La plus grave violation des droits de l’homme en Amérique

Par Pedro Martínez Pírez

Impacts de l’embargo cubain

La date du 10 décembre choisie par l’administration Donald Trump pour  l’entré en vigueur de la suspension des vols des États-Unis est très significative, 9 destinations sont concernées : Varadero, Cayo Coco, Cayo Largo, Matanzas, Camagüey, Santiago de Cuba, Santa Clara, Manzanillo et Holguín.
La nouvelle interdiction concerne les compagnies aériennes américaines American Airlines, Delta et JetBlue, ainsi que des dizaines de milliers de voyageurs, dont de nombreux Cubains qui viennent à Cuba pour rendre visite à leurs proches.

L’administration Trump avait déjà interdit les voyages de bateaux de croisière, d’avions ou de yachts privés et réduit le montant des envois de fonds que les Cubains résidant aux États-Unis pouvaient envoyer à leur famille à Cuba.
La persécution des navires transportant du pétrole vers ce pays des Caraïbes a également été récemment ajoutée à la guerre économique de Washington contre Cuba.

Auparavant, l’administration Trump, dans son effort pour effacer toutes les avancées des relations nouées sous l’administration Obama, avait retiré le personnel consulaire de La Havane et contraint les Cubains qui souhaitent se rendre aux États-Unis à traiter leurs visas dans d’autres pays d’Amérique latine.

Les calculs de Washington avec cette politique brutale à l’égard de Cuba, recommandée par la mafia terroriste de Miami, sont ceux qui visent à obtenir des suffrages dans l’État de Floride pour être réélus, mais l’inverse peut se produire en raison de l’indignation croissante de nombreux Cubains résidant aux États-Unis, ainsi que du malaise et de l’impact économique sur les étasuniens qui veulent faire des affaires et se rendre à Cuba, seule destination interdite par leur gouvernement.

Le 10 décembre, Journée des droits de l’homme, proclamée par l’ONU, lorsque les mesures les plus récentes et les plus draconiennes des États-Unis contre Cuba entreront en vigueur, l’analyse de l’écrivain colombien Gabriel García Márquez, prix Nobel de littérature, sera confirmée : le blocus des Yankees contre la petite Cuba est la violation la plus grave des droits de l’homme commise au cours du siècle dernier en Amérique.

* Pedro Martínez Pírez, journaliste cubain, diplomate, législateur, internationaliste, professeur à l’Université de La Havane, directeur de l’information et directeur général adjoint de Radio Habana Cuba.

http://martianos.ning.com/profiles/blogs/la-m-s-grave-violaci-n-de-los-derechos-humanos-en-am-rica-por

SOIREE CUBAINE 27 octobre 2019

Présentation du projet écotourisme proposé par France Amérique Latine Gironde (FAL33) à Playa Larga, à Cuba en présence d’une délégation de cubains et cubaines, bénéficiaires de ce projet.

1 8H – 22h à la Maison Basque de Bordeaux, 7 Rue du Palais de l’Ombrière

Présentation en images du projet écotouristique
Échanges
Présentation de l’expo-vente de l’artiste cubaine Susana Guevara Apéro dînatoire et musique cubaine

PARTICIPATION AUX FRAIS : LIBRE Réservation conseillée avant le : 23.10.19
OUVERT AU PUBLIC
Tél : 09.50.32.24.28
solidarite@fal33.org

Salutations pour le 60ème anniversaire de la révolution cubaine

FCINA – 31/12/2018

Le Forum de communication pour l’intégration de notre Amérique salue le peuple cubain à l’occasion du 60e anniversaire de sa révolution.

La révolution cubaine a marqué un tournant dans l’émancipation de l’Amérique latine et de la Caraïbe, en donnant un signal clair d’autodétermination et de souveraineté.

En plus d’assurer sa souveraineté nationale, le peuple et le gouvernement révolutionnaire de Cuba ont eu une importance majeure dans l’intégration régionale de la solidarité. Ses missions en Amérique latine et dans la Caraïbe dans les domaines de l’éducation et de la santé constituent un modèle de coopération entre les nations et les peuples qui trace la voie à suivre.

Dans le même temps, l’impulsion donnée par le Gouvernement cubain et le Gouvernement bolivarien du Venezuela a été déterminante dans l’émergence de la CELAC. Cet espace régional qui rassemble les 33 pays de Notre Amérique garantit la possibilité d’un accord politique indépendant sans ingérence extérieure ni pressions et la convergence croissante dans la diversité de leurs nations pour parler au monde d’une même voix.

Les six décennies écoulées depuis la Révolution ont montré un peuple déterminé à développer son propre chemin, résistant bravement aux menaces et pressions permanentes de l’impérialisme.

Même aujourd’hui, Cuba est soumise à un tristement célèbre blocus qui empêche le plein développement de ses capacités économiques et menace le bien-être de sa population, une mesure violente et anachronique qui doit prendre fin.

Nous voulons apporter une reconnaissance spéciale et un salut chaleureux aux journalistes de Cuba, qui ont lutté tout au long de ces soixante années pour contrer les attaques médiatiques de l’hégémonie internationale des médias.

À l’occasion de cet important anniversaire, le Forum de la communication pour l’intégration de Notre Amérique, articulation régionale des réseaux de communication et des mouvements sociaux, remercie les efforts de la Révolution cubaine pour l’émancipation de l’Amérique latine et de la Caraïbe et adresse un salut fraternel au peuple et au gouvernement de Cuba.

Forum de communication pour l’intégration de notre Amérique

https://www.alainet.org/article/197314

 

 

Comment Cuba révèle toute la médiocrité de l’Occident

Viktor DEDAJ

Il y a des sujets qui sont aux journalistes ce que les récifs sont aux marins : à éviter. Une fois repérés et cartographiés, les routes de l’information les contourneront systématiquement et sans se poser de questions. Et si d’aventure un voyageur imprudent se décidait à entrer dans une de ces zones en ignorant les panneaux avec des têtes de mort, et en revenait indemne, on dira qu’il a simplement eu de la chance ou qu’il est fou – ou les deux à la fois. Pour ce voyageur-là, il n’y aura pas de défilé organisé à son retour, pas de confettis, pas de veillées autour d’un feu de bois où le narrateur tiendra en haleine un public captivé. Et peu importe qu’il ait accompli la traversée une fois, deux fois ou vingt fois, qu’il soit revenu les bras chargés d’échantillons, de vécus, d’épices ou de pièces d’or, on dira qu’il radote avec des histoires de dragons et de sirènes, même si lui parle surtout de mers bleues, d’îles paradisiaques et de peuplades accueillantes (mais aussi de dragons et de sirènes).

Mais si le cœur vous en dit, jetez quelques bûches dans l’âtre et approchez-vous. N’ayez crainte, je n’ai rien à vendre et ne vous demanderai rien en échange (mais si vous aviez un petit verre de rhum pour ma pauvre gorge desséchée, j’dirais pas non).

* * *

« Comment ne pas critiquer Cuba lorsqu’il y a des persécutions contre les homosexuels ? »
Gérard Miller, émission On n’est pas couché, 20 janvier 2018.

Chaque année, c’est le même scénario. Les élèves des écoles de journalisme ont un rapport à faire sur un sujet de leur choix. Chaque année, il y en a qui choisissent « les médias alternatifs ». Et chaque année, parmi les « médias alternatifs », il y en a qui choisissent (entre autres) Le Grand Soir. Et chaque année, la rencontre qui ne devait durer « qu’un quart d’heure, une demi-heure max’ » s’achève au bout de 2 heures, 3 heures ou (le record) 4 heures… C’est pas que je sois bavard (je le suis, et alors ?), c’est surtout qu’ils réalisent à quel point ils ont été bernés par deux années « d’études ». « J’ai l’impression d’avoir fait deux années d’études pour rien » a été le cri du cœur de l’un d’entre eux. Quand je les vois, je vois des bébés tortues qui sortent du sable et qui tentent de courir vers l’eau tandis que des Drahi et des Bouygues planent au-dessus… Peu réussiront à atteindre la mer.

* * *

Il fut un temps où je possédais un appareil d’auto-torture appelé « téléviseur ». Télé veut dire à distance (comme dans « télécommande », « téléphone », « téléprompteur » ou « t’es laid, alors ne t’approche pas »). Et viseur est assez explicite. Et s’il y a un viseur, c’est qu’il y a un visé. Si vous possédez un de ces assemblages électroniques, c’est que la proie est à proximité. Inutile de tourner la tête dans tous les sens car la cible, c’est vous. Et le petit rond de lumière rouge là au milieu de votre front vous donne un petit air d’hindou (rêveur). Et tous les snipers vous le diront : vous verrez peut-être l’éclair mais vous n’entendrez pas le boum (E=MC2). A l’époque donc où je possédais un de ces engins, j’observais avec un intérêt très anthropologique des egos surdimensionnés aux QI riquiquis qui visaient à distance à capter mon attention. Et certains, en plaçant la barre intellectuelle un peu plus haut, y arrivaient. Attention, « plus haut » ne veut pas dire « très haut », juste plus haut que la moyenne. Disons à 20 cm du sol, ce qui en termes audiovisuels représente l’Himalaya de la pensée. Parmi ces raretés, il y avait Gérard Miller. [voir sa réponse]

Mon objectif ici n’est pas de me lancer dans une attaque ad hominem contre G. Miller, mais d’analyser un phénomène typique chez les intellectuels de gauche médiatisés. Et à l’instar de la grande question de la poule et de l’œuf, se demander si c’est leur médiatisation qui les rend ainsi, ou s’ils sont médiatisés parce qu’ils sont ainsi. Probablement les deux à la fois : ils sont autorisés à entrer dans le champ médiatique pour cause de compatibilité de leur discours avec le cadre préétabli des expressions tolérées, et leur présence répétée provoque en retour, par une sorte d’instinct de survie pour ne pas se voir condamné à une « mort médiatique », une mise en conformité de leur discours avec le cadre.

C’est ainsi que le 20 janvier 2018, lors de l’émission On n’est pas couché, Gérard Miller prononça cette phrase somme toute empreinte d’un certain bon sens : « Comment ne pas critiquer Cuba lorsqu’il y a des persécutions contre les homosexuels ? ». Pas de quoi s’énerver, sauf si votre détecteur de « Bullshit » (grosse connerie manifeste) est poussé à fond. Et moi, lorsque j’entends une phrase qui contient le mot « Cuba », mon détecteur de « Bullshit » personnel entre en surchauffe en émettant un sifflement strident.

Premier constat : la question est formulée au présent. Au présent signifie maintenant ou dans un horizon temporel proche. Que signifie « proche » ? Hier, il y a un an, dix ans ? Les événements auxquels Miller pourrait faire allusion (à condition d’être beau joueur et d’éteindre pour un moment son détecteur de « Bullshit ») datent d’environ 50 ans. Et parce que je me sens d’humeur conciliant, je vais placer mon détecteur de « Bullshit » en mode silencieux.

Nous voilà donc transposés dans le passé, un demi-siècle en arrière, et Cuba connaît « des persécutions contre les homosexuels ». De la nature de ces persécutions, nous ne saurons rien, car il y a persécution et persécution (arrêtez-moi si je me trompe). Et il y a ensuite le contexte d’une époque (contexte régional, pour ne pas dire mondial). Un rapide tour d’horizon nous révèle que la « persécution » était encore l’apanage de la plupart des pays dans le monde. On découvre, par exemple, qu’aux Etats-Unis – pays souvent présenté comme le nec plus ultra des droits individuels – la Justice US devait encore, et jusqu’aux années 2000, se prononcer sur les droits des homosexuels. Qui l’eut crû ?

On pourrait donc prononcer une phrase, aussi vraie que celle de Gérard Miller (et même plus, mais je vous rappelle que mon détecteur de « Bullshit » est en mode silencieux), comme celle-ci : « Comment ne pas critiquer les Etats-Unis lorsqu’il y a des persécutions contre les homosexuels ? ». Vous pouvez bien-entendu remplacer « Etats-Unis » par un autre pays. Et aussi remplacer « persécutions contre les homosexuels » par « assassinats en masse » ou « guerres non provoquées », actes dont ils sont coutumiers.

61% des Américains ont une opinion favorable de George W. Bush (dont 54% des Démocrates)
Sondage CNN/SSRS de janvier 2018.

Et c’est ici que le premier bât blesse, car c’est une phrase qui ne leur viendrait même pas à l’esprit. Entre deux « vérités vraies », certaines trouvent naturellement leur place dans la narrative dominante, d’autres restent profondément enfouies.

Si les gays à Cuba ne pouvaient pas faire leur service militaire dans l’armée, aux Etats-Unis la discrimination a officiellement perduré jusqu’en 1996 (lorsque le Congrès US n’a pas spécifiquement autorisé leur présence dans l’armée, mais a simplement jugé que la question de l’orientation sexuelle ne sera pas posée…). Les exemples ne manquent pas, et une simple remise en contexte accompagnée d’une chronologie, date à date, fait ressortir toute l’absurdité d’une mise en accusation répétée ad nauseam pour les uns et balayée sous le tapis pour les autres. Mieux encore : pour les autres, et uniquement pour les autres, de tels rappels seront présentés a contrario dans une démonstration censée souligner les progrès accomplis et vanter le « progressisme » en marche.

« Progressisme » ? A chacun le sien, à chacun son époque. J’aime bien revoir les images des troupes révolutionnaires cubaines déboulant à La Havane le 1er janvier 1959, avec des Noirs, hilares et poings levés, juchés sur les blindés. A la même époque, dans certains coins des Etats-Unis, et pas des moindres, leurs semblables avaient l’obligation de s’asseoir au fond des bus, se voyaient interdire l’entrée de certaines universités. Aux Etats-Unis, la dernière loi anti-lynchage fut promulguée en… 1968 (même si les meurtres racistes n’ont pas cessé). Et les gays, me demandez-vous ? Un article de l’agence de presse Reuters de Juin 2017 signalait une augmentation des meurtres anti-gay (une trentaine par an).

Quelqu’un pourrait-il me trouver un seul cas de meurtre raciste ou anti-gay à Cuba, depuis 1959 ? Bonne chance.

Deuxième constat : Lorsqu’on prononce une phrase comme « à Cuba, les gays sont persécutés », vous pensez à qui, en termes de persécuteurs ? Au pouvoir en place, bien-sûr, au gouvernement, aux dirigeants, aux autorités… à Fidel Castro. Et vous auriez en quelque sorte raison, parce que c’est bien ainsi que la phrase est censée être comprise.

Et maintenant la même phrase légèrement remaniée : « aux Etats-Unis, les gays sont persécutés ». Qui vous vient à l’esprit ? Le président des Etats-Unis ? Grands Dieux, non. Vous pensez à des « red necks » du Sud, des ploucs attardés vivant au bord de marécages et se mariant entre cousins et cousines, à de grands propriétaires terriens nostalgiques des champs de coton récoltés grâce à une main d’œuvre bon marché, vous pensez au Ku Klux Klan.

Et c’est ici que le deuxième bât blesse. Dans le contexte latino (et le mythe urbain sur les «camps pour gays»), Cuba n’est pas tombée bien bas, mais est partie de très bas, pour évoluer très rapidement – en termes sociétaux, l’évolution a été même fulgurante. Et c’était aussi une époque où une autre partie de la population, et non des moindres, les femmes, a connu une libération, là aussi, fulgurante. Alors, si on devait parler de la situation aujourd’hui, on peut affirmer qu’elle est probablement l’une des meilleures sur le continent, sinon au monde.

Et ce progrès n’a pas été accompli « malgré » le pouvoir en place, mais bien « grâce » à lui, en luttant bec et ongles contre des préjugés et un conservatisme général hérités des anciens pouvoirs colonialistes et impérialistes en place, où la vie d’une personne, gay ou pas, ne valait que par sa fortune et son degré de fidélité à l’ordre des choses.

Une situation jugée sans le contexte (c’était comment avant ?) n’a pas de sens. C’est assez absurde mais surtout complètement ingérable du point de vue de la réflexion. Et on tombe dans des travers à la Miller où on parle d’une époque et d’un processus (la révolution cubaine) qui a fait plus que tout autre processus pour la justice et l’égalité, etc. Miller confond une situation donnée et sa position dans une courbe de changement global et radical. Comme s’il disait d’un élève qu’une note de 8/20 n’est pas une bonne note. Eh bien ça dépend si l’élève avait auparavant une moyenne de 2 ou de 18, non ? Et si l’élève accomplit un progrès fulgurant, on va quand même lui rappeler sans cesse l’époque où il n’obtenait que 2 ?

C’est comme si je disais « Comment ne pas critiquer le maoïsme d’un certain G.M. ? » et sa complicité avec tous les errements de la « révolution culturelle » chinoise. Ce serait malhonnête de ma part. Ou peut-être pas, mais le dit GM le penserait probablement, surtout formulé de cette manière.

« Il y a un sacré paquet de connards à Cuba – comme partout.
Mais la différence à Cuba, c’est qu’ils ne sont pas au pouvoir.
 »
Jose G. Perez

Parce qu’on parle du même élève, de la même révolution, du même processus, des mêmes personnes, les progrès accomplis (fulgurants, je le rappelle) l’ont été par les révolutionnaires cubains eux-mêmes et contre un certain conservatisme de l’époque. Et parlant de questions sociétales, il m’agace de les entendre systématiquement – et stupidement – posées en termes purement politiques, alors qu’elles sont avant tout culturelles, et la culture est un domaine sur lequel la politique peut agir, certes, mais avec un temps de réponse qui n’est pas de l’ordre de 24 heures. On peut nationaliser une entreprise du jour au lendemain, on peut rayer le droit du travail du jour au lendemain, on peut dépénaliser l’homosexualité du jour au lendemain (Cuba : 1979. France :1981) mais on ne peut pas « obliger » une population, du jour au lendemain, à devenir « tolérante ». La seule solution « par le haut » connue à ce jour, c’est l’éducation et l’exemple (venu d’en haut). Heureusement, Cuba a un système éducatif des plus efficaces, et des dirigeants des plus intelligents. Mais ça prend quand même du temps. Pas beaucoup en fait, mais quand même juste assez pour ouvrir une fenêtre de tir anachronique et permettre à un Miller de faire son mariole à la télé française en 2018, et prononcer une de ces « pensées-réflexes » qui n’ont aucune validité intellectuelle réelle.

Les « camps de travail » (vous voyez le parallèle, non ?) pour « homosexuels » n’ont jamais été que des camps militaires réservés aux réfractaires et/ou aux « inadaptés » au service militaire et à la vie dans une caserne (dont, par exemple, les Témoins de Jéhovah). Ce qui, à l’époque, n’était pas un raisonnement absurde. Y étaient-ils torturés ? Non. Subissaient-ils des lynchages ? Non. Subissaient-ils les quolibets du personnel d’encadrement ? Peut-être, probablement. Que les camps n’aient existé que 2 ans (ou 4, j’ai la flemme de chercher), et qu’ils aient été fermés par un ordre venant d’en haut, de très haut, peu importe. La fenêtre de tir anachronique s’est ouverte, et restera ouverte pour l’éternité. Et, cerise sur le gâteau, on accusera du phénomène ceux qui ont précisément lutté contre. Orwell est notre ami.

Troisième constat : lorsque l’idéologie dominante a « décidé » de viser un pays, ce dernier a intérêt à avoir un curriculum vitae exemplaire (selon l’idéologie dominante) et aussi loin dans le passé que possible. Si le pays se décide à faire une révolution, il a intérêt à savoir jongler avec toutes les assiettes en même temps, et peu importe la Guerre Froide, une tentative d’invasion militaire, les attentats terroristes et les sabotages, un blocus cruel et inhumain, et même la présence d’une base militaire d’une grande puissance, sans oublier la Révolution elle-même – de quoi remplir ses journées.

Quatrième constat : la méthode de la critique rétroactive. Cette méthode est largement employée en Occident. Elle s’appuie sur deux principes. Le premier est que nous sommes l’étalon-mesure de ce qui est bien ou pas – ceux qui pensent comme nous et ceux qui ne pensent pas comme nous. Le deuxième est qu’il faut non seulement « penser comme nous » mais le faire en même temps dans une sorte de chorégraphie de nage synchronisée. Ce matin, je me suis réveillé avec tel principe chevillé au corps, et j’exige à partir de désormais inclus que tout le monde se soit réveillé dans le même état d’esprit, de préférence à la même heure. Cette méthode s’applique comme couverture d’une arrogance culturelle profonde et, comme la plupart des postures arrogantes, produit des situations au mieux cocasses, au pire tragiques.

Comme un intellectuel français qui critique Cuba sur un sujet où Cuba s’est révélée plutôt précurseur en la matière. Ce qui est aussi le cas pour les droits des femmes où Cuba enfonce allégrement – dans le temps et dans l’espace – le pays des droits de l’homme. Transposée dans les années 60/70, la comparaison des droits acquis entre Françaises et Cubaines donnerait une médaille d’or à Cuba et une médaille en chocolat (à l’huile de palme) à la France.

Cette méthode semble être destinée aussi à fournir une excuse pour ne jamais soutenir, ne jamais s’engager, cantonnant son utilisateur dans une position cynique des plus confortables. Parce qu’un «authentique» révolutionnaire doit être à la fois révolutionnaire, anti-ceci, anti-cela, pro-ceci et pro-cela. Si une seule case n’est pas cochée, «désolé, votre candidature n’a pas pu être retenue. Au suivant. Désolé…«. Et si d’aventure une case se retrouve finalement cochée, on en trouvera une autre qui ne le sera pas. Ce ne sont pas les excuses qui manqueront, des plus graves au plus futiles, de la peine de mort au rap, tout sera bon. Le tout de la part de ceux qui se chatouillent le nombril avec des pétitions en ligne, et contre ceux qui ont réalisé, et réussi (ne vous en déplaise), une des plus formidables transformations sociales du siècle dans un des contextes les plus difficiles jamais imposé à un pays.

«  La gauche occidentale n’a pas la moindre putain d’idée du monde dans lequel elle vit ».
José Saramago, écrivain et journaliste portugais, Prix Nobel de littérature.

Dans un livre publié en 2003 [et non en 2013 comme indiqué précédemment – comme le temps passe… NdA] (« Cuba est une île » Viktor Dedaj/Danielle Bleitrach/Jacques François Bonaldi – Ed. Le Temps des Cerises), nous avions souligné un aspect fondamental de la propagande anti-cubaine : la décontextualisation. Phénomène qui ne se limite pas à Cuba, loin s’en faut, mais qui dans le cas Cubain s’applique systématiquement. A tel point que des éléments qui seraient jugés incontournables dans d’autres cas sont ici purement et simplement évacués.

Comme parler de l’émigration cubaine (qui reste, malgré tout, l’une des plus faibles du continent) sans mentionner la loi états-unienne « Cuban Adjustment Act » de 1964 destinée à favoriser l’émigration cubaine et provoquer une fuite de cerveaux. Et ce n’est pas comme si on fouillait dans quelques archives obscures, c’est un élément qui est sans cesse rappelé par les responsables cubains.

L’évacuer n’est donc ni le fruit d’une ignorance, ni un oubli, mais le résultat d’un choix. Et tant pis si le public non-averti se retrouve berné, en train de regarder un film dont on aurait coupé la moitié de l’image.

En réalité, il n’y a pas un seul sujet que je connaisse sur Cuba qui ne fasse pas l’objet soit d’un charcutage, soit d’une déformation invraisemblable. (« Les prisons pour sidéens » provoquent encore chez moi une colère sourde). Et cette pensée-réflexe, mentionnée plus haut, ne touche pas que les tâcherons du journalisme ou les habituels propagandistes.

Lors d’une conférence récente sur Cuba, le rédacteur en chef adjoint du mensuel Le Monde Diplomatique, Renaud Lambert, a conclu son intervention d’une quarantaine de minutes en mentionnant in extremis le mot « embargo », qu’il a lui-même qualifié de « terrible ». On n’en saura pas plus. Juste qu’il est « terrible ». J’en suis encore à me demander comment l’élite du journalisme français arrive à évacuer d’une intervention l’aspect « terrible » de la réalité, tout en ponctuant son intervention d’anecdotes sur le service dans les restaurants ou la qualité de l’hébergement pour les touristes. Omettre de mentionner le terrible, c’est ça que je trouve terrible.

De Cuba d’ailleurs, il ne sera jamais fait mention du fameux « embargo », ou alors juste en passant. A quelques exceptions près, vous qui me lisez n’avez en réalité pas la moindre idée en quoi il consiste. Vous pensez peut-être même, à l’instar des fake journalistes de l’AFP, que l’embargo est levé. Ou votre ignorance totale en la matière vous permet d’ânonner des choses comme « l’embargo n’existe pas » ou que « ce n’est qu’une excuse ».

De Cuba non plus, il ne sera jamais fait mention des 3000 attentats perpétrés contre l’île – ce qui à l’échelle de France équivaudrait à 20 000 attentats. En guise de marronnier journalistique, on préférera au mieux ne parler que des attentats contre Fidel Castro, ce qui impose l’idée que les criminels auteurs de ces attentats n’avaient qu’un objectif somme toute louable, « débarrasser Cuba d’un dictateur ». Les jeunes qui pêchaient à la ligne à Caibarien, ou les ouvriers de l’usine bombardée par des bombes incendiaires, ou le touriste italien mort dans un attentat à la bombe dans un hôtel, les passagers de l’avion commercial cubain, et toutes les 3000 victimes de ces attentats auraient peut-être leur mot à dire. Encore eut-il fallu ne pas les faire tomber dans l’oubli, ni eux, ni leurs assassins.

De Cuba, on ne lira que des articles stupides publiés dans les Inrockuptibles qui racontent comment on « enfermait les malades atteints du Sida ». Et peu importe si j’ai l’impression d’avoir été le seul Occidental à avoir mis les pieds dans ces centres (pas compliqué, il suffisait de demander), et peu importe s’ils avaient plus l’allure de Country Clubs réaménagés que de prisons, rien n’y fera. Un récent échange sur le sujet avec une personne se présentant comme ancien dirigeant d’Act Up m’a fait comprendre que 1) l’hystérie collective existe et que 2) un pervers narcissique un tantinet manipulateur (« vous vous en fichez des morts du SIDA ») peut prendre la tête d’une organisation reconnue.

« Il y a beaucoup d’ignorance sur ce qui se passe à Cuba et on ne veut jamais rien leur reconnaître. Si d’autres avaient fait ce que Cuba a fait [pour lutter contre le SIDA], ils seraient admirés par le monde entier. »
Peggy McEvoy – représentante de UN-AIDS à Cuba, de 1996 à 2001

De Cuba, on n’entendra rien sur la solidarité médicale accordée par l’île à travers le monde, avec +/- 40 000 médecins et travailleurs de la santé déployés dans les régions les plus reculées. Là aussi, les esprits chagrins parleront de « propagande » (pas très efficace, apparemment) ou de « business, pas de charité » et, pour appuyer leurs dires, mentionneront les rares cas où Cuba « fait payer » effectivement ses services, mais uniquement à ceux qui en ont les moyens. C’est comme si la France envoyait 250 000 médecins à travers le monde. Et je demande à tous de réfléchir à ce que serait une France qui enverrait 250 000 médecins à travers le monde. A quoi ressemblerait-elle, cette France-là ? A celle que vous connaissez ?

De Cuba, on ne saura rien des dizaines de milliers, peut-être des centaines de milliers, de réfugiés accueillies par l’île. Des réfugiés politiques, originaires de tous les continents (mais surtout de l’Amérique latine, évidemment), et de toutes obédiences, mais aussi des « réfugiés médicaux ». Des réfugiés accueillis avec une telle spontanéité et un tel naturel que je n’ai pas réussi, après des années de recherches, à trouver un Cubain capable de me fournir ne serait-ce qu’une estimation de leur nombre. Ils n’en savent tout simplement rien. Ils ne se sont apparemment même pas posé la question, ni avant, ni après. Au point de soigner l’assassin du Che, Mario Terán.

Vous vous demandez peut-être le rapport entre tout ce qui précède, le début de ce texte, et la phrase de Gérard Miller. C’est ici je que je rallume mon détecteur de « Bullshit ».

En considérant ne serait que cette toute petite pointe de l’iceberg de solidarité que Cuba a offerte tout au long de son existence révolutionnaire, en connaissant ceux et celles qui en ont été les instigateurs et les acteurs, comment diable arrive-t-on à croire pour ne serait-ce qu’une nanoseconde que ces derniers aient pu, un jour, regarder quelqu’un et se dire « hum… celui-là, et celle-ci, nous allons les persécuter parce que leur orientation sexuelle m’incommode » ?

La seule explication que j’ai trouvée est qu’il existe une force physique mystérieuse qui s’énonce ainsi (n’en déplaise à Archimède) :

« Tout corps intellectuel, plongé dans un milieu médiatique amorphe, subit une force verticale dirigée de haut vers le bas, et opposée au poids des arguments développés. Cette force est appelée poussée de Viktor Dedaj ». Wikipédia (édition 2050, alors patience…).

Viktor Dedaj
et ça pousse, ça pousse…

Les relations entre les Etats-Unis et Cuba

Par Bernard Besson le 21/12/2017.

 

6 novembre 2017 – A Cuba, Donald Trump franchit le mur du (ç)on

Obama avait entamé une « normalisation des relations avec Cuba. En signant ce 15 juin le « Mémorandum présidentiel de sécurité nationale sur le renforcement de la politique des Etats-Unis à l’égard de Cuba », Trump frappe l’île au portefeuille, aggravant de fait l’embargo. Le 29 août, le Département d’Etat annonce qu’il fait rentrer au pays la majorité du personnel en poste dans son ambassade de La Havane, considérant qu’il « ne peut plus assurer sa sécurité ». Par la même occasion, et à titre de « représailles », il expulse quinze fonctionnaires de la délégation diplomatique cubaine de nouveau présente à Washington depuis 2015. La sombre histoire qui sert de prétexte à cette reprise de la Guerre froide a débuté à la fin 2016. Selon les termes employés par la porte-parole du département d’Etat Heather Nauert lorsqu’elle a révélé publiquement l’affaire en août dernier, plusieurs diplomates travaillant à l’ambassade américaine de La Havane ont alors fait part de « symptômes physiques » aussi graves qu’inquiétants…

Pour lire la suite :

http://www.medelu.org/A-Cuba-Donald-Trump-franchit-le

3 novembre 2017 – Intervention de Cuba à l’ONU sur le Blocus, le 1er Novembre 2017

 

Intervention de Bruno Rodriguez Parrilla, ministre cubain des relations extérieures, sur la nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier appliqué à Cuba par les Etats-Unis.

Pour lire la suite :

https://www.legrandsoir.info/intervention-de-cuba-a-l-onu-sur-le-blocus-le-1er-novembre-2017.html

 

3 novembre 2016 – Condamnation unanime des sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba

Pour la vingt-cinquième année consécutive, l’Assemblée générale des Nations unies a condamné le blocus économique, commercial et financier imposé par Washington à Cuba depuis plus d’un demi-siècle. Ces sanctions sont obsolètes – elles remontent à la guerre froide –, immorales – elles affectent les catégories les plus vulnérables de la population civile –, et illégales en raison de leur portée rétroactive et extraterritoriale. Elles constituent le principal obstacle au développement de l’île.

Pour lire la suite :

http://www.medelu.org/Condamnation-unanime-des-sanctions

23 octobre 2016 – Cuba. Le marché de dupes

La visite officielle de Barack Obama à Cuba en mars 2016 avait laissé croire que les relations entre Cuba et les Etats-Unis étaient redevenues normales. Les héritiers politiques de Fidel Castro s’en étaient inquiétés. Mais beaucoup de Cubains, souffrant des sanctions américaines censées punir l’ile de ses tentations « communistes », s’en étaient réjouis. Aujourd’hui, ils réalisent que ces sanctions sont toujours en place…

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https://blogs.mediapart.fr/jean-paul-baquiast/blog/231016/cuba-le-marche-de-dupes

 3 septembre 2016 – Amérique du Sud : un plan Condor nouvelle manière

A Cuba, l’ambassadeur US nouvellement installé a pour première mission l’alimentation en argent et en moyens logistiques des professionnels de la « dissidence » trébuchante.

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https://humanite.fr/blogs/amerique-du-sud-un-plan-condor-nouvelle-maniere-614970

27 janvier 2015 – Obama, la « nouvelle ère » avec Cuba et le IIIe Sommet de la CELAC

Un mois après l’officialisation de la reprise des négociations pour le rétablissement des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba… Ces nouvelles dispositions signifient-elles pour autant la fin des prétentions états-uniennes à Cuba et en Amérique latine ?

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http://www.medelu.org/Obama-la-nouvelle-ere-avec-Cuba-et

 

 

 23 décembre 2014 – Obama renonce à la politique de l’autruche envers Cuba

Finalement, Barack Obama a fini par se racheter. Avec un bilan de politique étrangère peu reluisant, il est enfin parvenu à un rapprochement positif avec Cuba, qui aurait dû être entrepris dans les premiers mois de son mandat.

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http://www.medelu.org/Obama-renonce-a-la-politique-de-l

 

 

 

 18 décembre 2014 – Cuba / Etats-Unis : une nouvelle ère

La Havane a annoncé le 17 décembre la libération d’Alan Gross, agent de l’USAID, détenu à Cuba depuis cinq ans. Au même moment, Washington annonçait la levée d’écrou de trois agents anti-terroristes — Gerardo Hernandez, Ramon Labanino et Antonio Guerrero — qui faisaient partie des Cinq Héros cubains injustement condamnés par les tribunaux américains.

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http://www.medelu.org/Cuba-Etats-Unis-une-nouvelle-ere

 10 juillet 2014 – Cuba, Etats-Unis – Les choses bougent.

Dans son livre récent sur son expérience de Secrétaire d’État durant le premier mandat de Barack Obama (2008-2012), intitulé Le Temps des décisions, Hillary Clinton écrit ceci à propos de Cuba : « La fin de mon mandat approchant, j’ai demandé au président Obama de reconsidérer notre embargo. Il ne remplissait pas sa fonction et entravait nos projets en Amérique Latine. » Pour la première fois, une personnalité aspirant à la présidence des États-Unis affirme publiquement que l’embargo imposé depuis plus de cinquante ans par Washington n’est d’aucune utilité.

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14 mai 2014 – Menace terroriste sur Cuba en provenance… des Etats-Unis.

Washington refuse toujours d’agir pour empêcher les groupuscules de l’extrême droite cubaine de Floride de planifier des attentats contre l’île. Le 6 mai 2014, les autorités cubaines ont annoncé l’arrestation de quatre personnes résidant à Miami, soupçonnées de préparer des attentats terroristes dans l’île.

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https://www.legrandsoir.info/menace-terroriste-sur-cuba-en-provenance-des-etats-unis.html

31 mars 2012 – L’USAID reconnaît le caractère « secret » de ses opérations illégales à Cuba

L’USAID (Agence des Etats-Unis pour le Développement International, dénoncée pour être une façade de l’appareil de renseignement des E.U.) reconnaît le caractère « secret » de ses opérations illégales à Cuba.

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https://www.legrandsoir.info/l-usaid-reconnait-le-caractere-secret-de-ses-operations-illegales-a-cuba.html

Invitation à la première de notre documentaire sur « l’autre Che » à Bruxelles, le 18 novembre

Grâce aux amis d’ATTAC sera projeté, pour la première fois en Belgique, notre documentaire « Carlos l’aube n’est plus une tentation » le 18 novembre à 20 h. au Botanique, Rue Royale à Bruxelles, dans le cadre du Festival du cinéma d’ATTAC Bruxelles. Nous publions aussi un nouveau livre (en espagnol) basé sur ce film, qu’on peut télécharger ici https://t.co/leUSDLEePP

 

 

Format original : Vidéo HDV NTSC). Durée : 1 h. 22. Production : Las Tres Raíces, Venezuela. Avec l’appui de Zin TV (Bruxelles). Image : Henry Linares, Deylin Peugnet et Olivier Auverlau. Assistante de réalisation : Marjorie Arostegui. Musique : Philippe Tasquin. Enquête, scénario, réalisation, prise de son et montage : Thierry Deronne. Diffusion du DVD (V.O. sous-titres FR) : gloriaverges@free.fr

Quelques avis sur le film

Un film émouvant à l’image de la rencontre du commandant Borge avec son rêve d’un parc d’enfants

Alex Cox, cinéaste britannique, réalisateur de “Walker

C’est un cadeau non seulement pour ma famille mais pour les nouvelles générations qui, comme la fillette qui apparaît au début du documentaire, ignorent tout de cette Histoire

Tania de los Andes Fonseca, fille de Carlos Fonseca

Alors que beaucoup de films ne la peignent que par petites touches, ce documentaire donne accès à la séquence complète de l’Histoire

Gilda Bolt, Ambassadrice du Nicaragua au Salvador

Il faut que la jeunesse le voie dans tout le Nicaragua

Tomás Borge, Commandant de la Révolution, lors de la première du film à Managua.

 

La journaliste Sonia Contreras (au centre)

La journaliste Sonia Contreras (au centre), La Guajira, État du Zulia.

Interview du réalisateur Thierry Deronne par la journaliste vénézuélienne Sonia Contreras

Sonia Contreras – Que retiens-tu des témoignages rassemblés autour de la vie de Carlos Fonseca ?

Thierry Deronne : d’abord, la gorge nouée de beaucoup lorsqu’ils évoquaient la perte d’un leader visionnaire qui en même temps était le frère humble, celui qui te parlait avec clarté. Les paysans qui l’appuyèrent durant sa guérilla dans les montagnes se sont mobilisés pour participer au tournage en réactivant leur réseau. Pour projeter le documentaire dans diverses communautés, ils sont allés en charrette à chevaux emprunter un générateur d’électricité dans un village appelé La Concordia. Du froid des montagnes du nord du Nicaragua, nous est parvenue cette énergie, ce sentiment.

Sonia Contreras – Comment as-tu procédé pour ton enquête ?

Enquête parmi les collaborateurs historiques de El Carmen, Matagalpa.

Enquête parmi les collaborateurs historiques de El Carmen, Matagalpa.

Dès le début l’objectif fut de contribuer à écrire une Histoire détruite par les grands médias, pour la rendre au peuple, en particulier à la jeunesse. Avant de commencer à enquêter, je me suis demandé : comment nous libérer de la “Fin de l’Histoire” et du dogme de ¨la Vie”, de l’intimisme des tranches de vie télévisées qui règnent depuis les années 80, de ce centrage sur l’individu qui est une forme subtile d’obscurantisme ? La première réponse fut que si ce sont les peuples qui font l’Histoire, nous devons la raconter de leur point de vue. Écouter celles et ceux qui ont lutté dans l’ombre avec Fonseca ne revient pas à nier l’individu mais à lui rendre sa vraie dimension. La priorité fut donc de retrouver celles et ceux qui ont connu personnellement Fonseca, mais aussi d’incarner la mémoire populaire dans des personnages anonymes. C’est une idée empruntée à Rius, un extraordinaire dessinateur mexicain qui raconte l’Histoire et vulgarise la philosophie à partir de petits personnages populaires en marge du texte. D’autre part, le Carlos de 1976 n’est plus celui de 1936 parce que l’Histoire l’a transformé, il fallait donc s’immerger dans la reconstruction d’une dialectique sociale, économique, politique, avant de pouvoir écrire le scénario.

Sonia Contreras – Tu disais que ce qui t’a motivé était le risque de voir disparaître la mémoire de Carlos Fonseca Amador. En faisant ce film, qu’as-tu découvert ?

Carlos Fonseca emprisonné en 1969 au Costa Rica. Un appel international fut lancé pour sa libération avec parmi les signataires, un certain jean-Paul Sartre.

Carlos Fonseca emprisonné en 1969 au Costa Rica. Un appel international fut lancé pour sa libération avec parmi les signataires, un certain Jean-Paul Sartre.

T.D. –  Si nous parlons encore aujourd’hui de Fonseca (ou de Simón Bolívar, de Simón Rodríguez, de Augusto Sandino), c’est parce qu’ils ont fait le ¨travail¨. Fonseca fut une intelligence supérieure à son temps : il voulait la formation intégrale comme garantie de l’irréversibilité d’une révolution socialiste. Il a donné des cours à ses militants jusqu’au dernier jour pour organiser les combattants, collaborateurs, les cadres qui l’entouraient. Pour lui l’unité, la modestie, la sincérité, étaient les ferments d’un nouveau type de conscience. Cette vision, Fonseca la puisait chez Sandino, le rebelle nicaraguayen des années 30, adoubé Général des Hommes Libres par ses paysans-soldats métis et indigènes. Or, dans les rares écrits de Sandino, recueillis, étudiés, publiés par Fonseca, on trouve le ¨Plan de réalisation du rêve de Bolívar¨ dans lequel il propose aux 21 gouvernants latino-américains la création d’une banque latino-américaine pour le développement, de voies de communication, d’une citoyenneté et d’un passeport latino-américains, d’une cour de justice et d’une force de défense commune constituée par les nations latino-américaines pour garantir leur souveraineté et du canal interocéanique dont le gouvernement de Daniel Ortega vient de lancer la construction et qui va devenir un moteur économique très puissant… Sandino avait tout pensé dans les années trente… Hé bien nous y sommes… Si tu lis l’Histoire avec les yeux du principal sujet historique, de la majorité sociale, tu te rends compte qu’aujourd’hui le Nicaragua réalise peu à peu le programme historique conçu par Carlos Fonseca : une assemblée nationale à majorité féminine, l’appui direct au petit producteur agricole, l’armée populaire et patriotique, l’autonomie de la Région Atlantique, l’unité des peuples d’Amérique Latine et les réalisations de l’ALBA, tout ne fait que commencer. Et même s’il est à la mode en Europe de dire que « le sandinisme n’est plus ce qu’il était » ou de parler de « fin de cycle », la popularité des sandinistes et le vote d’une majorité d’électeurs en faveur de leurs politiques, comme on vient encore de le voir aux municipales de novembre 2017, inviterait à plus de prudence et à moins de projection. Depuis le retour du Front Sandiniste au gouvernement en 2006, la pauvreté générale est en baisse constante, ce qui n’était pas possible dans les années 80 à cause de la guerre contre le développement menée par l’administration Reagan.

Sonia Contreras – Carlos publia en 1975 le manifeste clandestin ¨Qu’est-ce qu’un sandiniste ?¨ où il jetait les bases morales du militantisme : « Le sandiniste doit posséder un authentique esprit critique, car cet esprit donne plus de consistance à l’unité, la renforce et lui donne sa continuité, alors qu’une critique mal comprise et qui met en péril l’unité perd son sens révolutionnaire¨. Qu’en penses-tu dans le cadre de la révolution bolivarienne ?

T.D. – Pour Carlos il fallait à tout prix éviter l’inclusion dans le Front d’éléments petit-bourgeois qui débarquent avec leurs critiques ¨démocratiques¨. Carlos préférait enseigner aux travailleurs l’art de la critique à partir des erreurs pour ¨être plus¨ comme disait Paulo Freire… Aujourd’hui au Venezuela, grâce à l’impulsion de Nicolas Maduro, la révolution bolivarienne tente de faire émerger le nouveau pouvoir des organisations communales, il y a un déplacement du champ politique classique, d’où découle la possibilité, la nécessité d’une critique et d’une autocritique populaire. La guerre médiatique non seulement nous empêche de voir le passé et le futur, elle déplace et occulte ce qui devraient être les champs principaux de l’information. Nous devons sortir du cercle argumentaire des médias pour pouvoir informer et réfléchir sur ce que nous faisons autour d’une nouvelle forme de vie, sur ce que signifie un pouvoir, une économie exercée par des communes organisées. C’est là où on comprend que la critique populaire n’a rien à voir avec la critique ¨médiatique¨ que pratiquent la plupart des journalistes. Il y a une autre ressemblance de Carlos Fonseca avec Hugo Chávez : tous deux parlaient la langue du peuple. Fonseca recommandait aux cadres de s’exprimer dans un langage clair. Rafael Correa aime citer Fonseca : ¨Il faut critiquer de face et faire l’éloge dans le dos”.

Sonia Contreras – Comment s’est passée la participation du Commandant Tomás Borge ?

Tomás Borge, de retour dans la prison où il subit neuf mois de torture

Tomás Borge, de retour dans la prison somoziste où il subit neuf mois de torture.

T.D. – Malgré sa santé fragile – il allait mourir quelques mois plus tard –  il nous a beaucoup aidés. Sous son caractère rude, on percevait une grande nostalgie. Au début du film, on le voit rencontrer par hasard une jeune étudiante et il lui demande si elle sait ce que fit Somoza. Elle l’ignore et Borge est abasourdi, il n’arrive pas à le croire, ne comprend pas. Comment une lycéenne peut-elle ignorer que ce dictateur installé par les États-Unis a assassiné 200.000 nicaraguayens ? Lors du montage final il nous a rappelé cette rencontre, il voulait montrer le film aux quatre coins du pays. Il vint à la première, à la Cinémathèque de Managua, pour demander aux adolescents de ne pas oublier les causes de la révolution. Les derniers mots qu’ils nous a adressés furent : ¨Entre nous, Carlos Fonseca était beaucoup plus grand que toute la révolution sandiniste¨.

 

Sonia Contreras – Si nous situons le documentaire dans l’ici et maintenant de la révolution bolivarienne, que peut-il nous apporter de plus ?

T.D. – Dans le documentaire nous mettons l’accent sur un épisode de la lutte sandiniste aussi fondateur que notre 4 février 1992 au Venezuela, c’est la Geste Héroïque de Pancasán, en 1967. Du point de vue militaire ce fut une lourde défaite pour la guérilla mais qui se transforma en victoire morale parce qu’elle montra au peuple que les sandinistes étaient capables de mourir pour lui. Cet épisode fit beaucoup pour marquer la fin de l’apathie, pour réveiller  la Nation nicaraguayenne. Ce qui pousse à réfléchir sur l’idée fondatrice d’unité civico-militaire. Dans le Programme Historique des sandinistes, Carlos Fonseca insère la création d’une ¨armée populaire et patriotique¨. Sandino est à Fonseca ce que Zamora est à Chavez. Depuis les montagnes du nord du Nicaragua, Sandino rappelait ¨nous ne sommes pas des soldats mais des citoyens armés¨ et depuis son ¨llano¨ vénézuélien, Ezequiel Zamora, autre général paysan, posait sur son képi militaire un chapeau paysan pour symboliser cette double nature de soldat/peuple.Brvz3t2IcAArhQg

A partir de ces racines, Fonseca et Chavez comprennent que défendre durablement un processus révolutionnaire, signifie défendre la souveraineté tout en élevant le niveau de conscience. Tous deux croient dans une police et dans une armée non répressives, au ¨citoyen armé¨ dont parle Sandino. Carlos Fonseca admirait Ho-Chi-Minh pour sa capacité à créer une armée populaire, s’opposait aux enlèvements et préconisait la formation de gardes nationaux du somozisme pour les humaniser et les insérer dans le processus révolutionnaire. Un jour que son jeune fils, pour un jeu dans le quartier, l’interroge sur les grades militaires, Fonseca lui répond que le plus haut est celui de ¨simple soldat”. Comme pour Chavez, c’est ce concept civico-militaire qui provoque la rupture de Fonseca avec la gauche classique, assez éloignée du peuple et qui préférait, dans le cas du Nicaragua, ¨attendre les élections¨.

Quand Fonseca s’oppose à ce pacifisme de l’opposition à Somoza il réaffirme la nécessité d’une voie politico-militaire pour que la révolution puisse se défendre et se construire à long terme, et relie le Front Sandiniste à son ancêtre, l’Armée de Défense de la Souveraineté Nationale mise sur pied par Sandino. A Caracas, en janvier 2013, Evo Morales nous disait : “En Bolivie aussi nous avions des forces armées désidéologisées qui terrorisaient les enfants, des soldats utilisés pour tuer. Nous avons expulsé les étasuniens de notre État-Major, de même qu’au Vénézuéla. Ce que garantit la révolution bolivienne ce sont des mouvements sociaux alliés à des forces armées conscientes.”

Tournage dans les montagnes de Matagalpa.

Tournage dans les montagnes de Matagalpa.

Sonia Contreras – Tu parlais de la mémoire paysanne, de ceux qui appuyaient la lutte du guérillero Fonseca, qu’as-tu appris auprès d’eux ?

T.D. –L’enquête a révélé le rôle peu connu des syndicats ruraux dans la genèse de la guérilla du FSLN. Les bases de la guérilla de Pancasán s’enracinaient dans les luttes menées par les journaliers indigènes pour améliorer leurs conditions de travail et pour récupérer leurs terres ancestrales. Comme dit le commandant Borge dans le film, “beaucoup ont été assassinés parce qu’ils aidèrent le Front sandiniste, ils ont offert leurs vies”. C’est un autre élément important de l’enquête : sous chaque silence il y a la voix de ceux qui parlent sous la terre, des corps sans sépulture qui flottent sur nos têtes, qui continuent à penser pour nous, qui nous pressent d’agir. Parmi les points du programme historique du Front Sandiniste, Carlos Fonseca inscrivit “Vénération des martyrs” pour que les anonymes des poèmes de Roque Dalton, les “Saints” de Leonel Rugama, donnent un sens à nos vies.

Images du film

Víctor Guillen dans la nuit de Pancasán. Guide de la guérilla de Carlos Fonseca en 1967.

Víctor Guillen dans la nuit de Pancasán. Guide de la guérilla de Carlos Fonseca en 1967.

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A Cuba, Donald Trump franchit le mur du (ç)on

Qu’y a-t-il à cacher ? Le 26 octobre, 2891 documents d’archives « top secret », soit plus de cinq millions de pages, concernant l’assassinat du président John F. Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, ont été déclassifiés et publiés sur le site des Archives nationales américaines. Toutefois, sous la pression de la CIA et du FBI, près de 300 pages de documents jugés « trop sensibles » manquent encore à l’appel. Comme prévu par la loi, elles devraient être rendues publiques dans un délai de six mois – sévèrement caviardées, peut-on supposer –, à moins d’un veto du président Donald Trump (au cas où elles demeureraient par trop compromettantes, peut-on imaginer aussi).

Au-delà de cette frustration infligée aux historiens et aux citoyens, certains des documents rendus publics ne manquent pas d’intérêt. Comme l’a mis en évidence The Washington Post, nombre d’entre eux évoquent Cuba [1]. On y trouve notamment la prévision de « la chute prochaine du régime communiste » ; les récompenses promises par le FBI pour les meurtres de Fidel Castro (100 000 dollars), son frère Raúl (20 000 $) ou Che Guevara (20 000 $) ; un brouillon du House Select Committee on Assassinations estimant après coup : « Le Comité ne croit pas que Castro ait fait tuer Kennedy car un tel acte, s’il était découvert, aurait offert aux États-Unis un prétexte pour détruire Cuba. Le risque n’en valait pas la chandelle. »
On découvre également, communiqué à Kennedy après l’échec humiliant de la tentative de débarquement d’une colonne anticastriste dans la Baie des Cochons (avril 1961), un mémorandum du 8 août 1962 concernant la planification d’une nouvelle invasion de l’île : « Pour prendre le contrôle des zones stratégiques clés, avec un minimum de pertes des deux côtés, environ 261 000 militaires américains devraient participer à l’opération [2]. »

Un demi-siècle plus tard, hormis les tourments infligés à la population, l’embargo économique imposé par Washington à l’île en 1962 en vertu du Cuban Democracy Act, puis renforcé en 1992 et 1996, n’avait obtenu aucun résultat : Cuba était toujours cubaine et Fidel Castro, bien que malade et ayant abandonné le pouvoir, toujours vivant. En conséquence, plus lucide que ses neuf derniers prédécesseurs, Barack Obama, en décembre 2014, entreprit de normaliser les relations. Le 22 mars 2016, lors d’une visite historique à La Havane, il déclarait publiquement à son homologue Raúl Castro : « Je suis venu enterrer le dernier vestige de la Guerre froide dans les Amériques. »

Sans mettre un terme à l’embargo, qu’il considérait pourtant « obsolète » et « cause d’isolement des États-Unis », Obama signa vingt-deux accords de coopération bénéficiant aux deux pays, rouvrit une ambassade, assouplit les conditions permettant de voyager dans l’île depuis les États-Unis, rétablit les vols réguliers. Sans que l’on puisse parler de miracle, la situation évoluait dans la bonne direction. De sorte que l’Assemblée générale des Nations unies du 26 octobre 2016 donna à qui l’observait l’impression d’avoir échoué au milieu d’un rêve surréaliste.

Chaque année, depuis 1992, s’opposant au vote des Etats-Unis et d’Israël (plus parfois des grandes puissances que sont les îles Marshall et de Palau), la totalité de la « communauté internationale », à la demande de La Havane, votait une résolution (non contraignante) réclamant fermement la fin de l’embargo illégal imposé en violation du droit international et de la Charte des Nations unies. Lors de cette session de 2016, 191 pays, sans surprise, le réprouvèrent à nouveau. Mais, cette fois, l’ambassadrice de Washington Samantha Power informa que les États-Unis… s’abstiendraient (Tel Aviv, évidemment, suivant le mouvement). Pour un peu, les États-Unis condamnaient les États-Unis !

Fin de la trêve. Le 20 janvier 2017, dans le bureau Ovale, Trump a remplacé Obama. A l’ONU, le 1er novembre dernier, pour la vingt-sixième fois consécutive, 191 nations sur 193 ont offert une nouvelle victoire morale à Cuba. Mais, revenant sur l’abstention de l’an dernier et méprisant ostensiblement le monde entier, l’ambassadrice américaine Nikki Haley, au nom de la Grande Puissance Impériale, a opposé à nouveau un « non » retentissant à la condamnation de l’embargo (Tel Aviv s’est aligné, faut-il le préciser).

C’est à Miami, le 15 juin, dans le Théâtre Manuel Artime (du nom de l’ancien responsable politique de la « Brigade 2506 » qui mena la tentative d’invasion de la baie des Cochons en 1961) que Trump, dans son obsession de détruire l’héritage d’Obama, annonce son grand dessein. Entouré du sénateur républicain de Floride Marco Rubio et des pires anticastristes de la diaspora, dont certains responsables d’actes de terrorisme contre l’île, il déclare : « J’annule l’accord totalement inéquitable signé avec Cuba par la dernière administration. »
Devant une assistance acquise, il subordonne une nouvelle normalisation à la libération des « prisonniers politiques », au respect par « le régime » de la liberté d’association et d’expression ainsi qu’à l’organisation d’élections libres sous supervision internationale. Distrait de nature, il a omis cette référence aux « droits de l’homme » lors de la visite à la Maison Blanche, le 3 mars précédent, du président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, artisan d’une répression implacable dans son pays, et lors de son propre voyage en Arabie saoudite – où plus de 80 personnes avaient déjà été exécutées depuis le début de l’année – du 20 au 22 mai [3].

En signant ce 15 juin le « Mémorandum présidentiel de sécurité nationale sur le renforcement de la politique des Etats-Unis à l’égard de Cuba », Trump frappe l’île au portefeuille, aggravant de fait l’embargo. Les nouvelles mesures limitent en effet la possibilité pour les Américains de visiter une île dont le tourisme est la principale ressource – mettant à profit les « douze catégories » de voyageurs autorisés par Obama, 300 000 s’y étaient déjà rendu depuis le début de l’année – et interdit les relations commerciales avec le « conglomérat militaire » (60 % de l‘économie du pays).

La réaction de La Havane se veut à la fois ferme et modérée : estimant Trump « mal conseillé », le gouvernement précise que « toute stratégie destinée à changer le système politique, économique et social de Cuba, que ce soit à travers des pressions et des impositions, ou en employant des méthodes plus subtiles, seront condamnées à l’échec », mais n’en insiste pas moins sur sa « volonté de continuer le dialogue et la coopération avec le pays voisin ».

Même aux États-Unis, et y compris chez les républicains, ce changement de politique ne fait pas l’unanimité. Dès le lendemain, pour ne citer que lui, le chef des affaires internationales de la Chambre de commerce nord-américaine, Myron Brillant, exprime son désenchantement. Se référant à sa volonté de continuer à agir pour éliminer « les politiques obsolètes qui mettent un frein au développement de la Nation [américaine] et de Cuba », il avertit qu’avec ce changement de cap, « les États-Unis cèdent les opportunités de croissance à d’autres pays, qui peuvent avoir de meilleures relations avec la nation antillaise [4] ». Moins préoccupés, d’autres évitent de prendre la rhétorique de Trump pour argent comptant. Car si, comme à son habitude, il a joué les gros bras, il n’a pas fermé l’ambassade américaine à La Havane, laissant la porte ouverte, dans l’avenir, à une possible amélioration des relations.
Sauf que…

Un peu plus de deux mois ont passé lorsque, le 29 août, le Département d’état annonce qu’il fait rentrer au pays la majorité du personnel en poste dans son ambassade de La Havane, considérant qu’il « ne peut plus assurer sa sécurité ». Par la même occasion, et à titre de « représailles », il expulse quinze fonctionnaires de la délégation diplomatique cubaine de nouveau présente à Washington depuis 2015.

La sombre histoire qui sert de prétexte à cette reprise de la Guerre froide a débuté à la fin 2016. Selon les termes employés par la porte-parole du département d’état Heather Nauert lorsqu’elle a révélé publiquement l’affaire en août dernier, plusieurs diplomates travaillant à l’ambassade américaine de La Havane ont alors fait part de « symptômes physiques » aussi graves qu’inquiétants – nausées, vertiges, douleurs faciales et abdominales, pertes d’équilibre, troubles auditifs, problèmes cognitifs, voire dommages cérébraux et surtout surdité. Selon Washington, ces incidents auraient été provoqués par un « harcèlement » dû à l’emploi de dispositifs acoustiques de longue portée émettant des sons que leur fréquence, par ailleurs, rendrait inaudibles. Le 11 août, le secrétaire d’État Rex Tillerson évoque des « attaques sanitaires », sans être « en mesure de déterminer qui est responsable ».
Les diplomates américains vivant, outre leur présence à l’ambassade, dans des « compounds » gérés par le gouvernement cubain, celui-ci prend ces accusations très au sérieux. D’autant que Washington en rajoute chaque jour un peu plus. Le Département d’état affirme bientôt, sans présenter aucun cas précis, que des voyageurs américains ayant fréquenté des hôtels « ont souffert de symptômes similaires » et émet une « alerte » déconseillant tout voyage à Cuba.
L’affaire de ces sons inaudibles commençant à faire du bruit (qu’on nous pardonne cette approximation !), diverses hypothèses circulent, dont l’éventuelle implication d’un pays tiers, comme, au hasard, la Russie, ou pourquoi pas le Venezuela, opérant avec ou sans l’aval des Cubains, dans le but d’empoisonner les relations entre l’île et les États-Unis.

D’emblée, les autorités cubaines déploient des moyens considérables pour tenter de résoudre cette « James Bonderie » dont elles se passeraient bien. Un groupe de travail permanent constitué de spécialistes du ministère de l’intérieur et d’un comité d’experts en acoustique venus des ministères de la science, de la technologie et de l’environnement, ainsi que de la santé publique prennent les choses en main. Pour montrer sa bonne volonté, La Havane accueille à trois reprises des enquêteurs du FBI. Il leur est indiqué que le pays ne possède pas de telles technologies et que leur emploi par quiconque ne pourrait avoir lieu sans affecter des tiers ou attirer l’attention. Or, au terme de l’audition de trois cents personnes, il s’avère qu’aucun habitant des quartiers impliqués ou des zones proches des résidences soi-disant attaquées n’a été affecté ou n’a entendu ou perçu quoi que ce soit. D’autre part, nul employé cubain de l’ambassade ne s’est présenté auprès des institutions hospitalières où il reçoit habituellement des soins médicaux.

Recueil de dépositions de témoins, mesures du spectre radio-électronique et sonore dans les zones où les faits seraient survenus, prélèvement d’échantillons sonores dans ces environnements… Malgré les efforts, l’enquête piétine. Washington ne facilite pas les échanges entre les scientifiques cubains et l’équipe médicale du Département d’État fugacement présente sur l’île pour évaluer les dommages présumés causés aux diplomates. « Les autorités des États-Unis ne nous ont pas autorisés à interroger les victimes, se plaindra bientôt le lieutenant-colonel cubain Estrada Portales, chef de la direction des investigations criminelles au ministère de l’intérieur. Elles ont refusé de nous fournir les déclarations auxquelles nous leur avons demandé de procéder elles-mêmes, non seulement pour leur utilisation dans le sens strict de l’enquête policière, mais aussi afin de les remettre aux experts, aux scientifiques et aux spécialistes qui auraient pu analyser les déclarations des victimes sur la survenue des faits dénoncés [5]. » Émis par les autorités américaines, un rapport médical sur l’évaluation des vingt personnes soi-disant affectées sera bien remis aux Cubains. Particulièrement fouillé, le document tient en… une seule page.

Dans un ordre d’idée plus curieux, Estrada Portales signale : «  Au moment de la notification des faits par l’ambassade des États-Unis, le chef du Département de sécurité diplomatique du ministère cubain de l’intérieur s’est entretenu avec le chef de l’Aire de sécurité de ce siège diplomatique et, après qu’il lui ait demandé plusieurs précisions sur ces faits, en vue de lancer une enquête, il s’est avéré que ce fonctionnaire ignorait tout de ces incidents. » Plus loufoque encore… « Ceci est surprenant pour deux raisons essentielles : premièrement, par la suite, ce fonctionnaire, chef de l’Aire de sécurité, qui avait déclaré ne pas être au courant des incidents, a été cité comme l’une des personnes attaquées ; et, deuxièmement, ce qui est non moins important : il ignorait tout des attaques contre ses fonctionnaires et leurs familles, alors que sa fonction à Cuba était précisément de veiller à [leur] sécurité (…). »
Dans le cadre de cette coopération exemplaire, les Cubains obtiennent toutefois de leur contrepartie quatorze échantillons sonores enregistrés par les victimes, entre autres sur leurs Smartphones et téléphones portables. Après une expertise technique exhaustive, le lieutenant-colonel Juan Carlos Molina Campos, ingénieur en télécommunications, constate que cette analyse « permet d’affirmer catégoriquement que les personnes ayant réalisé ces enregistrements n’étaient pas soumises à un niveau de pression acoustique élevé ». Pour les béotiens, le docteur ès sciences physiques Carlos Barcelo Pérez précise : « Les niveaux que nous avons mesurés sont de l’ordre de 74 décibels environ ; ce niveau ne correspond pas à la zone des traumatismes auditifs, car pour qu’il y ait un traumatisme permanent, ils doivent être supérieurs à 120 ou 130 décibels. » Le raffut provoqué par la sono amplifiée d’un groupe de rock, un avion au décollage, un marteau piqueur ou une explosion. Quant aux éventuels infra-sons (moins de 20 Hertz) ou ultra-sons (plus de 20 000 Hz) inaudibles mais nocifs, impossible d’en détecter.

La Havane fait preuve de patience, Washington exprime une mauvaise humeur grandissante. D’assez mauvaise foi d’ailleurs. En effet, les États-Unis ont de l’expérience s’agissant de ce type de désagrément. Dans la recherche de la vérité, ils pourraient se montrer plus performants.
En janvier 1990, au Panamá qu’ils venaient d’envahir, le général-dictateur Manuel Noriega, réfugié dans la nonciature apostolique et assiégé par leurs troupes, dut subir les décibels déchirants de puissants haut-parleurs débitant du heavy metal vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; au bout de onze jours, il finit par craquer et se rendit.
En 2003, à Guantánamo, l’une des méthodes préférées des tortionnaires pour faire craquer les détenus consistait à leur vriller les tympans avec du hard rock « made in USA » poussé à fond toute la journée. Au Honduras, renversé par un coup d’état et exilé de force en juin 2009, mais rentré clandestinement en septembre et retranché dans l’ambassade du Brésil, le président Manuel Zelaya subit le même sort : d’un volume sonore insupportable, des émissions de haute fréquence le ciblent toutes les nuits, destinées à provoquer une instabilité émotionnelle et un stress l’amenant à se livrer aux putschistes (ce qu’il ne fera pas) ; il est vrai que, dans ce cas, le matériel utilisé et les techniciens qui l’accompagnent ne sont pas américains, mais vraisemblablement israéliens (décidément !).
En 2009 encore, lors du Sommet du G20 à Pittsburgh, puis en 2014, lors d’émeutes raciales à Fergusson (Missouri), la police américaine utilisera des appareils qui émettent des sonorités insupportables pour disperser les manifestations…

Il n’empêche. A Cuba, où les yankees se trouvent supposément du mauvais côté des stridences, la situation les emballe beaucoup moins. Non qu’ils accusent directement Raúl Castro. Ils répètent simplement en boucle et sur un ton très courroucé que, en vertu de la Convention de Vienne, le gouvernement cubain a l’obligation de garantir la sécurité du personnel diplomatique étranger. Ce qu’il ne fait pas !

Comment expliquer de telles atteintes à la santé, dans des circonstances et des contextes très divers, à l’ambassade et dans des résidences, ce qui laisse supposer l’utilisation présumée de nombreux dispositifs ? Sans parler des chambres d’hôtel, où seuls les Américains sont touchés – les touristes latinos, asiatiques et européens se portant à merveille, merci. Le mystère s’épaissit. Jusqu’à ce qu’un célèbre membre de l’Institut national américain des troubles neurologiques et des AVC, Mark Allett, ne provoque un premier séisme : « D’un point de vue objectif, cela ressemble plus à une hystérie collective qu’à autre chose », avance-t-il dans un article du très british The Guardian [6]. Rejoint dans son appréciation par Jon Stone, neurologue à l’université d’Édimbourg.

Le second coup de tonnerre, plus tropical, survient lorsque, à la mi-octobre, des officiels du ministère cubain de l’intérieur rendent public le résultat de l’analyse de trois enregistrements réalisés par des victimes présumées. Ils sont similaires à ceux de… grillons et de cigales qui vivent dans les régions côtières, rurales et urbaines du nord de Cuba, et donc dans les zones proches des résidences des diplomates étasuniens. « Nous avons réalisé un test, explique le lieutenant-colonel Juan Carlos Molina. Nous avons effectué un enregistrement dans un parc de notre capitale. Nous avons appliqué au son de la cigale les mêmes techniques de traitement numérique que celles appliquées aux échantillons audio qui nous ont été remis et, comme par hasard, nous avons pu constater qu’il s’agit également d’un son d’une fréquence d’environ 7 kilocycles, d’une largeur de bande approximativement égale aux 3 KHz et qui est, en terme d’audition, très ressemblant. Nous avons aussi procédé à une comparaison des spectres de tous les signaux enregistrés avec ce spectre et il est évident que ce bruit commun ressemble beaucoup au son émis par une cigale. »
Si Jean de La Fontaine se réincarnait aujourd’hui à Cuba, il écrirait sans doute, pensant à Trump, une fable intitulée « La cigale et l’éléphant ». Car la thèse se révèle moins fantaisiste que certains ne l’imaginent. Des chercheurs américains ont reconnu depuis que le vacarme causé par un groupe de cigales peut atteindre 90 décibels (95 pour les grillons). Dans les deux cas, une exposition prolongée à leurs craquettements et à leurs stridulations peut entraîner une perte auditive, de l’irritation et de l’hypertension.

Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Washington continue à prétendre que les coupables et l’arme utilisée pour attaquer ses diplomates n’ont pas été trouvés. Prenant cette fois le mors aux dents, La Havane réagit le 24 octobre en déclarant que « la théorie de l’arme acoustique est de la science fiction » et le 29 en accusant les Etats-Unis d’appliquer une « diplomatie inadmissible » et d’utiliser ce subterfuge pour « revenir sur le dégel entamé après plus d’un demi-siècle d’inimitié entre les deux nations ».

Il n’est nullement certain que Cuba le passionne, mais l’impopularité de l’action de Trump à la Maison Blanche atteint des sommets. Même dans son propre parti. Il lui faut donc impérativement trouver des alliés. Qui de mieux que le petit groupe de l’extrême droite anti-cubaine, les congressistes républicains de Floride – Ileana Ros-Lehtinen, Mario Díaz-Balart et Carlos Curbelo –, celui de Virginie Alex Mooney, ainsi que le représentant démocrate pour le New Jersey Albio Sires. Sans parler du sénateur extrémiste Marco Rubio, opposant à tout rapprochement avec l’île et qui a récemment envoyé, associé à quatre de ses congénères sénateurs, une lettre au Secrétaire d’état Rex Tillerson demandant l’expulsion de tous les diplomates cubains de Washington et la fermeture de l’ambassade américaine à Cuba.

C’est dans ce contexte qu’a eu lieu l’assemblée générale des Nations unies du 1er novembre. Comme il se doit, l’ambassadrice des Etats-Unis Nikki Haley a fait ce que Trump attendait d’elle. Face à l’illustre assemblée, elle a expliqué que son pays votait contre la levée du blocus parce qu’il faut « aider le peuple cubain à déterminer son propre futur  » et que cette mission relève de la « responsabilité des Etats-Unis  »… Au nom de La Havane, Bruno Rodríguez, dénonçant ces déclarations « irrespectueuses, offensives et interventionnistes », rappela à la représentante de l’Empire que son pays, « où se commettent de flagrantes violations des droits humains qui suscitent une profonde préoccupation de la communauté internationale, n’a aucune autorité morale pour critiquer Cuba ». Sans surprise, remarquera-t-on. Mais il n’était pas seul.

Autre pays soi-disant isolé, c’est au nom des cent vingt États du Mouvement des pays non alignés, qu’il préside, que le Venezuela a condamné l’embargo. L’équateur l’a fait pour le G-77 + Chine, dont il assume la présidence tournante. Même les amis et alliés de l’Empire ont rué dans les brancards. Certes, d’aucuns imaginent encore que les lois extraterritoriales américaines ne sont qu’un rideau de fumée utilisé par La Havane pour justifier ses difficultés. Erreur crasse. Nul n’a oublié l’amende record de 8,9 milliards de dollars infligée en 2014 à BNP Paribas pour avoir « violé » l’embargo américain contre Cuba (mais aussi le Soudan et l’Iran), enfreignant ainsi l’« International Emergency Economic Powers Act », cette loi fédérale de 1977 qui autorise le président des Etats-Unis à restreindre les relations commerciales avec certains pays.

En 2016, outre les difficultés et les souffrances imposées sur leur territoire aux Cubains, des firmes aussi diverses que la compagnie pétrolière National Oilwell Varco (NOV) et ses filiales Dreco Energy Services et NOV Elmar (5 976 028 dollars), la banque canadienne Toronto-Dominion Bank et ses succursales Internaxx Bank S.A. et TD Waterhouse Investment Services Limited (516 105 $), American Honda Finance Corporation (87 255 $) ont été condamnées par le Département du Trésor américain à de lourdes amendes pour des transactions diverses avec Cuba.

Plus prudentes, la banque d’affaires Türkiye İş Bankasi S.A, la malaisienne Malayan Banking Berhad, la succursale en Belgique de BNP-Paribas, la néerlandaise Rabobank, HSBC Bank Canadá, pour ne citer qu’elles, ont refusé à des entreprises, pour éviter tout problème, d’effectuer des transactions en lien avec l’« l’Ile du Diable »… Le 11 avril dernier, la célèbre firme de Seattle Amazon, qui accapare la quasi-moitié du e-commerce aux États-Unis, a fermé les comptes du personnel de la mission diplomatique cubaine aux Nations unies, alléguant qu’ils doivent respecter les régulations américaines [7].

Ya basta ! ont dit chacun à sa manière 191 pays sur 193, le 1er novembre. C’est d’ailleurs là que les choses ont commencé à mal tourner. Devant une telle fronde planétaire, les déclarations de la représentante de Trump ont eu de quoi laisser interdit. Regrettant la perte de son temps, Nikki Haley s’emporta car les États-Unis se voyaient soumis « à tout un tas de réclamations ridicules  ». Puis, manifestant à l’Assemblée générale des Nations unies le genre de respect qu’on réserve à un serpent à sonnette, elle lâcha : « Soyons honnêtes : cette Assemblée n’a pas la faculté de mettre fin au blocus des États-Unis contre Cuba. Ce que fait l’Assemblée générale aujourd’hui est ce qu’elle fait toujours, du théâtre politique. »
Mépris, vous avez dit mépris ? Ou peut-être « unilatéralisme ». Ou les deux à la fois. Ce que les latinos appellent El Imperio.

Au moment où se terminait cette assemblée, et au milieu de ces fortes tensions, Washington a annoncé l’envoi non d’un ambassadeur, mais d’un nouveau « chargé d’affaires » à La Havane. Le Département d’état n’a pas précisé s’il est doté d’un stock de boules Quiès ou d’insecticides en spray permettant de se débarrasser des grillons.

Illustration : Section des intérêts nord-américains (SINA) redevenue ambassade des États-Unis après le dégel.

Toutes les photos sont de Maurice Lemoine ©

Notes

[1] Michael E. Miller, « Strippers, surveillance and assassination plots : The wildest JFK Files », 27 octobre 2017.

[2]  Diario Las Américas, Miami, 30 octobre 2017.

[3] On rapprochera cette attitude de celle du président français Emmanuel Macron qui, le 29 août, a traité le Venezuela de dictature, mais qui, recevant le même Abdel Fattah Al-Sissi (24 octobre), se fendit de la déclaration suivante : « Je crois à la souveraineté des Etats et de la même façon que je n’accepte pas qu’un dirigeant me donne des leçons sur la manière de gouverner mon pays, je n’en donne pas aux autres. »

[4]  CubaDebate, La Havane, 16 juin 2017.

[5]  Granma, La Havane, 30 octobre 2017.

[6] Julian Borger and Philip Jaekl, « Mass hysteria may explain ’sonic attacks’ in Cuba, say top neurologists », The Guardian, 12 octobre 2017.

[7] Lire « Cuba vs Bloqueo. Informe de Cuba sobre la resolución 71/5 de la Asamblea General de las Naciones Unidas, titulada “Necesidad de poner fin al bloqueo económico, comercial y financiero impuesto por los Estados Unidos de América contra Cuba” », La Havane, juin 2017.