Caravane de migrants réprimée alors qu’elle tentait de passer au Mexique

Amérique latine et les Caraïbes | 20 octobre 2018

La caravane de migrants honduriens cherchant à atteindre les États-Unis a été arrêtée par les forces de police à la frontière mexicaine. Dans cette situation, les migrants ont tenté de forcer leur entrée en raison des restrictions que leur avait présentées le gouvernement du pays.
Lors de l’affrontement avec les forces mexicaines, la caravane a réussi à briser le mur qui lui avait été imposé et, pendant 15 minutes, des dizaines de migrants ont réussi à pénétrer dans la municipalité de Suchiate au Chiapas. Cependant, la police mexicaine a eu recours à l’utilisation de gaz lacrymogène contre les migrants malgré la présence de femmes et d’enfants.
Le gouvernement mexicain, qui a pris ces mesures sévères contre la caravane à la suite des déclarations du président américain Donald Trump, tente d’exprimer qu’il ne cherche que l’ordre de la migration et tente de mettre fin à la promotion de l’asile avancé au Mexique au lieu de permettre le passage aux États-Unis.

 

 

Momentos de tensión después de que la caravana de hondureños forzara su entrada a México | Noticiero

http://www.albatv.org/Caravana-migrante-es-reprimida-al.html

L’élection d’AMLO : Une formidable opportunité pour le Mexique et l’Amérique latine

amlo_en_concentracion_custom.jpg
 Le Mexique est, avec le Brésil, l’un des « grands frères » de l’Amérique latine et des Caraïbes. Non seulement en raison de son poids démographique ‑ ses 128 millions d’habitants représentent un cinquième de la population totale de la région ‑ ou pour la taille de son économie, dont le PIB équivaut à environ 20% du total régional.

Le Mexique a marqué l’histoire de l’Amérique latine avec des traces qui ont marqué profondément l’avenir politique et social collectif. La Révolution de 1910 ‑ cet exploit du Mexique profond contre la dépossession paysanne, le pillage des ressources et du territoire, la dictature porfiriste, la modernisation forcée et un système d’exclusion ‑ a donné naissance à des voies héroïques de justice sociale pour ceux qui ont suivi, entre autres, Sandino et Farabundo Martí.

La Constitution de 1917 fut la première à établir des droits sociaux, la séparation de l’État et de l’Église, l’amélioration des conditions de vie des travailleurs avec la création des huit heures de travail, la garantie d’un salaire minimum mensuel et la reconnaissance du statut juridique des syndicats. Il incluait également la répartition des terres, le fédéralisme et la division des pouvoirs en tant que système politique.

Un peu plus tard, dans les années 1930, le général Lázaro Cárdenas sera de nouveau un pionnier avec la nationalisation du pétrole et des chemins de fer, la production communale et la réforme agraire, ainsi que la généreuse acceptation des exilés de la guerre civile espagnole.

Des années plus tard, à l’époque de l’obscurantisme néolibéral, le soulèvement zapatiste donnerait une perception à la revendication indigène, qui s’étendrait alors comme un brasier relançant les mouvements indigènes, lesquels deviendraient décisifs une décennie plus tard dans la politique équatorienne et avec l’arrivée d’Evo Morales à la présidence en Bolivie.

Par conséquent, dans le contexte actuel, l’élection de Andrés Manuel López Obrador, AMLO s’inscrit comme une possibilité que se constitue comme un signe pour démarrer une nouvelle avance des revendications populaires sur le continent.

Régénération du Mexique

Le Mexique connaît un état de dégénérescence sévère. Dégénérescence produite par les diverses violences qui dévastent son peuple. La violence généralisée du narcotrafic, les assassinats de journalistes, les meurtres de femmes et la violence politique récente dressent un tableau qui, de quelque manière rappelle le souvenir d’une certaine tradition sacrificielle aztèque, qui à l’époque facilitait l’invasion coloniale par la collaboration des groupes ethniques soumis.

À cela s’ajoute l’énorme violence économique qui a plongé plus de 53 millions de Mexicains dans la pauvreté, dont près de 10 millions dans l’indigence absolue.

La dégénérescence sociale laquelle correspond à une dégénérescence profonde de l’appareil politique, dans lequel le fédéralisme formel est devenu un véritable féodalisme, au sein duquel règne la corruption, le trafic d’influence, l’évasion fiscale tolérée et, dans le cas contraire, le pouvoir omnipotent des cartels de communication monopolistiques dans la formation de l’opinion publique.

C’est pourquoi, par le biais de son nom, le Mouvement de Régénération Nationale (MORENA) et de son leader López Obrador, ont été capables d’interpréter correctement la nécessité impérieuse, et c’est la raison pour laquelle il est majoritairement en accord avec la population. Le Mexique – sans aucun doute – doit être régénéré.

Ni tout, ni maintenant, ni seulement

L’énorme colère accumulée, le besoin pressant de profondes transformations sociales seront un facteur de pression populaire irremplaçable pour prendre une nouvelle direction. Cependant, l’impatience et les justes exigences qui en découlent pourraient paradoxalement se créer, avec les résistances qui seront placées par le pouvoir concentré établi, dans les principaux obstacles pour le gouvernement moreniste [NDE. Mouvement de Régénération Nationale (MORENA)].

L’obligation de López Obrador sera de démontrer que ce n’est pas une continuité du mensonge politique. Cela devra se manifester en inversant le plus rapidement possible l’orientation et les effets du Pacte pour le Mexique, scellé en 2012. Transformer la réforme de l’éducation mercantiliste, recouvrer la souveraineté énergétique, lutter contre la financiarisation de l’économie, démocratiser les télécommunications, voilà les défis majeurs. Mais surtout, engager un programme de réformes économiques qui libérera le Mexique de la soumission impitoyable aux Etats-Unis, pays auquel il envoie 73% de ses exportations totales.

De la même façon, le début d’un désarmement progressif de l’appareil pénal et de la répression étatique qui sont leurs complices, l’émergence d’une culture des droits humains et le rétablissement de la vertu dans la sphère publique seront parmi ses défis les plus difficiles.

Encore plus lent, mais tout aussi impératif, sera le processus de reconnaissance effective des droits de la multiculturalité du Mexique et la revendication culturelle de ses racines, un processus de réconciliation et de valorisation personnelle qui est également en suspens dans de vastes régions de l’Amérique métisse, noire et amérindienne.

Rien de tout cela ne sera réalisable d’un jour à l’autre. Cela ne pourra non plus être fait (ou défait) intégralement en seulement un sextennat. Peut-être que le plus important serait que le peuple mexicain assume, au-delà du volontarisme et du personnalisme, que le soutien citoyen organisé serait essentiel pour se conformer à ce programme.

Les espoirs d’intégration en Amérique latine et dans les Caraïbes sont avec López Obrador

Dans un monde où les tendances rétrogrades et les néofascismes ont momentanément pris la tête ‑ en partie en réponse à une mondialisation économique et culturelle étouffante ‑ la victoire du lopézobradorisme représente une sorte de « nationalisme bénin », une tentative de reprendre l’idée d’un état souverain, d’insérer ses relations dans un sens multilatéral et de repositionner le Mexique dans le domaine de l’intégration régionale.

Les forces progressistes célèbrent la victoire de López Obrador parce que cela implique l’affaiblissement de l’un des principaux gouvernements satellites de l’interventionnisme étranger en Amérique latine et dans les Caraïbes, propulsé principalement par les États-Unis d’Amérique mais aussi par certains gouvernements européens.

La défense de la paix dans la région sera particulièrement importante. Le nouveau gouvernement mexicain, en opposition à la position prise au cours du mandat de six ans qui s’achève, pourrait devenir une sorte de médiateur régional, amortissant la salve des actions et des sanctions du Nord, par exemple envers le Venezuela, Cuba ou le Nicaragua.

Une position mexicaine avec de telles caractéristiques serait non seulement solidaire des nations sœurs du Sud, mais aussi conforme à sa tradition diplomatique, d’où sont issus des traités remarquables comme celui de Tlatelolco – en vigueur jusqu’à aujourd’hui – à travers lequel l’Amérique latine et les Caraïbes sont devenues la première zone exempte d’armes nucléaires dans le monde.

De cette position de dialogue et de conciliation ont également surgi les médiations efficaces du Groupe de Contadora, où le Mexique, avec le Panama, la Colombie et le Venezuela ont joué un rôle central dans la réalisation des accords de paix qui ont mis fin à la guerre en Amérique centrale.

Ce groupe est ensuite devenu le Groupe de Rio, qui était l’antécédent immédiat de la création en 2011 de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC). En reprenant ce chemin, López Obrador pourrait énormément contribuer à revigorer le CELAC aujourd’hui paralysé, en tant que contrepoids à l’instrument d’hégémonie incarné par l’OEA, que contrôlent les États-Unis.

Pour toutes ces raisons, l’élection de Andrés Manuel López Obrador à la présidence est une opportunité « formidable » » pour le Mexique et les peuples frères d’Amérique latine et des Caraïbes.

Traduction de l’espagnol par Ginette Baudelet

https://www.pressenza.com/fr/2018/07/lelection-damlo-une-formidable-oppo…

Publié par : https://www.alainet.org/es/node/193887

 

 

Mexique : Tous contre López Obrador

México | 11 juin 2018

Alors que nous sommes à peine à trois semaines des élections présidentielles au Mexique, la panique que suscite le fait que le candidat Andrés Manuel López Obrador (AMLO) devance ses adversaires de 30 points génère des tactiques de plus en plus sales de la part des secteurs considérés comme menace la possible présidence du candidat de centre-gauche. Au cours du week-end dernier, les électeurs mexicains ont reçu des appels téléphoniques d’un prétendu sondage qui a abouti à des attaques et des diffamations contre López Obrador.
D’un autre côté, les grands groupes d’entreprises mexicains invitent leurs travailleurs à ne pas voter pour l’option López Obrador. Le chercheur et documentaliste, López Bengoa, souligne que «dans un pays démocratique, nous assisterions à la victoire d’AMLO, mais au Mexique cela ne se passe pas ainsi».

On craint une intervention de dernière minute des États-Unis à travers la création d’un scandale médiatique contre le candidat à la tête des sondages et une éventuelle union entre les candidats qui occupent la deuxième et la troisième place dans les sondages, pour signaler ensuite que les chiffres La faveur d’AMLO a été gonflée et justifie ainsi un triomphe par une marge étroite du candidat du système.

.http://www.albatv.org/Mexico-Todos-contra-Lopez-Obrador.html

Traduction : FAL 33

Assassinat d’une candidate au Congrès de Michoacan, Mexico

63 candidats assassinés à ce jour

Mexico | 12 de avril 2018

Ce mercredi 11 avril, Maribel Barajas Cortés, candidate du Parti écologiste vert du Mexique (PVEM) au Congrès de l’État de Michoacán, a été assassiné, dans l’ouest du Mexique.

Le bureau du procureur de l’Etat a signalé que le corps de la candidate avait été retrouvé dans un véhicule, lui appartenant semble-t-il, au sommet du Cerro del Quinceo, dans la zone ouest de Morelia, capitale de l’Etat. Les causes de l’homicide sont encore inconnues.

Le corps a été identifié grâce aux documents trouvés dans la voiture. Selon les médias locaux, le cadavre de la dirigeante présentait des blessures d’arme blanche et avait été emmené au Service médico-légal pour procéder à l’autopsie.

Barajas, 25 ans, avait été présentée lundi dernier en tant que candidate du PVEM comme députée au congrès local de Michoacan pour la municipalité de Mugica.

L’Institut Electoral de Michoacan (IEM) a rapporté que ses conseillers se sont réunis afin de définir une prise de position sur l’homicide. Pour sa part, le gouvernement de Michoacan ne s’est pas prononcé.

Ernesto Núñez Aguilar, chef de l’Etat du PVEM et actuel député local, a demandé que le gouvernement de Michoacan mène une enquête approfondie et aille jusqu’aux dernières conséquences.

Barajas rejoint la longue liste des victimes de la violence au Mexique. Selon les médias d’Excelsior, jusqu’à la mi-mars, on compte 63 candidats à des postes élus par la population et tués dans la campagne, qui a débuté le 8 septembre 2017.

Élection présidentielle au Mexique : menaces réelles et imaginées

Par Mark Weisbrot  |  28 mars 2018  Co-directeur du Center for Economic and Policy Research (CEPR), Washington

Dans moins de cinq mois [en juillet 2018] se déroulera au Mexique une élection présidentielle que les commentateurs des médias américains et internationaux qualifient d’entreprise périlleuse. Pour certains, c’est une « tempête parfaite » [1] qui pourrait ravager l’économie mexicaine (combinée à la réforme fiscale de D. Trump [2] et aux menaces qui pèsent sur l’Alena [3]) ; pour la presse d’affaires, ce sont les investissements étrangers qui sont menacés, en particulier dans l’industrie pétrolière nationale [4], qui depuis 2013 s’est ouverte à un niveau sans précédent à ce type d’investissements ; et pour d’autres observateurs, c’est une menace pour la « sécurité » – c’est-à-dire pour la politique étrangère – des Etats-Unis.

Le problème, selon les experts et l’administration Trump, est que le candidat de la gauche, Andrés Manuel López Obrador (souvent désigné sous ses initiales, AMLO), jouit d’une avance très nette dans les sondages et pourrait bien être le prochain président du Mexique. Mais son élection potentielle à la présidence constitue-t-elle réellement la menace qu’on nous annonce ?

Bien que López Obrador se soit rapproché du centre durant sa campagne, son parti, Morena (Mouvement de régénération nationale [5]), a un ancrage à gauche qui ressemble à celui des mouvements et des gouvernements auxquels Washington s’oppose depuis qu’ils ont commencé à s’étendre à travers toute l’Amérique latine dans les premières années du XXIe siècle. López Obrador a été le maire populaire de la ville de Mexico de 2000 à 2005. Aux élections présidentielles de 2006 et 2012, il a été le candidat du Parti – de centre-gauche – de la Révolution démocratique (PRD). Lorsque López Obrador a créé Morena en 2014, il a rallié sous sa bannière une bonne partie des sympathisants du PRD.

Le but affiché de Morena était de proposer une alternative à l’offre politique existante dans le but de réformer non seulement le mode de gouvernement du Mexique, mais aussi sa politique économique. L’objectif était d’orienter l’économie mexicaine vers un modèle plus clairement axé sur le développement – avec des marchés intérieurs plus solides grâce à une politique industrielle, des investissements et une planification publics – et d’offrir une plus large protection sociale en orientant davantage le pays vers une social-démocratie.

Comme Bernie Sanders lors de l’élection présidentielle américaine de 2016, López Obrador fait campagne en « outsider », dans son cas contre ce qu’il dénonce être une élite corrompue représentée par l’ensemble des partis dominants qui sont incapables d’apporter une sécurité économique ou physique aux citoyens du pays [6]. Il promet de « nettoyer la corruption au sein du gouvernement, de haut en bas comme on nettoie les escaliers ». Et il propose de réallouer autour de 4% du PIB du Mexique à des infrastructures et des programmes sociaux, dont un régime de retraite universelle – politique similaire à celle menée au profit des habitants de Mexico lorsqu’il était maire de la ville et qui avait été l’une de ses réalisations les plus populaires et les plus influentes.

Les autres partis semblent confirmer les critiques qu’il leur adresse, dans la mesure où ils fusionnent de plus en plus les uns avec les autres malgré la disparité de leurs lignes idéologiques. Ce qui reste du PRD, auparavant orienté à gauche, s’allie avec le Parti d’action nationale (PAN), parti de droite qui a des liens avec l’Eglise catholique. En 2000 avec l’élection du président Vicente Fox, le PAN a brisé l’hégémonie sans partage exercée depuis plus de 70 ans sur la vie politique par un parti unique, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Mais le gouvernement Fox du PAN n’a guère réussi à changer grand-chose en terme d’amélioration du niveau de vie de la plupart des Mexicains, et sa « guerre contre le narcotrafic » sponsorisée par les Etats-Unis a échoué à endiguer la montée de la violence. En 2012, le PRI est revenu au pouvoir avec l’élection à la présidence d’Enrique Peña Nieto.

Mais Peña Nieto s’est avéré être le président le moins populaire depuis des décennies, du fait des échecs économiques constants et d’une série de scandales liés à la corruption, ainsi que de l’incapacité de son gouvernement à faire baisser le niveau épidémique des violences. En janvier, des statistiques gouvernementales prévisionnelles ont montré qu’en 2017 le nombre des assassinats au Mexique a battu tous les records. La rencontre en 2016 de Peña Nieto avec Donald Trump, à l’époque où celui-ci était candidat à la présidence, a aussi tourné au désastre, l’affront s’ajoutant aux multiples injures subies par le président mexicain lorsque Trump a proclamé qu’il n’y avait pas eu de discussion sur qui allait payer le mur qu’il se proposait de construire à la frontière mexicaine, tandis que Peña Nieto a soutenu qu’il avait clairement dit lors de la rencontre que le Mexique ne paierait pas pour le mur.

Le candidat du PRI à la prochaine élection, José Antonio Meade [7], est donc à la traîne dans les sondages en troisième position loin derrière López Obrador (et en outre beaucoup voient en lui un concurrent terne). Le bruit court que le PRI va soutenir de tout son poids le candidat du PAN, Ricardo Anaya, ce qui concrétisera la « masse indifférenciée » d’hommes politiques dénoncée par López Obrador et ses partisans.

Nombreux étaient ceux qui pensaient que le Mexique avait entamé une transition vers la démocratie en 2000, lorsque le PRI a perdu la présidence. Mais cela s’est avéré être de l’ordre du mythe. La promesse de cette transition ne s’est jamais matérialisée, et le Mexique est devenu un narco-État de plus et plus violent et toujours profondément corrompu. Les réformes économiques néolibérales – qui ont échoué – entreprises par le PRI à partir des années 1980 ont été consolidées par la signature de l’Alena, qui a contribué à rapprocher le Mexique des Etats-Unis, économiquement et politiquement.

Voyons d’abord les aspects économiques. De 1960 à 1980, sous l’ancien régime du PRI, le revenu moyen des Mexicains a presque doublé. Si l’économie avait continué à croître à ce rythme, les Mexicains auraient aujourd’hui un niveau de vie comparable à celui des Européens. Quant à savoir si le Mexique aurait pu devenir plus démocratique en se développant, cela reste de l’ordre de la spéculation ; ça a été le cas dans beaucoup de pays, quoiqu’à des rythmes variés.

Au lieu de cela, les années 1980 ont été une « décennie perdue », avec une croissance négative du revenu par tête d’habitant dans la mesure où le Mexique – sous la pression de créanciers étrangers, FMI inclus – a transformé son économie à coup de réformes néolibérales, libéralisant le commerce international et les flux de capitaux, privatisant les entreprises publiques et abandonnant les politiques industrielles et de développement. L’Alena a institutionnalisé la plupart des changements délétères sous la forme d’un accord international, en partie, sur l’insistance de Washington, pour les rendre permanents.

Les vingt-trois années qui ont suivi la signature de l’Alena se sont soldées par un échec économique défiant toute comparaison historique ou internationale. Le taux de pauvreté national est plus élevé aujourd’hui qu’il ne l’était en 1994, et les salaires réels (corrigés de l’inflation) ont à peine augmenté. Durand cette période, le Mexique s’est retrouvé classé au quinzième rang des vingt pays d’Amérique latine en terme de croissance du PIB par habitant. Près de cinq millions d’agriculteurs ont perdu leur outil de subsistance, incapables de soutenir la concurrence du maïs américain subventionné. Même si certains ont pu retrouver un emploi dans les nouvelles agro-industries d’exportation, ce bouleversement a contribué à une forte augmentation de l’émigration vers les Etats-Unis entre 1994 et 2000.

Quel type de démocratie a bien pu se développer durant ces années d’expérimentation économique sur fond d’échec permanent ? On pourrait s’attendre à ce que les gouvernements successifs aient été contraints de trouver d’autres moyens pour rester au pouvoir dans la mesure où ils n’ont pas tenu leurs promesses. C’est ce qu’ils ont fait. Le New York Times rapporte que le gouvernement mexicain a dépensé la somme astronomique de près de 2 milliards de dollars sur les cinq dernières années pour acheter les médias – en partie en payant pour des publicités à la condition de bénéficier d’une couverture favorable.

Selon le Times, pas moins de 104 journalistes ont été assassinés depuis 2000, et quelque vingt-cinq autres ont disparu. En 2017, le Mexique était le second pays le plus dangereux du monde, après la Syrie, pour le travail des journalistes. Bien que beaucoup de gens aient l’impression que les cartels de la drogue sont les principaux responsables de la violence et du climat de peur, le Times rapporte que « selon des données du gouvernement, les journalistes ont plus souvent été menacés par des fonctionnaires – maires et officiers de police – que par les cartels de la drogue, les petits délinquants ou qui que ce soit d’autre ».

Non seulement les journalistes, mais aussi les citoyens et les militants peuvent être tués pour leurs activités alors qu’elles sont protégées par la Constitution. La disparition et le massacre en 2014 de quarante-trois étudiants [normaliens] à Iguala, dans l’État de Guerrero, ont porté à l’attention du monde entier la violente répression qui sévit au Mexique du fait de l’ampleur des crimes et de l’implication attestée des forces et des agents de sécurité du gouvernement.

L’inexistence de médias indépendants, le quasi-monopole de deux chaînes contrôlées par des partis au sein des services de programmes télévisés, l’achat très répandu de suffrages et l’utilisation de ressources publiques par le gouvernement dans les campagnes électorales rendent la démocratie particulièrement faible au Mexique. Puis vient le système électoral lui-même. Dans une élection présidentielle serrée en 2006, il a manqué à López Obrador 0,6% des suffrages populaires pour être élu. Mais il y a eu un problème supplémentaire : dans chaque bureau de vote, le nombre des bulletins déposés dans l’urne (blancs ou nuls compris) et des bulletins restants non utilisés est censé correspondre au nombre total des bulletins présents à l’ouverture du scrutin. Dans près de la moitié des bureaux de vote, ça n’a pas été le cas [8].

Malgré les rapports faisant état de fraude électorale et de malversations – et les centaines de milliers de gens dans les rues qui demandaient un recomptage des voix – l’administration Bush a immédiatement soutenu de tout son poids une campagne ayant pour objectif de déclarer parfaitement légitime l’élection du candidat du PAN, Felipe Calderón (un recomptage partiel, dont les résultats n’ont pas été publiés, alors que les élections étaient toujours contestées, a soulevé d’autres questions sérieuses concernant le décompte). L’administration Bush a suivi le même mode opératoire que celui utilisé pour la course à l’élection de Bush lui-même en 2000, et elle a fait du beau travail. Mais tout comme pour la transformation économique du Mexique d’un État développementaliste en un État néolibéral, l’influence des États-Unis sur la politique du Mexique est passée largement inaperçue.

De nombreux Mexicains s’inquiètent à nouveau des perspectives de fraude électorale dans l’élection de juillet prochain. Mais les officiels de l’administration Trump, y compris le chef de cabinet de la Maison Blanche, John Kelly, ancien chef du Commandement Sud des Etats-Unis, ont exprimé d’autres préoccupations. Ils sont inquiets à l’idée que López Obrador puisse gagner. Comme on pouvait s’y attendre, des officiels américains ont allégué qu’il y aurait des ingérences russes dans l’élection. Ce qui a déclenché dans les médias américains une série d’articles stupides, ne reposant sur aucun fait, et au Mexique les allégations ont tourné à l’épidémie, comme escompté. López Obrador a répliqué en tournant la chose en ridicule, s’affublant lui-même du nom de « Andrés Manuelovich », et annonçant qu’il attendait avec impatience qu’un sous-marin russe fasse surface avec son or (lors de l’élection de 2006, les médias avaient diffusé à qui mieux mieux de fausses informations alléguant que López Obrador avait des liens avec le gouvernement chaviste du Venezuela ; cette campagne diffamatoire a également refait surface).

Il est intéressant de constater que, malgré toutes les fanfaronnades de Trump sur la construction du mur et la renégociation de l’Alena, auxquelles s’ajoutent ses insultes et menaces habituelles et l’animosité qui en résulte, la coopération du Mexique avec la politique étrangère malveillante de Washington dans la région reste solide. Quasiment personne ne croyait aux résultats de l’élection du 26 novembre 2017 au Honduras [9]. Même la direction de l’Organisation des États américains, particulièrement bien disposée à l’égard de Washington, avait appelé à une nouvelle élection dans ce pays. Mais le Mexique a été l’un des premiers à déclarer son total soutien au « vainqueur », le président sortant – et allié des Etats-Unis – Juan Orlando Hernández, dont le parti est arrivé au pouvoir avec l’aide des Américains suite à un coup d’État militaire en 2009.

L’agence Reuter rapportait en décembre que la déclaration officielle du Mexique « avait été négociée en coordination avec les Etats-Unis ». Très habilement, le jour suivant, un haut responsable du département d’État américain citait la déclaration du Mexique comme une bonne raison de rejeter les appels à une nouvelle élection au Honduras. C’est là le type même de coordination qu’affectionne Washington – et que l’administration Trump doit craindre de voir disparaître avec l’arrivée d’un président moins accommodant.

Il est difficile de dire jusqu’où pourrait ou voudrait aller López Obrador s’il était élu, étant donné les forces coalisées contre lui, à la fois dans le pays et au Nord du continent. Mais s’il y a un candidat et un parti de la réforme en lice dans la course à la présidence, c’est sans aucun doute López Obrador et son parti, Morena.

En juillet prochain, les Mexicains vont devoir décider si leur pays aurait plus de chances de réussir en devenant indépendant – si toutefois ils peuvent défendre leur droit à une élection libre et honnête.

Cet article a été publié par la New York Review of Books le 9 mars 2018.

*Mark Weisbrot est codirecteur du Center for Economic and Policy Research (CEPR, Centre de recherches économiques et politiques) à Washington DC et président de Just Foreign Policy (Pour une politique étrangère juste). Il est aussi l’auteur du livre Failed : What the «Experts» Got Wrong About the Global Economy (Tout faux : ce que les experts n’ont pas compris au sujet de l’économie mondiale).

Traduction et notes : Mireille Azzoug

http://www.medelu.org/Election-presidentielle-au-Mexique

Notes

[1] Terme dû à un journaliste, Sebastian Junger (auteur du livre et du film A Perfect Storm) pour décrire la tempête de l’Halloween de 1991, particulièrement violente parce qu’elle résultait de la confluence rare d’une série de phénomènes météorologiques. Métaphoriquement, l’expression désigne la conjonction d’un faisceau de circonstances qui aggravent un événement.

[2] NDT. La réforme fiscale de D. Trump, qui se traduit par une baisse importante de la fiscalité sur les hauts revenus et les profits des grandes entreprises, risque d’inciter les grandes entreprises mexicaines à délocaliser leurs sièges et leurs directions pour réduire leurs prélèvements (31% au Mexique contre 21% désormais aux Etats-Unis).
La réforme fiscale risque aussi de décourager l’investissement des compagnies américaines au Mexique et de les inciter à rapatrier leurs fonds et leurs emplois aux Etats-Unis. Ainsi Fiat-Chrysler prévoit d’y relocaliser la fabrication de son pick up jusqu’ici assurée au Mexique.
Source : La Tribune de Genève

[3] NDT. Alena, Accord de libre -nord-américain (Nafta en anglais) entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique signé en 1992 et entré en vigueur en1994. Sa renégociation est une menace pour le Mexique, la principale motivation des États-Unis étant la balance commerciale avec ce pays, qui s’est inversée avec le traité, passant d’un excédent de 1,6 milliard de dollars pour les États-Unis à un déficit de 64 milliards de dollars. Si le Mexique peut survivre sans l’Alena, l’impact sur l’investissement étranger risque d’être dramatique.
Source : Wikipédia, « Accord de libre-échange nord-américain »

[4] NDT. La nationalisation en 1938 par le président Lázaro Cárdenas de l’industrie pétrolière mexicaine conduisit ce pays exportateur d’or noir à s’affranchir peu à peu des majors anglo-saxonnes et françaises à partir des années soixante. En 2013, peu après son arrivée au pouvoir, Peña Nieto ouvrait les compagnies nationales aux investissements privés.

[5] NDT. Morena, Mouvement de régénération nationale, fondé par López Obrador et qui, selon les sondages, obtiendrait 30% des voix, les deux autres candidats du PAN et du PRI n’en recueillant chacun que 20%. L’élection présidentielle se déroulant à un seul tour à la majorité relative, les deux précédents présidents ont été élus avec 40 % des voix.
Source : AFP 18 février 2018 : in Le Point

[6] La pauvreté a augmenté ces dernières années, passant de 51,6% de la population en 2012 à 53,2% en 2014, soit l’équivalent de plus de 63 millions de Mexicains. Alors que le PIB augmente (moyenne annuelle de 2,1%), les salaires ne suivent pas au bas de la pyramide (baisse de 3,5% des revenus des ménages entre 2012 et 2014) tandis les fortunes s’envolent à son sommet. En poursuivant la « guerre contre le narcotrafic » (instaurée par son prédécesseur Felipe Calderón fin 2006), alors qu’elle affichait des résultats très discutables, Peña Nieto a enlisé le pays dans un conflit au bilan désastreux. Depuis le début de son mandat, la violence a provoqué plus de 100 000 morts.
Source : « Mexique : le bilan accablant d’Enrique Peña Nieto à un an de l’élection présidentielle », Luis Alberto Reygada, 23 sept. 2017, Mémoire des luttes

[7] NDT. José Antonio Meade, ministre des finances, qui vient de démissionner, et ancien ministre de l’énergie puis des finances du président de droite Felipe Calderón, n’appartient à aucun parti. Il a été intronisé par Peña Nieto lui-même comme candidat du PRI de façon à ratisser large et à rassembler les voix du PRI et du PAN, dont le candidat est Ricardo Anaya. Le PAN, en pleine débâcle, a décidé de faire une alliance contre nature avec un « parti de gauche » le PRI et un troisième parti, le Mouvement citoyen. En créant un Front citoyen pour le Mexique, ces trois partis auraient des chances de l’emporter sur Lopez Obrador, mais ils n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la manière de désigner le candidat de cette coalition, qui court le risque d’éclater.
Source : Le Monde, 12 fév. 2018

[8] NDT. Voir Mark Weisbrot, Luis Sandoval et Carla Paredes-Drouet, « An Analysis of Discrepancies in the Mexican Presidential Election Results », Center for Economic and Policy Research, août 2016

[9] NDT. Les 26 novembre 2017, les résultats de l’élection présidentielle donnaient, dans un premier temps, gagnant Salvador Nasralla, le candidat de gauche de l’Alliance de l’opposition contre la dictature, contre le président conservateur sortant Juan Orlando Hernandez. Après décision du tribunal électoral suprême, c’est le président sortant qui a été officiellement déclaré élu, avec 42,95 % des voix contre 41,24 % à Nasralla. De nombreuses manifestations populaires (faisant plus d’une dizaine de morts) ont alors eu lieu dans tout le pays, à l’appel des partisans de Nasralla, convaincus qu’il s’agissait d’une fraude électorale, une panne informatique étant notamment intervenue durant le recomptage des votes.
Source : Le Monde, Amériques, 18 12 2017

Pré candidate à la chambre des députés assassinée au Mexique

La pré-candidate mexicaine pour le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) dans l’état de Guerrero, Dulce Anayeli Rebaja, a été tuée dimanche par plusieurs coups de feu.

Le corps de celle qui était aussi secrétaire du gouvernement pour les affaires afro-américaines et les communautés afro-mexicaines a été retrouvé à l’arrière d’une camionnette. Le véhicule a été trouvé dans la région de Chilapa, la communauté où vivait et militait la jeune fille de 28 ans.

Selon les versions non officielles, Rebaja et d’autres membres de sa famille ont été kidnappés dans les premières heures du matin lors du retour de l’événement où elle avait accepté le poste de président du Mouvement territorial de Chilapa.

C’est le deuxième  assassinat de dirigeants politiques dans cet état du Mexique.

Mercredi 21 Février, deux hommes ont tiré quatre balles à la dirigeante du PRD, Antonia Jaimes Moctezuma, à l’intérieur d’un restaurant.

Selon les médias locaux depuis le début de la campagne électorale dans le pays aztèque, près de 30 dirigeants politiques ont été tués dans toute la région, ce qui fait de ces élections les plus violentes du Mexique.

http://ciudadccs.info/asesinan-precandidata-diputada-mexico/

Mexique: adoption d’une loi controversée sur la sécurité intérieure

Par RFI l

Au Mexique, le Parlement vient d’adopter une loi sur la sécurité intérieure très controversée, car elle offre un cadre légal à la présence de l’armée dans les rues pour lutter contre le crime organisé. Elle accorde également aux militaires des compétences plus larges pour intervenir en cas de menace à la sécurité intérieure du pays, au grand dam des organisations de défense des droits de l’homme, nationales et internationales, qui condamnent cette loi que le président Peña Nieto considère comme « une nécessité impérieuse pour le pays ».

Une militarisation du Mexique et un nombre croissant de violations des droits de l’homme. Tels sont les grands dangers que ses détracteurs voient dans cette loi de sécurité intérieure. En effet, elle va permettre à l’armée de continuer à assumer légalement des tâches de sécurité publique, généralement réservées à la police. Ce qui signifie le maintien, pour une durée indéterminée, des soldats dans les rues, où ils combattent les narcotrafiquants depuis onze ans déjà.

Les critiques portent aussi sur le fait que durant toutes ces années, le recours à l’armée n’a pas permis de faire diminuer la violence. Au contraire. Et qu’en plus, de nombreuses violations des droits de l’homme ont été commises par les militaires, auteurs de tortures, d’exécutions extrajudiciaires ou de disparitions forcées.

Cette loi prévoit également l’intervention de l’armée pour contrôler et neutraliser des actes de résistance. Une modalité qui inquiète les activistes, car elle pourrait permettre de réprimer par la force des manifestations sociales. Et cela, même si les législateurs ont finalement renoncé à considérer ces manifestations comme des menaces à la sécurité intérieure.

Source: http://www.rfi.fr/ameriques/20171215-mexique-adoption-une-loi-controversee-securite-interieure