Les 3 600 mensonges contre le gouvernement du Venezuela

Tous ont fait la une des journaux et des nouvelles entre janvier et fin avril de cette année.


Le mensonge, la supercherie, le piège et la simulation ont toujours été une ressource de guerre dans l’histoire de la lutte politique et sociale, celle des classes et celle des États. Ce qui est étonnant, c’est le degré de systématisation atteint au cours des dernières années ou décennies, en particulier depuis la Seconde Guerre mondiale.


 Social Media Manager, une société dédiée au Inbound Marketing, a mené une enquête dans des dizaines de médias à travers le monde sur des titres faisant référence au «Venezuela», «Chavismo» ou «Nicolas Maduro». L’étude a été réalisée entre avril et mai. Le résultat a surpris les chercheurs. Ils sont arrivés à un total de 3 600 fausses nouvelles vérifiées, contrastant dans chaque cas avec les événements survenus. Cette quantité acquiert de la pertinence lorsque nous la localisons dans le temps. Tous ont fait la une des journaux et des nouvelles entre janvier et fin avril 2019. Par rapport à trois cas similaires, par exemple l’Iran, Cuba ou le Nicaragua, le nombre total de mensonges journalistiques sur le Venezuela les dépasse considérablement.


Rappelons que le coup d’État de 2002 contre Hugo Chavez était basé sur une fausse nouvelle : le président avait démissionné de la présidence. Malheureusement, la source était l’un des généraux les plus dignes de confiance de Chavez, fatigué d’une tension nerveuse insupportable à 3 heures du matin qu’il ne savait pas contrôler.


Le président n’avait pas démissionné, mais le dire à la télévision et à la radio avait deux objectifs : paralyser et repousser le mouvement Chavez et légitimer les généraux et les civils putschistes dans «l’opinion publique». Dans la biographie Qui a inventé Chavez?  Nous avons documenté ce fait curieux qui a été illustré de manière cinématographique dans le film Puente Llaguno. Rayon X d’un massacre.


Ce type de stratagème a été utilisé par les généraux de l’Empire romain il y a plus de trois mille ans contre les peuples et armées ibériques, gaulois et germaniques, selon Perry Anderson. Les presses d’imprimerie que Napoléon Bonaparte avait chargées d’artillerie lorsqu’elle envahit l’Europe et attaquèrent Haïti étaient aussi utiles pour dissuader de croire aux villes ennemies que les canons pour détruire des corps et des bâtiments.


La guerre du Vietnam (1945-1975) a enregistré le degré le plus élevé de systématisation du mensonge en tant que ressource de guerre, comme le montre le documentaire The War Vietnam, des réalisateurs américains Ken Burns et Lynn Novick, diffusé par Netflix. L’ancien président Richard Nixon et son chancelier Henry Kissinger sont restés deux symboles de la tromperie, de la cruauté et de la guerre dans l’histoire tragique du XXe siècle.


En 2014, lors des «guarimbas» (foyers de violence urbaine) au Venezuela, plus de 40 fausses images photographiques des événements ont été reconnues. Chaque image avait pour but de montrer le gouvernement de Maduro comme tyrannique et meurtrier. Ils ont fait la même chose avec la Libye, l’Irak (rappelez-vous les «armes de destruction massive») et en Syrie (l’État islamique).

Source www.perfil.com
Modesto Emilio Guerrero

Ex Deputé. Journaliste vénézuélien domicilié en Argentine. Auteur du livre Qui a inventé Chávez?

Campagne mondiale : #Trump, Débloque le Venezuela !

Appropriation illégale des ressources monétaires du Venezuela par le gouvernement des États Unis

• Les agences de notation financière sont des institutions qui travaillent au service de la politique extérieure des États-Unis d’Amérique. Le Venezuela a perdu plus de 1,4 milliard de dollars en raison de la manipulation des informations publiées par ces sociétés.

 • Le blocus que les États-Unis ont imposé au Venezuela depuis 2014 avec la première loi de «sanctions» signée par Obama et ratifiée par Donald Trump, représente pour le pays plus de 300 millions de dollars de pertes dans le secteur alimentaire seulement.

• Les banques et institutions internationales pillent l’argent vénézuélien déposé à l’étranger. Plus de 5 milliards de dollars ont été volés au Venezuela par ces organisations criminelles.

• Les institutions financières internationales ont exclu le Venezuela de leurs systèmes par crainte des «sanctions» américaines. Ils ont unilatéralement annulé des contrats de correspondance bancaire avec notre pays, aggravant ainsi les souffrances du peuple vénézuélien.

• Quotidiennement, les banques aux États-Unis et en Europe limitent et interrompent les processus financiers liés au Venezuela. Ils refusent la possibilité que nous fassions des transactions librement. Ils essaient de nous isoler afin d’asphyxier tout le peuple.

• En imposant les soi-disant sanctions contre la Banque Centrale du Venezuela, les États-Unis cherchent à empêcher le gouvernement national d’importer des denrées alimentaires de base et des médicaments essentiels pour le traitement des patients qui sont dans un état délicat. Des criminels.

• Les «sanctions» signées par l’Administration Trump le 24 août 2017 interdisent au système financier mondial de participer à tout achat, vente, négociation ou renégociation de la dette souveraine du Venezuela.

• ​La Banque d’Angleterre garde sous séquestre les économies du peuple vénézuélien en or d’une valeur de 1,359 milliard de dollars. Ils refusent de restituer l’argent à la demande des États-Unis et de ses institutions. Ce qu’ils font, c’est un pillage de pirates.

• La banque étasunienne Citibank s’est unilatéralement approprié au moins 196 millions d’euros appartenant à l’État vénézuélien, sans raison logique. C’est un vol flagrant du patrimoine vénézuélien.

• Les banques européennes bloquent les comptes et pillent les ressources du Venezuela comme à l’époque de la piraterie. À elle seule, la Banque de Londres retient 453 millions d’euros en otage, qui étaient destinés à l’achat de nourriture et de médicaments.

• Le Venezuela est victime d’un vol qualifié flagrant dirigé depuis les États-Unis et l’Europe. Ils pillent les ressources de la nation pour les briser de l’intérieur. La North Capital Bank à elle seule nous a volé 238 millions d’euros.

• Les banques portugaises ont également participé au pillage des richesses vénézuéliennes. Ils suivent la politique américaine. Rien que le Novo Banco séquestre 1’543 millions d’Euros.

Les mesures coercitives du gouvernement Trump ont empêché PDVSA de transferrer la somme de 4.851.252€ nécessaire aux soins médicaux de 26 patients (parmi eux des enfants) en Italie pour la greffe de moelle osseuse, trois fois le système financier a refusé la transaction.

• Toute opération liée à la dette de la compagnie pétrolière nationale PDVSA est affectée par les mesures coercitives et unilatérales signées contre l’économie vénézuélienne par les États-Unis.

• Depuis août 2017, Donald Trump a signé trois décrets punitifs contre l’économie vénézuélienne :

– Contre la cryptomonnaie Petro.
– Contre les comptes débiteurs.
– Et contre l’or vénézuélien.

• Avec la signature des décrets de sanction, le gouvernement étasunien a légalisé sa politique d’intervention directe dans la souveraineté et les affaires intérieures du Venezuela.

• Les «sanctions» ont permis au gouvernement des USA d’approfondir et de légitimer la persécution contre l’économie vénézuélienne, imposant -de fait- un blocus économique et financier contre notre pays.

• La politique des «sanctions», l’attaque contre les finances et le commerce des nations souveraines, vise à établir un siège économique en vue de provoquer un effondrement dans le «pays cible».

• Les gouvernements qui n’obéissent pas à Washington sont attaqués financièrement pour permettre aux secteurs alignés sur les intérêts des États-Unis de s’emparer du pouvoir politique.

• Le récit portant sur l’existence d’une «crise humanitaire» au Venezuela fait partie du scénario écrit depuis le nord, pour justifier une intervention directe ou indirecte du pays.

• Les mesures coercitives et unilatérales, appelées «sanctions», constituent dans la pratique un blocus à l’économie, aux finances et au commerce international du Venezuela.

•  Le blocus économique et financier entrave l’accès du Venezuela à la nourriture, aux médicaments, aux produits de base et au financement, ce qui a eu de graves répercussions sur les résultats économiques du pays depuis 2015, affectant durement le peuple vénézuélien.

• Le Venezuela ne peut négocier sa dette souveraine ni celle de PDVSA en raison du blocus imposé par les Etats-Unis depuis août 2017.

• Ces dernières années, des multinationales pharmaceutiques ont refusé d’expédier des médicaments achetés par le Venezuela sur ordre du gouvernement des États-Unis d’Amérique.

• Le refus de crédit et le blocus financier du Venezuela ont généré des pertes financières gigantesques pour la République.

• La » Loi publique de défense des droits humains et de la société civile au Venezuela » (Ley Pública de Defensa de los Derechos Humanos y la Sociedad Civil en Venezuela) est l’instrument juridique qui détermine la ligne d’action du gouvernement US concernant le blocus contre le Venezuela.

• Depuis 2015, un total de 2,5 milliards de dollars en dividendes a été distribué par Citgo Petroleum au Venezuela, un chiffre qui est actuellement compromis par le blocus financier.

Au cours des trois dernières années, le Gouvernement des États Unis a appliqué des sanctions punitives au Venezuela, parmi les plus importantes se trouve l’embargo de ses exportations de pétrole, soit 95% des revenus de la nation, la confiscation illégale de ses réserves d’or à la Banque d’Angleterre et l’interdiction de l’utilisation de comptes bancaires pour l’achat de médicaments.

• Le durcissement des sanctions américaines empêche la renégociation ou la restructuration de la dette souveraine du Venezuela et de la dette de PDVSA. Cette mesure vise à entraver le processus de renégociation avec les créanciers internationaux.

• En mars 2018, l’administration Trump a interdit la restructuration de la dette vénézuélienne par de nouvelles sanctions et empêché le rapatriement des dividendes de Citgo Petroleum, société publique du Venezuela.

• Lors du Sommet des Amériques de 2018, les États-Unis et la Colombie ont convenu d’accélérer les mécanismes visant à entraver les transactions financières du Venezuela et à entraver l’approvisionnement en produits de base du pays.

• La banque suisse Hyposwiss Private Bank a clôturé les comptes du fournisseur alimentaire Kabuco, bloquant le paiement de 15,9 millions d’euros destinés à payer un navire avec plus de 90 mille tonnes de gâteaux au soja destiné au Venezuela.

• En octobre 2018, la banque suisse Hyposwiss Private Bank a suspendu le paiement de 15,9 millions d’euros pour un navire qui transportait plus de 90’000 tonnes de gâteaux au soja destinés au Venezuela.

Venezuela : Ce n’est un coup d’État que si le gouvernement états-unien le dit, par Alan MacLeod (FAIR)

La rage médiatique qui a légitimé la répression contre les Gilets jaunes en France aide, par analogie, à mesurer l’étendue du mensonge sur le Venezuela. L’occultation de la base populaire du chavisme et la transformation en “société civile luttant pour la démocratie” d’une minorité nostalgique de l’apartheid, victorieuse à Brasilia et impatiente à Caracas, ont déjà fait l’objet de quelques centaines d’analyses sur ce blog (voir “médiamensonges/propagande/désinformation”). Les médias français étant, avec un retard de quelques heures ou minutes, l’ombre portée des médias privés du Venezuela et des États-Unis, on gagne du temps à étudier l’original.

Venezuelainfos

Les médias se rangent du côté de Trump plutôt que du bon sens en qualifiant le coup d’État de  » protestation « . Par Alan Mc Leod, de FAIR

Un militant de l’extrême droite putschiste (photo: Fernando Llano, AP).

L’Histoire semble se répéter au Venezuela, où l’opposition locale de droite a lancé une nouvelle tentative de chasser le Président Nicolas Maduro du pouvoir. Entouré d’une poignée de partisans inconditionnels, Juan Guaidó, président “autoproclamé”… par Washington, a appelé les militaires à se soulever pour renverser le président démocratiquement élu Nicolas Maduro, ce 30 avril 2019. Guaidó, un homme qui ne s’est jamais présenté aux élections présidentielles, avait tenté la même chose en janvier. La droite vénézuélienne a déjà tenté de renverser Maduro et son prédecesseur Hugo Chávez en de nombreuses occasions, notamment en 2017, 2014, 2013, 2002 et 2001.

Bien qu’elle porte les marques évidentes d’un coup d’État – défini comme « le renversement violent ou la modification d’un gouvernement existant par un petit groupe » – les médias états-uniens ont massivement soutenu cette tentative, comme ils l’ont fait dans le passé – (FAIR.org1/25/195/16/184/18/02). CNN (4/30/19) a dit aux Etats-Unis qu’il faut “soutenir le peuple” du Venezuela, avant de déclarer explicitement : “soutenir le peuple vénézuélien signifie espérer que Maduro va partir” – répétant ce phénomène étudié par FAIR (1/31/19) qui veut que pour les médias privés, “le peuple du Venezuela” est la minorité (raciste, blanche) qui est d’accord avec le gouvernement états-unien. CNN (4/30/19) a également utilisé les images des paramilitaires de Guaidó (identifiables par leurs brassards bleus) pour illustrer un rapport expliquant que les forces du “dictateur socialiste” Maduro “fauchaient des citoyens dans les rues.”

Pas un Coup d’Etat mais un…

Traduction: « En photos : Un défi de l’opposition soutenu par l’armée est en cours au Venezuela »… Le prix de l’euphémisme le plus lourd revient au …the Washington Post (4/30/19)!

Le cadre perceptif est un puissant outil de propagande. Ne dites pas “bombardement massif” mais “attaque chirurgicale”. Ne dites pas “tortures” mais “techniques avancées d’interrogatoire”. Ne dites pas “droite putschiste” mais “opposition”, ou “société civile”. Dans leurs efforts pour éviter l’usage du terme négatif, bien qu’approprié, de “coup d’Etat” pour décrire les événements qu’ils soutiennent, les médias doivent parfois emprunter des détours bizarres et des voies tordues. Le Washington Post (4/30/19) a employé l’expression confuse de “défi mené par l’opposition et soutenu par les militaires”.  Le Post (4/30/19) a aussi publié un article en appui à Guaidó sous le titre “Une tentative de coup d’Etat est-elle en cours au Venezuela ?” Commençons par définir “coup d’Etat” pour voir s’il en existe de “nobles” et “démocratiques”…

D’autres médias ont également refusé d’utiliser le mot le plus logique pour décrire les événements. CBS (4/30/19), Reuters (5/1/19) et CNN (5/1/19) ont choisi le mot “soulèvement” NPR (4/30/19), le New York Times (4/30/19) “protestation”. Yahoo! News a préféré “pari à haut risque” (5/1/19). De son côté le Miami Herald (4/30/19) a insisté sur le fait que la “rébellion militaire” au Venezuela “peut être appelée de multiples manières. Mais ne l’appelez pas une tentative de coup d’Etat.

Même des médias internationaux comme la BBC (5/1/19), le Guardian (5/1/19) ou Al-Jazeera (5/1/19) n’ont utilisé le terme “coup d’Etat” qu’entre guillemets, en le définissant comme une accusation provenant des autorités gouvernementales que ces médias ont satanisés depuis des années (Extra!11–12/05FAIR.org5/28/184/11/19). Et ceci en dépit du fait qu’Al-Jazeera (4/30/19) a rapporté, le jour même du coup d’Etat, qu’Erik Prince, Le PDG de l’entreprise militaire privée Blackwater, a tenté de convaincre Donald Trump de le laisser envoyer 5000 mercenaires au Venezuela pour “chasser” Maduro.

Sténographes du pouvoir

Les raisons de la résistance des médias à user du terme “coup d’Etat” sont à rechercher dans les annonces officielles du gouvernement. Avec autant de crédibilité qu’un homme armé et masqué criant à plusieurs reprises “ceci n’est techniquement pas un hold-up”, le conseiller national à la sécurité John Bolton a déclaré aux journalistes le 30 avril : “clairement il ne s’agit pas d’un coup d’Etat” mais d’un effort du ”peuple vénézuélien” pour récupérer “sa liberté”, que les Etats-Unis “soutiennent pleinement.” De la même manière, le Secrétaire d’Etat et ex-directeur de la CIA Mike Pompeo a annoncé que ce que nous voyons au Venezuela “est la volonté du peuple de changer pacifiquement le destin de leur pays et de passer du désespoir à la liberté et à la démocratie.”

Peu après les commentaires de Bolton, Bloomberg a publié une série d’articles (4/30/19; 4/30/19; 4/30/19), tous d’auteurs différents, pour nous expliquer pourquoi ces événements ne constituaient pas une tentative de coup d’Etat. Et ceci malgré le fait que le reporter de Bloomberg Andrew Rosati a révélé que le leader du coup d’Etat Leopoldo Lopez lui a dit ainsi qu’aux autres médias internationaux, qu’il voulait que les Etats-Unis gouvernent officiellement le Venezuela lorsque Maduro tomberait.

“Nous avons menti, nous avons volé” a declaré Pompeo mais croyez-le : si Maduro est resté au pouvoir c’est parce que Poutine le lui a ordonné (CNN, 5/1/19)!

Pompeo a fait des vagues en avril après avoir admis pubiquement lors d’un événement à l’université de Texas A&M University qu’il était un menteur en série, un tricheur et un voleur. En tant que directeur de la CIA, a-t-il déclaré, “Nous avons menti, nous avons triché, nous avons volé. Nous avions des cours complets pour ça !” Cela n’a pas empêché les médias de crédibiliser ses déclarations étonnantes faites lors d’une interview par Wolf Blitzer de CNN (5/1/19) selon lesquelles Maduro, qui a survécu à plusieurs tentatives de coups d’Etat et d’assassinats, se trouvait sur le tarmac de l’aéroport pour s’envoler vers Cuba, “prêt à quitter le Venezuela pour de bon”, et n’était resté sur place que sur injonction de la Russie.

Cette affirmation douteuse, non vérifiée et contestée officiellement a fait les titres du monde entier (Daily Beast4/30/19Newsweek4/30/19Times of London, 5/1/19Deutsche Welle4/30/19), sans que sa crédibilité soit vraiment remise en cause.

Ce n’est pas la première fois que les médias suivent la ligne gouvernementale sur un coup d’Etat au Venezuela. Comme je l’ai expliqué en détail dans mon livreMauvaises nouvelles du Venezuela : vingt ans de mensonges et de désinformation, les médias états-uniens ont appuyé le coup d’Etat d’avril 2002 contre le président Chavez, utilisant des euphémismes tels que “soulèvement populaire” (Miami Herald, 4/18/02), “troubles” (New York Times5/23/02) ou “chute temporaire de Chavez” (New York Times4/29/02) pour traiter plus positivement des événements. Ce n’est qu’après qu’un porte-parole de la Maison Blanche usa du terme “coup d’Etat” le 15 avril 2002 que le mot fut fréquemment utilisé dans les médias, ce qui suggère une synergie étroite entre les fonctionnaires gouvernementaux et ceux dont le travail supposé est de leur demander des explications.

Après 12 heures à peine, la plus récente tentative de coup d’Etat semble avoir échoué sous le poids de sa propre impopularité. Selon le New York Times (4/30/19), Guaidó a échoué à réunir un appui suffisant des militaires, son co-mentor Leopoldo Lopez a cherché refuge dans l’ambassade du Chili puis d’Espagne et 25 de ses paramilitaires ont fait de même dans celle du Brésil. Guaidó n’a pas gagné l’appui de la majorité des vénézuéliens qui ont auparavant chassé son cortège de voitures du quartier populaire où il avait essayé d’entrer. Les vénézuéliens ordinaires ont continué à vaquer à leurs occupations ou se sont mobilisés en défense du gouvernement. Comme USA Today (5/1/19) l’a résumé:

Guaidó a appelé en ce moment les vénézuéliens de réclamer leur démocratie une fois pour toutes. Mais à mesure que les heures se sont écoulées, il est resté seul sur un tronçon d’autoroute avec le même petit groupe de soldats avec lequel il avait lancé l’effort téméraire d’allumer une révolte militaire.

Il semble en réalité que l’appui principal du coup d’État furent le gouvernement américain … et les médias. L’extraordinaire complicité de la presse, qui préfère s’aligner sur la version du département d’État plutôt que d’examiner les preuves empiriques, met en évidence le fait qu’en matière de politique étrangère, il n’y a souvent plus de différence entre l’État profond et le “quatrième pouvoir”.

Alan-MacLeod

L’auteur: @AlanRMacLeod est membre du Groupe sur les Médias de la Glasgow University. Son dernier ouvrage “Bad News From Venezuela: 20 Years of Fake News and Misreporting” (Venezuela : 20 ans de mensonges ou d’inexactitudes) a été publié par Routledge en avril 2018.

Source : https://fair.org/home/venezuela-its-only-a-coup-if-the-us-government-says-so/

Traduction de l’anglais: Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4Ia

Venezuela, la leçon de Sun Tzu

Venezuela | 16 avril 2019, par Geraldina Colotti

Le traité sur l’art de la guerre, rédigé il y a plus de 2 300 ans par le général chinois Sun Tzu, offre encore des pistes pour comprendre les conflits modernes, y compris les conflits asymétriques et non conventionnels : «De la même façon que l’eau s’adapte au sol, dans une guerre, la victoire est obtenue en s’adaptant à l’ennemi «, déclare le général. Une indication prise en compte par le gouvernement bolivarien pour briser le siège auquel il est soumis, tant à l’intérieur qu’à l’international.

La stratégie de siège – par suffocation économique, financière, commerciale, diplomatique et médiatique – est en fait fondamentale, même dans les guerres de quatrième génération, qui soulignent néanmoins une constante : la réticence de l’impérialisme à employer ses troupes dans une confrontation terrestre, où certains conflits pourraient être résolus à son avantage sur la base de la supériorité numérique et technologique, mais où les pertes seraient difficiles à assimiler dans des pays habitués à l’opulence.

Sans aucun doute, les États-Unis n’oublient pas la leçon reçue au Vietnam au XXe siècle. Mais il y a aussi un autre facteur : dans la perception du monde occidental, s’il est compatible qu’il y ait une augmentation du nombre de morts au travail (ouvriers d’usine ou d’échafaudage), il est inacceptable que le soldat professionnel ou l’agent de police considère la mort comme un risque inhérent à leur rôle.

Comment peuvent-ils mourir puisque les guerres d’agression sont «humanitaires» et «chirurgicales», les assassinats «sélectifs» et «ciblés» et que le sang est gardé hors de la vue du citoyen «civilisé» moyen? Comment peuvent-ils mourir puisque les missions militaires sont présentées comme des actes d’assistance humanitaire aux populations dans le besoin? Vu de loin, l’objectif, correctement diabolisé et désincarné, acquiert une connotation virtuelle : tuer le «tyran» et saboter le système électrique des pays considérés comme des «hors-la-loi», battre les enfants palestiniens qui jettent des pierres, devient un jeu vidéo comme ceux qui sont commercialisés contre le Venezuela.

À mesure que les sociétés occidentales deviennent «complexes», pleines de doutes et de clairs-obscurs, en particulier à gauche, les messages dominants se simplifient. Ainsi, les gouvernements qui ne plaisent pas l’Occident impérialiste sont appelés des «régimes», ceux qui se conforment à leurs règles, leurs alliés, sont des gouvernements «démocratiques», même s’ils séparent les femmes ou jettent des enfants en prison.

Contre le Venezuela, qui a osé s’opposer à «la voix du maître», éclate à présent une guerre aux contours fluides et hallucinés, derrière laquelle passent cependant de véritables affrontements d’intérêts, représentés par des groupes et des gens de chair et d’os. Prenons le grand mensonge sur la «crise humanitaire» et «l’aide humanitaire», que nous avons vus le 23 février : une tentative pour masquer l’invasion armée, qu’ils ont essayé de mettre en œuvre par voie maritime et terrestre.

Le siège par la mer et le rôle central joué par l’Europe à travers les Pays-Bas, un pays aux intérêts impérialistes issus de trois îles considérées comme leurs territoires «autonomes», très proches du Venezuela : Aruba, Bonaire et Curaçao, ont été peu évoqués.

Un envoyé de la BBC a parlé d’un voyage effectué à bord d’un navire «d’aide humanitaire» organisé par Voluntad Popular, de Porto Rico et battant pavillon australien. L ‘»aide» de Miami est toujours stockée à Curaçao. Les photos diffusées révèlent leur véritable objectif sur les documents figurant sur les caisses : USAID.

Vue d’Italie, pays dans lequel l’attaque contre le Venezuela a rassemblé presque tous les partis politiques, l’opération montre les véritables intérêts du profil des personnes qui la dirigent et des organisations qui la mènent. L’un des centres les plus actifs se trouve dans les Abruzzes, une région où résident les grands constructeurs italiens qui ont fait fortune au Venezuela et qui s’opposent au processus bolivarien. Dans cette région, les journalistes présumés qui reviennent d’Amérique du Sud décrivent un Venezuela négligé, en proie aux «escadrons de la mort» identifiés dans les groupes et présentent le pays comme s’il se trouvait au niveau de la Somalie. En Italie, les honteux fugitifs de la justice vénézuélienne trouvent un soutien politique et un soutien des médias. Le jeune nazi Lorent Saleh est également passé par là, en tant que défenseur de la «liberté d’opinion», rôle qui lui a valu le prix Sakharov.

Pour soutenir cette mise en scène dangereuse, il existe de nombreuses figures d’extrême droite qui n’ont certainement pas de voie «humanitaire». Le 13 février, lors du voyage en Italie de la délégation «autoproclamée», une réunion a eu lieu à Rome qui a rassemblé un parterre indiscutable de couleur politique : l’ancien maire de la grande région de Caracas, Antonio Ledezma, désormais fugitif de la justice, le député de l’AN en outrage José Sucre Gifuni, la française Marie Le Pen, le représentant européen du Venezuela pour l’aide humanitaire, Rodrigo Diamanti, et le secrétaire général du syndicat Ugl (de droite) Paolo Capone, qui est allé à Cúcuta à la fin du mois de février, distribuer «de l’aide humanitaire» avec sa délégation.

Maintenant, la farce de l’aide humanitaire est revenue à son apogée, alimentée par les déclarations retentissantes de la Conférence épiscopale du Venezuela, de «l’autoproclamé» et du représentant de la Croix-Rouge italienne, qui avait déclaré lors d’une conférence de presse tenue à Rome une distribution de l’aide en plus grandes proportions que celle réalisée en Syrie. Pour désactiver une nouvelle torpille, Maduro a bien fait de recevoir les représentants de la Croix-Rouge internationale.

S’adaptant à l’ennemi «à mesure que l’eau s’adapte au terrain», le gouvernement bolivarien, d’une part, laisse l’auto-proclamé «mijoter  dans son jus», d’autre part, il tente de diriger ce type d’opération dans les circuits juridiques : réitérant que les canaux  assignés à l’entrée de l’aide sont ceux établis par la coopération internationale (avec l’ONU ou l’OMS), canaux qui n’ont jamais échoué et qui ne peuvent être déployés que sur la volonté du président légitime, Nicolás Maduro.

Un concept réitéré à l’ONU par l’ambassadeur Samuel Moncada, qui a dénoncé les intentions criminelles des États-Unis, sa «tentative macabre de destruction», exposée au sein d’une organisation internationale qui aurait pour tâche de préserver la paix. Le Venezuela est au centre d’un conflit géopolitique mondial entre le vieux champ de forces unipolaire, en crise d’hégémonie, et les nouveaux acteurs déterminés à le contenir, dans la reconfiguration d’un monde multipolaire. À présent, le Fonds monétaire international est également entré en jeu, déclarant que «face à la crise humanitaire au Venezuela», il se demande si «reconnaître ou non Guaidó comme président».

Le Venezuela, qui jouit d’une position centrale, tant pour ses immenses ressources que pour les relations sud-sud établies au cours des vingt dernières années, ainsi que pour la mise en œuvre d’un modèle alternatif au capitalisme, vit une situation sans précédent, en établissant des éléments généralisables qui dépassent ses frontières et en construisant une barrière commune contre la barbarie dominante.

http://www.albatv.org/Venezuela-la-leccion-de-Sun-Tzu.html

Venezuela : Formation à l’ONU d’un groupe destiné à défendre le Droit International

14 Février 2019, 18:36pm | Publié par Bolivar Infos

« Nous
avons décidé de nous organiser pour défendre le droit des pays
souverains, » a fait savoir le chancelier vénézuélien Jorge Arreaza
depuis le siège de cet organisme international.

Le
chancelier vénézuélien Jorge Arreaza a annoncé jeudi qu’un groupe de
pays a décidé de former une équipe diplomatique à l’Organisation des
Nations Unies (ONU) pour défendre les Droits de l’Homme et la Charte
fondamentale de l’ONU.

Information en développement

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source en espagnol :

https://www.telesurtv.net/news/onu-grupo-defensa-derecho-internacional-venezuela-eeuu-20190213-0024.html

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2019/02/venezuela-formation-a-l-onu-d-un-groupe-destine-a-defendre-le-droit-international.html

La guerre de recolonisation de Trump contre le Venezuela

Samuel MONCADA ACOSTA

La recolonisation de Trump est l’exacte caractérisation de ce qui, progressivement, est devenu le plan d’invasion militaire des États-Unis au Venezuela. Un fait jamais vu dans notre histoire.

Il est fondamental de souligner que malgré les manœuvres faites de l’extérieur pour fabriquer une réalité inexistante au Venezuela, notre pays est aujourd’hui en pleine paix et tranquillité. Le gouvernement constitutionnel du Président Nicolás Maduro a aujourd’hui, comme toujours, le contrôle plein et effectif du territoire national. Les institutions de l’État vénézuélien fonctionnent tout à fait normalement, dans le cadre de notre Constitution.

C’est par une manipulation dangereuse que l’on peut penser que le Venezuela peut représenter une menace pour la paix et la sécurité régionale ou internationale, comme on a prétendu le faire croire avec la fausse information au Conseil de Sécurité des Nations Unies le 26 janvier dernier. Nous avons tous été témoins de ce qui est arrivé et des appels de la grande majorité de la communauté internationale de notre région en faveur du respect de la souveraineté et de l’autodétermination de notre peuple. La majorité de la région soutient notre intégrité territoriale et une solution pacifique sans ingérence étrangère et sans invasion militaire.

Trump impose son dictateur marionnette

La fabrication d’un dossier pour promouvoir et justifier la recolonisation du Venezuela en imposant un gouvernement marionnette dans notre pays est entrée dans sa dernière phase avec l’auto-proclamation d’un député comme prétendu président du Venezuela. Cette action, sans aucune base dans notre Constitution nationale, représente un attentat contre les institutions démocratiques de la République Bolivarienne du Venezuela et une usurpation, non seulement des pouvoirs constitutionnels du président Nicolás Maduro, qui a été réélu pour le mandant 2019-2025, mais aussi de la volonté du peuple vénézuélien qui, par suffrage universel, direct et secret, l’a élu librement aux élections du 20 mai 2018.

Il faut le dire clairement : le 23 janvier dernier a eu lieu au Venezuela un Coup d’État promu, organisé et financé par le gouvernement des États-Unis, avec l’appui d’un groupe minoritaire de pays de notre région et d’Europe, comme l’ont affirmé le 26 janvier dernier le Wall Street Journal, à la suite d’une enquête à laquelle des hauts fonctionnaires du Gouvernement de Trump ont apporté des informations, ainsi que l’Agence AP du même jour et le New York Times en septembre 2018.

Il s’agit d’un nouveau modèle de Coup d’État promu par les États Unis, exécuté par la manipulation politique et juridique de l’article 233 de la Constitution Nationale. Il se servent de l’apparente intention de « rétablir » l’ordre démocratique au Venezuela comme excuse pour imposer un gouvernement dictatorial avec une concentration de pouvoir similaire à celle de régimes tyranniques que notre région a connu au XXème siècle.

Trump transforme le Venezuela en une colonie

L’objectif final de la campagne criminelle d’agression contre notre Patrie est la mise en place d’une façade permettant aux États Unis de gouverner directement à travers leurs employés comme s’ils faisaient partie d’une compagnie pétrolière étrangère. Ces derniers sont présentés par les médias comme les représentants légitimes de l’opposition vénézuélienne, mais en vérité ce sont des représentants des États-Unis au Venezuela. La dictature qu’ils sont en train d’imposer n’existe pas dans notre Constitution et c’est un euphémisme évident pour ce que nous connaissons tous comme un changement de régime, par la même mise en œuvre appliquée en Libye en 2011, avec le Conseil National de Transitions.

Les jours qui ont précédé le Coup d’État, le Vice-président des États Unis, Mike Pence, le Secrétaire d’État Mike Pompeo, le Conseiller pour la Sécurité Nationale John Bolton et le sénateur Marco Rubio (FL-R), parmi d’autres fonctionnaires, ont menacé le peuple vénézuélien, ses institutions et ses autorités civiles et militaires de l’usage de la violence. Ils ont également fait des appels publics à un soulèvement militaire dans le but de rompre la chaîne de commandement des Forces Armées, en même temps qu’ils réitéraient que « Toutes les options sont sur la table », même l’option militaire de laquelle Trump lui-même a menacé précédemment et pour laquelle aujourd’hui même des pays européens semblent se préparer.

Trump et l’Europe pillent les richesses du peuple vénézuélien

Avec les mêmes pratiques des puissances coloniales européennes en Afrique au XIXéme siècle et des États Unis en Amérique au XXème siècle, Trump réintroduit les habitudes criminelles du vol des richesses des peuples conquis, avec le plus grand mépris du droit international.

Ces actions constituent une nouvelle preuve que c’est clairement le gouvernement des États-Unis qui représente la plus grande menace pour la paix et la stabilité en Amérique Latine et les Caraïbes. Comme il est de tradition, ils se servent du chantage et de la coercition contre d’autres États pour qu’ils reconnaissent un président marionnette et ainsi commettre le plus grand vol de l’histoire, propre d’un régime raciste et impérialiste, guidé seulement par la cupidité et la haine. Malheureusement, l’Union Européenne, suivant ses pires traditions, s’est jointe à la mise à sac et à l’aventure militaire au Venezuela, comme l’a annoncé le 30 janvier dernier le Ministre de la Défense du Portugal.

En attendant, le premier acte de la marionnette des États Unis a été de demander à ce pays d’intervenir au Venezuela. Quand a-t-on vu un citoyen qui demande une action militaire, source de tant de souffrances pour son propre peuple, lequel, de plus, veut être appelé président ? Quand a-t-on vu un citoyen qui accepte que les ressources de son propre peuple soient pillées lequel, de plus, veut être appelé résident ?

Cette même personne ne reconnaît au Venezuela que lui-même : il ne reconnaît ni le Tribunal Suprême de Justice, ni le Conseil National Électoral (la même instance par laquelle il a été élu député à l’Assemblée Nationale en 2015), ni le Procureur Général (Fiscal Général), ni le Défenseur du Peuple, ni le Contrôleur Général. Alors, le député auto-proclamé serait chef de deux pouvoirs publics, le Législatif et l’Exécutif, ce qui montre la nature dictatoriale du régime qu’il prétend imposer aujourd’hui au Venezuela. Les États Unis justifient toutes ces actions au nom de la liberté, mais leur seul intérêt est de mettre à sac les richesses de notre peuple.

En ce moment le plan d’envahir le Venezuela met en place le plus grand pillage de notre temps. Trump, avec le soutien des pays européens, est en train de s’approprier des raffineries, des locaux diplomatiques, des biens et des comptes bancaires de notre pays aux États Unis, le Royaume-Uni s’approprie nos réserves d’or, en accord avec la grande tradition de pillage de l’empire britannique. C’est le retour de la spoliation colonialiste. L’arrogance de l’élite britannique, habituée au saccage, leur permet de penser qu’ils peuvent voler l’argent de tous les vénézuéliens impunément, seulement parce qu’ ils sont devenus des associés minoritaires de la colonie vénézuélienne de Trump. Quel pays au monde peut penser que ses réserves monétaires sont en sécurité dans les banques d’un ancien empire habitué au pillage soutenu par un fanatique raciste ?

Tandis qu’il dort protégé par les marines à l’Ambassade des États Unis à Caracas, l’employé des États Unis au Venezuela appelle au soulèvement des Forces Armées et à la rébellion civile, appelle les fonctionnaires à méconnaître le principe d’autorité, confirme les représentants diplomatiques nommés par Trump auprès d’organisations multilatérales et d’autres États, tente de soudoyer par les réseaux sociaux le service extérieur vénézuélien, appelle à la confiscation des ressources financières et des actifs de l’état vénézuélien à l’étranger et acceptent le saccage de notre terre sacrée.

Un exemple est la prétendue désignation comme représentant du Venezuela à Washington de Monsieur Carlos Vecchio, qui a été nommé par le Sénateur Marco Rubio via Twitter et ensuite confirmé par l’Assemblée Nationale. Vecchio a été avocat de la compagnie pétrolière Exxon Mobil au Venezuela. C’est-à-dire qu’il est littéralement un employé des pétrolières étasuniennes au Venezuela. Il ne peut y avoir de signe plus évident d’un gouvernement colonial que celui-ci.

Du vol extérieur à la guerre pour le pillage intérieur

Vu ce que précède et les défaites internationales des États Unis, tant à l’Organisation des États Américains (OEA) qu’au Conseil de Sécurité des États Unis, il nous faut alerter sur le problème suivant : l’invasion militaire. Argumentant une prétendue « crise humanitaire » ou se fondant sur la notion discréditée de la « responsabilité de protéger », Trump veut intervenir militairement sur notre terre sacrée. Nous devons empêcher que le Venezuela devienne l’excuse pour donner à Trump la guerre qu’il cherche pour sauver sa peau comme Président. Nous ne pouvons permettre que des trafiquants de guerre assouvissent leur ambition et leur cupidité en se servant de notre peuple comme chair à canon.

Le droit international est le seul cadre pour traiter les affaires vénézuéliennes à l’extérieur.

La solution de la conjoncture que le Venezuela connaît actuellement requiert, avant toute chose, du respect des principes fondamentaux clairement établis par la Charte des Nations Unies. Il s’agit du respect de la souveraineté et de l’auto-détermination des peuples, de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États, le respect de nos institutions démocratiques et l’abstention de l’usage ou de la menace de la force. Nous ne demandons rien d’autre que ce que tout gouvernement exige et espère du reste de la communauté internationale. Comme ce n’est pas au Venezuela de décider sur les affaires intérieures d’autres États, aucun autre pays peut prétendre déterminer le futur de notre patrie et décider qui est le président de notre nation. C’est pourquoi nous apprécions la position digne prise par les pays frères des Caraïbes, ainsi que leurs efforts en faveur de la réduction des tensions et d’une solution politique à la conjoncture actuelle.

Le Gouvernement du président Nicolás Maduro, pour sa part, a manifesté et prouvé sa volonté de dialogue. Nos instruments sont la politique, le respect de la Loi, la rationalité et la diplomatie. Nous sommes conscients que des intérêts obscurs veulent nous mener à la guerre, comme Trump essaie de le faire, et à être l’objet d’une future invasion militaire, conformément aux appels lancés par les appareils de propagande des États Unis et d’Europe.

Nous sommes conscients de ces risques, encore plus depuis la désignation par Trump d’un criminel de guerre condamné dans son propre pays, Elliot Abrams, comme charge de la gestion de la situation vénézuélienne. Nous ne sacrifierons jamais notre souveraineté par des pressions, des chantages et des conspirations mises en œuvre de façon agressive par les pays qui encouragent ce plan de recolonisation.

Nous faisons un appel à défendre les règles du droit international, à réitérer la vigueur des objectifs et des principes de la Charte de l’Organisation des nations Unies, comme garante de la paix, de la sécurité et de la stabilité internationales. Il est de notre devoir d’arrêter la guerre de recolonisation. Le Venezuela est ferme et en paix et personne ne pourra l’isoler et le diviser. Nous sommes en plein processus de la seconde libération de notre Patrie.

Le 31 janvier 2019

Samuel MONCADA ACOSTA

Ambassadeur du Venezuela à l’ONUURL de cet article 34520
https://www.legrandsoir.info/la-guerre-de-recolonisation-de-trump-contre-le-venezuela.html

Volonté de dialogue et de combat

Marco Teruggi,  3 février 2019

Deux conclusions apparaissent dans le conflit vénézuélien presque deux semaines après l’auto-proclamation de Juan Guaido. La première est que la direction de la tentative de gouvernement  parallèle se trouve aux E.U., la seconde est que, pour l’instant, la force principale s’y trouve aussi. Ceux qui sont venus au Venezuela dans l’espoir de trouver les images d’un pays transformé en champ de bataille devront attendre. Ce samedi en a été une nouvelle confirmation. C’est la conclusion qui parait s’imposer à cette phase de l’attaque.

La direction : Pour savoir  ce qui se passe et  ce qui peut se passer au Venezuela, il faut regarder ceux qui prennent les décisions aux E.U. : John Bolton conseiller  en sécurité, Mike Pence vice-président, Mike Pompeo, secrétariat d’état, Elliot Abrams, envoyé spécial pour manœuvrer l’affaire du Venezuela, Steven Mnuchin, secrétariat au trésor, Marco Rubio, sénateur républicain, et Donald Trump lui-même.  S’intéresser à Juan Guaido ou à un autre dirigeant de la droite pour savoir ce qui peut arriver,  est une perte de temps.

Pence, par exemple, a prononcé un discours dans une église de Miami, vendredi dernier. Il y a affirmé qu’il est nécessaire d’éliminer les gouvernements du Venezuela, de Cuba et du Nicaragua, qu’il  s’agit d’une affaire « régionale » et que « le temps de la négociation est terminé ».

Bolton, pour sa part, s’est positionné comme chef : « Les E.U. demandent instamment à tous les militaires vénézuéliens de suivre le leadership du général Yanes et de protéger les manifestants pacifiques qui soutiennent la démocratie ». Bolton faisait référence à Francisco Yanes, général de l’aviation de la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) qui a diffusé une vidéo, samedi matin, où il a annoncé son appui à Guaido.

Le conseiller en sécurité a, lui aussi, affirmé qu’ils enverraient la dite aide humanitaire : « A la demande du président par intérim Juan Guaido et, en accord avec ses fonctionnaires, les E.U. réuniront et transporteront les médicaments de l’aide humanitaire, les accessoires chirurgicaux et les suppléments alimentaires pour le peuple vénézuélien. Il est temps que Maduro cesse de faire obstruction. Guaido, lors de la manifestation de la droite, samedi à Caracas, a déclaré : « Nous annonçons une coalition mondiale  pour l’aide humanitaire et la liberté au Venezuela. Nous avons trois points de collecte pour cette aide : le premier, c’est Cúcuta. L’autre sera au Brésil. Et le troisième sur une ile des Caraïbes. Son unique annonce a été ce que Bolton avait déjà dit. La chaine de commandements est d’une évidence qu’ils cherchent à peine à dissimuler, bien que parfois, ils soient obligés de spécifier, comme Rubio, «  que ce ne sont pas  les E.U. qui ont organisé le mouvement , mais bien le peuple vénézuélien. »

Guaido a seulement précisé un lieu concret pour l’entrée de l’aide : Cúcuta. C’est une zone frontalière caractérisée  par une forte présence du para militarisme  colombien, des mafias de contrebande –liées au para militarisme ou synonymes- où furent entraînés ceux qui ont tenté d’assassiner Nicolas Maduro en août dernier. C’est un des principaux lieux qui pourrait être activé comme foyer critique, où on pourrait provoquer des incendies, avec comme particularité, une large exposition médiatique. Ce fut de cet endroit, par exemple que Luis Almagro, secrétaire de l’Organisation des Etats Américains, a affirmé que l’option militaire contre le gouvernement de Maduro n’était pas écartée.

Il est probable que tel qu’est prévu le scénario, le centre du conflit alterne entre Caracas et ces lieux critiques. Comment pensent-ils faire rentrer l’aide ? Avec quelle logistique, force, autorisation, acteurs ? Quel type d’action accompagnerait l’entrée ? Le «  gouvernement parallèle » a besoin d’un territoire, d’une capacité à exercer le pouvoir, deux dimensions qu’il ne possède pas. La seule chose qui fait que Guaido est « président » à l’intérieur de la nation, c’est que la base sociale de la droite le nomme ainsi. Il est évident qu’il n’a pas, ni lui ni toute la droite réunie, la force pour porter plus avant une stratégie ayant ces caractéristiques.

Le gouvernement ne permettra pas que pénètrent des forces nord-américaines ou des acteurs à gages qui ouvriraient une brèche dans le territoire national .Aucun gouvernement ne permettrait qu’une force étrangère -ou ses agents- pénètre sans son autorisation.

Le jeu est fait. Les E.U. affirment qu’il n’y aura pas de dialogue, écartent des tentatives comme celle du gouvernement du Mexique et de l’Uruguay, des positions, comme celle du secrétaire général des Nations Unies, qui affirment la nécessité d’un dialogue. Quelques pays de l’Union Européenne ont créé un groupe de contact international avec le Venezuela –comprenant dix ou douze membres, pas tous européens- pour travailler la proposition de convoquer de nouvelles élections avec un délai de quatre vingt dix jours pour évaluer les résultats.

Dans ce contexte, Maduro a annoncé lors de la mobilisation de ce même samedi, où le chavisme a réalisé une nouvelle démonstration de force, qu’il lancera une consultation sur la possibilité d’élections législatives anticipées- ça devrait être en 2020- Ce serait une manière de tenter de  désactiver l’assemblée nationale avec tous les risques que cela comporte. Est-il préférable de  la laisser avancer vers une tentative de gouvernement parallèle en dehors de toute loi  avec l’objectif de réussir un coup d’état ?

Il paraît clair, en ce moment, que les E.U. vont avancer et utiliser n’importe quel argument pour renforcer leur discours comme quoi il n’y aura pas de négociation. Une grande partie de leurs messages a pour objectif de casser la volonté de lutte du chavisme et en particulier de la FANB qu’ils ont besoin de faire éclater. C’est pour cela qu’ils ont avancé un éventail de possibilités, depuis la promesse d’amnistie jusqu’aux menaces d’interventions, en passant par les messages comme celui de Yanes, des comptes ouverts sur les réseaux sociaux pour que les soldats n’obéissent pas à leurs généraux et des attaques armées.

Voila comment se termine cette autre semaine au Venezuela. Il n’y aura pas de pause. Les discours des E.U. renvoient à une offensive finale qu’ils sont en train de diriger. Le chavisme se maintient uni, mobilisé, avec une volonté de dialogue et de combat.

Con voluntad de pelea y diálogo

Trdauction FAL 33


Venezuela : Qui reconnaît qui ?

Manifestation à Caracas contre le coup d’état piloté par les États Unis

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Le 23 janvier 2019, deux manifestations secouent les rues de Caracas. Celle imposante des chavistes, celle massive de l’opposition. C’est dans la fièvre de cette dernière que, depuis l’estrade dressée place Juan Pablo II, dans le très chic « municipio » de Chacao, le député et président de l’Assemblée nationale [1] Juan Guaidó s’autoproclame « président par intérim » du Venezuela et « prête serment ». Arguments invoqués : les articles 233, 333 et 350 de la Constitution qui établissent que, en cas « d’absence absolue du chef de l’Etat », il revient au chef du pouvoir législatif d’occuper temporairement la présidence et de convoquer des élections. « Absence absolue » ? A quelques kilomètres de là, depuis le balcon du palais présidentiel de Miraflores, le chef de l’Etat constitutionnel, Nicolás Maduro, harangue la foule, au milieu des ovations.

Pour qui ne s’informerait qu’en écoutant les « matinales » de France Culture ou France Inter, représentantes officielles à Paris de la droite radicale et de l’extrême droite vénézuéliennes, on rappellera la déclaration récente de Claudio Fermín, chef de campagne du candidat de la droite civilisée, Henri Falcón, lors de la dernière élection présidentielle : « La victoire du chef de l’Etat le 20 mai 2018 constitue un fait politique et, en conséquence, Maduro est un président légitime [2]. »

Impuissant en interne, privé de tout pouvoir effectif, en l’absence de soutien de l’armée et des corps constitués – Assemblée nationale constituante (ANC), Tribunal suprême de justice (TSJ), Conseil national électoral (CNE), etc. –, le président fantoche Juan Guaidó a dans les faits été « nommé » par la Maison Blanche pour servir de pivot dans la poursuite de la déstabilisation du Venezuela. Le 22 janvier, veille de son auto-proclamation, le vice-président étatsunien Mike Pence avait diffusé ses ordres sous forme d’un message vidéo dans lequel il appelait les manifestants vénézuéliens « à faire entendre leur voix demain » et assurait, au nom de la Maison-Blanche et (supposément) du peuple américain : « Nous sommes avec vous tant que ne sera pas restaurée la démocratie. » Le 23, quelques minutes après la pseudo prestation de serment, c’est Trump en personne qui se chargea par tweet de faire savoir qu’il reconnaissait Guaido comme seul président du Venezuela.
 
Très emblématiquement, c’est depuis le Forum économique mondial de Davos, symbole de l’argent, du pouvoir et des milliardaires au cerveau plein de chiffres, que Mauricio Macri (néolibéral pur et dur), Ivan Duque et Jair Bolsonaro (extrême droite), respectivement présidents de l’Argentine, de la Colombie et du Brésil, pays chefs de file du Groupe de Lima, violemment hostile à Caracas, ont apporté leur onction à Guaidó.

En avril 2002, lors de l’éphémère coup d’Etat contre Hugo Chavez, les plus rapides à reconnaître le patron des patrons Pedro Carmona « seul président légitime » s’appelaient George W. Bush et José María Aznar. En 2019, un « trio de la honte » euro-américain a assuré la succession : Donald Trump, le « socialiste » espagnol Pedro Sánchez et Emmanuel Macron. Dès le 24 janvier dans la matinée, ce dernier a ainsi twitté : « Depuis l’élection illégitime de Nicolás Maduro en mai 2018, l’Europe soutient la restauration de la démocratie. » Avant, se croyant encore au temps des colonies, de lancer en compagnie de Sánchez un « ultimatum de huit jours » à Maduro pour qu’il organise de nouvelles élections. Faute de quoi Paris reconnaîtrait le « pronunciamiento » (rebaptisé « Juan Guaidó »).
Ne manquant pas d’humour et croquant férocement l’impudence des petits marquis européens, le président vénézuélien a en retour posé un ultimatum à Madrid en lui donnant « huit jours pour reconnaître la Catalogne », faute de quoi Caracas prendrait des sanctions.

Du XVIIe à la presque fin du XXe siècle, la souveraineté nationale a constitué le principal fondement du droit international. Le principe selon lequel « tout Etat a le droit inaliénable de choisir son système politique, économique, social et culturel sans aucune forme d’ingérence de la part de n’importe quel autre Etat » a été confirmé par divers actes juridiques, notamment la résolution du 24 octobre 1970 de l’Assemblée générale de l’ONU et l’acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) de 1975 [3]. Aux « conquistadores » à la petite semaine, il n’est pas inutile de rappeler quelques principes de ce droit international censé garantir le respect de l’article 2, paragraphe 1 de la Charte de l’ONU : « L’Organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses membres. » Il s’agit, somme toute, de protéger les plus faibles des disparités de puissance entre Etats. En rappelant, par exemple « le devoir d’un Etat de s’abstenir de favoriser, d’encourager ou d’appuyer, directement ou indirectement, les activités de rébellion ou de sécession, au sein d’autres Etats, sous quelque prétexte que ce soit, et de toute action tendant à briser l’unité ou à saper ou à compromettre l’ordre politique d’autres Etats »  ; « le devoir d’un Etat de s’abstenir d’exploiter et de déformer les questions relatives aux droits de l’Homme dans le but de s’ingérer dans les affaires intérieures des Etats, d’exercer des pressions sur des Etats ou de susciter la méfiance et le désordre à l’intérieur d’Etats ou de groupes d’Etats et entre eux [4]. » Quant au paragraphe 4 du même article 2 de la Charte fondamentale, que semblent ignorer tant Donald Trump que Luis Almagro, lesquels n’ « écartent pas l’option militaire », il interdit « la menace ou l’emploi de la force contre la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique du tout Etat ».

En tant qu’association d’Etats indépendants, l’ONU peut admettre un nouvel Etat parmi ses membres. Elle accrédite également les titulaires de la représentation de chacun des pays siégeant en son sein. Dans le cas d’un changement normal d’autorité, au terme d’une élection démocratique, par exemple, la question de l’accréditation du représentant de l’Etat concerné ne se pose pas [5]. Plus complexe se révèle la reconnaissance de l’autorité légitime d’un pays en cas de doute sur les conditions du processus démocratique, après ou pendant des troubles intérieurs, une révolution, un coup d’Etat ou l’existence d’un « gouvernement en exil » (en général autoproclamé). N’étant ni un Etat ni un gouvernement, l’ONU en tant que telle n’est pas habilitée à trancher. Elle dépend du concert des Nations. Au sein duquel certaines dominent et d’autres non. Avec de surcroît, au Conseil de sécurité, dont les décisions ont un caractère obligatoire, cinq membres permanents disposant d’un droit de veto [6].
Dès lors, en l’absence de tout critère qui puisse véritablement la fonder, la légitimation de tel ou tel acteur apparaît éminemment politique, sachant par ailleurs que l’acceptation d’un gouvernement comme représentant d’un Etat au sein d’une organisation internationale ne s’analyse pas nécessairement comme une reconnaissance collective de celui-ci [7]. Et que les tractations se déroulent à l’occasion hors des murs de l’ONU.

Le passé pré et post-ONU fourmille d’exemples faisant pencher le fléau de la balance dans un sens ou dans l’autre, au gré des circonstances et des intérêts en jeu. On mentionnera simplement ici la façon dont les Etats-Unis, après 1917, ont ignoré la révolution bolchévique, ne reconnaissant qu’un gouvernement tsariste, qui n’avait aucune maîtrise effective de son supposé territoire ; le gouvernement de la France libre, reconnu par les alliés et considéré comme un gouvernement légitime de 1940 jusqu’à la fin de la guerre ; Taïwan qui a longtemps représenté la Chine à l’ONU alors qu’il ne contrôlait qu’une île de 36 000 kilomètres carrés ; le général de Gaulle, chef d’Etat français capable de ne pas servir de carpette aux Etats-Unis, reconnaissant la République populaire de Chine le 27 janvier 1964, sept ans avant l’ONU et quatorze ans avant l’établissement de relations diplomatiques entre Washington et Pékin ; plus récemment, en 1991, le président haïtien Jean-Bertrand Aristide qui, renversé par un coup d’Etat et en exil, a continué à siéger à l’ONU à travers ses représentants, les sbires du gouvernement illégitime n’y étant pas admis.

Sous la forte domination de Washington, la mondialisation néolibérale et une forme d’hégémonie euro-atlantique ont contribué, ces dernières années, à une érosion du droit et donné lieu à des actes belliqueux d’un caractère purement discrétionnaire. Avec des résultats généralement calamiteux.
C’est ainsi au nom de « raisons humanitaires » – nourrir la population acculée à la famine – que l’opération hyper-médiatisée « Restore Hope » a été menée en 1992 par les Etats-Unis et les Casques bleus de l’ONU en Somalie. Chacun s’en souvient, faute d’une connaissance des réalités socio-économiques du pays, elle s’est terminée en 1993 par un sanglant fiasco, sans, en rien, améliorer le sort des Somaliens.

Un quart de siècle plus tard, le même type de prétexte – « l’aide humanitaire » – revient pour justifier ce qui n’est en fait qu’une cynique provocation. Asphyxiant le Venezuela par une sournoise « guerre économique » et d’astronomiques sanctions financières, les Etats-Unis et leurs supplétifs annoncent la livraison de cette « aide » de l’USAID à Guaido et son « gouvernement de transition ». D’ores et déjà, avec l’accord du président Duque, la ville de Cúcuta, sur la frontière colombienne, a été choisie comme principale porte d’entrée d’un supposé « corridor humanitaire » destiné à faire entrer au Venezuela un important stock d’aliments et de médicaments (à l’heure où nous écrivons, la présence du socialo-sarkozo-macroniste Bernard Kouchner, avec son sac de riz sur l’épaule, n’a pas encore été confirmée [8]).
Cúcuta est un lieu particulièrement symbolique. Dans une région colombienne hautement pénétrée par le paramilitarisme, cette ville est le centre de la « contrebande » hautement organisée qui participe de la « guerre économique » imposée au Venezuela. Le gouvernement « bolivarien » refusant de laisser se développer ce « show » monté avec la complicité de la Colombie (mais aussi du Brésil et d’une île de la Caraïbe encore non précisée), la tentative de faire entrer cette « assistance humanitaire » dans le pays pour la remettre à un pseudo gouvernement « de transition » va se révéler hautement problématique et pourrait déboucher sur de sérieux incidents – objectif à l’évidence recherché.
 
Emmanuel Macron n’a rien d’un précurseur. Créé le 27 février 2011 en Libye afin de coordonner la rébellion contre le régime de Mouammar Kadhafi, le Conseil national de transition (CNT) a été d’emblée reconnu par de nombreux Etats. La France de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Bernard Henri Lévy a été le premier d’entre eux à recevoir des représentants du CNT. Les Nations unies ont finalement gelé les fonds et les avoirs financiers appartenant à / ou contrôlés par la famille Kadhafi, l’objectif étant à terme de permettre « au peuple libyen » de récupérer ces biens – peuple qui les attend encore, son pays ayant été imprudemment ou cyniquement détruit, livré à la rapine et au chaos. Perspective qu’on ne peut nullement écarter s’agissant du Venezuela où une guerre civile menace si d’aventure Maduro venait à être renversé par l’actuelle tentative de coup d’Etat. Ce qui, bien entendu, n’a rien de certain, le chavisme faisant preuve de belles capacités de résistance. Mais que chacun en soit conscient : outre le Venezuela, une telle catastrophe affecterait fortement la Colombie voisine, où les « accords de paix » battent de l’aile, sabotés par l’extrême droite et ce qu’on appellera pour aller vite « l’oligarchie ». Les conditions sont réunies pour une extension du conflit.

En droit international, l’usage a consacré les « sanctions » comme terme générique pour qualifier les contre-mesures légitimes prises par le reste du monde à l’encontre d’un Etat qui ne respecte pas ses obligations internationales. S’agissant de celles, financières, unilatéralement imposées par Washington à Caracas, qui ne semblent poser aucun problème à l’Union européenne (pourtant elle même parfois affectée par les lois extraterritoriales américaines), elles ne sont nullement sanctifiées par les Nations unies [9]. Bien au contraire. « Je suis particulièrement préoccupé d’entendre des informations selon lesquelles ces sanctions visent à changer le gouvernement vénézuélien », a déclaré le 31 janvier le Rapporteur spécial de l’ONU Idriss Jazairy, avant de préciser : « L’utilisation de sanctions de la part de pouvoirs extérieurs pour renverser un gouvernement élu est en violation de toutes les normes du droit international. » Le 17 septembre 2018, plus avisé que son compatriote et successeur, le « José María Aznar de gauche » Pedro Sánchez, l’ex-président du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, fort de son expérience de médiateur entre le gouvernement bolivarien et son opposition, avait lié « l’intensification des flux migratoires [de Vénézuéliens] aux sanctions économiques imposées par les Etats-Unis ».

Transition encore… Soucieux de faire aussi mal que celui de Nicolas Sarkozy avec la Libye, le gouvernement de François Hollande, sans craindre « d’ajouter la guerre à la guerre » (pour reprendre une expression de François Mitterrand [10]), a été le premier, le 23 novembre 2011, à reconnaître comme « interlocuteur légitime » le Conseil national syrien, qui ne représentait qu’une infime partie de l’opposition, avant même les Etats-Unis (6 décembre) et le Royaume-Uni (24 février 2012). Deux jours après l’apparition de la Coalition nationale syrienne, le 11 novembre 2012, François Hollande déclarera : « La France reconnaît la Coalition nationale syrienne comme la seule représentante du peuple syrien et donc comme le futur gouvernement provisoire de la Syrie démocratique, permettant d’en terminer avec le régime de Bachar Al-Assad. » Huit années après le déclenchement de la tragédie, on peut a minima s’interroger sur l’opportunité d’une telle prise de position qui n’a en rien fait avancer la cause de la paix et a totalement marginalisé la diplomatie française dans la région.

Mélange bâtard de ses deux prédécesseurs, le président Macron figure donc en première ligne de cette « communauté internationale » qui, à en croire la sphère médiatique, a reconnu la légitimité de Juan Guaido et de son « gouvernement de transition ». Information ou manipulation ?
Côté pro-coup d’Etat, Washington et ses supplétifs. Le Groupe de Lima (13 pays latinos conservateurs plus le Canada). Le 4 février, depuis Ottawa, celui-ci s’est prononcé « pour un changement de régime sans usage de la force » en appelant… l’armée vénézuélienne « à se ranger derrière Juan Guaido ». Message subliminal : « On cherche un Pinochet sympa. » Et respectueux des nouvelles normes en matière de coup d’Etat.
 Traditionnellement, un « golpe » est défini comme la prise illégale et brutale du pouvoir par l’armée ou par une autorité politique bénéficiant de son soutien. Si le pire devait survenir au Venezuela en la figure d’un quarteron de généraux félons, qu’on n’imagine pas un scénario à la chilienne. L’opération porterait le tampon « méthode Honduras ».

Dans ce pays, en juin 2009, ce sont le Parlement, la Cour suprême de justice et, dans l’ombre, Washington, qui se trouvent à la manœuvre pour renverser le président constitutionnel – mais de gauche – Manuel Zelaya. L’astuce (sur ordre impératif du gouvernement américain) : le 28 juin, c’est un commando militaire qui arrête et séquestre le chef de l’Etat, l’expédie à l’étranger et réprime violemment ses partisans. Toutefois, l’exécuteur des basses œuvres, le général Romeo Vásquez, remet immédiatement le pouvoir au président du Congrès. Une manœuvre parfaite : « soumis au pouvoir civil », qui lui a demandé d’agir pour défendre la Constitution, les militaires servent d’instrument à une « succession présidentielle ». Bientôt, le régime putschiste de Roberto Micheletti se verra rebaptisé « gouvernement de transition » [11]. Anesthésiée par la présence omniprésente des « costume cravate », l’opinion internationale n’y verra que du feu.

Le Groupe de Lima, donc [12]. Les boutefeux européens : l’Allemagne, l’Espagne, la France, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, bientôt rejoints par l‘Autriche, qui envoient un l’ahurissant ultimatum de huit jours au chef de l’Etat constitutionnel, lui enjoignant de convoquer une nouvelle élection présidentielle, puis reconnaissent le « fils de Trump » (en espagnol : «  HijueTrumpa »). Comme l’a fait le 31 janvier – 430 « pour », 104 « contre » et 88 abstentions – le Parlement européen. Une résolution non contraignante, mais donnant le sens du vent mauvais.

Derniers appuis au « dictateur », soutiennent devant micros et caméras les disciples du faux-semblant, la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran, la Turquie et Cuba. Une liste qui, puant les « pays parias » à plein nez, est censée mettre un terme à tout débat. Sauf que le monde entier n’est pas obligé de croire ce genre de demi-vérité. Car, à l’examen, même l’Europe se divise. « Aussi incroyable que cela paraisse, s’étrangle L’Express (6 février), il y a au cœur de l’UE des gouvernements qui ne parviennent toujours pas à déclarer ouvertement que Nicolas Maduro, le maître de la clique de Caracas, s’est rendu illégitime (…).  » Interdisant une position commune, la Grèce et l’Italie, ou la Roumanie refusent de suivre le troupeau ; seules dix-neuf nations de l’UE sur vingt-huit reconnaissent Guaido.

Pire encore au sein de l’Organisation des Etats américains ! Humiliant son secrétaire général Almagro et le chef de la « diplomatie » américaine (et ex-patron de la CIA) Mike Pompeo, la résolution destinée à adouber le pseudo-président, lors du Conseil permanent réuni le 24 janvier, n’a recueilli que 16 voix sur 34 – c’est-à-dire, pour qui sait compter, une minorité. Par la voix de leur représentant, le premier ministre de San Cristóbal et Nieves, Timothy Harris, les pays de la Communauté des Caraïbes (Caricom) ont vertement exprimé leur « désapprobation et leur grave préoccupation » face aux scandaleux agissements d’Almagro. Tandis que le « nouvel ambassadeur vénézuélien » nommé par l’Assemblée nationale, Gustavo Tarre Briceño, n’était pas autorisé à participer à la session, le Mexique (ex-membre du Groupe de Lima, abandonné depuis l’élection d’Andrés Manuel López Obrador) a enjoint le secrétaire général de vérifier « le statut juridique » de Guaidó. Puis, en compagnie de l‘Uruguay, s’est proposé comme médiateur pour de possibles discussions. Que Maduro a acceptées.

Pour les apprentis sorciers, le coup de grâce provient finalement de l’ONU. Le 26 janvier, au cours de la réunion extraordinaire du Conseil de sécurité, convoquée à la demande du secrétaire d’Etat Mike Pompeo pour essayer d’obtenir la reconnaissance du « gouvernement fantoche », dix-neuf des vingt-cinq pays de tous les continents qui participent au débat se prononcent pour la non ingérence dans les affaires intérieures du Venezuela. Au nom de l’Union africaine, continent qui s’y connaît en matière d’arrogance coloniale, le vice-président Thomas Kwesi Quartey, envoie un message de solidarité au président Maduro.

Certes, Guaido poursuit son « show » en faisant nommer, par l’Assemblée nationale, de nouveaux « ambassadeurs » au Brésil, au Paraguay, au Guatemala, en Argentine, aux Etats-Unis, etc… Que vont faire les nouveaux duettistes Pedro Sánchez et Emmanuel Macron, pour ne citer qu’eux ? Dans leurs capitales respectives, ils ne peuvent autoriser quiconque à utiliser les locaux de l’ambassade vénézuélienne, compte tenu de l’inviolabilité rappelée à l’article 22 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Cela ne leur interdit pas de déclarer les ambassadeurs du gouvernement qu’ils contestent persona non grata et de les obliger à quitter le territoire. Mais, dans ce cas, comment pourront-ils prétendre à un rôle d’interlocuteur dans le Groupe de contact européen [13] – censé, avec son homologue latino-américain, et à l’initiative du Mexique et de l’Uruguay (qui n’ont pas reconnu Guaidó), aider le Venezuela à trouver une sortie négociée – ce qui implique de parler avec les représentants du président Maduro ? Joli casse-tête pour le brillant (Jean-Yves) Le Drian.

Pour qui demeure attaché au droit international, censé faire sortir l’Humanité de la barbarie, le bon côté de la légitimité saute aux yeux : le 31 janvier, en réponse à une requête de Guaidó, Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a confirmé que les Etats de l’Assemblée générale des Nations unies et du Conseil de sécurité reconnaissent Nicolás Maduro comme président constitutionnel et légitime du Venezuela. Il s’est également félicité de l’initiative du Mexique et de l’Uruguay, organisateurs d’une réunion internationale dans le but de lancer un dialogue politique. Toutefois, vraisemblablement conscient de l’hypocrisie et de la duplicité de certains des participants, le secrétaire général Guterres a fait savoir que son secrétariat ne participera à aucune réunion de groupes qui se forment pour discuter de la crise vénézuélienne, afin de « garder sa crédibilité ».

De son côté, et alors que l’opération « corridor humanitaire » va démarrer sous l’œil des essaims de caméras, à la demande du « président par intérim », le directeur des opérations du Comité international de la Croix Rouge (CICR), Dominik Stillhart, a informé que tout acheminement d’aide au Venezuela ne sera(it) possible qu’avec « le consentement du gouvernement du président Nicolás Maduro ». Cheffe de la délégation du CICR pour les Etats-Unis et le Canada, Alexandra Boivin a même été plus loin en avertissant Washington « des risques qu’implique sa décision d’envoyer de l’aide au Venezuela sans autorisation du gouvernement ».

Trump et ses petits soldats peuvent bien monopoliser les « unes » des ex-journaux d’information, les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les 197 Etats actuellement reconnus par l’Organisation des Nations unies, seuls 34 ont reconnu Juan Guaido [14].« Le [supposé] défaut de légitimité [de Maduro] n’est jamais qu’un prétexte d’apparence juridique invoqué pour justifier un refus de reconnaissance inspiré par des considérations purement politiques [15].  » Même avec l’onction de l’impérialisme et du sous-impérialisme, une tentative de coup d’Etat demeure une tentative de coup d’Etat. Aux pages les plus honteuses de l’Histoire de France – la reconnaissance du régime franquiste en 1939 ou le maintien des relations diplomatiques avec le Chili, après le coup d’Etat du général Augusto Pinochet (1973) – , il conviendra désormais de rajouter un chapitre : Emmanuel Macron et le Venezuela.

Illustration  : ATTENTION : CECI N’EST PAS UNE « FAKE NEWS » – Manifestation d’appui au président Nicolas Maduro, le 2 février, à Caracas (malheureusement trop discrète pour être remarquée par les médias).


[1] Depuis janvier 2016, l’Assemblée nationale, dominée par l’opposition, se trouve dans l’illégalité (« desacato ») pour avoir fait prêter serment à trois députés élus dans des conditions irrégulières.

[2]  Globovisión, Caracas, 15 janvier 2019.

[3] Olivia Danic, « L’évolution de la pratique française en matière de reconnaissance de gouvernement », Annuaire français de droit international, CNRS Editions, Paris, 2013.

[4] « Déclaration sur l’inadmissibilité de l’intervention et de l’ingérence dans les affaires intérieures des Etats », résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies 36/103 du 9 décembre 1981.

[5] A chaque session, l’Assemblée générale examine les pouvoirs de tous les représentants des Etats membres participants.

[6] France, Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni et Chine.

[7] Résolution 396 (V) du 14 décembre 1950 de l’Assemblée générale des Nations unies.

[8] Le 5 décembre 1992, accompagné d’un fort contingent de journalistes pour immortaliser son courage et son abnégation, Kouchner, alors ministre de la Santé et de l’Action humanitaire du gouvernement Bérégovoy (socialiste), débarqua, un sac de riz sur l’épaule, sur une plage, au nord de Mogadiscio.

[9] Pour saisir l’ampleur dévastatrice de ces sanctions, on en consultera la liste détaillée et actualisée sur le blog de Romain Migus, « Venezuela en vivo » : https://www.romainmigus.info/2019/01/chronologie-des-sanctions-economiques.html

[10] Le 28 juin 1992, lors d’une visite éclair à Sarajevo, pendant le conflit en ex-Yougoslavie, Mitterrand, pressé par les inévitables Bernard-Henri Levy et Bernard Kouchner, rejeta toute action militaire contre la Serbie.

[11] Lire Maurice Lemoine, Les enfants cachés du général Pinochet. Précis de coups d’Etats modernes et autres tentatives de déstabilisation, Don Quichotte, Paris, 2015.

[12] La chaîne d’information panaméricaine Telesur s’est vue interdire de couvrir sa dernière réunion à Ottawa (si quelqu’un croise Reporters sans frontières, prière de bien vouloir l’en informer).

[13] Allemagne, Espagne, France, Italie, Portugal, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède.

[14] 16 en Amérique (sur 35) ; 15 en Europe (sur 50) ; 1 au Proche-Orient (sur 16) ; 1 en Afrique (sur 54) ; 1 en Océanie (sur 15).

[15] J. Touscoz, Le principe d’effectivité dans l’ordre international, LGDJ, Paris, 1964.