexuelle ou tout autre forme existante en dehors de l’hétéronormatif (Loi du Statut de la fonction de police en matière d’administration du personnel et développement de la carrière dans la police, articles 70 et 143).

De plus, par respect pour les sœurs LGBTQIA qui viennent en Europe en provenance de pays comme le Soudan, l’Iran, l’Arabie saoudite, la Mauritanie ou le Yémen où l’homosexualité est punie de la peine de mort, il est honteux pour moi de savoir que certains Vénézuéliens ont fait cette requête. Au Venezuela, nous avons également des représentants politiques, qu’il s’agisse de chavistes ou d’opposants qui ont gagné les élections et qui exercent actuellement leur mandat, qui assument ouvertement leur différence de sexe ou de genre.

Il est regrettable que les collègues de l’Association Civile Vénézuélienne Igualitaria, créée en 2012 dans le but d’unir leurs forces avec d’autres collectifs et mouvements sociaux pour développer des stratégies d’information, de formation et de sensibilisation des citoyens en matière de droit à la non-discrimination sur la base de l’orientation sexuelle, l’identité de genre et l’expression du genre, qui soutiennent le Mariage civil égalitaire comme un de leurs drapeaux de lutte, aient reçu des demandes de Vénézuéliens à l’étranger, pas seulement en Europe, pour obtenir un document, presque comme une faveur personnelle, pour soutenir la thèse de personnes qui disent être persécutées du fait de leur orientation ou identité sexuelle et veulent ainsi obtenir le statut de réfugié. Ces demandes ont été rejetées catégoriquement par cet organisme.

Il faut dénoncer le fait que les pays qui se prêtent à la désinformation et à l’isolement du Venezuela dans le concert international, jouent au jeu statistique de ceux qui fabriquent les « crises humanitaires et migratoires » dans le monde, telles que l’USAID, NED, Open Society Foundation, parmi d’autres opérateurs politiques qui attaquent le Venezuela, en augmentant le nombre de personnes déclarées en asile politique pour renforcer le scénario de la ¨dictature¨. Mais il faut dire aussi que le Venezuela, comme le reste de notre Amérique et les pays d’Europe plus ou moins égaux en droits, souffre de la maladie du machisme, héritage de l’ « ancien » monde colonisateur. C’est une dette historique due à notre communauté, victime de l’hétéropatriarcat. C’est là que l’héritage du commandant Chávez reste pertinent, puisque c’est lui qui a lancé l’appel féministe pour faire tomber les barrières de la discrimination et nous intégrer dans les politiques de l’État.

Comment s’y prendre à partir du Réseau européen ou de collectifs comme ASGDRe pour contrer la manipulation des médias et la désinformation sur ce qui se passe au Venezuela ? Comment briser ce siège médiatique, quelles alternatives avons-nous ?

Il faut raviver la rébellion et la créativité des médias populaires et alternatifs qui ont tant contribué à la prise de conscience, à l’organisation et à la mobilisation du pouvoir populaire au Venezuela. La résistance, la guérilla et la contre-offensive communicationnelle ont caractérisé les mouvements sociaux et les conseils communaux à une époque où, au Venezuela, nous ne pouvions même pas imaginer être inclus dans les grilles de programmes de la télévision traditionnelle, en raison du caractère hégémonique de ses contenus. Reprendre les stratégies de base de la communication (pochoir, peinture murale, sérigraphie, formation, construction de contenu, agitation), les relier aux outils sociaux actuels et surtout comprendre le territoire et ses habitants comme l’espace symbolique où va s’établir l’artillerie de la pensée. Que faire avec tout cela ? Au Venezuela, même si le courant dominant l’invisibilise, des changements profonds se produisent, les gens se regroupent, réfléchissent, conçoivent leur avenir avec ou sans le blocus.

Nous devons enregistrer et diffuser ce réel pour qu’il devienne viral, tant sur le territoire communal où le processus révolutionnaire se déroule que dans les territoires adjacents (pour les motiver) et ceux qui vivent des expériences similaires (pour les inciter). Pour donner un exemple concret, La Minka, une entreprise de propriété sociale, réalise un travail collectif en faveur de la communauté d’Altagracia et de La Pastora à Caracas. En ce moment le thème de leurs luttes se résume dans le slogan : « Espace vide, espace récupéré », qui leur permet de développer une stratégie pour promouvoir l’agriculture urbaine. En plus de fonctionner en tant que Maison Culturelle, La Minka est aussi une boulangerie, une production de textiles, organise des ateliers de danse, de poésie, de théâtre, de graffitis, et participe aux débats dans les Assemblées Populaires. Elle réalise aussi un travail de guérilla de communication en enregistrant l’événement politique depuis la base, en direct avec ceux qui le vivent. Cette expression d’autogestion communale est certainement une de celles que le Réseau peut promouvoir et accompagner pour équiper notre artillerie de défense de la Révolution Bolivarienne…

Comment renforcer la solidarité internationale avec le Venezuela et défendre le processus révolutionnaire depuis l’Europe ou la Belgique ?

En termes vénézuéliens, le Réseau doit serrer les coudes avec notre peuple qui fait l’impossible pour résister aux agressions de cette guerre non conventionnelle. La communication, comme je l’ai expliqué précédemment, est stratégique, elle doit être une priorité, puisque l’ennemi parie sur l’occultation et la désinformation par rapport aux transformations politiques qui se mettent en place.

C’est pour cela que le flux d’information doit être constant, véridique et immédiat, afin de ne pas donner au lobbying des médias qui désinforment une chance de se positionner aussi facilement. Ce type de diffusion, je l’imagine à partir de l’essence même de la guérilla communicationnelle, avec une utilisation maîtrisée des ressources, un message clair et une compréhension de ce que nous voulons transmettre. Et ce que nous voulons transmettre sera en accord avec les camarades qui sont sur le territoire. Rien ne peut se faire sans l’avis du peuple vénézuélien. Je crois que le RÉSEAU devrait avoir un bureau au Venezuela chargé de s’articuler avec les mouvements sociaux, les communes et les plates-formes citoyennes pour planifier des campagnes et des stratégies de solidarité. En 2019, par exemple, en Amérique latine, l’Assemblée internationale des peuples aura lieu au Venezuela et les réunions préparatoires ont déjà commencé et je crois que le Réseau doit exprimer son soutien et son intérêt à participer à cet espace… Nous devons également faire un travail de persuasion avec les camarades des différentes gauches européennes pour accompagner cette construction sans précédent que nous appelons le Socialisme du 21e siècle, qui n’a pas de modèle, qui s’appuie sur l’approfondissement des communes, sur l’articulation constante avec les mouvements nationaux, citoyens et les plates-formes continentales d’intégration comme l’ALBA, la CELAC, Unasur, ASA, au lieu de jouer le jeu d’une droite internationale qui table sur l’isolement d’un pays qui, comme Cuba, a été pour beaucoup de frères l’espoir d’un autre monde possible.

Traduction: VeneSol, https://venesol.org/2018/12/27/asgdre/#more-3077