Élections régionales au Venezuela : large victoire du chavisme et… nouvelle défaite de la droite et des médias

Ce dimanche 15 octobre, plus de 18 millions de vénézuéliens étaient invités à élire les 23 gouverneurs de 23 états parmi 226 candidats de droite ou bolivariens (= chavistes) – sauf à Caracas qui n’est pas un État. À cet effet le Centre National Électoral avait installé dans tout le pays 13.559 centres de vote et 30.274 tables électorales. Le taux de participation a été de 61,4 %, un taux très élevé pour un scrutin régional.

Les bolivariens remportent une large victoire avec 17 états contre 5 pour l’opposition. Celle-ci gagne notamment dans les états stratégiques de Mérida, Táchira, Zulia, proches de la Colombie, foyers de violence paramilitaire. Les bolivariens récupèrent trois états historiquement gouvernés par la droite : les états d’Amazonas, de Lara et – victoire hautement symbolique – celle du jeune candidat chaviste Hector Rodriguez dans l’État de Miranda, longtemps gouverné par le milliardaire et ex-candidat à la présidentielle Henrique Capriles Radonsky.

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Pour mieux comprendre le ressort vivant du chavisme, il suffit de comparer deux images. En haut : une droite machiste, blanche, liée à l’entreprise privée, adoubée par Donald Trump, l’Union Européenne, Emmanuel Macron, Mariano Rajoy, Angela Merkel et les grands médias internationaux, pour « rétablir la démocratie ». En bas, les secteurs populaires – une population métissée, majoritaire, mais invisibilisée par les médias – font la fête à Petare, un des plus grands « barrios » d’Amérique Latine, après la victoire du candidat bolivarien Hector Rodriguez. (1)

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Le candidat bolivarien Hector Rodriguez a gagné son pari de reprendre l’état de Miranda à la droite.

C’est le 22ème scrutin depuis que le chavisme est arrivé au gouvernement, et le deuxième de l’année (on peut y ajouter plusieurs consultations – organisées en interne et sans cadre légal – par les partis de droite en 2017). Cette élection des gouverneurs sera suivie par celle des maires puis, en 2018, par les élections présidentielles.

Ces résultats qui donnent au chavisme 54 % des votes nationaux contre 45 % à la droite sont d’autant plus intéressants que ces élections ont lieu dans un contexte difficile. Il y a deux mois et demi encore, une insurrection armée dirigée par l’extrême droite cherchait à renverser le gouvernement élu, avec un bilan de près de 200 morts (2). Cette déstabilisation prit fin le 30 juillet, lorsque la population jusque-là restée en marge de ces violences s’est mobilisée pour élire une Assemblée Constituante. Désavouée, la droite s’est alors déchirée entre un secteur radical maintenant l’objectif de revenir au pouvoir sans passer par les urnes et un secteur acceptant de revenir à la voie électorale. Pour tenter d’infléchir le scrutin en sa faveur, la droite, le secteur privé (80 % de l’économie) et les Etats-Unis ont remis toute la pression dans la guerre économique, avec l’envol astronomique des prix de certains de produits de base afin d’augmenter le mécontentement populaire. Comme d’habitude, soucieuse d’alimenter le storytelling international, la droite a contesté les résultats, évoquant une « fraude ». Le président Maduro a répondu en demandant un recomptage de 100 % des votes.

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Les experts du Collège d’Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA)  ont suivi l’ensemble du processus électoral.

Parmi les observateurs internationaux dont 50 experts électoraux, le colombien Guillermo Reyes, porte-parole du respecté Collège d’Experts Electoraux d’Amérique Latine (formé d’ex-présidents de centres nationaux électoraux de nombreux pays) a rappelé que le système électronique du Venezuela est le plus moderne du continent et que plusieurs jours avant l’élection, l’ensemble des partis de droite et de gauche ont participé aux essais techniques du vote, signant le rapport concluant à sa fiabilité. En 2012 déjà, le système électoral automatisé du Venezuela a été qualifié par le Centre Carter de « meilleur du monde ». (3)

Avec 22 scrutins en 18 ans de processus bolivarien, le Venezuela continue donc à battre tous les records en nombre d’élections et même si les secteurs radicaux de la droite crient à la fraude quand les résultats ne les favorisent pas, celle-ci en a remporté plusieurs, comme les législatives de 2015.

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Scènes de la campagne et de l’élection régionale du 15 octobre 2017.

Contrairement à ce que les médias veulent faire croire au monde entier, la droite vénézuélienne dispose de tous les moyens pour s’exprimer. La majorité des médias, privés, et des réseaux sociaux (bots y compris…) lui est largement favorable sur les plans local, régional, national et international (4). On comprend le silence des médias internationaux sur ce scrutin qui contredit, une fois de plus, le plus grand fake news de l’histoire contemporaine : « la dictature au Venezuela ». Les urnes rappellent aux « journalistes » qu’il ne faut pas sous-estimer l’existence et la conscience du peuple vénézuélien.

Thierry Deronne, Caracas, le 15 octobre 2017

Notes

  1. Lire « On n’a encore rien dit du Venezuela », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/09/25/on-na-encore-rien-dit-du-venezuela-le-journal-de-linsoumission/
  2. Pour un graphique et un tableau précis et complet des victimes, des secteurs sociaux, des responsables et des personnes condamnées, voir https://venezuelanalysis.com/analysis/13081; Sur les assassinats racistes de la droite : Sous les Tropiques, les apprentis de l’Etat Islamique – 27 juillet 2017 ; Le Venezuela est attaqué parce que pour lui aussi « la vie des Noirs compte » (Truth Out) – 24 juillet 2017
  3. « Former US President Carter: Venezuelan Electoral System “Best in the World” », https://venezuelanalysis.com/news/7272
  4. Au Venezuela la majorité des médias, comme l’économie en général, sont privés et s’opposent aux politiques sociales du gouvernement bolivarien. Voir Mensonges médiatiques contre France insoumise, partie I : « Maduro a fermé 49 médias ». – On peut lire aussi, sur ce thème : Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture, http://wp.me/p2ahp2-1M7

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L’Assemblée Constituante dans les territoires

L’Assemblée Nationale Constituante (ANC) est installée depuis plus d’un mois. La dynamique politique du conflit au Venezuela a changé depuis cette date jusqu’à aujourd’hui, le pays n’est plus en surface ce qu’il était il y a quelques mois: l’insurrection de la droite s’est éloignée des rues. C’était un des objectifs centraux de l’élection de l’ANC : faire rentrer le débat politique dans le champ de la démocratie, au moins pour le moment – même si en sous-main des mouvements de violence sont en marche.

Avec ce nouvel équilibre des forces, une autre initiative a vu le jour : le déploiement d’une partie des députés constituants dans les territoires, du vendredi au dimanche, jours établis de manière hebdomadaire pour une dynamique qui se veut la colonne vertébrale du processus constituant. Plusieurs assemblées ont eu lieu dans le pays, la majorité au cœur des quartiers populaires et des zones rurales, certaines avec des autorités institutionnelles – des maires par exemple – et d’autres directement avec la population.

Nous avons recueilli les thèmes débattus au cours de cinq de ces assemblées: dans la Centrale Sucrière Ezequiel Zamora, sur la Place Hugo Chávez de Sabaneta, au Centro Agricole Génétique Florentino, dans la cour d’une maison de Barinitas et dans une école de El Cobre. Quatre assemblées citoyennes dans l’état de Barinas, une dans l’état du Táchira, avec la participation d’ouvriers, de petits producteurs agricoles, de membres de communes, de voisins du secteur et de députés constituants. Dans tout ce qu’on a entendu lors de ces assemblées on peut dire qu’il existe trois grands axes et besoins exprimés par la base: la production, la corruption et la justice.

La production

C’est un thème répété depuis des années : il est nécessaire de produire plus, et de dépendre moins du pétrole. C’est ce qui s’est dit dans chaque assemblée, où ont été présentés des plans concrets de production tant pour les entreprises d’État que pour des expériences sociales-communales – on compte 137 communes à Barinas, 75 dans l’état de Táchira, et presque toutes connaissent un développement productif. La proposition est claire, l’heure historique exige d’augmenter les niveaux de production, la capacité pour la consommation nationale et l’exportation. Ceux qui produisent la richesse – ouvriers, producteurs, communards – ont montré leur volonté de construire des réponses face aux nécessités du pays.

Le diagnostic sur des entreprises dans les mains de l’État montre que la majorité ne fonctionnent pas comme elles devraient, et produisent en-dessous de leur potentiel, ce qui n’est pas le projet originel. Cette situation constitue une limitation sévère dans une économie partagée entre trois propriétés – privée, d’État, sociale/communale – dans une guerre économique où l’État est appelé à jouer un rôle central.

La corruption

Tous les débats sur la production ont eu pour corollaire la nécessité de combattre la corruption. Le problème touche deux domaines fondamentaux : l’État et le secteur privé. L’accent a été mis sur le premier, et en particulier sur deux aspects. L’un d’eux est la difficulté que rencontrent les initiatives sociales/communales, ou les entreprises publiques elles-mêmes, pour obtenir des réponses dans les demandes faites à l’État – qu’ils s’agissent d’institutions ou d’entreprises. L’autre aspect abordé est le mauvais usage des ressources dans les entreprises d’État qui se traduit, par exemple, par la déviation d’intrants destinés à la production agricole: des entreprises d’État elles-mêmes revendent ces biens aux réseaux du marché noir qui les revendent ensuite aux producteurs à des prix inaccessibles.

Dans chacun de ces cas la conclusion est claire : il est nécessaire d’en finir avec la corruption. Il s’agit d’un problème qui pèse depuis des années sur l’économie, détruit des projets, empêche le développement du modèle productif national. Sans sanctions, commet réactiver la production ? Comment faire pour que les nouvelles initiatives aient du succès et ne finissent pas comme les précédentes ?

La justice

Le besoin de justice s’est manifesté tant vis-à-vis des corrompus que vis-à-vis de ceux qui ont dirigé et pratiqué l’insurrection armée de la droite menée d’avril à juin, qui a fait plus d’une centaines victimes, et qui a donné lieu à une augmentation des faits de délinquance. Cette exigence que la justice s’exerce s’est exprimée en particulier dans les villages assiégés pendant cette période de violences – c’est le cas de Barinitas et de El Cobre. Dans le premier cas, la population a dû affronter principalement des groupes armés ramenés de l’extérieur pour causer des destructions. Les preuves: la mairie et le commissariat de police avec des marques des incendies et des destructions, les magasins vandalisés qui n’ont pas encore rouvert, l’ouvrier assassiné par une arme à feu. Dans le second cas, le plan a combiné l’incursion de forces de choc de la droite – sûrement paramilitaires – avec l’action d’habitants de l’opposition. Ceux-ci ont agressé les voisins chavistes et les centres électoraux pour tenter d’empêcher les élections à l’Assemblée Constituante du 30 juillet.

On a besoin de justice dans ces villages, d’une justice qui ne concerne pas seulement les dirigeants nationaux de l’escalade violente – comme Voluntad Popular -, mais qui soit aussi plus locale, complexe, où de « bons voisins » se sont transformés en assassins potentiels et où des groupes armés ont suivi des schémas de type militaire.

***

Les députés constituants se sont trouvés face à un éventail de demandes. Leur tâche est de réaliser une synthèse pour l’élever jusqu’à l’Assemblée Nationale Constituante et à ses commissions de travail respectives – au nombre de 22, chacune s’occupant d’un axe thématique différent – et d’ébaucher une architecture constituante de démocratie représentative et participative qui se déroule tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’hémicycle.

On ressent la nécessité de ces assemblées. Il persiste dans les communautés un grand manque d’information sur l’Assemblée Constituante, il y a une sensation de distance vis-à-vis de ce nouveau pouvoir : alors que l’Assemblée Constituante prend des mesures politiques – et parle à travers un nombre réduit de personnes- la réalité économique se détériore chaque jour. Grâce aux mesures économiques annoncées par le président Maduro et à ces rencontres face à face sur le terrain, la distance se réduit, et permet à la population de s’approprier d’une instance pour laquelle elle a voté dans l’espoir qu’elle résoudrait ses problèmes.

Il n’existe pas de clef unique pour résoudre les urgences et les nécessités stratégiques. Les causes de la situation sont économiques et politiques, tant internationales que nationales, dans un contexte de tentative d’assaut final dirigé depuis les Etats-Unis. Dans cette complexité, où l’Assemblée Nationale Constituante doit prendre des mesures concrètes, on peut construire des mécanismes pour mettre en marche une participation populaire directe. Il faut valoriser le fait que dans leur immense majorité les gens sont prêts à résister, à en faire plus, même face à la détérioration des prix, à la corruption qui les affecte directement dans leurs expériences productives, et aux vagues de violence armée dirigées par la droite avec leur cortège de traumatismes et d’affrontements collectifs.

C’est dans la rencontre entre ces deux instances – territoires et députés constituants – que se trouve une des réponses à comment affronter la situation. Une situation qui en surface peut paraître plus calme : pas souterrainement, car la nécessité d’en finir avec l’expérience bolivarienne à tous les niveaux est intacte. Nous vivons en guerre.

Marco Teruggi

Source: https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/09/11/la-asamblea-nacional-constituyente-en-los-territorios/

Traduction: Thierry Deronne

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200 invités internationaux assisteront à la journée Nous Sommes tous le Venezuela

Venezuela | 15 septembre 2017

Plus de 200 invités internationaux  assisteront à la journée internationale Nous Sommes tous le Venezuela : un dialogue mondial pour la paix, la souveraineté et la démocratie bolivarienne, qui se tiendra du 16 au 19 septembre au Théâtre Teresa Carreño à Caracas.

Les sanctions économiques imposées par les États-Unis contre le Venezuela sera l’un des sujets abordés lors de la réunion, ainsi que les prétentions des puissances mondiales de porter atteinte à  l’indépendance et l’autodétermination des peuples.
Cette journée mondiale de solidarité sera suivie par divers mouvements sociaux, organisations de défense des droits civils, partis politiques, universitaires et intellectuels.
Les réunions préparatoires à cette journée internationale ont compté avec la présence du Mouvement Patria Grande de l’Argentine, du Mouvement ouvrier sans terre du Brésil, des Cercles bolivariens de New York, du Mouvement des pauvres des États-Unis, du Front Farabundo Martí pour la Libération Nationale d’El Salvador, du Mouvement de la France Insoumise, du Mouvement Terre  et Liberté du Pérou, de la Coordination latino-américain des organisations du Congo et du Frente Amplio d’ Uruguay.

http://www.albatv.org/200-invitados-internacionales.html

1973-2017 : l’effondrement idéologique de la “gauche” française

1973-2017 : l’effondrement idéologique de la “gauche” française

En 1973, le coup d’Etat du général Pinochet contre le gouvernement d’Unité populaire au Chili provoqua une vague d’indignation sans précédent dans les milieux progressistes du monde entier. La gauche européenne en fit le symbole du cynisme des classes dominantes qui appuyèrent ce “pronunciamiento”. Elle accusa Washington, complice du futur dictateur, d’avoir tué la démocratie en armant le bras meurtrier des militaires putschistes. En 2017, au contraire, les tentatives de déstabilisation du pouvoir légitime au Vénézuéla ne recueillent au mieux qu’un silence gêné, un sermon moralisateur, quand ce n’est pas une diatribe antichaviste de la part des milieux de gauche, qu’il s’agisse des responsables politiques, des intellectuels qui ont pignon sur rue ou des organes de presse à gros tirage.

Du PS à l’extrême-gauche (à l’exception du “Pôle de renaissance communiste en France”, qui a les idées claires), on louvoie, on ménage la chèvre et le chou, on reproche au président Maduro son “autoritarisme” tout en accusant l’opposition de se montrer intransigeante. Dans le meilleur des cas, on demande au pouvoir légal de faire des compromis, dans le pire on exige qu’il se démette. Manuel Valls, ancien premier ministre “socialiste”, dénonce la “dictature de Maduro”. Son homologue espagnol, Felipe Gonzalez, trouve scandaleux l’appel aux urnes, et il incrime “le montage frauduleux de la Constituante”. Mouvement dirigé par la députée de la “France Insoumise” Clémentine Autain, “Ensemble” condamne le “caudillisme” du pouvoir chaviste. Eric Coquerel, également député de la FI et porte-parole du Parti de gauche, renvoie dos-à-dos les fauteurs de violence qui seraient à la manœuvre “des deux côtés”, tout en avouant ingénument qu’il n’a “pas envie de critiquer Maduro”.

Entre 1973 et 2017, que s’est-il passé ? Il y a un demi-siècle, la gauche française et européenne était généralement solidaire – au moins en parole – des progressistes et révolutionnaires des pays du Sud. Sans méconnaître les erreurs commises et les difficultés imprévues, elle ne tirait pas une balle dans le dos à ses camarades latino-américains. Elle ne distribuait pas les responsabilités entre les putschistes et leurs victimes en rendant une sorte de jugement de Salomon. Elle prenait parti, quitte à se tromper, et ne pratiquait pas, comme la gauche actuelle, l’autocensure trouillarde et la concession à l’adversaire en guise de défense. Elle ne disait pas : tout cela, c’est très vilain, et tout le monde a sa part de culpabilité dans ces violences regrettables. La gauche française et européenne des années 70 était sans doute naïve, mais elle n’avait pas peur de son ombre, et elle ne bêtifiait pas à tout bout de champ lorsqu’il s’agissait d’analyser une situation concrète. C’est incroyable, mais même les socialistes, comme Salvador Allende, pensaient qu’ils étaient socialistes au point d’y laisser leur peau.

A voir l’ampleur du fossé qui nous sépare de cette époque, on est pris de vertige. La crise vénézuélienne fournit un exemple commode de cette régression parce qu’elle se prête à une comparaison avec le Chili de 1973. Mais si l’on élargit le spectre de l’analyse, on voit bien que le délabrement idéologique est général, qu’il traverse les frontières. Lors de la libération d’Alep par l’armée nationale syrienne, en décembre 2016, les mêmes “progressistes” qui font la fine bouche devant les difficultés du chavisme ont fait chorus avec les médias détenus par l’oligarchie pour accuser Moscou et Damas des pires atrocités. Et la plupart des “partis de gauche” français (PS, PCF, PG, NPA, Ensemble, EELV) ont appelé à manifester devant l’ambassade de Russie, à Paris, pour protester contre le “massacre” des civils “pris en otage” dans la capitale économique du pays.

Bien sûr, cette indignation morale à sens unique occultait la véritable signification d’une “prise d’otages” qui eut lieu, en effet, mais par les milices islamistes, et non par les forces syriennes. On put le constater dès que les premiers couloirs d’évacuation furent mis en place par les autorités légales : les civils fuirent en masse vers la zone gouvernementale, parfois sous les balles de leurs gentils protecteurs en “casque blanc” qui jouaient au brancardier côté cour et au djihadiste côté jardin. Pour la “gauche”, le million de Syriens d’Alep-Ouest bombardés par les extrémistes customisés en “rebelles modérés” d’Alep-Est ne comptaient pas, la souveraineté de la Syrie non plus. La libération d’Alep restera dans les annales comme un tournant de la guerre par procuration menée contre la Syrie. Le destin aura aussi voulu, malheureusement, qu’elle signale un saut qualitatif dans l’avachissement cérébral de la gauche française.

Syrie, Vénézuéla : ces deux exemples illustrent les ravages causés par l’indigence de l’analyse conjuguée à la couardise politique. Tout se passe comme si les forces qui tenaient lieu de “forces vives” dans ce pays avaient été anesthésiées par on ne sait quel puissant sédatif. Parti des sphères de la “gauche de gouvernement”, le ralliement à la doxa diffusée par les médias dominants est général. Convertie au néo-libéralisme mondialisé, l’ancienne social-démocratie ne s’est pas contentée de tirer une balle dans le dos à ses ex-camarades des pays du Sud, elle s’est aussi tirée une balle dans le pied. Transformé en courant minoritaire – social-libéral – au sein d’une droite plus dévouée que jamais au capital, le PS s’est laissé cannibaliser par Macron, la savonnette à tout faire de l’oligarchie capitaliste euratlantique. Dans les années 70, même la droite française “libérale éclairée”, avec Giscard d’Estaing, était plus à gauche que le PS d’aujourd’hui, ce résidu vermoulu dont l’unique fonction est de distribuer les sinécures aux rescapés du hollandisme.

La page de Solférino une fois tournée, on pouvait alors espérer que la “gauche radicale” prendrait le relais en soldant les comptes des errements passés. Mais la “France insoumise”, malgré son succès électoral du 23 avril 2017, est un grand corps mou, sans colonne vertébrale. On y trouve des gens qui pensent que Maduro est un dictateur et d’autres qui pensent qu’il défend son peuple. Ceux qui dénoncent l’adhésion de la France à l’OTAN pleuraient à chaudes larmes sur le sort de ses mercenaires wahhabites à Alep. La main sur le cœur, on se proclame contre l’ingérence étrangère et l’arrogance néo-coloniale au Moyen-Orient, mais on veut “envoyer Assad devant la CPI”, ce tribunal d’exception réservé aux parias du nouvel ordre mondial. Le président syrien, nous dit-on, est un “criminel”, mais on compte quand même sur le sacrifice de ses soldats pour éliminer Daech et Al-Qaida. Ces contradictions seraient risibles, si elles ne témoignaient d’un délabrement plus profond, d’un véritable collapsus idéologique.

Elle a beau vouloir rompre avec la social-démocratie, cette gauche adhère à la vision occidentale du monde et à son droit-de-l’hommisme à géométrie variable. Sa vision des relations internationales est directement importée de la doxa pseudo-humaniste qui partage le monde en sympathiques démocraties (nos amis) et abominables dictatures (nos ennemis). Ethnocentrique, elle regarde de haut l’anti-impérialisme légué par les nationalismes révolutionnaires du Tiers Monde et le mouvement communiste international. Au lieu de se mettre à l’école d’Ho Chi-Minh, Lumumba, Mandela, Castro, Nasser, Che Guevara, Chavez et Morales, elle lit Marianne et regarde France 24. Elle croit qu’il y a des bons et des méchants, que les bons nous ressemblent et qu’il faut taper sur les méchants. Elle est indignée – ou gênée – lorsque le chef de la droite vénézuélienne, formé aux USA par les néo-conservateurs pour éliminer le chavisme, est mis sous les verrous pour avoir tenté un coup d’Etat. Mais elle est incapable d’expliquer les raisons de la crise économique et politique au Vénézuéla. Pour éviter les critiques, elle répugne à décrire comment la rupture des approvisionnements a été provoquée par une bourgeoisie importatrice qui trafique avec les dollars et organise la paralysie des réseaux de distribution en espérant saper la légitimité du président Maduro.

Indifférente aux mouvements de fond, cette gauche se contente de participer à l’agitation de surface. En proie à une sorte de divertissement pascalien qui la distrait de l’essentiel, elle ignore le poids des structures. A croire que pour elle, la politique n’est pas un champ de forces, mais un théâtre d’ombres. Elle prend parti pour les minorités opprimées à travers le monde en omettant de se demander pourquoi certaines sont visibles et d’autres non. Elle préfère les Kurdes syriens aux Syriens tout court parce qu’ils sont minoritaires, sans voir que cette préférence sert leur instrumentalisation par Washington qui en fait ses supplétifs et cautionne un démembrement de la Syrie conforme au projet néo-conservateur. Elle refuse de voir que le respect de la souveraineté des Etats n’est pas une question accessoire, qu’elle est la revendication majeure des peuples face aux prétentions hégémoniques d’un Occident vassalisé par Washington, et que l’idéologie des droits de l’homme et la défense des LGBT servent souvent de paravent à un interventionnisme occidental qui s’intéresse surtout aux hydrocarbures et aux richesses minières.

On pourra chercher longtemps, dans la production littéraire de cette gauche qui se veut radicale, des articles expliquant pourquoi à Cuba, malgré le blocus, le taux de mortalité infantile est inférieur à celui des USA, l’espérance de vie est celle d’un pays développé, l’alphabétisation est de 98% et il y a 48% de femmes à l’Assemblée du pouvoir populaire (merci à Salim Lamrani et à Flavien Ramonet, enfin, de l’avoir fait). On n’y lira jamais, non plus, pourquoi le Kérala, cet Etat de 33 millions d’habitants dirigé par les communistes et leurs alliés depuis les années 50, a l’indice de développement humain de loin le plus élevé de l’Union indienne, et pour quelle raison les femmes y jouent un rôle social et politique de premier plan. Car les expériences de développement autonome et de transformation sociale menées loin des projecteurs dans des contrées exotiques n’intéressent guère nos progressistes, fascinés par l’écume télévisuelle et les péripéties du barnum politicien.

Dopée à la moraline, intoxiquée par le formalisme petit-bourgeois, la gauche boboïsée signe des pétitions, elle intente des procès et lance des anathèmes contre des chefs d’Etat qui ont la fâcheuse manie de défendre la souveraineté de leur pays. Ce manichéisme lui ôte la pénible tâche d’analyser chaque situation concrète et de regarder plus loin que le bout de son nez. Elle fait comme si le monde était un, homogène, traversé par les mêmes idées, comme si toutes les sociétés obéissaient aux mêmes principes anthropologiques, évoluaient selon les mêmes rythmes. Elle confond volontiers le droit des peuples à s’auto-déterminer et le devoir des Etats de se conformer aux réquisits d’un Occident qui s’érige en juge suprême. Elle fait penser à l’abolitionnisme européen du XIXème siècle, qui voulait supprimer l’esclavage chez les indigènes en y apportant les lumières de la civilisation au bout du fusil. La gauche devrait savoir que l’enfer de l’impérialisme aujourd’hui, comme du colonialisme hier, est toujours pavé de bonnes intentions. Lors de l’invasion occidentale de l’Afghanistan, en 2001, on n’a jamais lu autant d’articles, dans la presse progressiste, sur l’oppression des femmes afghanes et l’impératif moral de leur libération. Après quinze ans d’émancipation féminine au canon de 105, elles sont plus couvertes et illettrées que jamais.

Bruno GUIGUE

URL de cet article 32210
https://www.legrandsoir.info/1973-2017-l-effondrement-ideologique-de-la-gauche-francaise.html

REPUBLIQUE BOLIVARIENNE DU VENEZUELA MINISTERE DU POUVOIR POPULAIRE POUR LES RELATIONS EXTERIEURES

COMMUNIQUE

 Le Gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela manifeste son ferme rejet des regrettables déclarations du Président Emmanuel Macron dans le cadre d’une réunion d’Ambassadeurs à Paris, le 29 août 2017, qui constituent une nette ingérence dans les affaires intérieures de la République bolivarienne du Venezuela.

Des déclarations comme celle-ci portent atteinte à inconstitutionnalité vénézuélienne et semblent suivre la permanente obsession impériale d’attaquer notre peuple, ignorant les principes les plus élémentaires du Droit international.  Ces agressions ne contribuent nullement au bon état des relations que nous avons historiquement maintenues et cultivées entre les deux pays.

Le Gouvernement vénézuélien exige du Gouvernement français le respect de sa démocratie, construite sur la base des principes républicains universels et soutenue par la souveraineté populaire.  La prise de position du Président Macron constitue une offense au Peuple et au Gouvernement démocratiquement élu du Venezuela ainsi qu’à ses institutions.

Les affirmations du Chef de l’Etat français révèlent une profonde méconnaissance de la réalité vénézuélienne, dont le peuple se trouve dans une paix absolue après l’élection populaire de la souveraine Assemblée Nationale Constituante, tandis que s’organise un nouveau processus électoral pour élire les Gouverneurs régionaux conformément à la Constitution nationale, avec la participation de tous les facteurs politiques du pays.

Nous exhortons le Gouvernement français à revenir à la position sensée de soutenir le processus de dialogue national, sans intervenir dans les affaires intérieures, dans le respect du droit à l’autodétermination de notre Peuple et posant les fondations de bonnes relations bilatérales.

Caracas, le 29 août 2017

Court Métrage La Tierra Es De Todos

Du 19 au 23 août 2016, l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, de Télévision et de Théâtre (EPLACITE) a invité les cinéastes Andrés et Luis Rodriguez comme formateurs pour un atelier de réalisation  à  l’école des mouvements sociaux «Caquetios», Estado Lara, Vénézuela. Chaque membre des collectifs sociaux réunis a observé la réalité de Caquetios pour y découvrir un thème personnel, le filmer avec l’aide de ses camarades et l’ajouter au bloc collectif d’images. Le montage cherche à révéler les relations entre tous ces mondes. La production de ce court métrage a pu compter avec le soutien de la la Brigada Apolonio de Carvalho du Mouvement des sans-terre du Brésil, de l’équipe de coordination de Alba TV, de l’association France Amérique Latine (FAL 33) et de l’équipe pédagogique d’EPLACITE: Jesus Reyes, Juan José Moreno et Thierry Deronne.

Communiqué de Citoyens pour la paix en Colombie

Historiquement les indigènes, les noirs et les paysans en général ont souffert de la dépossession de leurs terres, par des attaques violentes, et l’expansion de la guérilla et des paramilitaires. Surtout aux mains de ces derniers, les paysans ont perdu leurs terres et leurs dirigeants ont perdu la vie. La contre réforme agraire a totalisé huit millions de victimes. Aujourd’hui prévaut un modèle agro industriel et minier agressif et prédateur qui anéantit l’économie paysanne. Cela compromet fortement la sécurité alimentaire du pays et aggrave les inégalités.

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