Assemblée Générale de FAL 33

Convocation-AG-2017-juin2018

Chers adhérent(e)s, ami(e)s de l’Amérique latine,

France Amérique Latine Comité Bordeaux-Gironde,  est  heureuse de vous annoncer que sa prochaine Assemblée Générale aura lieu le samedi 23 juin 2018 à 16h. Les documents officiels de l’AG seront distribués lors de l’AG.

Lieu : Salle municipale du Grand Parc – Place de l’Europe – BORDEAUX.

==>> Tramway ligne C arrêt Camille Godard puis correspondance bus 15 direction Les Aubiers, arrêt Place de l’Europe».

Déroulement de l’après-midi :

  • 16h : AG de Fal 33
  • Suivi d’un apéro dinatoire

Ordre du jour de l’AG :

–    Bilan moral et financier de l’association pour l’année 2017

  • Perspectives pour l’année 2018
  • Élection du Conseil d’Administration (CA) 2018

Vous êtes tou(te)s convié(e)s à vous joindre à nous pour partager ce moment important de la vie de notre association. N’hésitez pas à présenter votre candidature pour le CA et faites-nous en part le plus tôt possible. Du dynamisme du CA, dépend la vitalité de l’Association, tout le monde y est le bienvenu !

Si vous ne pouvez être présent lors de l’Assemblée Générale, vous pouvez nous faire parvenir une procuration. Toute personne peut assister à l’Assemblée Générale, mais pour participer au vote il faut être à jour de sa cotisation. Pour ceux qui le souhaitent, nous vous invitons à adhérer ou à renouveler votre adhésion : le bulletin d’adhésion ci-joint est à nous renvoyer par courrier ou à nous remettre le jour de l’Assemblée Générale.

Espérant vous retrouver nombreuses et nombreux à cette occasion,

L’Equipe de Fal33

 

 

 

 

 

 

Angel de la Calle – 35è Rencontres 2018                                                  Nouveau projet : accompagnement à l’éco tourisme à Cuba

 

 

 

Emmanuel Todd : « Il ne s’est rien passé en Syrie ; l’Occident est perdu »


Je suis un peu rassuré parce qu’il ne s’est rien passé. Quand on suivait la presse anglo-américaine, ce que je fais tous les matins, on était dans une séquence anti-russe. En fait ce qui montait depuis les affaires d’Angleterre, ce qui montait dans le discours, c’était une sorte de montée en puissance d’une sorte de russophobie absolument mystérieuse et qui mériterait analyse. Et les derniers développements diplomatiques, c’était les Américains et Trump faisant des tweets menaçant d’une frappe massive, etc. Et les Russes disant : eh bien écoutez, si c’est ça, nous allons utiliser notre défense anti-aérienne et ce système qui fait peur à tout le monde, le système S400 qui est paraît-il le meilleur système de défense sol-air du monde.

Et là, on avait simplement la possibilité d’une guerre majeure et d’une sorte de showdown, c’est-à-dire la révélation de la fin d’une partie de poker, puisqu’en fait on ne sait pas ce dont les Russes sont capables. Les S400 sont peut-être capables de détruire en l’air tout ce qui vole et ça aurait été en dix minutes la fin de l’imperium américain. Ou ça aurait été l’échec du S400 et c’était de nouveau les États-Unis déchaînés.

Or là, on a tiré des pétards, on a négocié avec les Russes. Il y avait une dynamique anti-russe qui montait et puis finalement, les Américains, les Britanniques et les Français ont tapé là où les Russes les autorisaient. Donc on est revenu dans le rien. Au stade actuel de l’information, je suis plutôt rassuré.

La Russie est une puissance d’équilibre face aux États-Unis sur le plan militaire

Je parle d’un point de vue a priori très favorable au monde anglo-américain. Je suis français, mais comme la France est prisonnière d’un euro qu’elle ne contrôle pas et que son action ne compte plus beaucoup, ça n’a pas tellement d’importance. Alors, ce qui me préoccupe actuellement, quand on lit la presse occidentale, pour moi, c’est que c’est une presse folle. C’est-à-dire que la vision du monde dans laquelle on entretient les citoyens du monde occidental, la vision d’une Russie hyper-puissante, menaçante, tentaculaire, totalitaire, etc., est en fait une vision hallucinatoire.

La Russie a un régime que j’appelle démocratie autoritaire. Poutine est élu. Il y a un certain type de contrôle des organes de presse, mais les Russes sont informés. Tout le monde est d’accord sur le fait que les Russes sont favorables à la politique de Poutine. La Russie est un pays qui doit avoir un peu plus de 140 millions d’habitants, c’est-à-dire dix fois moins que le monde dit occidental. C’est un pays qui vient de retrouver un certain type de stabilité et de sécurité sociale. Le taux de suicide s’y effondre. Le taux d’homicide s’y effondre. Un certain type de confiance sociale vient d’être rétablie en Russie. La vraie raison de la popularité de Poutine, c’est simplement qu’après la crise de sortie du communisme, les Russes se sentent mieux. Ils ont un avenir. La fécondité est un peu remontée, quoiqu’elle rebaisse un petit peu. Et, ça c’est vrai, ce pays est revenu à parité sur le plan des technologies militaires. Il ne fait aucun doute qu’ils ont fait une remontée technologique. Et de fait, la Russie se trouve être la seule force au monde qui puisse faire face, être une puissance d’équilibre face aux États-Unis sur le plan militaire.

Si on pense en terme d’équilibre des pouvoirs, si on respecte la Constitution américaine, on doit se dire que c’est mieux, quand même ! Parce que l’idée qu’un seul pays au monde serait capable de faire ce qu’il veut n’est pas un bon concept du point de vue libéral. Même si on n’aime pas la Russie, l’existence d’un pôle de stabilité qui n’a pas de vrai capacité d’expansion – c’est trop petit en terme de population – on devrait prendre ça pour une bonne nouvelle.

Et là [en Occident, ndlr], la Russie, pas seulement Poutine, est un monstre, situé en plus par rapport à des critères anthropologiques et familiaux qui ne doivent rien avoir à faire avec la géopolitique, comme le statut des homosexuels ou quelque chose comme ça. Il y a une vision extrêmement négative de la Russie. Toutes les interventions russes, tout ce que disent les Russes est considéré comme la parole de Satan, du mensonge, etc.

La fébrilité absolument incroyable des grandes démocraties occidentales

Et puis nous, on fait comme si on était normaux. Mais la vérité, c’est que le monde le plus occidental, les trois démocraties occidentales originelles – la France, l’Angleterre et les États-Unis, c’est-à-dire les nations qui ont construit la démocratie – peuvent être considérées comme dans un état de fébrilité absolument incroyable. C’est un monde en crise. […] La vérité, c’est que dans ces trois démocraties, on est dans une situation d’instabilité et de schizophrénie.

[…] Je lis les textes de Poutine, ou de Lavrov1, ou qu’il s’agisse des contacts que j’ai pu avoir encore récemment à l’ambassade de Russie, le niveau intellectuel des diplomates russes et des dirigeants russes est très supérieur à celui des Occidentaux. Vous ne pouvez pas comprendre la situation si vous ne voyez pas cette asymétrie. C’est-à-dire, une interview de Lavrov ou une discussion avec Orlov, ambassadeur russe à Paris, c’est des gens qui sont très supérieurs aux gens du quai d’Orsay. Ils ont une vision de l’histoire, une vision du monde, une vision de la Russie, une vision de l’équilibre des puissances, une vision du contrôle de soi, ce qu’ils appellent professionnalisme.

[…] Si vous arrêtez de lire Le Monde et de croire ce qu’il y a dedans, vous vous dîtes : ben écoutez, où est la rationalité, ou est l’intelligence, où est le contrôle de soi ? C’est ça qui est important.

=> La suite (toute aussi passionnante) dans la vidéo ci-dessous :

Une fois tous les cinq ans, le mirage de l’Europe sociale

Par Bernard Cassen  |  12 avril 2018

Les amateurs de comédies musicales connaissent bien Brigadoon, film de Vincente Minnelli sorti en 1954, et dont les principaux acteurs sont Cyd Charisse et Gene Kelly. On y voit deux Américains venus chasser la grouse dans les Highlands écossais où ils découvrent un village mystérieux, Brigadoon, frappé d’une malédiction : il existe seulement une journée par siècle. Dans la comédie politique européenne, c’est une malédiction du même type dont est victime l’ambition d’une « Europe sociale » : pendant quelques semaines, tous les cinq ans, elle fait surface dans les programmes des candidats aux élections au Parlement européen. Puis elle disparaît du paysage politique jusqu’au scrutin suivant.

Les dirigeants des Etats et des institutions de l’Union européenne (UE) semblent avoir compris que ce scénario, vieux de plusieurs décennies, ne pouvait pas se répéter indéfiniment car, au vu de l’expérience, plus personne n’allait prendre au sérieux ses promesses. C’est pourquoi, sans attendre la campagne des élections européennes du 26 mai 2019, et pour préparer le terrain, ils ont pris des initiatives visant à accréditer l’idée que l’UE pouvait aussi être « sociale ». C’est ainsi que, le 17 novembre dernier, lors du Conseil européen réuni à Göteborg en Suède, a été adopté un « Socle européen des droits sociaux » reposant sur vingt principes et droits essentiels, ordonnés autour de trois thèmes principaux : égalité des chances et accès au marché du travail ; conditions de travail équitables ; protection et insertion sociales.

Afin de lui conférer un maximum de solennité, ce texte a été signé par les présidents du triangle institutionnel : celui du Conseil, celui de la Commission et celui du Parlement. Cette mise en scène a une fonction bien précise : faire oublier que les grands principes énoncés dans ce socle n’ont aucun caractère contraignant. Ils sont simplement « proclamés », et leur concrétisation dépend du bon vouloir des gouvernements et de la Commission. On ne trouve ni objectif chiffré ni calendrier ni procédure de sanctions en cas de non respect de telle ou telle partie du socle par un Etat membre de l’UE. Il en va tout autrement en matière de politique budgétaire où les traités prévoient un plafond de 3 % des déficits publics et des amendes pour les Etats qui ne le respectent pas.

Cette différence de traitement en dit long sur la place du « social » dans la hiérarchie des politiques européennes. Et ce n’est pas l’annonce, par la commissaire Marianne Thyssen, de la création, en 2019, d’une Autorité européenne du travail (AET) qui modifiera radicalement cette hiérarchie. Structure permanente dotée d’un budget de 50 millions d’euros par an et d’environ 140 agents, l’AET serait chargée, entre autres responsabilités, d’articuler les modalités d’intervention des différents systèmes nationaux d’inspection du travail en cas de conflits sociaux transnationaux. Même si une telle structure – de taille très modeste – peut avoir un minimum d’utilité quant elle sera opérationnelle – en 2023 ! –, on a du mal à partager l’enthousiasme de la commissaire qui voit en elle « le joyau de la couronne d’un marché du travail européen fonctionnel »…

D’ici aux élections au Parlement européen, d’autres initiatives de ce type verront sans doute le jour pour tenter de donner un vernis « social » à l’UE et fournir ainsi quelques munitions électorales utilisables contre les partis et mouvements eurosceptiques. Mais il ne faut pas s’illusionner : elles ne pourront pas s’extraire de la logique libérale des traités et de sa traduction dans les politiques nationales. A cet égard, il est hautement significatif que, dans ses propositions de relance de l’UE, Emmanuel Macron ne soit intéressé que par l’intégration économique, financière et politique de la zone euro. Quid du « social » ? La réponse est simple : quelques mesures cosmétiques et des campagnes de communication à forts budgets pour les « vendre » aux opinions publiques…

http://www.medelu.org/Une-fois-tous-les-cinq-ans-le

La Zad et la guerre civile mondiale

9 avril 2018 / Hervé Kempf (Reporterre)

L’offensive du gouvernement contre la Zad vise à détruire la possibilité de vies alternatives. Et s’inscrit dans une tendance mondiale des classes dirigeantes néo-libérales à imposer un pouvoir fort.

2.500 gendarmes mobiles, des véhicules blindés, des hélicoptères, des camions, des bétaillères… ainsi que quelques centaines de CRS à Nantes et à Rennes, pour couvrir l’arrière… la France sera lundi 9 avril en guerre. Contre qui ? Contre quelques deux cents personnes, vivant dans un paysage de bocage où ils font du pain, de la bière, du maraîchage, et bricolent, discutent, lisent, vont et viennent. L’appareil militaire de la France, qui intervient au Mali, en Syrie, en Irak – sans que le Parlement en débatte, contrairement à ce que prescrit l’article 35 de la Constitution -, s’apprête donc à se déployer sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes.

On sait la logique apparente de cette opération que tout être sensé considérerait comme la manifestation la plus aigüe d’un grand délire : après avoir cédé devant une lutte populaire en abandonnant le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement veut signifier sa force en expulsant des « occupants illégaux ». Il méprise les procédures qui encadrent rigoureusement la procédure d’expulsion, il rejette sans discussion la proposition de gestion collective de terres entretenues depuis dix ans par ces occupants, et il n’a pas le moindre projet concret d’utilisation de cette zone à l’écologie unique et préservée précisément grâce à celles et ceux que MM. Macron, Philippe, Collomb et Hulot veulent chasser.

Ce brillant quatuor pourra ainsi, grâce aux images et aux commentaires complaisamment relayés par les médias de MM. Niel, Drahi, Bolloré, Dassault, Lagardère, Bouygues, et tutti quanti, montrer à l’opinion ce que signifie « l’ordre » et indiquer aux divers mouvements sociaux qui bouillonnent dans le pays ce à quoi ils peuvent s’attendre.

Ce qu’ont pour mission d’abattre les 2.500 robocops, c’est la possibilité de vivre autrement

Mais ce n’est pas ce seul effet politique que cherchent M. Macron et ses sbires. La disproportion des moyens employés indique que ce que qui se vit à la Zad menace l’ordre néo-libéral dont ils sont les chantres brutaux : la possibilité d’exister autrement, de chercher la coopération plutôt que la compétition, de s’organiser sans hiérarchie entre les êtres, de régler les conflits sans police ni justice, de partager le commun en harmonie avec ce qu’on appelle la nature, de subsister sobrement, de sortir de l’assujettissement de l’argent… Y arrive-t-on sur la Zad ? On ne peut le dire. Mais on essaye vraiment, et de nombreux faits attestent qu’il y a bien là une magnifique alternative, une fenêtre ouverte dans le mur asphyxiant du capitalisme. Ce qu’ont pour mission d’abattre les 2.500 robocops envoyés par le président banquier, c’est la possibilité de vivre autrement.

Il faut aller encore plus loin. Ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes s’inscrit dans une guerre générale menée par l’oligarchie contre les peuples. L’actualité la plus immédiate vient de nous montrer comment le porte-parole des pauvres du Brésil, Lula, a été emprisonné au terme d’une ahurissante procédure, ou comment l’État israélien tue des manifestants et des journalistes dans la bande de Gaza. Ce ne sont que les derniers éclats d’une vague mondiale continue d’autoritarisme de la part des classes dirigeantes. Presque toute l’Amérique latine (Brésil, Chili, Argentine, Pérou, Guatemala,…) est passée sous la coupe de régimes durs qui appliquent la recette néo-libérale. En Chine, le président Xi Jinping a récemment renforcé son pouvoir. En Russie, Poutine règne en étouffant toute opposition. Aux Etats-Unis, Trump poursuit sa politique de dérégulation financière et environnementale sans contre-pouvoir réel. En Egypte, aux Philippines, en Pologne, en Inde, dans des dizaines de pays, on retrouve cette combinaison d’un pouvoir fort, défendant les intérêts de l’oligarchie, et détruisant l’environnement au nom de la croissance. De plus en plus, l’Europe évolue vers ce nouveau modèle d’oligarchie autoritaire. C’est en fait une guerre civile mondiale qui se déroule, une guerre que mènent les classes dirigeantes contre des peuples hébétés par la mondialisation, et contre les fractions qui parviennent encore à s’opposer à la stratégie du choc suivie par les capitalistes.

80 tonnes de CO2 par an : les vrais criminels

Un chiffre indique l’enjeu de ce qui n’est pas seulement une lutte sociale, mais bien une guerre à propos de l’avenir de l’humanité sur une planète en proie à une crise écologique historique : les membres du groupe des 1 % les plus riches du globe émettent en moyenne chaque année 80 t de CO2, soit neuf fois plus que la moyenne de la population mondiale (6,2 t). Autrement dit, les plus riches sont les plus pollueurs. Et vue la gravité du changement climatique et de ses impacts prévisibles, on peut dire que ces émetteurs de 80 t de CO2 par an sont véritablement des criminels.

Ce que promeuvent les oligarchies, c’est la possibilité de maintenir un système où elles nuisent à l’intérêt général. Car le coeur de l’intérêt général, en ce début du XXIe siècle, est la question écologique, dont l’issue commande les conditions d’existence de l’humanité. Il est presque ironique que leur attaque du moment vise un lieu où précisément on cherche à trouver des voies pour — entre autres — vivre d’une façon qui n’altère pas le climat.

Voilà pourquoi MM. Macron, Philippe, Collomb et Hulot, qui préservent les intérêts des membres des 80 tonnes par an, sont eux aussi criminels, et voilà pourquoi il faut défendre la Zad.


Puisque vous êtes ici…
… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.
Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte – car il est aussi peut-être le vôtre.

« Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1€, vous pouvez soutenir Reporterre – et cela ne prend qu’une minute. Merci. Soutenir Reporterre

Lire aussi : en anglais : The Zad and the global civil war


Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo : @Expansive info

Petits crimes de guerre entre amis

Oh, presque rien. Seize jeunes manifestants désarmés abattus de sang froid pour s’être approchés « à quelques centaines de mètres » de la frontière israélienne.

Ou plutôt, comme le disent les médias dominés, nous parlerons de la « barrière de sécurité entre Gaza et Israël », puisque la bande de Gaza n’est pas à proprement parler un État. En pratique, c’est plutôt un camp de concentration à ciel ouvert : 360Km2 pour 1.500.000 habitants dont un tiers vit dans des camps de réfugiés, dans des conditions de misère et de dénuement presque total. Ce qui n’empêche nullement certains médias de poser là, l’air de rien, qu’il s’agirait d’une frontière, histoire de bien préparer le lecteur à ce qui va suivre : il s’agit « d’affrontements sanglants » entre Palestiniens et l’armée israélienne.

« Grande marche du retour » : 4 questions sur les affrontements sanglants à Gaza Source : L’Obs

[…] Près de 30.000 manifestants Palestiniens, et notamment des femmes et des enfants, ont convergé le long de la barrière frontalière qui sépare la bande de Gaza d’Israël afin de participer à cette « grande marche du retour », selon les chiffres communiqués par un porte-parole de l’armée israélienne.

[…] Craignant que la mobilisation n’entraîne une tentative de forcer la barrière frontalière, à l’occasion par exemple d’une marche massive avec femmes et enfants, les dirigeants militaires et politiques israéliens avaient prévenu que l’armée n’hésiterait pas à donner l’ordre d’ouvrir le feu à ses tireurs d’élite en cas de tentative d’infiltration sur le territoire israélien.

Un petit nombre de manifestants s’est approché à quelques centaines de mètres de la barrière frontalière ultra-sécurisée, régulièrement théâtre de heurts sanglants entre habitants de l’enclave et soldats. Ces derniers ont répliqué en tirant à balles réelles et en faisant usage de gaz lacrymogènes.

Ces derniers ont « répliqué », donc. Répliqué en tuant froidement seize jeunes manifestants désarmés qui étaient à plusieurs centaines de mètres de la barrière, et dont l’un a été abattu d’une balle dans la nuque alors qu’il fuyait ostensiblement la zone, armé… d’un pneu.

Dissection d’une propagande désormais classique

Au premier abord, les médias présentent le fait divers dramatique d’un point de vue qui se veut neutre et objectif, mais le sont-ils vraiment ? Je me propose de vous démontrer que sous les apparences d’un travail journalistique objectif se cache une réalité moins glorieuse : il s’agit de dédouaner par avance — et par tous les moyens — les actions de répression brutale menées par les autorités israéliennes. La presse aux ordres du capital a choisi son camp, ce sera l’extrême droite israélienne, contre les Palestiniens.

Le choix des mots

Le choix des mots est déterminant dans l’interprétation des concepts véhiculés, l’art de manipuler ces idées à travers un discours millimétré s’appelle la propagande. Il ne faut jamais sous-estimer l’impact de la propagande, qui n’est véritablement neutralisée qu’au moment où le lecteur en a saisi les rouages. Voyons ceci à travers quelques exemples tirés de la presse.

Affrontements : non, un affrontement, c’est simplement deux camps qui se font face, on parle de fronts, et lorsqu’on les place l’un en face de l’autre, ils sont « front à front » (affrontement). Un affrontement n’implique nullement l’usage de violence, même si souvent, l’affrontement est suivi de heurts. On devrait donc parler ici de répression extrêmement brutale d’une manifestation. Vous aurez noté que s’il y a bien eu usage de violence (tirs à balles réelles), celle-ci n’est venue que d’un seul côté. On en trouvera bien l’un ou l’autre pince-sans-rire pour objecter que certains manifestants avaient des cocktails molotov ou des lance-pierres, mais ça tombe un peu à plat quand on se souvient que les manifestants n’ont jamais approché la barrière à moins de quelques centaines de mètres. Aucun personnel de l’armée israélienne n’a été directement menacé, les manifestants n’ont eu à aucun moment l’occasion de s’approcher de la clôture.

On peut en déduire qu’en l’absence de menace pour les forces de Tsahal, il ne s’agissait nullement de légitime défense, mais bien d’inspirer la terreur chez les Palestiniens. En français, ça porte aussi un nom, cela s’appelle du terrorisme.

Dans la mesure où la bande de Gaza est un territoire occupé situé dans l’État d’Israël, ces faits s’apparentent à des crimes de guerre, ainsi que le faisait remarquer le Prof. François Dubuisson (ULB – droit international). Étrange qu’à part cette tribune sur RFI, aucun de nos médias mainstream n’ait évoqué ceci ? Personnellement, j’ajouterais qu’il s’agit de crimes de guerres dirigés contre des civils, s’agissant de manifestants non armés.

Réplique : la plupart des médias utilisent ce terme, probablement issu d’une dépêche AFP :

[…] Un petit nombre d’entre eux s’est approché à quelques centaines de mètres de cette barrière ultra-sécurisée, régulièrement le théâtre de heurts sanglants entre habitants de l’enclave et soldats. Ces derniers ont répliqué en tirant à balles réelles et en faisant usage de gaz lacrymogène.

Sauf qu’on peut difficilement parler de « réplique ». On peut parler de réponse disproportionnée, mais certainement pas de réplique, qui ajoute à une simple « réponse » une connotation de proportionnalité, on reste dans le même mode d’action (ce qui n’est clairement pas le cas en l’espèce).

Régulièrement le théâtre de heurts sanglants entre habitants de l’enclave et soldats : ne parlerait-on pas plutôt d’une zone où les palestiniens se font régulièrement tirer comme des lapins ? Cette formulation donne à penser que deux camps seraient en présence, qui se combattraient. Rien de plus faux, les lapins n’ont pas de fusil.

Mention spéciale à Jade Toussay, du Huffington post qui parvient à nous pondre un article dans lequel elle relate le massacre comme s’il s’agissait d’un fait divers des plus banals : « 16 Palestiniens ont trouvé la mort ». Ils n’ont pas été massacrés, ils n’ont même pas été abattus, non, ils ont trouvé la mort. Et peut-être même qu’ils l’avaient cherchée, aussi ? En effet, un peu plus loin nous apprenons :

Car si officiellement, la manifestation est organisée par la société civile, le soutien du Hamas a contribué à raviver les tensions. Les autorités israéliennes y voient une « provocation » et ont d’ailleurs prévenu : ils n’hésiteront pas à employer la force, si jamais les manifestants s’approchent trop de la frontière.

La manifestation a dégénéré : Toujours sur RFI, on peut lire, dans le chapo cet article :

Un rassemblement à l’origine pacifique pour dénoncer le blocus de l’enclave imposé par Israël et pour exiger le droit au retour des réfugiés. La manifestation a dégénéré vendredi : l’armée israélienne a tiré à balles réelles sur la foule, faisant au moins 16 morts et un millier de blessés côté palestinien.

Donc, l’armée israélienne, bien à l’abri derrière sa barrière sécurisée, armée jusqu’aux dents ouvre le feu sur la foule, tuant froidement 16 manifestants pacifiques, en blessant par balle 758 autres, et ce serait la manifestation qui aurait dégénéré ? Méchante manifestation !

Bravo… : Mention très très pas bien à FranceTVInfo qui commet (avec AFP), un article intitulé « Bravo à nos soldats » : Benjamin Netanyahou loue l’armée après la manifestation qui a fait 16 morts à Gaza.

[…] Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a félicité l’armée, samedi 31 mars, pour avoir « protégé les frontières du pays » lors d’une manifestation la veille dans la bande de Gaza où 16 Palestiniens ont été tués aux abords de la frontière. « Bravo à nos soldats », a-t-il écrit dans un communiqué. « Israël agit fermement et avec détermination pour protéger sa souveraineté et la sécurité de ses citoyens », a ajouté le Premier ministre.

On parle d’un massacre de civils innocents ou d’un fait d’arme de la glorieuse armée israélienne qui aurait, dans un acte héroïque, repoussé les hordes de barbares pour protéger la patrie ? Je me demande, moi, comment on aurait accueilli le récit des « héros » qui, au péril de leur vie (pour le coup, un certain nombre de lapins étaient armés), avaient nettoyé le ghetto de Varsovie ? Ou comment on aurait accueilli (plutôt mal, me dit-on) le récit rapporté par les dirigeants soviétiques de la répression du printemps de Prague ? Ou les événements de la place Tiananmen ?

Est-ce que ces médias mesurent exactement qu’il s’agit d’apologie de crimes de guerre, ni plus, ni moins ?

Noyer le poisson : une autre technique intéressante, développée ici de manière rudimentaire, consiste à accoler deux faits distincts, de manière à gommer quelque peu la portée dévastatrice du plus important d’entre-eux.

[…] l’armée israélienne ayant fait usage de balles réelles et de gaz lacrymogènes.

Oui, donc, en gros, ils massacrent des manifestants désarmés… et en plus, ils font usage de gaz lacrymogène… pour les disperser. C’est subtil !

Objectivité des médias (e si non e vero…)

La déontologie du journaliste place avant toute autre considération le respect de la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître. Sur le papier c’est très joli, mais désormais, tous les médias sont aux mains de grands groupes dont on constate qu’ils ont une fâcheuse tendance à imposer leur propre agenda au sein des rédactions. Ainsi, dans ce dossier comme sur tant d’autres, l’homogénéité des points de vue est tellement parfaite qu’on est en droit de se poser quelques questions.

Quel que soit l’article, vous y trouverez toujours les ingrédients que j’ai cités plus haut, le massacre sera présenté comme une conséquence logique des actes hostiles (manifestation, quoi) de la foule palestinienne au sein de laquelle le Hamas — vous avez bien lu — le Hamas se dissimulait. Après tout, les Palestiniens avaient été prévenus, n’est-ce pas ?

On placera dos-à-dos les assassins et leurs victimes, arguant qu’après tout, si les Palestiniens n’avaient pas été manifester le long de la barrière de sécurité, ils ne seraient pas morts, non plus !

Le meilleur moyen de réduire le nombre de blessés et de décès est de ne pas approcher de la barrière : c’est une équation simple. Il n’y aurait pas eu de problème s’ils avaient maintenu leurs positions à une distance sûre de la barrière. Lt Col. Peter Lerner, porte-parole de Tsahal | RFI

D’ici à ce que Tsahal intente un procès civil aux manifestants au titre du traumatisme psychologique infligé à ses pauvres soldats obligés de tirer sur des civils désarmés… On nage en plein surréalisme.

Et même lorsqu’on en vient — inévitablement — à devoir évoquer les réactions du Secrétaire général des Nations-Unies et de la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini, on ne peut s’empêcher de minimiser les responsabilités des uns, et de charger la barque pour les autres.

Tirs de l’armée israélienne sur des manifestants à Gaza : l’ONU et l’UE demandent une enquête indépendante

Une manifestation vendredi marquant le début d’un mouvement de protestation palestinien sur six semaines a été marqué par des violences avec l’armée israélienne. Plusieurs palestiniens ont été tués, et des centaines ont été blessés.

Et bardaf, c’est l’embardée ! D’emblée on parle de violences avec l’armée israélienne, et non de violences du fait de l’armée israélienne ou d’une brutale répression par l’armée israélienne. Ici comme ailleurs, on donne à penser que les deux camps en présence sont coresponsables des événements.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres appelle également toutes les parties concernées à éviter tout acte qui pourrait conduire à plus de victimes, en particulier les mesures qui pourraient mettre les civils en situation dangereuse dans un communiqué.

Toutes les parties, eh ? Les chasseurs, les lapins, toussa.

Un peu plus tard, la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini a appelé elle aussi à une enquête indépendante.

L’usage de munitions réelles doit faire l’objet d’une enquête indépendante et transparente.

Ah ben oui, monzieu, indépendante et transparente… Mais par qui ? Le tribunal de La Haye ? Ou tout simplement par l’auditorat militaire israélien ? Parce qu’à vue de nez, les conclusions pourraient varier considérablement selon l’instance d’enquête, il me semble.

Pour mesurer pleinement le parti-pris des médias en faveur du camp du bien, contre les vilains terroristes du Hamas — qui s’en prennent au droit d’existence (sic) d’Israël — il suffit de transposer, par un simple effort d’imagination, la situation en d’autres lieux.

Imaginons que la Russie aurait décidé, au moment du rattachement de la Crimée, de réprimer dans le sang les manifestations des Tatars, en faisant usage de la force, tuant au passage 16 manifestants pacifiques et en blessant 758 autres ? Je pense que la chanson que nous entendrions serait bien différente, de la part de la communauté internationale ! En pareil cas, pensez-vous que la presse, dans un parfait ensemble, userait de mille artifices pour tenter de présenter l’assassin comme étant pratiquement en état de légitime défense ?

Le vilain petit canard

https://www.levilainpetitcanard.be/articles/actu/petits-crimes-de-guerre-entre-amis_710753097

Pourquoi les Etats-Unis ont besoin de la guerre

Jacques R. Pauwels

Note de l’éditeur : cet article incisif a été écrit le 30 avril 2003, au tout début de la guerre en Irak par l’historien et politologue Jacques Pauwels. L’article relève principalement de la présidence de George W. Bush, mais il pose à point nommé une question pertinente : pourquoi l’administration Trump veut la guerre à tout prix en Corée du Nord, en Iran, en Russie ou en Chine ?

Corée, Vietnam, Cambodge, Irak, Libye, Syrie, Yémen….Pour quelle raison les U.S sont-ils en guerre depuis plus d’un demi-siècle et pourquoi les Américains soutiennent-ils l’agenda militaire U.S ?

Les guerres sont une terrible cause de pertes en vies humaines et en ressources de toutes sortes, c’est pourquoi la plupart y sont opposés. Le président U.S, lui, semble préférer la guerre. Pourquoi ? Beaucoup de commentateurs ont cherché une explication dans des facteurs psychologiques. D’autres ont pensé que George W. Bush considérait de son devoir de terminer le travail de son père resté inachevé au temps de la guerre du Golfe. Certains encore ont cru que Bush Junior s’attendait à une guerre éclair triomphale qui lui aurait assuré un second mandat à la Maison-Blanche.

Je crois que nous devons chercher ailleurs une explication à l’attitude du président américain.

Le fait que Bush aime la guerre a peu à voir avec son psychisme, mais beaucoup avec le système économique américain. Ce système – variante américaine du capitalisme – fonctionne d’abord et surtout pour rendre encore plus riches les richissimes membres des dynasties financières américaines comme celle des Bush. Sans guerres chaudes ou froides, ce système ne peut continuer à produire les résultats attendus sous forme de profits exponentiels que ces Américains considèrent comme un droit de naissance.

La grande force de ce capitalisme américain est aussi sa grande faiblesse : sa très haute productivité. Dans l’histoire du développement de ce système économique international que nous appelons le capitalisme, une série de facteurs ont occasionné des bonds de productivité énormes, ainsi de la mécanisation des modes de production en Angleterre dès le 18° siècle ; puis, dès le début du 20°siècle, de l’introduction par des industriels américains comme Henri Ford du « fordisme », c’est-à-dire l’automatisation du travail par les techniques des chaînes de montage, innovation qui fit exploser la productivité des grandes entreprises américaines.

Par exemple, dès le début des années 1920, sortaient chaque jour des chaînes de montage des usines de production automobile du Michigan une énorme quantité de véhicules. Mais qui allait acheter toutes ces autos ? La majorité des Américains n’avait pas alors les moyens de se les offrir. À l’époque, quantité d’autres produits industriels inondèrent le marché, créant une rupture entre une offre surabondante et une demande stagnante. Ainsi naquit une crise économique connue sous le nom de Grande Dépression. C’était essentiellement une crise de surproduction. Les entrepôts regorgeaient d’invendus, et les entreprises mettaient leurs employés au chômage, réduisant ainsi le pouvoir d’achat des Américains et aggravant encore la crise.

Il est incontestable que la Grande Dépression en Amérique n’a pris fin qu’à cause et pendant la Seconde Guerre mondiale. (Même les plus fervents admirateurs du président Roosevelt

reconnaissent que sa politique du New Deal n’a apporté que peu de réponses aux problèmes évoqués.) La demande économique s’éleva de façon spectaculaire lorsque la guerre qui avait commencé en Europe et dans laquelle les USA n’ont pris aucune part active avant 1942 permit à l’industrie américaine de produire du matériel de guerre en quantité illimitée. Entre 1940 et 1945, l’État américain allait dépenser pour plus de 185 milliards de dollars en matériel de ce type et la part de dépense en matériel militaire du produit national brut (GNP) allait passer entre 1939 et 1945 d’un insignifiant 1,5 % à environ 40 %. En outre, l’industrie américaine allait livrer des quantités phénoménales d’équipements aux Britanniques et même aux Soviétiques sous forme de contrats Prêts-Bails. (En Allemagne, entre temps, des filiales de Ford, GM et ITT produisaient toutes sortes d’avions, de tanks et autres jouets militaires pour les nazis, même après Pearl Harbor, mais cela est une autre histoire !) Le problème fondamental de la Grande Dépression – le déséquilibre entre l’offre et la demande – a ainsi été résolu parce que l’État a amorcé la pompe de la demande économique au moyen de commandes militaires énormes.

En ce qui concerne les Américains ordinaires, cette orgie de dépenses militaires par Washington instaura non seulement le plein emploi, mais introduisit des salaires bien plus élevés qu’auparavant. Ce fut durant la Seconde Guerre mondiale que la misère générale associée à la Grande Dépression prit fin et qu’une majorité du peuple américain put accéder à un niveau jamais égalé de prospérité. Néanmoins, les plus gros bénéficiaires du boom économique de guerre ont été les grandes entreprises qui réalisèrent des profits extraordinaires. Entre 1942 et 1945, écrit l’historien Stuart D. Brandes, le bénéfice net des 2000 plus grosses firmes américaines a été de 40 % plus élevé que pendant la période 1936-1939. Une telle croissance des profits a été possible parce que l’État a commandé pour des milliards d’équipements militaires, sans contrôle des prix et avec un niveau de taxation réduit ou nul. Ces largesses ont profité au monde des affaires en général, mais en particulier à une élite restreinte de grandes entreprises connues sous le nom de « big business » ou « Corporate America ». Pendant la guerre, moins de 60 firmes ont reçu 75 % des commandes les plus lucratives de l’armée et de l’État. Ces grandes entreprises — Ford, IBM. etc.— se sont avérées les « goinfres de guerre », écrit Brandes, qui s’empiffrèrent des commandes de l’État. IBM par exemple, accrut ses ventes annuelles entre 1940 et 1945 de 46 à 140 millions de dollars grâce à des commandes en lien avec la guerre et ses bénéfices bondirent dans la même mesure.

Les grandes entreprises américaines ont exploité au maximum leur expertise du « fordisme » pour stimuler au mieux leur production, mais même cela ne suffisait pas à rencontrer la demande en temps de guerre de l’État américain. Il en fallait toujours plus et pour y arriver, l’Amérique avait besoin de plus d’usines et de meilleurs rendements. Ces nouvelles exigences furent rapidement rencontrées et les capacités de production du pays passèrent entre 1939 et 1945 de 40 à 66 milliards de dollars. Néanmoins, suite à ses expériences désagréables de surproduction au cours des années 30, le secteur privé n’a pas osé consentir seul à tous ces investissements. L’État dut donc s’y substituer en investissant 17 milliards de dollars dans plus de 2000 projets de défense. En récompense, pour un montant symbolique, les sociétés privées furent autorisées à louer à l’État ces usines neuves afin d’y produire et vendre ensuite leur production à l’État. En outre, à la fin de la guerre, quand Washington décida de se retirer de ces affaires, les grandes entreprises les rachetèrent pour la moitié ou le tiers de leur valeur.

Comment l’Amérique a-t-elle financé la guerre, comment Washington a-t-il réglé les créances douteuses présentées par GM, ITT et tant d’autres fournisseurs de matériel de guerre ? Réponse : par le biais de taxes — environ 45 % —, mais bien plus encore par des prêts — environ 55 % —. À cause de cela, la dette publique a explosé, passant de 3 milliards de dollars en 1939 à 45 milliards de dollars en 1945. Cette dette aurait dû être allégée ou effacée en prélevant des impôts sur les énormes profits réalisés par les grosses entreprises pendant la guerre, mais la réalité fut toute autre. Comme on vient de le dire, l’État américain négligea de taxer les profits colossaux des grandes entreprises et laissa gonfler la dette publique, lui imputant les factures et les intérêts des emprunts sur ses rentrées habituelles constituées par les impôts directs et indirects versés par la population. À cause d’une nouvelle loi régressive, intitulée « Revenue Act » et introduite en octobre 1942, ce furent principalement les travailleurs et les petits revenus qui y contribuèrent plutôt que les plus riches et les grosses entreprises et banques dont ils étaient propriétaires, actionnaires majoritaires et/ou dirigeants. La charge du financement de la guerre, fait observer l’historien américain Sean Dennis Cashman, fut posée fermement et sans scrupule sur les épaules des éléments les plus pauvres de la société.

Malheureusement, le public américain, préoccupé par la guerre et aveuglé par le soleil du plein emploi et des hauts salaires, ne s’en rendit pas compte. Les Américains aisés, de leur côté, étaient bien conscients de la manière exceptionnelle dont la guerre les avait enrichis ainsi que leurs entreprises. Incidemment, c’est aussi aux riches hommes d’affaires, aux banquiers, aux assureurs et autres gros investisseurs, que Washington emprunta de quoi financer la guerre et ses suites. Le big business américain profita ainsi à nouveau de la guerre en empochant la part du lion des intérêts générés par la vente des fameux war bonds, les « obligations de guerre ». En théorie, les riches et les puissants d’Amérique sont les grands champions de la soi-disant « libre entreprise », et ils s’opposent à toute forme d’interventionnisme de l’État dans l’économie. Or, durant la guerre, ils n’ont jamais émis d’objection sur la manière dont l’État gérait et finançait l’économie ; en effet, sans ces violations à grande échelle des règles élémentaires de la libre entreprise, leur opulence n’aurait pu atteindre le niveau auquel elle est parvenue durant la guerre.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les riches propriétaires et dirigeants des grandes entreprises industrielles et banques ont appris une chose essentielle : en temps de guerre, il y a de l’argent, beaucoup d’argent à se faire. En d’autres termes, la tâche ardue de maximiser les profits – la préoccupation clef dans l’économie capitaliste américaine – passe beaucoup plus facilement en temps de guerre qu’en temps de paix ; il y faut néanmoins une collaboration bienveillante de l’État. Depuis cette guerre, les riches et puissants de l’Amérique en sont restés bien conscients. Tel est le cas de leur homme à la Maison Blanche aujourd’hui (c’est-à-dire en 2003, il s’agit donc de George W. Bush), le rejeton d’une dynastie financière parachuté là pour promouvoir les intérêts des membres aisés de sa famille, de leurs amis et associés en affaires, en d’autres mots, les intérêts de l’argent, du privilège et du pouvoir.

Au printemps 1945, il devint évident que la guerre, source intarissable de fabuleux profits, allait s’achever. Qu’allait-il arriver ? Dans le monde des économistes, de nombreuses Cassandres évoquèrent des scénarios qui déplurent énormément aux responsables politiques et industriels. Pendant la guerre, les achats d’équipement militaire par Washington, et rien d’autre, avaient relancé la demande, assuré le plein emploi et garanti des bénéfices considérables. Avec le retour de la paix, le spectre du déséquilibre de l’offre et de la demande menaçait de hanter à nouveau l’Amérique et la crise qui en résulterait s’annonçait pire encore que celle de la Grande Dépression des années trente. Car pendant les années de guerre, les capacités de production et l’efficacité industrielle de la nation s’étaient considérablement accrues comme nous l’avons dit. Des travailleurs allaient devoir être licenciés au moment où des millions d’anciens combattants reviendraient sur le marché du travail à la recherche d’un emploi civil ; et la conjonction du chômage avec une chute du pouvoir d’achat aggraverait encore l’insuffisance de la demande. Du point de vue des riches et des puissants, le chômage n’était pourtant pas un problème, ce qui les inquiétait surtout était la perspective de la fin de l’âge d’or des profits gargantuesques. Comment éviter une telle catastrophe ?

Les dépenses militaires de l’État étaient source de profits importants. Pour les entretenir durablement, de nouveaux ennemis et de nouvelles menaces de guerre s’imposaient dans l’urgence après la défaite de l’Allemagne et du Japon. Par bonheur, l’Union soviétique était là ! Ce pays avait été un allié particulièrement utile pour tirer les marrons du feu au profit des alliés à Stalingrad et ailleurs ; mais c’était aussi un partenaire dont les idées et pratiques communistes permettaient de le transformer en épouvantail aux Etats-Unis. La majorité des historiens américains admettent aujourd’hui que l’Union soviétique en 1945 avait à ce point souffert de la guerre qu’elle ne pouvait constituer une menace militaire ni économique pour les USA ; et on sait que même Washington ne percevait pas les Soviétiques comme une menace. Ces historiens reconnaissent que Moscou était alors anxieux de collaborer étroitement avec Washington dans la période d’après-guerre. En fait, Moscou n’avait rien à gagner et tout à perdre dans un conflit avec une Amérique toute-puissante qui dominait sans conteste grâce au monopole de l’arme nucléaire. Néanmoins, l’Amérique — celle du big business, des riches et puissants — avait besoin en urgence d’un nouvel adversaire. Elle en avait besoin pour justifier les dépenses militaires titanesques requises pour faire tourner à plein régime les roues de l’économie nationale, aussi vite et même plus vite que pendant la guerre, générant au même rythme des marges bénéficiaires plus grandes encore si possible. C’est pour cela que la guerre froide fut lancée dès 1945, non par les Soviétiques, mais par le « complexe militaro-industriel », comme le président Eisenhower appellerait plus tard ce gratin des entreprises et des individus les plus riches qui savaient comment profiter au mieux de l’« économie de guerre ».

Sur ce plan, la guerre froide a rencontré leurs attentes mieux encore que prévu. De plus en plus de matériel militaire dut être conçu, d’autant que les alliés du monde dit libre qui comprenait pas mal de dictatures abjectes devaient être armés jusqu’aux dents avec du matériel U.S. En outre, les armées américaines ne cessaient de réclamer du nouveau matériel sans cesse amélioré : meilleurs tanks et avions de toutes sortes, munitions, roquettes et lanceurs, mais aussi, eh oui, armes chimiques et bactériologiques ou encore de destruction massive. Pour tous ces produits, le Pentagone était toujours prêt à payer des montants énormes sans poser trop de questions. Comme pendant la Seconde Guerre mondiale, ce furent d’abord les grandes entreprises qui remplirent les carnets de commandes. La guerre froide généra des profits énormes qui s’engloutirent dans les caisses de ces personnes richissimes qui étaient les propriétaires, dirigeants et actionnaires de ces entreprises. (Doit-on s’étonner de ce qu’à leur sortie de charge, les généraux retraités du Pentagone se voient offrir des emplois de consultants dans les entreprises d’armement ou que les hommes d’affaires liés à ces entreprises soient régulièrement détachés comme officiels de haut rang du ministère de la Défense, ou comme conseiller du président, etc.… )

Pendant la guerre froide, l’État a en outre financé ses dépenses militaires colossales au moyen de prêts, ce qui a fait exploser la dette publique. En 1945, la dette publique tournait autour de 258 milliards de dollars « seulement », mais en 1990 — quand s’acheva la guerre froide —, elle s’élevait à pas moins de 3.2 trillions de dollars ! C’était un accroissement énorme même en tenant compte de l’inflation et cela fit de l’état américain le plus gros débiteur au monde. (Signalons qu’en 2002, la dette publique américaine atteignait 6.1 trillions de dollars.) Washington pouvait et aurait dû couvrir les dépenses de la guerre froide en taxant les bénéfices des industries d’armement, mais il n’en a jamais été question. En 1945, au terme de la Seconde Guerre mondiale et quand la guerre froide prit le relais, les grandes entreprises payaient encore 50 % de toutes les taxes. Mais au cours de la guerre froide, cette charge se rétrécit au point de se réduire aujourd’hui à 1 % environ.

Cela n’a été possible que dans la mesure où les grandes entreprises décident de ce que le gouvernement à Washington peut faire ou ne pas faire en matière fiscale entre autres. En outre, réduire la pression fiscale sur la grande entreprise a été facilité par la transformation de ces entreprises elles-mêmes en multinationales. Ces entreprises, qui sont « chez elles partout et nulle part », comme l’a écrit un auteur américain à propos d’ITT, s’offrent ainsi la possibilité d’éviter de payer des taxes importantes où que ce soit. Aux Etats-Unis, où elles font leurs plus gros bénéfices, 37 % de toutes les multinationales américaines – et plus de 70 % de toutes les multinationales étrangères — n’ont payé un seul dollar de taxes en 1991, tandis que les multinationales restantes ont versé moins de 1 % sur leurs bénéfices en taxes.

Les coûts faramineux de la guerre froide n’ont donc pas été supportés par ceux qui en tirèrent les plus gros avantages — en continuant à percevoir la part du lion des dividendes versés sur les obligations d’État —, mais bien par les travailleurs et les classes moyennes. Ces petits et moyens revenus américains n’ont pas touché un penny des abondants profits générés par la guerre froide, ils ont par contre supporté leur part de l’énorme dette publique que ce conflit a occasionnée. Ce sont eux qui ont en réalité dû payer l’entièreté du coût de la guerre froide, et ce sont eux qui continuent à payer, par le biais de leurs taxes, une part disproportionnée des charges associées à la dette publique.

En d’autres termes, les profits générés par la guerre froide ont été privatisés au bénéfice d’une petite élite tandis que ses coûts ont été socialisés au détriment de tous les autres américains. Pendant la guerre froide, l’économie américaine a tourné en une vaste escroquerie, en une honteuse redistribution de la richesse de la nation à l’avantage des plus riches et au détriment non seulement des plus pauvres et des classes laborieuses, mais aussi des classes moyennes dont les membres persistent pourtant à croire au mythe d’un système capitaliste américain qui servirait au mieux leurs intérêts. En réalité, tandis que les riches et les puissants le devenaient de plus en plus, la prospérité que beaucoup d’autres américains avait atteinte pendant la Seconde Guerre mondiale s’est érodée inéluctablement et le niveau de vie de l’ensemble de la population baissait lentement, mais inexorablement.

La Seconde Guerre mondiale avait été témoin d’une modeste redistribution de la richesse collective de la nation au bénéfice des citoyens ordinaires. Pendant la guerre froide par contre, les riches Américains sont devenus plus riches tandis que tous les autres Américains sont devenus plus pauvres,

En 1989, quand la guerre froide s’éteignit, plus de 13 % de tous les Américains – environ 31 millions de personnes – étaient pauvres selon les critères officiels de pauvreté dont on sait qu’ils sous-estiment le problème. Inversement, aujourd’hui, seulement1 % de tous les Américains ne détiennent pas moins de 34 % de toutes les richesses de la nation. Dans aucun autre grand pays occidental, la richesse n’est aussi injustement distribuée.

Le minuscule pourcentage de très riches Américains a trouvé cette évolution fort à son gré. Il a adoré l’idée d’accumuler toujours plus, d’accroître son assise impressionnante au détriment des autres. Il voulait garder les choses en l’État et si possible faire mieux encore, mais les meilleures choses ont une fin et en 1989/90 la généreuse guerre froide s’évanouit. Gros problème. D’autant que les Américains ordinaires, conscients d’avoir supporté le poids de cette guerre, espéraient les « dividendes de la paix ». Ils s’attendaient à ce que l’argent sacrifié par l’État en dépenses militaires puisse enfin leur être utile, notamment sous la forme d’un service national de santé ou d’autres services sociaux dont les Américains n’avaient jamais bénéficié à l’encontre de nombreux Européens. En 1992, Bill Clinton emporta les élections en faisant miroiter le projet d’un service national de santé qui ne se concrétisa jamais. De toute façon, le projet des « dividendes de la paix » était dépourvu d’intérêt pour l’élite privilégiée de la nation vu que le financement de services sociaux par l’État ne rapporte rien aux grandes entreprises et banques, et certainement pas ces sortes de profits produites par les dépenses militaires. Il fallait faire quelque chose, et vite.

L’Amérique des affaires était orpheline de son adversaire soviétique si commode et avait besoin de se trouver d’autres ennemis et menaces pour justifier un haut niveau de dépenses militaires. C’est dans ce contexte qu’en 1990 Saddam Hussein surgit tel un « deus ex machina » au milieu de la scène. Auparavant, ce dictateur en fer blanc avait été perçu et traité par les Américains comme un bon complice qu’ils avaient armés jusqu’aux dents pour lui permettre d’engager une sale guerre contre l’Iran ; ce furent les USA et des Alliés tels que l’Allemagne qui l’approvisionnèrent en toutes sortes d’armements. Mais Washington avait besoin d’un nouvel ennemi et le pointa comme un dangereux nouveau Hitler contre lequel une guerre s’imposait, même s’il était évident qu’un règlement négocié suite à l’occupation du Koweït par l’Irak était envisageable.

George Bush Senior fut le metteur en scène de cette nouvelle tragédie à l’américaine qui déclencha la guerre du Golfe au cours de laquelle Bagdad fut arrosé de bombes tandis que les recrues impuissantes de Saddam se faisaient massacrer dans le désert. Le chemin vers la capitale de l’Irak était largement ouvert, mais l’entrée triomphante des Marines dans Bagdad fut soudain interrompue. Saddam Hussein resta au pouvoir en sorte que la menace qu’il était censé représenter puisse à nouveau être évoquée pour justifier le maintien de l’armée américaine sur pied de guerre. Après tout, l’effondrement de l’Union Soviétique avait montré à quel point il était embarrassant de perdre un adversaire utile.

Ainsi, Mars pouvait rester le saint patron de l’économie américaine ou, plus exactement, le parrain de la mafia des affaires qui manipulait cette économie portée par la guerre et en recueillir les juteux profits sans avoir à en supporter le coût. L’indésirable projet de dividendes de la paix pouvait être enterré sans manières et les dépenses militaires pourraient demeurer le moteur de l’économie et la source inépuisable de généreux profits. Ces dépenses continuèrent à croître sans relâche au fil des années 90. En 1996, par exemple, elles s’élevaient à pas moins de 265 milliards de dollars. Mais si on y ajoute les dépenses officieuses directes et/ou indirectes telles que les intérêts versés sur les prêts contractés pour financer les guerres précédentes, le montant global de 1996 s’élève à plus ou moins 494 milliards de dollars représentant une dépense de 1.3 milliard de dollars par jour ! Néanmoins avec une seule cible sévèrement sanctionnée comme l’était Saddam Hussein, Washington trouvait plus prudent de se trouver ailleurs d’autres ennemis et d’autres menaces. La Somalie a semblé un moment une cible prometteuse, mais au bon moment un nouveau Hitler fut identifié dans les Balkans sous la forme du leader serbe Milosevic. Durant une bonne partie des années 90, les conflits dans l’ancienne Yougoslavie fournirent les prétextes nécessaires à des interventions militaires, des bombardements à grande échelle et l’acquisition d’armements de plus en plus sophistiqués et abondants.

L’économie de guerre pouvait ainsi poursuivre sur son élan même après la guerre du Golfe. Néanmoins, sous la pression épisodique d’opinions publiques réclamant des dividendes de la paix, la poursuite de ce jeu devenait difficile. Comme nous l’avons dit, il fallait que l’État coopère. Dès lors, il fallait disposer à Washington de femmes et d’hommes fiables, idéalement des personnages issus du monde des affaires, des gens voués à recourir à l’instrument des dépenses militaires pour générer des profits susceptibles de rendre plus riches encore les Américains les plus riches. Sur ce plan, Bill Clinton avait déçu un peu et l’Amérique des affaires ne put jamais lui pardonner le péché originel consistant à se faire élire sur la promesse d’un dividende de la paix consistant en un système de santé publique accessible à tous. Pour cette raison, en 2000, on s’arrangea pour écarter le duo Clinton et son clone Al Gore de la Maison Blanche et lui substituer une équipe de militaristes convaincus représentatifs sans exception de l’opulente Amérique des affaires comme Cheney, Rumsfeld, Rice et bien sûr George W. Bush lui-même, fils de l’homme qui avait montré la voie avec sa guerre du Golfe. Le Pentagone était également représenté dans le cabinet Bush par la soi-disant colombe Powell, en réalité un autre ange de la mort à la Rambo dont l’arrivée à la Maison-Blanche, ne tarda pas à produire ses effets.

Après le parachutage de Bush junior à la présidence, il a semblé un moment qu’il allait marquer la Chine comme prochaine cible. Néanmoins, un conflit avec un tel géant n’était pas sans risque d’autant que beaucoup de grandes entreprises faisaient de bonnes affaires en commerçant avec la République populaire. Une autre menace, moins dangereuse et plus crédible, était préférable pour maintenir les dépenses militaires à un bon niveau. Pour cela, Bush, Rumsfeld et compagnie ne pouvait rêver mieux que les évènements du 11 septembre 2001. Il est fort probable qu’ils étaient au courant des préparatifs de cette attaque monstrueuse, mais qu’ils ne firent rien pour s’en prémunir sachant le bénéfice qu’ils pourraient en tirer. De toute manière, ils en profitèrent au maximum pour militariser l’Amérique comme jamais elle ne l’avait été, pour arroser de bombes des gens qui n’avaient rien à voir avec le 9/11, pour guerroyer à cœur joie et permettre ainsi aux entreprises de faire des affaires avec le Pentagone sans aucune limite.

Bush avait déclaré la guerre non à un pays, mais au terrorisme, un concept abstrait qui ne pouvait être objectivement combattu et contre lequel il était impossible d’emporter une victoire définitive. Or, en pratique, un slogan tel que « guerre au terrorisme » signifie que désormais Washington s’accorde le droit de mener des guerres n’importe quand et partout dans le monde contre n’importe qui perçu comme terroriste.

Le problème de la guerre froide se trouvait ainsi définitivement résolu et le prétexte était tout trouvé pour des dépenses militaires en croissance permanente. Les chiffres sont éloquents. Le chiffre de 265 milliards de dollars de dépenses militaires en 1996 était déjà astronomique, mais grâce à Bush Junior, le Pentagone put dépenser 350 milliards en 2002 ; pour 2003, le président a promis environ 390 milliards, mais il semble certain que le cap des 400 milliards de dollars sera atteint cette année. (Pour financer cette orgie en dépenses militaires, il faudra trouver de l’argent ailleurs, par exemple en supprimant les repas gratuits pour les enfants des plus pauvres, le moindre cent compte, n’est-ce pas ?) Pas étonnant alors que George W. parade en rayonnant de gloire et de bonheur, car lui seul, gosse de riches aux talents et au quotient intellectuel très limités. Ont dépassé les plus folles espérances de sa famille et de toute l’Amérique des affaires.

Le 9/11 offrit à Bush une carte blanche pour entrer en guerre où et contre qui il voulait et, comme nous venons de le dire, peu importe qui serait l’ennemi du jour. L’an dernier, Bush a arrosé l’Afghanistan de bombes, vraisemblablement parce que les dirigeants de ce pays avaient donné asile à Ben Laden. Or, récemment ce dernier est passé de mode, et Saddam Hussein est redevenu la menace pour l’Amérique. Nous ne sommes pas en mesure d’expliquer ici pour quelles raisons précises l’Amérique de Bush a choisi d’entrer en guerre avec l’Irak de Saddam Hussein plutôt qu’avec la Corée du Nord, par exemple. Un des motifs qui explique le choix de cette guerre est sans doute fourni par les importants gisements de pétrole que les compagnies pétrolières US convoitent, compagnies dont les Bush font partie et auxquelles plusieurs « Bushistes » sont étroitement liés, par exemple Condoleeza Rice, qui a d’ailleurs donné son nom à un pétrolier. La guerre en Irak est aussi une bonne occasion de montrer aux pays du Tiers monde ce qui arrive à ceux qui ne dansent pas sur l’air que siffle Washington. C’est aussi une bonne occasion en Amérique même d’émasculer l’opposition intérieure et de défendre le programme d’extrême droite d’un candidat non élu à la présidence.

L’Amérique des riches et des privilégiés est addict à la guerre. Sans ses doses régulières et toujours croissantes de guerres pourvoyeuses des profits, elle ne peut plus fonctionner correctement. Dès à présent, cette dépendance, ce besoin, est satisfaite par le conflit en Irak qui rencontre aussi les aspirations des barons du pétrole. Néanmoins, qui pourrait croire que la soif de guerres s’arrêtera quand le scalp de Saddam aura rejoint les turbans des talibans parmi les trophées de George W. Bush ? Le président a déjà pointé le doigt vers ceux dont le tour allait venir, notamment les pays de l’« Axe du Mal » : Iran, Syrie, Libye, Somalie, Corée du Nord et aussi ce vieil abcès au flanc de l’Amérique : Cuba. Bienvenue en ce 21e siècle , bienvenue à ce « brave new world » de guerre permanente de George W Bush.

Jacques R. Pauwels

Jacques R. Pauwels est historien et politologue, auteur du « Mythe de la bonne guerre. L’Amérique pendant la Seconde Guerre mondiale » (Editions Aden, Bruxelles, 2005) . Son ouvrage est paru en plusieurs langues : anglais, néerlandais, allemand, espagnol, russe, italien et français.

Avec plusieurs personnalités comme Ramsey Clark, Michael Parenti, William Blum, Robert Weil, Michel Collon, Peter Franssen et beaucoup d’autres, il signa « L’appel international contre la guerre US ».

Source originale : Global Research

Traduit de l’anglais par Oscar GROSJEAN pour Investig’Action

»» https://www.investigaction.net/fr/pourquoi-les-etats-unis-ont-besoin-d…
URL de cet article 33203
https://www.legrandsoir.info/pourquoi-les-etats-unis-ont-besoin-de-la-guerre.html

   

Ce n’est pas si mais quand Washington et Paris attaqueront en Syrie

Kharroubi HABIB

Pris au piège de la manipulation médiaticopolitique qu’ils font sur la prétendue utilisation d’armes chimiques à Douma par les forces gouvernementales syriennes dont ils se sont déclarés absolument certains qu’elle a eu lieu sur la seule foi en les accusations propagées par des sources controversées parce que acharnées à la diabolisation de Bachar El Assad et de son régime, les présidents étasunien et français ne sont plus aptes à entendre les appels à la retenue qui leur sont adressés.

Au point où Donald Trump et Emmanuel Macron ont fait monter la tension sur la présumée utilisation d’armes chimiques à Douma, la question n’est plus de savoir si Washington et Paris vont mettre à exécution la menace proférée de leurs chefs d’Etat de représailles militaires contre le régime syrien mais quand celles-ci se concrétiseront et qu’elle en sera leur amplitude. Tout indique en effet qu’Étasuniens et Français ne sont plus au stade de la concertation s’ils doivent ou non frapper en Syrie mais de préparatifs poussés pour une opération militaire concertée. S’ils ont retardé le lancement de celle-ci ce n’est pas dans l’attente de ce qui sortira de la réunion d’urgence du Conseil de sécurité sur la situation à Douma demandée autant par eux que par la Russie alliée de Damas, mais uniquement parce qu’ils manœuvrent pour donner à l’agression qu’ils vont entreprendre un caractère moins unilatéral.

Washington et Paris s’activent en effet à convaincre d’autres capitales occidentales et régionales à lui donner leur onction qui la ferait apparaître comme une réplique internationale suscitée par la « monstruosité du crime » dont le régime syrien se serait rendu coupable. L’inéluctabilité de l’agression militaire que Washington et Paris s’apprêtent à commettre n’a plus fait de doute dès lors que Donald Trump et Emmanuel Macron ont cyniquement déclaré qu’étant certains qu’il y a eu usage d’armes chimiques à Douma, leurs Etats agiront militairement contre Damas sans tenir compte du droit international qui dispose qu’il faut l’aval des Nation Unies à des opérations de ce genre contre un Etat souverain.

Les Etats-Unis et la France se prétendent pourtant des Etats respectueux de ce droit international et n’ont cessé de le clamer. Mais leur respect de ce droit international s’évapore systématiquement quand leurs intérêts géopolitiques et économiques sont en danger de remise en cause. Ce qui est le cas au Moyen-Orient et en Syrie en particulier où l’Occident est en train de subir une défaite majeure dont il en résultera la fin de la prédominance de la gouvernance unilatérale des affaires mondiales qui est la sienne depuis la chute du mur de Berlin et la disparition de l’ex-Union soviétique.

Le pays de Donald Trump, lequel a repris à son compte le credo impérialiste belliqueux des néoconservateurs qui ont sévi durant l’ère de George W. Bush, semble déterminé à aller jusqu’à la confrontation armée y compris avec l’autre grande puissance nucléaire qu’est la Russie qui lui conteste son hégémonisme planétaire. Quant à la France, son président ambitionne pour elle le rôle de « caniche » suiviste des Etats-Unis, le seul qu’elle puisse tenir pour apparaître être encore en mesure de jouer dans la « cour des grands » et entretenir l’illusion qu’elle a toujours la capacité d’influer sur le cours des évènements et conflits internationaux. Pourtant, cette illusion française s’est bel et bien dissipée dans le conflit syrien dans lequel pour reprendre pied Paris s’est fait supplétif ridicule de Washington.

URL de cet article 33199
https://www.legrandsoir.info/ce-n-est-pas-si-mais-quand-washington-et-paris-attaqueront-en-syrie.html

Malgré le massacre de Gaza, Israël reste immunisé contre les critiques (Counterpunch)

Photo par Swithun Crowe | CC BY 2.0

Des milliers de manifestants sont retournés à la frontière vendredi dernier, ils ont brûlé de grands tas de pneus pour créer un écran de fumée noire, dans l’espoir qu’il les cache aux snipers israéliens. Selon le ministère de la santé de Gaza, 5 personnes auraient été tuées ce vendredi et 1070 blessées dont 293 victimes de balles réelles.

Les manifestants savent à quoi s’attendre. Une vidéo, datant du premier jour de la marche, montre un manifestant atteint dans le dos par le tir d’un sniper israélien alors qu’il s’éloignait de la barrière séparant Gaza d’Israël. Sur d’autres séquences, on peut voir des palestiniens tués ou blessés pendant qu’ils priaient, marchaient les mains vides vers la barrière frontalière ou qu’ils brandissaient, tout simplement, le drapeau palestinien.

Tous ceux qui se trouvent à moins de 300 mètres sont qualifiés « d’instigateurs » par l’armée israélienne, ses soldats ont reçu l’ordre de les abattre.

« Tout a été effectué sous contrôle ; tout était précis et mesuré, et nous savons où chaque balle a atterri, » affirmait un militaire israélien dans un tweet, le 30 Mars, au lendemain de la fusillade de masse, au début des 45 jours de ce que les palestiniens appellent la « Grande Marche du Retour » vers les maisons qu’ils avaient abandonnées, il y a 70 ans. Le tweet a été effacé peu de temps après, peut-être parce qu’une vidéo est apparue montrant un manifestant abattu d’un tir dans le dos.

L’ampleur des pertes subies le premier jour de la manifestation, il y a une semaine, est choquante, jusqu’à 16 personnes tuées et 1415 blessées, dont 758 touchées par des tirs à balles réelles, selon les responsables de la santé à Gaza. Ces chiffres sont contestés par Israël qui prétend que seules quelques dizaines de personnes auraient été blessées. Mais les médecins de l’hôpital Shifa de la ville de Gaza ont déclaré à Human Rights Watch, avoir soigné 294 manifestants blessés, « la plupart blessés au niveau des membres inférieurs par des balles réelles »

Imaginez un instant qu’au lieu des 2 millions de palestiniens de Gaza, réfugiés de 1948 pour la plupart, les 6 millions de réfugiés syriens en Turquie, au Liban et en Jordanie aient entamé une marche de retour vers leurs foyers en Syrie, abandonnés depuis 2011. Supposons qu’en approchant de la frontière syrienne, l’armée syrienne leur ait tiré dessus, tuant et blessant des centaines d’entre eux. La Syrie affirmerait certainement que les manifestants étaient armés et dangereux, bien que cela pourrait être contredit par l’absence de victimes parmi les militaires syriens.

Le tollé international contre le régime meurtrier syrien, à Washington, Londres, Paris et Berlin ferait écho dans le monde entier. Boris Johnson traiterait Al Assad de boucher et Nikki Haley, l’ambassadeur étasunienne aux Nations-Unies, brandirait les photos des morts et des mourants devant le Conseil de sécurité.

Bien sûr, Israël nierait furieusement un quelconque parallèle entre les deux situations. Son porte-parole, David Keyes, a même semoncé CNN pour avoir utilisé le terme « protestation » alors que « ce qui s’est vraiment passé est que Hamas a orchestré cet événement pour que des milliers de personnes envahissent Israël, pour l’anéantir et commettre des actes de terreur. En effet, on a pris en photo des gens qui tiraient avec des armes, qui mettaient des bombes et qui lançaient des roquettes. »

Aucune photo de ces manifestants prétendument bien armés, en l’occurrence. Quatre jours plus tard, Human Rights Watch a publié un rapport intitulé Israël : Massacres à Gaza, illégaux, calculés. Les responsables ont donné leur feu-vert pour tirer sur des manifestants désarmés. Selon Human Rights Watch, il n’y aurait « aucune preuve d’utilisation d’armes à feu par un quelconque manifestant ». Les enregistrements publiés par l’armée israélienne, montrant deux hommes tirant sur ses troupes, se sont avérés étrangers à la manifestation.

Les ministres israéliens ne sont nullement décontenancés par le discrédit jeté par de de telles allégations selon lesquelles, les manifestants constitueraient une menace militaire pour Israël. Le ministre de la défense Avigdor Lieberman a déclaré que les soldats israéliens ont « repoussé la branche militaire du Hamas avec fermeté et détermination… ils ont tout mon soutien. »

La politique de feu à volonté continue toujours, elle a poussé l’organisation israélienne des droits de l’Homme, B’Tselem, à lancer une campagne intitulée « Commandant désolé, je ne peux pas tirer », qui encourage les soldats à refuser de tirer sur des civils non armés au motif que cela est illégal.

Pourquoi cette montée des protestations palestiniennes aujourd’hui et pourquoi Israël réagit aussi violemment ? Il n’y a rien de nouveau dans le fait que les palestiniens manifestent pour leur terre ni dans la réaction violente israélienne. Mais il y a peut-être des raisons spécifiques à ce que cette confrontation ait lieu maintenant, par exemple la colère des palestiniens face à la décision du président Trump, en décembre, de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël et d’y installer l’ambassade des États-Unis. Une affirmation au clairon de la part de Washington sur son soutien inconditionnel à Israël et son mépris des palestiniens, une affirmation qui ne laisse à ces derniers, aucun espoir de gagner la moindre concession sur le soutien étasunien.

Selon la presse israélienne, le ferme soutien de l’administration Trump laisse croire au premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, que la mauvaise presse sur les massacres de Gaza ne nuira pas à l’image d’Israël aux États-Unis. Par le passé, la controverse sur les meurtres de masse des palestiniens ou des libanais par les israéliens a provoqué une réaction négative aux États-Unis qui a freiné l’utilisation de la force par Israël.

Jusqu’à présent, Israël a fait l’objet de peu de critiques de la part des médias internationaux désintéressés par ce qui se passe à Gaza, ou bien, heureux d’accepter les explications israéliennes sur ces événements. Le vocabulaire utilisé par les nouveaux organes de communication est souvent révélateur : ainsi, le 31 Mars, la BBC titrait sur son site web, « A la Frontière entre Gaza et Israël : des affrontements ont fait 16 morts palestiniens et des centaines de blessés ».

Le terme « affrontements » laisse croire qu’il y a un combat entre deux groupes de force égale, bien que comme le dit Human Right watch, les manifestants ne constituent aucune menace face à la toute puissante machine militaire israélienne, un point renforcé par le fait que tous les morts et les blessés soient palestiniens.

Il est probable que les israéliens sous-estiment l’impact, sur l’opinion publique, de l’utilisation excessive de la force ; à l’âge du wifi et de l’internet, les images graphiques des victimes de violences sont immédiatement diffusées dans le monde entier, souvent avec des effets dévastateurs. Comme en Syrie et en Irak, le prix politique d’un siège ou d’un blocus dans des zones urbaines comme Gaza ou la Ghouta orientale est élevé, car il est impossible d’empêcher que l’information portant sur les souffrances de ceux qui sont pris au piège à l’intérieur de telles enclaves, ne devienne publique, même si ça ne peut avoir d’impact sur le cours des événements.

Contrairement aux déclarations de Keyes, l’idée d’une marche massive contre la barrière semble être initialement parue dans les médias sociaux Gazaoui et n’a été adoptée que plus tard par le Hamas. C’est la seule stratégie susceptible de donner des résultats pour les palestiniens car ils ne possèdent aucune option militaire, ils n’ont aucun puissant allié et leur leadership est moribond et corrompu, cependant, leur nombre joue en leur faveur. Un récent rapport de la Knesset israélienne estime le nombre des arabes palestiniens à 6.5 millions avec un chiffre équivalent du côté des citoyens juifs israéliens en Israël et en Cisjordanie, sans compter ceux qui se trouvent à Jérusalem Est et à Gaza.

Israël a souvent eu plus de problème à faire face aux mouvements de masse de revendication non-violentes pour les droits civiques que de combattre les insurrections armées.

Keyes prétend que les manifestations ont été orchestrées par le Hamas, mais là encore les témoins sur place affirment que cet élan de protestation vient de groupes et d’individus qui n’appartiennent pas au parti. Ils expriment leur frustration face aux dirigeants palestiniens aussi bien Hamas que Fatah, qui ont échoué, se sont divisés et ne cherchent que leurs propres intérêts. L’aspect le plus dangereux de cette situation quant à sa violence potentielle est peut-être le fait que personne ne soit vraiment aux commandes.

Patrick Cockburn

Patrick Cockburn est l’auteur de « The Rise of Islamic State : ISIS and the New Sunni Revolution »

Traduction par Vagabond

»»https://www.counterpunch.org/2018/04/09/despite-gaza-massacre-israel-r…
URL de cet article 33204
https://www.legrandsoir.info/malgre-le-massacre-de-gaza-israel-reste-immunise-contre-les-critiques-counterpunch.html

Ambassadeur russe à l’ONU : Washington, Londres et Paris vont vers la 3e guerre mondiale

Vassily Nebenzia
L’ambassadeur russe auprès des Nations Unies, Vassily Nebenzia, s’est adressé au Conseil de sécurité le 9 avril 2018, à propos d’une attaque chimique présumée à Douma, dans la banlieue de Damas.
Transcription :
Je vous remercie. Si vous croyez que c’est un plaisir pour moi que de parler de la question qui nous occupe maintenant et de faire une déclaration, vous vous trompez lourdement. Malheureusement, la situation est telle que je vais devoir dire beaucoup de choses aujourd’hui, et il vous incombera de m’écouter. Nous sommes reconnaissants à M. De Mistura [Envoyé spécial du Secrétaire Général de l’ONU pour la Syrie] pour son exposé, ainsi qu’à M. [Thomas] Markran [Directeur et adjoint du Haut Représentant aux affaires de désarmement].
La Fédération russe a exigé que cette réunion se tienne sur les points de l’ordre du jour, qui sont les menaces pour la paix et la sécurité internationales, dans la mesure où nous sommes profondément alarmés par le fait que dans plusieurs capitales, surtout Washington et celles qui la suivent aveuglément, à savoir Londres et Paris, une politique délibérée a été entreprise pour attiser les tensions internationales. Les dirigeants des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France, sans aucune justification et sans se soucier des conséquences, se sont engagés dans une politique de confrontation contre la Russie et la Syrie et incitent d’autres pays à faire de même. Un large arsenal de méthodes est utilisé pour calomnier et insulter : la rhétorique belliciste, le chantage, les sanctions et les menaces d’utiliser la force contre un État souverain.
La Russie est menacée de façon impardonnable. Le ton avec lequel cela est fait a dépassé le seuil de ce qui est acceptable, et n’a pas même été atteint pendant la guerre froide. Une telle grossièreté contre mon pays est quelque chose que vos prédécesseurs n’ont jamais pris la liberté d’entreprendre. Quelle est la prochaine étape ? Nous rappelons une question rhétorique que notre Président a posée depuis l’Assemblée générale des Nations Unies en 2015 à nos partenaires occidentaux, en particulier les Etats-Unis, concernant l’imprudence de leurs expériences géopolitiques au Moyen-Orient. « Comprenez-vous maintenant ce que vous avez fait ? » Mais la question est restée en suspens, sans réponse.
Mais il y a effectivement une réponse : non, vous ne comprenez pas. Tout comme vous n’arrivez pas à comprendre ce que vous faites maintenant. Votre manque de stratégie claire sur toutes les questions est consternant non seulement pour nous, il nous déconcerte non seulement nous, mais également la majorité de ceux qui sont assis ici. Mais ils ont décidé de ne pas vous en parler ouvertement, de vous suivre partout où vous allez, sans tenir compte du fait que partout où vous allez, vous semez le chaos. Vous essayez de pêcher en eaux troubles, mais vous n’attrapez que des poissons mutants. Je vais poser une autre question rhétorique : comprenez-vous le seuil dangereux vers lequel vous amenez le monde ?
L’un des domaines où l’hostilité est la plus marquée est la Syrie. Les terroristes et les extrémistes, soutenus par des sponsors externes, y subissent une défaite. Rappelons que nous parlons des terroristes et des extrémistes que vous avez armés, financés et déployés dans un pays pour renverser un gouvernement légitime. Maintenant, il est clair pourquoi cela provoque l’hystérie parmi ceux qui ont investi leur capital politique dans ces forces obscures.
Récemment, grâce aux efforts déployés par la Russie conformément aux résolutions du Conseil de sécurité, une opération d’envergure a été entreprise pour lever le siège de la Ghouta orientale. Ses résidents, pendant un certain nombre d’années, ont été forcés de supporter l’impudence et la torture des combattants. Plus de 150 000 civils ont été évacués de cette banlieue de Damas, de manière totalement volontaire, avec les conditions de sécurité requises. Des dizaines de milliers d’entre eux ont déjà pu retourner dans les zones libérées et beaucoup ont retrouvé leurs proches. Il n’y a eu aucun changement [ou remplacement de la population] : cette composition dénoncée à cor et à cri par les partisans de l’opposition syrienne n’a pas eu lieu. Ce sont des mensonges.
Avec les dirigeants de ces groupes armés, des négociations difficiles ont eu lieu. En conséquence, beaucoup d’entre eux ont quitté les zones qu’ils occupaient, dans le plein respect des garanties de sécurité. Incidemment, au cours des opérations de transport, plusieurs tentatives ont été entreprises pour mettre en scène des attentats terroristes lorsque des militants ont tenté d’atteindre les bus avec des ceintures explosives. D’autres ont préféré régler leur statut auprès des autorités syriennes. Grâce aux amnisties présidentielles, ils pourront retourner à la vie civile et, par la suite, ils pourront peut-être même entrer dans les forces de sécurité syriennes. Nous parlons de la mise en œuvre d’un principe de l’ONU : la démobilisation, le désarmement et la réintégration.
Cependant, cette dynamique positive n’est pas du goût de certains sponsors étrangers à travers les pays occidentaux, qui sont prêts à faire feu de tout bois pour maintenir un foyer de résistance terroriste à portée de la capitale syrienne, afin que les combattants puissent continuer à terroriser les civils, à saisir leur nourriture et à demander à la communauté internationale de leur fournir une assistance humanitaire. Remarquons qu’ils n’étaient pas prêts à partager leurs médicaments avec les civils, comme l’a montré l’inspection des forteresses abandonnées par les combattants. C’était déjà le cas par le passé à Alep-Est : les hôpitaux improvisés dans les sous-sols étaient pleins de médicaments qui, à la suite de sanctions occidentales, ne parvenaient pas à Damas et aux autres régions contrôlées par le gouvernement.
De plus, de grandes quantités de [mots indistincts] ont été trouvées, ainsi que les corps et les cadavres de personnes qui avaient été soumises à la torture. Nous sommes stupéfaits de l’échelle des tunnels utilisés par les djihadistes. Dans certains d’entre eux, des camionnettes pouvaient circuler librement. Ces installations souterraines étonnantes reliaient les positions de groupes considérés par certains comme modérés, qui étaient tous liés au fief du Front Al-Nosra.
Le 6 avril, le nouveau chef du (groupe terroriste) Jaysh al-Islam, suivant les instructions de ses sponsors, a fait dérailler l’évacuation d’un groupe de combattants de Douma et a repris le tir de roquettes et de mortiers contre les zones résidentielles de Damas. Les tirs ont ciblé [nom indistinct de quatre zones]. Selon les informations officielles, huit personnes sont mortes. 37 civils ont été blessés. Malheureusement, nous n’avons pas vu les déclarations des capitales occidentales condamnant le bombardement d’un quartier historique de Damas. Le lendemain, le 7 avril, des combattants ont accusé les autorités syriennes d’avoir largué des bombes-barils contenant des substances toxiques. En même temps, les concepteurs de ces diversions s’emmêlaient les pinceaux. On parlait tantôt de sarin, tantôt de chlore ou même d’un mélange de gaz toxiques. Basé sur un schéma bien connu, ces rumeurs ont été immédiatement relayées par ceux qui sont financés par des capitalistes occidentaux : je parle des ONGs et des Casques blancs qui œuvrent mensongèrement sous l’habit de professionnels de santé. Et ces rapports ont également été repris et transférés aux médias.
Il nous incombe encore une fois d’affirmer que beaucoup de ces structures douteuses ont une liste claire des adresses électroniques des représentants des membres du Conseil de sécurité, ce qui montre que certains de nos collègues, ayant une conception particulièrement imprudente de leur statut, transmettent des informations sensibles à leurs protégés. Soulignons-le bien, tout le monde devrait se rappeler que les Casques blancs ont mis sur Internet une vidéo montrant les préparatifs d’une prétendue victime d’une attaque présumée perpétrée par l’armée syrienne.
En 2011, le feuilleton chimique a commencé, et on continue à nous le passer en boucle, en prenant soin que chaque nouvel épisode soit plus sensationnel que le précédent. À Washington, à Londres et à Paris, des conclusions immédiates ont été tirées, accusant les autorités syriennes ou, comme ils disent, le régime syrien. Personne ne s’est demandé pourquoi Damas aurait besoin de faire une telle chose. Des injures ont été portées contre la direction syrienne. Cependant, le principal fardeau de la responsabilité a été épinglé sur la Russie et l’Iran. Et je pense que cela n’est plus surprenant pour quiconque à ce stade, mais cette accusation a été portée immédiatement, conformément aux tendances actuelles, sans qu’aucune enquête ne soit menée.
Le 8 avril, les troupes syriennes qui inspectaient Al-Shimona près de Douma ont trouvé une usine artisanale de Jaysh al-Islam qui fabriquait des substances chimiques. Des agents de chlore de fabrication allemande et des équipements spéciaux ont également été découverts. A Istanbul, un journaliste de l’opposition, [nom indistinct], a mis sur sa page Twitter une vidéo montrant prétendument la zone de l’incident, probablement filmée par les Casques blancs. Un individu inconnu y est montré à côté d’une bombe artisanale comportant un produit chimique, et qui aurait frappé la chambre d’un immeuble à Douma. Tout cela était accompagné de commentaires sur une autre attaque chimique du régime contre des civils. Le fait que ce soit une mise en scène ne fait aucun doute. La trajectoire de la bombe présumée est inconcevable. Cette bombe a supposément frappé la maison, perçant un toit, et naturellement, calmement, serait tombée sur un lit en bous, sans même endommager ce lit. Une bombe peut-elle tomber sur un lit en bois sans l’endommager ?! Clairement, elle avait été placée là pendant la préparation de la mise en scène.
Il y a une séquence intéressante d’événements. La provocation chimique à Douma, le samedi 7 avril, a eu lieu immédiatement après que la délégation américaine au Conseil de sécurité a reçu l’ordre de convoquer pour lundi 9 avril des consultations d’experts sur leur projet de résolution sur le mécanisme d’investigation des incidents d’utilisation d’armes chimiques. Le texte initial a aujourd’hui reçu des changements et des révisions de grande envergure.
Dans ces circonstances obscures, nous devons bien sûr aller au fond des choses. Cependant, nous devons le faire de manière honnête, objective et impartiale, sans méconnaître le principe de la présomption d’innocence, et sans préjuger du résultat de l’enquête. Malgré les provocations, les spécialistes russes poursuivent leurs efforts pour résoudre la situation dans la Ghouta orientale.
Dans l’après-midi du dimanche 8 avril, suite à un nouvel accord, l’évacuation des combattants de Jaysh al-Islam a repris. Après la libération de Douma, des spécialistes russes de la protection radiologique, chimique et biologique y ont été envoyés pour recueillir des preuves et des informations. Ils ont prélevé des échantillons de sols qui montrent l’absence de tout agent neurotoxique ou de substances chlore.
Les sections locales ont été interrogées sur la cessation de la résistance aux combattants. Aucun résident local n’a confirmé qu’une attaque chimique avait eu lieu. Dans les hôpitaux locaux, il n’y avait aucun rapport sur les symptômes d’une substance toxique comme le chlore. Les autres installations médicales ne sont pas situées à Douma. Les corps des morts à la suite d’une contamination n’ont pas été trouvés. Le personnel médical et les résidents n’ont aucune information sur leurs zones d’inhumation potentielles. De ce fait, l’utilisation de sarin et/ou de chlore n’est pas confirmée. Incidemment, les représentants du Croissant-Rouge syrien ont réfuté la déclaration qui aurait été faite en leur nom au sujet d’une aide apportée à des victimes de gaz toxiques. J’invite ceux qui vont parler contre moi et calomnier le régime syrien à partir du principe qu’il n’y a pas eu d’attaque chimique.
La Suède a préparé un projet de résolution pour enquêter sur l’incident. En principe, pour mener une enquête, l’OIAC n’a pas besoin de résolution de l’ONU. Cependant, nous sommes disposés à considérer cette résolution. Aujourd’hui, nous proposons que ce que vous envisagez dans votre projet soit fait. Laissons donc l’OIAC, qui, par l’intermédiaire du Directeur général du Secrétariat technique, M. Üzümcü, s’est déclaré prêt à aller au fond des choses, partir dès demain pour Damas. Là, les autorités syriennes et les troupes russes fourniront les conditions nécessaires pour se rendre dans la zone de l’incident allégué afin qu’ils puissent évaluer la situation. Incidemment, c’est ce que le président Trump et d’autres dirigeants occidentaux nous avaient demandé d’entreprendre.
En ce qui concerne la possibilité d’une attaque chimique, les Syriens du Centre russe de réconciliation des parties adverses l’ont évoquée à plusieurs reprises. Il a été déclaré que pour filmer une attaque chimique, et je vais citer leurs propos, « l’équipement nécessaire a déjà été introduit. » Nous avons également fait les déclarations pertinentes au Conseil de sécurité. Vous avez entendu ces avertissements. Vous les avez entendus mais les ignorez délibérément dans la mesure où ils ne correspondent pas aux vues doctrinales de ceux qui cherchent l’élimination du gouvernement légitime d’un nouveau pays arabe.
Pourtant, ce qui n’est pas examiné est le fait qu’un nombre important d’armes chimiques a été découvert en novembre-décembre 2017 sur le territoire syrien qui avait été libéré des terroristes. Sur les sites de stockage d’al-Zakhariya et d’al-Afafir dans la province de Hama, vingt conteneurs d’une tonne chacun ont été découverts. Plus de 50 munitions contenant des produits chimiques toxiques ont été trouvées. À Tal-Adli, dans la province d’Idleb, 24 tonnes de produits chimiques toxiques ont été découvertes et on pense que c’est du chlore. Sur le site de stockage d’Adhamiya, à 30 kilomètres au nord-est de Damas, des munitions de calibre 240 et 160 millimètres ont été trouvées. Des boîtes en plastique contenant des substances et des composés de phosphore ont été trouvées. Dans la région d’Al-Servita, province d’Idlib, un complexe industriel a été trouvé pour la synthèse de diverses substances toxiques. 54 munitions chimiques ont été trouvées avec 44 conteneurs chimiques, et ceux-ci pourraient être utilisés pour la fabrication de substances toxiques.
Depuis le début de cette année, quatre cas ont de combattants utilisant des produits chimiques toxiques contre des positions où les troupes gouvernementales sont situées été signalés, notamment à Shuja et Al-Mesharif. Plus de 100 soldats syriens ont été hospitalisés. Le 3 mars, quand Hazrama et Al-Tars ont été libérés dans la Goutha orientale, les combattants des troupes gouvernementales ont découvert dans un tunnel un site souterrain de fabrication de munitions chimiques artisanales. Et c’est loin d’être une liste complète. Cela souligne les méfaits et les abus de l’opposition irréconciliable. Cependant, envoyer des experts de l’OIAC là-bas pour identifier les preuves n’est pas une chose que nous voyons les gens désireux de faire. Nous demandons à l’OIAC de vérifier toutes ces zones. L’accès peut être fourni.
De plus, des informations sont disponibles sur le camp d’Al-Tanf. Des instructeurs américains ont formé un certain nombre de groupes de combattants pour organiser des provocations avec des armes chimiques servant de prétexte à une frappe. Il était clair pour nous que des tentatives d’abriter des terroristes et en même temps de punir le régime tant détesté par certaines capitales occidentales seraient tôt ou tard entreprises. Des têtes de lecture sur les écrans de télévision ont tenté de répéter la frappe de l’an dernier contre la Syrie. Ce matin, il y a eu des frappes contre le terrain d’aviation T4 dans la province de Homs.
Nous sommes profondément préoccupés par de telles actions. Les provocations à Douma font écho à l’incident de l’année dernière à Khan Sheikhoun. Le point commun est la nature planifiée de ces attaques. Une analyse des opérations de l’US Navy avant et après l’incident à Khan Sheikhoun en avril 2007 montre que Washington, à l’avance, s’était préparé à mener cette opération. Du 4 au 7 avril de l’année dernière – à l’époque où la substance toxique était utilisée à Khan Sheikhoun, avant la frappe contre la base aérienne de Shayrat –, le destroyer USS Porter était déjà présent dans les eaux méditerranéennes. Il n’est pas entré dans les ports où un échange de munitions aurait pu avoir lieu afin d’augmenter le nombre de missiles de croisière.
Incidemment, du 4 au 5 avril, le destroyer USS Porter était situé au sud-est de la Sicile, et le destroyer USS Ross se trouvait dans un passage de la base navale de Rota dans la région au sud de la Sardaigne. Plus tard, le 6 avril, un mouvement accéléré des deux destroyers fut signalé vers les positions de tir plus au sud-ouest de Chypre. De là, le 7 avril, ils ont mené une frappe massive contre l’aérodrome de Shayrat. Dans le même temps, le nombre de missiles Tomahawk lancés (59) a dépassé celui qu’auraient dû avoir des deux destroyers réunis s’ils avaient réellement été engagés dans les opérations de défense antimissile qui leur avaient été assignées. À cette fin, seuls 48 missiles étaient nécessaires. De ce fait, les navires militaires américains, même avant l’incident chimique à Khan Sheikhoun, sont entrés en service avec un équipement de frappe supplémentaire, une augmentation du nombre de missiles de croisière qui n’était pas nécessaire pour la défense antimissile. Et cela pourrait attester de la planification préalable par Washington de frappes contre Damas.
Les fausses informations d’attaques chimiques à Douma samedi visent en fait à détourner l’attention de la société de l’affaire Skripal, qui a été rendue confuse par Londres, et à lancer contre la Russie des accusations totalement non confirmées dans le but de se solidariser pour construire une alliance anti-russe. Maintenant, les Britanniques s’éloignent d’une enquête transparente et proposent des réponses précises aux questions, mais en même temps, ils effacent leurs traces. Lors de la réunion du Conseil de sécurité le 5 avril sur l’affaire Skripal, nous avons averti que la tentative de nous accuser injustement d’avoir participé à l’incident de Salisbury était liée au dossier chimique syrien. Hier, cette question a vu de nouveaux développements intéressants. Pour le moment, le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson continue de divulguer des éléments contre la Russie et essaie d’être spirituel. Voici une perle : des experts d’un poste d’écoute de l’aviation britannique au sud de Chypre auraient intercepté des rapports le jour de l’empoisonnement de Skripal. Et c’est ce que rapporte le Times. Il contient la phrase suivante : « Le colis a été livré » et « les deux personnes ont réussi leur sortie ». Cela semble faire partie des renseignements fournis par Londres deux heures avant l’expulsion des diplomates russes. Cependant, n’est-il pas clair qu’il existe un lien irréfutable ici ? Est-ce que ce n’est pas clair pour tous ? Syrie-Russie-Salisbury ?
Je vais donner un coup de pouce aux services de renseignement britanniques et je vais le faire gratuitement. Voici une autre bonne idée pour effacer vos traces : vous pourriez suggérer que ‘Novichok’, qui est si apprécié maintenant, a atteint Salisbury directement de Syrie par paquet. On se moque vraiment du monde.
L’ambassadeur Haley a récemment déclaré que la Russie ne sera jamais l’amie des États-Unis. Et je souhaite répondre à cela. L’amitié est quelque chose qui est à la fois réciproque et volontaire. On ne peut pas forcer une amitié. Et nous ne sommes pas particulièrement désireux d’être amis avec vous. Nous ne vous supplions pas non plus d’être nos amis. Ce que nous voulons de vous, ce n’est vraiment rien : des relations civilisées normales que vous refusez avec arrogance, en ignorant la courtoisie la plus élémentaire.
Et vous vous faites des illusions si vous pensez que vous avez des amis. Vos soi-disant amis ne sont que ceux qui ne peuvent pas vous dire non. Et c’est le seul critère d’amitié dans votre compréhension. La Russie a de vrais amis, et contrairement à vous, nous n’avons pas d’adversaires. Nous ne voyons pas le monde à travers ce prisme. Et oui, le terrorisme international, c’est notre ennemi. Cependant, nous continuons à proposer la coopération. Cela doit être une coopération respectueuse et mutuelle, il faut aller vers la résolution de problèmes réels et non pas de problèmes imaginaires. Et vous devriez être tout aussi intéressés que nous à une telle coopération.
En fin de compte, en tant que membres permanents du Conseil de sécurité, nous assumons la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Par les canaux appropriés, nous avons déjà transmis aux États-Unis que l’usage de la force armée sous des prétextes mensongers contre la Syrie, où, à la demande du gouvernement légitime du pays, les troupes russes ont été déployées, pourraient entraîner de graves répercussions.
Nous appelons les politiciens occidentaux à réduire leur rhétorique belliciste, à envisager de manière significative les répercussions possibles de leurs actions et à mettre un terme à la profusion inconsciente de menaces à la sécurité mondiale. Ce que les mésaventures militaires de l’Occident ont provoqué nous est bien connu si l’on considère les exemples de la Yougoslavie, de l’Irak et de la Libye. Et personne ne vous a conféré le pouvoir d’agir en tant que policiers du monde ou en tant qu’investigateurs, procureurs, juges et bourreaux en même temps.
Nous vous appelons à revenir à la légalité et à respecter la Charte des Nations Unies, à affronter ensemble les problèmes qui surgissent, plutôt que d’essayer à chaque étape de faire avancer votre jeu géopolitique égoïste. Toute l’énergie doit être concentrée sur le soutien au processus politique en Syrie, pour lequel il est nécessaire de tirer de manière constructive les efforts de tous les acteurs influents. La Russie est toujours prête à s’engager dans une telle coopération.
Pour conclure, Monsieur le Président, je voudrais saisir cette occasion pour demander au Conseil de sécurité un exposé sur les résultats de la mission d’évaluation des Nations Unies à Raqqa et sur la situation dans le camp de Rahman. Nous voyons la façon dont les membres de la Commission tentent de créer un écran de fumée autour de cette question, qui est le résultat de leurs actions en Syrie, y compris l’opération visant à raser Raqqa par des bombardements. Aucune provocation chimique ne détournera l’attention de cela, de ce que vous avez fait.
Je vous remercie.
Vassily Nebenzia

Andrés Antillano : « l’Arc Minier apporte de la cohérence à une activité minière qui devenait chaotique ».

Après plusieurs mois de recherche ethnographique dans l’Arc Minier, un scientifique vénézuélien renommé soutient que l’activité minière de l’Orénoque fait l’objet d’une stigmatisation intéressée, de la part du grand capital tout particulièrement. L’une de ses conclusions est qu’un « partenariat entre l’État et la petite exploitation minière est un moyen de conjurer la violence et de garantir un développement minier respectueux de l’environnement ».

par Nerliny Caruci. « Des erreurs ont été commises dans le passé parce que la politique publique était une politique basée sur une mauvaise compréhension de l’activité minière, faite de répression et de non reconnaissance qui a mené à une situation favorable à l’émergence de groupes criminels, ceux-ci finissant par exploiter les mineurs ». C’est ainsi que le scientifique explique dans quel contexte est apparu le controversé Arc Minier de l’Orinoco et comment cette nouvelle politique rend sa dignité au monde des mineurs.

Andrés Antillano- en el río Cuyuni - Foto Emilio Guzmán

Andrés Antillano (à droite sur la photo) est psychosociologue et enseignant à l’Université Centrale du Venezuela (UCV), spécialiste en criminologie et militant des Droits de l’Homme. Ce scientifique a fait des recherches sur le terrain, à l’intérieur même des mines de l’Etat de Bolivar, afin de comprendre la vie du peuple des mineurs dans sa quotidienneté, et pour aller plus loin, la manière dont les pratiques sociales associées à l’activité minière s’organisent. « L’Arc Minier nous permet de garantir un développement responsable de l’activité minière reposant, avant tout, sur ce qui représente la force motrice de cette transformation minière : la classe laborieuse des mineurs », souligne l’expert en référence à l’impact environnemental et social qu’aura l’Arc de Guayana.

Selon l’opinion qu’il s’est forgée sur la base des dispositifs ethnographique de coproduction de l’information, le secteur minier exprime l’identité de la classe travailleuse vénézuélienne, malgré « la stigmatisation intéressée » que propagent à son sujet »le grand capital qui était à l’origine de l’activité minière ». La pression exercée contre l’Arc Minier augmente avec le temps. Il suffit de se rappeler comment il a été discrédité ces derniers jours dans l’opinion publique : « l’activité minière décrétée par Maduro cause des ravages », « l’Arc Minier dévore le Venezuela et personne ne dit rien » ou « L’Arc Minier ampute de 12% le territoire national », alors même que des scientifiques, le peuple des mineurs, des leaders indigènes et le gouvernement national ont démontré que l’Arc Minier de Guayana est une politique qui est venue mettre de l’ordre dans le chaos qui régnait dans une activité minière qui, selon les termes d’Antillano, « partait en vrille ».
Selon ce chercheur universitaire, il y a un peu de tout dans ces critiques : des critiques malveillantes, des critiques justes et des jugements à l’emporte-pièce dues à l’incompréhension. Artillano a défini le partenariat entre l’Etat et la petite exploitation minière dans l’Arc Minier de l’Orinoco comme la voie incontournable à suivre, pouvant être un phare pour les mineurs du monde entier qui vivent dans des conditions d’exploitation relevant quasiment de l’esclavage et qui subissent des spoliations et des pillages sans fin ».

Pourquoi mener une recherche scientifique sur le thème de l’activité minière?

L’intérêt de cette recherche est de dénoncer la stigmatisation qui pèse sur les petits exploitants miniers et qui répond à certains intérêts, selon moi. Cette stigmatisation fait partie d’une stratégie de négation de notre peuple, de négation des petites gens qui sont pourtant ceux qui produisent nos richesses et qui font le pays. Il s’agit d’une stigmatisation historique des petits exploitants miniers qui cherche à les faire apparaître comme des groupes criminels, des fainéants et des prédateurs de l’environnement, alors que ce sont justement ces petits mineurs qui, j’insiste là-dessus, produisent la richesse, tout comme les pauvres et les travailleurs de ce pays.

Donc, pour l’essentiel, cette recherche a tenté de connaître de près le monde de la mine. L’ethnographie consiste justement à faire partie intégrante de l’objet que l’on étudie : il ne s’agit pas de voir les choses de loin, mais de connaître de près la vie, les pratiques sociales, les formes d’organisation, les problèmes des mineurs, et bon, ç’était vraiment passionnant. Et je suis arrivé à la conclusion, Nerliny, Ministre, Maria, que si un secteur de la population est à même d’exprimer l’identité de la classe travailleuse de ce pays, c’est bien celui des mineurs. Dans notre imaginaire collectif, il y a un peu de cette représentation très coloniale d’El Dorado, l’idée que l’or se trouve facilement, qu’il est à portée de main.

Andrés Antillano- en El Callao - Foto Emilio Guzmán
Quelle idée!

Oui vraiment, quelle idée! Comme cette croyance aussi que lorsqu’il a plu à El Callao, apparaissent des « cochanitos » en or ; peut-être cela s’est-il passé un jour? Non, sérieusement, si l’or a une quelconque valeur, ce n’est pas le métal en lui-même qui la lui confère, mais le travail gigantesque fourni par le mineur.

Andrés, pourquoi le public a-t-il une mauvaise image du mineur? Pourquoi cette image négative du mineur est-elle autant relayée par les médias?

Parmi les mineurs, on trouve toutes sortes de personnes, mais les gens honnêtes et travailleurs prédominent, des gens qui s’efforcent de gagner leur vie par leur travail avec une détermination impressionnante. De plus, le mineur mène une vie très simple, très modeste ; il utilise l’or pour survivre, mais il ne s’agit pas du tout de fortunes colossales! Cette croyance est un autre grand mythe!

Il peut y avoir beaucoup de raisons à cette stigmatisation, mais je pense qu’elle est intéressée, tout particulièrement lorsqu’elle provient du grand capital qui était à l’origine de l’exploitation minière. On parle par exemple de déprédation de l’environnement ; je suis allé sur place et j’ai vu, en effet, des zones présentant beaucoup de dégâts, mais c’était le résultat de l’activité d’anciennes grandes entreprises minières qui ont été expulsées (par le gouvernement du Président Chavez). J’étais sur les lieux, on ne pourra pas me raconter d’histoires. En outre, le mineur éprouve un profond sentiment anti-impérialiste. C’est une des choses que j’ai pu constater, car leur lutte de classe a toujours été dirigée contre les grandes corporations qui exploitaient les mineurs ; et le mineur a toujours revendiqué la souveraineté nationale. Se rapprocher du monde des mineurs, c’est côtoyer un monde culturellement riche du fait qu’il est le creuset du peuple vénézuélien : on trouve dans les mines des gens de la partie orientale du pays, de la partie occidentale, des gens de l’Apure, des gens des Andes, des camarades venus d’autres pays, des frères colombiens. Bref, l’Arc est un véritable creuset des secteurs populaires et à ce titre possède une culture très riche. De plus, le mineur a le sens du bien commun -bien sûr j’insiste sur le fait qu’il y a un peu de tout parmi cette population et qu’il ne faut pas généraliser – mais il comprend que la nature ne peut pas être pillée éternellement, car il en vit et doit entretenir avec elle une relation fondée sur le respect. Ensuite, il y a un problème qui relève de la responsabilité de l’Etat ; j’entends par là que le Ministère du Développement Minier Ecologique se doit de régler la question de la situation irrégulière des petits exploitants miniers.

Arco Minero del Orinoco - Mina El Chivao - Foto Emilio Guzmán

Le secteur informel?

Exactement. Le travail informel fait du peuple des mineurs une proie facile des groupes criminels et des victimes d’extorsions. J’ai pu voir comment, sous prétexte de lutte contre le paludisme, des mercenaires de la santé détournent les médicaments pour les vendre à leur propre profit et à des prix exorbitants aux mineurs – des médicaments qui sont gratuits au Venezuela! -, vous vous rendez compte? Le travail informel est aussi lié à la situation juridique, légale du mineur ; à cet égard, une politique de régularisation, de légitimation, une présence de l’Etat et des partenariats entre l’Etat et les petites exploitations minières, non seulement amélioreraient la situation des mineurs, mais garantiraient également un développement respectueux de l’environnement tout en allant dans le sens d’une stratégie visant à remédier à la situation de guerre économique que vit le pays.

Ces jours-ci, on a pu lire dans quelques médias que les résultats d’une enquête que vous avez faite dans l’Arc Minier de l’Orinoco montrent qu’ « il y a une relation directe entre la flambée de la production d’or et la violence ». Peut-on considérer les choses ainsi? Cette affirmation rend-elle justice à la manière dont le phénomènes de la violence se forme dans l’Arc?

Je n’ai absolument pas dit cela, vraiment! D’abord, il y a la question de la rente. L’exploitation minière existe au nord de l’Etat de Bolivar depuis presque 200 ans – en 1824, la première exploitation s’est installée dans la région de Cuyuni – et pourtant la violence n’y régnait pas. Les groupes criminels ne proviennent pas du peuple des mineurs ; bien au contraire, ce sont les mafias qui abusent des mineurs. La violence présente dans l’Arc Minier est liée à plusieurs facteurs dont, je crois, la faible présence de l’Etat. C’est pourquoi il faut renforcer cette présence et réglementer l’activité minière. Par exemple, les mineurs envisagent, entre autres choses, la possibilité de vendre l’or directement à l’Etat et à cet égard, les premiers résultats positifs des bureaux de l’or laissent envisager une politique d’une haute importance, consistant à vendre l’or directement à la Banque Centrale et à Minerven ; et aussi d’entrer en relation étroite avec l’Etat, car les mineurs comprennent que l’Etat Vénézuélien n’est pas là pour les brimer, mais pour les protéger et leur rendre leur dignité. Puisque c’est justement la faible présence de l’Etat qui favorise la toute-puissance des organisations criminelles. La perspective de très gros revenus est également très attractive pour les bandes criminelles qui finissent par exploiter les mineurs. En fait, le problème central est le le prélèvement dérégulé de revenus en l’absence d’un partenariat actif entre l’Etat et les communautés.

La violence est liée à un contexte de lutte de classes ; c’est-à-dire qu’actuellement, ce n’est pas le grand capital des entreprises transnationales qui exploite le mineur, mais les groupes criminels eux-mêmes. Donc, la présence forte de l’Etat, la collaboration entre l’Etat et la petite exploitation minière est un bon moyen de conjurer la violence dans l’Arc Minier de l’Orinoco La violence et l’activité minière ne sont pas nécessairement liées! La violence relève de l’absence de politiques visant à intégrer les mineurs et à leur garantir des conditions de vie satisfaisantes – et je pense que l’Arc Minier de l’Orinoco représente un effort important dans ce sens-.

Arco Minero_Mina El Chivao - Foto Emilio Guzmán
Y a-t-il des personnes qui s’opposent à l’Arc Minier conçu par le Commandant Chavez et qui se concrétise aujourd’hui par le décret du Président Nicolas Maduro ? A votre avis, quel est l’impact social de l’Arc Minier de l’Orinoco?

Bien sûr! Parmi les critiques contre l’Arc Minier, on trouve de tout : de la critique malveillante, des critiques valables et justes que je pourrais même partager, et des critiques dues au manque d’information. C’est pourquoi je profite de l’occasion qui m’est donnée ici pour saluer le travail médiatique effectué par En la bulla, dont l’émission a été réalisée au Ministère du Développement Minier Ecologique avec la Radio Nationale du Venezuela. Mais je pense qu’avant tout l’Arc Minier cherche à donner une cohérence à une activité minière qui existe depuis très longtemps et qui partait en vrilles de toute façon.

Des erreurs ont été commises dans le passé parce que la politique publique était une politique basée sur une mauvaise connaissance de l’activité minière, faite de répression et d’incompréhension ; créant ainsi un contexte qui, par exemple, a favorisé l’apparition de groupes criminels, ceux-ci finissant par exploiter les mineurs. Donc, je suis convaincu que l’Arc Minier contribue à régulariser la situation des petits exploitants miniers, à garantir leurs droits, à garantir une présence active de l’Etat et à démontrer que le développement d’une activité minière écologique n’est certainement pas une utopie. Des expériences intéressantes ont été menées dans des régions minières du Pérou où la communauté des mineurs établit elle-même des mécanismes de contrôle et de surveillance de l’environnement ; ce sont des initiatives susceptibles d’assurer un développement responsable de l’activité minière, surtout si elle repose sur ce que je pense être la force motrice de cette transformation de l’activité minière : les petits exploitants miniers la classe travailleuse des mineurs.

Tu disais il y a un instant que le peuple des mineurs est un peuple très modeste qui manie de grandes richesses. Est-ce que cette pauvreté découle de l’ignorance de la valeur de tant de richesse? Qu’en penses-tu ?

Eh bien figure-toi qu’une des choses qui, à mes yeux, est sans rapport avec ces mythes dont parlait Nerliny, est le fait que le petit exploitant minier ne produit vraiment pas beaucoup. Il ne garde qu’une très petite part de sa production pour lui, en réalité, et l’estimation de ses gains n’est qu’approximative.

Et ce qu’il gagne, il le perd à cause des rackets.

Oui, il finit par le donner aux racketteurs ou en achetant certains produits à des prix exorbitants ; par exemple, des médicaments contre le paludisme qui sont gratuits mais qu’on leur vend à des prix faramineux. Le mineur se retrouve donc avec juste 10 ou 15% de sa production. Il extrait de très petites quantités et ne conserve pour lui que 10% de ce qu’il a sorti. Le surplus reste là. Et qui se l’approprie? Les mafias, les opérateurs qui rackettent les mineurs. Dans un tel contexte, le développement des forces productives minières, l’assistance technique aux mineurs et le déblocage de fonds au profit des mines pouvant être réinvestis, jouent un rôle clé.

Minero_Hoja de Lata II - Foto Emilio Guzmán
Nous allons créer un Fond Social Minier.

Ce genre de choses va permettre d’éviter des dangers bien réels qui menacent la souveraineté nationale. Il y a des pays où des dynamiques de conflits armés sont largement financées par ces pratiques d’extorsion exercées sur les petits mineurs. Ce n’est pas le cas au Venezuela heureusement! Mais c’est un danger permanent. Donc, la possibilité pour la classe travailleuse des mineurs et l’Etat de se réapproprier cet excédent et d’alimenter les caisses de la Banque Centrale, selon des accords équitables entre les petits exploitants miniers et l’Etat, va non seulement écarter ce danger, mais favorisa aussi le développement de l’activité minière traditionnelle, qui représente une activité productive effectuée essentiellement à la main. Au cours de mon enquête, je suis descendu dans les « barrancos » (ravins) comme on appelle là-bas les galeries verticales, jusqu’à 50 mètres de profondeur pour voir comment on extrait l’or à coups de marteau. C’est un travail très artisanal, très rudimentaire et qui met souvent la vie du mineur en danger. Par conséquent, la mise au point et l’application de technologies plus performantes et respectueuses de l’environnement ainsi que la protection de la sécurité au travail et de la santé des mineurs vont se traduire non seulement par la dignification de la vie du mineur mais aussi par une activité beaucoup plus rentable et bien moins coûteuse ; tout cela a quelque chose à voir avec cette enquête, le savoir-faire et l’assistance technique que vous mentionnez. C’est une réelle opportunité de régler le problème de l’usage du mercure qui affecte autant les mineurs que l’environnement.

Toi qui as côtoyé le peuple des mineurs et qui a fait des enquêtes, peux-tu nous dire si les mineurs sont conscients de la nécessité de préserver l’environnement et les écosystèmes dans lesquels ils travaillent? Quelle est ton impression sur ce peuple?

Je dois d’abord souligner que le monde du petit exploitant minier est très hétérogène. Il y a le mineur traditionnel –comme c’est le cas de Maria – : un mineur qui exerce ce métier durant toute sa vie et a développé un savoir-faire dans la protection de l’environnement ; et puis il y a les nouveaux arrivants qui s’adonnent à des activités très nuisibles ; ils veulent se constituer un petit capital le plus vite possible, parfois même au détriment de leur propre vie. Mais en règle générale, l’impact destructeur de l’activité du mineur traditionnel sur l’environnement est plutôt faible. Bien sûr, comme les mineurs sont nombreux, les dégâts seront sans doute plus importants, mais c’est avant tout leur propre vie qui est menacée par la contamination au mercure et par le paludisme. Mais, je le répète, le mineur traditionnel sait intuitivement que la préservation de l’environnement est primordiale ; car, en fin de compte, le mineur vit en relation étroite avec son environnement ; le mineur traditionnel prend soin de son milieu naturel.

Le mineur générationnel a une forte culture propre au monde de la mine et qui se différencie nettement ne serait-ce que par le fait qu’il est moins sujette aux accidents que les autres. Il a une relation responsable avec son travail et avec l’environnement, puisqu’il est né et a vécu dans la mine, ou bien a toujours été en relation avec le monde de la mine. Cette relation est d’ailleurs très intéressante. A El Callao par exemple, de nombreuses familles ont une mine dans la cour de leur maison et n’exploitent que le strict nécessaire. Imaginez-vous, Ministre, Nerliny, la différence que cela représente avec le grand capital! C’est vraiment une grande différence en comparaison avec les grandes industries minières qui épuisent rapidement le gisement en extrayant les plus grandes quantités possibles de ce minerai ; parfois même elles n’extraient rien car ce qui les intéresse c’est le chiffre d’affaires boursier, c’est de figurer à la bourse de valeurs de Wall Street.

Le mineur traditionnel comprend que son mode de vie prioritaire doit être de se procurer uniquement la quantité d’or dont il a besoin pour vivre ; il n’entretient pas de relation déprédatrice avec la mine, ni avec son milieu environnemental. Néanmoins, d’autres formes de relations existent sur le territoire ; par exemple, l’usage de dragues et de bassins, qui constitue une sorte de moyenne exploitation minière, illégale, mobilisant d’importants capitaux et agissant en toute impunité, a un sérieux impact destructeur sur les lits des rivières. Il y aussi les familles de mineurs qui viennent des grandes villes et, pour une bonne part, de la campagne, fuyant la pauvreté que provoquent la guerre économique criminelle menée actuellement contre les secteurs populaires et les opérations de spéculation dirigées contre le peuple vénézuélien. Ces familles viennent le plus souvent pour chercher une bouffée d’oxygène, reprendre leur souffle dans l’activité minière, certaines d’entre elles croyant à la légende d’El Dorado et s’imaginant faire fortune rapidement ; cette légende est fausse, j’insiste là-dessus, car le petit exploitant travaille avec des méthodes très peu industrielles, voire artisanales, et ne réussit jamais à faire fortune, sauf dans quelques rares endroits – il se fait moins d’un gramme d’or – moins d’une « grama » comme ils disent dans les mines.

C’est ce que l’on constate dans les bureaux de l’or : le travail de 25 000 mineurs s’est traduit, lors de la 12ème livraison de 2017, par un peu plus de 700 kilos de métal aurifique.

Vous touchez là un point très important que je n’ai pas fini de développer : chaque mineur, chaque équipe et chaque compagnie travaillent essentiellement en coopération. L’exploitation minière produit relativement peu et les gains des mineurs ne sont pas très élevés ; mais les mineurs dans leur ensemble peuvent obtenir des gains importants. A ce point de vue, il existe un vide que les petits exploitants comblent avec le Conseil Populaire Minier.

Avec les brigades de mineurs.

…avec les brigades de mineurs. Qui n’ont rien à voir avec des unités isolées : elles constituent un véritable mouvement. Car leur capacité de production pourrait faire du mouvement de l’Arc Minier le mouvement populaire le plus important du pays : autant pour leur production que par le grand nombre de familles qui y sont impliquées. C’est-t-à-dire que les petits mineurs organisés de manière collective pourraient se réapproprier leurs propres excédents, avec l’aide de l’Etat, pour le transférer à ce dernier et à la Banque Centrale à un prix juste, ce qui rendrait possible une évolution sociale, technologique et éducative. Le gros problème est que la plupart du temps les mines se trouvent en-dehors des secteurs les mieux implantés, et les enfants n’y ont donc pas accès à l’enseignement scolaire. Avec le Conseil Populaire des Mines, nous avons réfléchi à des projets d’enseignement non officiel et de santé qui permettraient à ces enfants d’être pris en charge, et de quelle manière on pourrait intégrer ces projets dans une dynamique de développement local global.

Minas Ríos Cuyuní-Chicanán - Foto Emilio Guzmán

De tout l’Arc Minier de l’Orinoco ?

De tout l’Arc Minier, contrôlé par ceux qui produisent la richesse. Car, finalement, c’est cela le socialisme, que ceux qui produisent les richesses soient aussi ceux qui décident politiquement de leur usage. De ce point de vue, la possibilité d’un partenariat entre les petits exploitants miniers et l’Etat, dans l’Arc de l’Orinoco, est la seule voie à suivre et peut être un phare pour les mineurs du monde entier qui vivent dans des conditions de surexploitation voir de quasi esclavage, livrés à la spoliation et aux pillages permanents, que ce soit dans différents pays de notre Amérique que dans le reste du monde.
Une fois de plus, nous pouvons constater, Nerliny, que là encore nous avons besoin de l’Arc Minier de l’Orinoco pour aborder la question socio-environnementale qui, comme nous le disions dans notre titre, est de laisser « la plus petite trace possible dans le milieu naturel mais le plus grand impact possible sur le social » et de soutenir l’organisation des mineurs, hommes et femmes, qui mènent leur vie dans l’Arc.

Et de les reconnaître. Il est important que l’Etat reconnaissent les petits exploitants comme producteurs de la richesse minière du pays. Au titre de cette légitimité , la communauté locale doit participer aux processus de prise de décision, de contrôle et de gestion de la politique minière. Dans cette optique, le respect des droits des peuples indigènes sur leurs terres ancestrales, tels qu’ils sont consacrés par la Constitution, relève de la responsabilité de l’Etat.

Si nous reprenons les objectifs de l’Arc Minier, nous trouvons celui de prendre le contrôle souverain de la chaîne productive minière et d’y inclure celui des activités connexes de l’exploitation minière. Vous qui avez eu l’opportunité d’être sur place aux côtés des mineurs, hommes et femmes, de toute cette région du Nord de Bolivar, quelles sont les perspectives de développement de projets agroproductifs, compte-tenu du fait que mineurs paient très leurs aliments?

C’est vrai : le petit mineur est devenu la cible d’intermédiaires sans scrupules. Et ce qui est lamentable, c’est qu’il s’agit parfois de personnes appelées à protéger les petits exploitants, comme des membres des corps de sécurité -pas tous! Juste quelques uns d’entre eux qui exercent une répression disproportionnée- et d’autres acteurs civils qui sans vergogne se livrent au pillage et à la spoliation du petit mineur allant même jusqu’à l’extorsion, ou encore à des opérations spéculatives qui provoquent le coût élevé de la vie. Dans l’Arc Minier, les mineurs produisent des aliments. Dans la plupart des mines, j’ai vu des plantations et des élevages de bétail. C’est ce qu’il faut encourager en apportant aux mineurs une assistance technique et en établissant des partenariats avec eux. Un autre élément important est que les mineurs côtoient les peuples indigènes -beaucoup d’indigènes sont mineurs- et on trouve de nombreuses mines chez les indigènes. Ces peuples sont les seuls à être présents sur des territoires particulièrement vulnérables, à proximité de la frontière avec le Guyana, notre Guyana Esequibo, et de celle avec le Brésil.

Le peuple des mineurs est un facteur de souveraineté, qui permet d’exercer la souveraineté nationale sur des territoires que l’Etat vénézuélien a depuis toujours laissés à l’abandon, et dans lesquels ce sont, comme c’est toujours le cas, les pauvres et les travailleurs qui, par leur présence, renforcent cette souveraineté et y créent la patrie. Cet facteur de la souveraineté nationale doit aussi être pris en compte dans la politique minière et dans la politique d’organisation des petits exploitants miniers. J’ai rencontré l’Association des Gardiens de l’Esequibo près de Hoja de Lata. Les mineurs envisagent sérieusement un développement productif responsable près d’une frontière devenue particulièrement sensible en raison du pillage historique de notre Esequibo par l’empire britannique. La présence de l’Etat est très aléatoire, très faible dans ces régions. C’est un problème qui reste à résoudre. Il est par exemple lamentable de voir comment des semi-wagons remplis d’essence vénézuélienne, refusée aux mineurs, passent au Guyana pour y financer l’usurpation du territoire de l’Esequibo. C’est pourquoi, je le répète, ce sont les mineurs qui représentent une garantie de souveraineté pour la protection et la défense du territoire nationale.

Après avoir vécu cette expérience d’investigation dans les territoires de l’Orinoquia, que signifie l’Arc Minier de l’Orénoque aux yeux du scientifique que vous êtes, Andrés Antillano?

Je crois que l’Arc Minier repose sur la légitimation de la classe laborieuse des mineurs, l’intégration et la réhabilitation de cette classe composée de milliers, de centaines de milliers même de petits exploitants miniers qui, tous les jours, produisent non seulement de l’or et des diamants, mais font la patrie sur les territoires qu’ils occupent. L’Arc Minier doit concevoir un développement à orientation écologique basé sur les relations communautaires et renforcer une présence active de l’Etat, qui protège et potentialise les capacités créatrices de notre peuple.

Source: https://venezuelainfos.wordpress.com/2018/03/08/andres-antillano-larc-minier-apporte-de-la-coherence-a-une-activite-miniere-qui-devenait-chaotique/