Nous ne sommes pas convaincus que le gouvernement colombien veuille respecter les accords de paix

Colombie | 3 avril 2019


Après avoir parcouru les territoires de Cauca, Tolima et Sumapaz en Colombie, les délégués de La Vía Campesina ont indiqué qu ‘»il y a un manque d’application des points de l’accord de paix (signé entre les FARC et le gouvernement) et une remise en cause générale» de l’accord du processus de paix «, de la part des représentants du gouvernement d’Iván Duque.


«Oui, nous avons connu, vécu et entendu une grande motivation chez le peuple colombien, dans les secteurs paysans, pour continuer à miser sur le processus de paix dans le pays», a déclaré Federico Pacheco de Vía Campesina Europe lors de l’ouverture de la conférence de presse mardi 2 avril. La troisième mission de solidarité internationale de la Vía Campesina en Colombie s’est achevée avec cette activité.


Les délégués de LVC ont parlé aux autorités, aux parlementaires et aux communautés paysannes pour savoir comment les points de l’accord de paix signé à La Havane (Cuba) sont mis en œuvre en 2016.


Ils ont mis en garde du fait que l’opposition de la présidence colombienne à la justice spéciale pour la paix «était quelque chose de grave» et que «c’est le processus de paix dans son ensemble, les institutions de défense des droits de l’homme et les systèmes de protection internationaux des droits des Nations Unies qui sont menacés».


«Nous notons qu’il y a une criminalisation des ex-combattants des FARC, qui ont laissé les armes derrière eux il y a deux ans et construisent une économie paysanne au niveau local, une économie qui manque de soutien et de budget pour se développer», a ajouté Pacheco.

Des voix pour la paix


En plus de Pacheco, ont participé à la conférence : Kim Jeong Yeol Kim – Association paysanne de femmes coréennes, María José Venancio – Mouvement national des paysans autochtones (MNCI) d’Argentine et Diego Montón de la Coordination latino-américaine des organisations de terrain (CLOC).


Kim Jeong Yeol Kim a insisté sur l’importance de parcourir les territoires et de parler aux paysans qui luttent pour la paix en Colombie. «Des millions de meurtres, de disparitions et de personnes en prison se sont produits ici. Nous ne les oublierons jamais. Il est essentiel d’organiser la force internationale pour exiger du gouvernement colombien, car nous ne sommes pas convaincus que le gouvernement veuille réellement mettre en œuvre les accords de paix «, a déclaré le dirigeant coréen.


Au sujet du conflit foncier, les délégués ont affirmé qu’ils ne voyaient pas suffisamment de progrès «par manque d’une politique claire qui soutienne l’économie paysanne». «Le gouvernement reste attaché à un modèle agraire qui encourage la monopolisation des ressources, l’extractivisme et l’agroalimentaire», ajoutant qu ‘»il n’existe aucun mécanisme permettant de distribuer 500 000 hectares dans le plan de distribution des terres». Ils ont également dénoncé le fait que les cultures illicites continuent d’être fumigées au glyphosate.


L’Etat est responsable


María José Venancio a déclaré avoir reçu des informations faisant état de plus de 400 assassinats de défenseurs de territoires depuis la signature des accords de paix et que 300 anciens membres des FARC étaient toujours en détention.


«Il n’ya pas d’excuses : l’État est le principal responsable des crimes et des violations des droits de l’homme après la signature des accords de paix. Nous demandons à l’État colombien de mener une enquête pour connaître la vérité sur les meurtres de combattants sociaux. Avec ce nombre de morts, il est évident que l’État ou les agences de surveillance créées ne fonctionnent pas «, a déclaré Venancio. Et il a conclu : «L’accord doit être respecté, non seulement en tant qu’instrument de paix pour la Colombie, mais pour toute l’humanité.»


«Nous sommes convaincus que la paix est un besoin fondamental dans la région et dans le monde. Comme le dit la Déclaration des droits des paysans, la justice sociale est très difficile sans une réforme agraire garantissant l’accès à la terre. J’espère que l’État colombien reconnaît la justice sociale et la réforme agraire comme des impératifs pour parvenir à la paix «, a ajouté Diego Montón.

Couverte spéciale de Radio Mundo Real

Vidéo en espagnol : http://www.albatv.org/No-tenemos-confianza-de-que-el.html

http://www.albatv.org/No-tenemos-confianza-de-que-el.html

Un concert pour la Colombie

par Alfredo Serrano Mancilla | 26 février 2019

Commençons par le début et sans détour. Selon la Commission européenne, sur la base de son propre index (préparé par le Comité permanent inter institutions du groupe de référence sur les risques, les premiers avertissements et l’état de préparation, INFORM), la Colombie est le pays d’Amérique latine où le risque de crise humanitaire est le plus élevé devant le Guatemala, le Mexique, le Honduras et, bien sûr, le Venezuela.

Un enfant pauvre en Colombie devrait attendre 330 ans en moyenne pour ne plus l’être, selon un rapport de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE). Il faut attendre le passage de 11 générations.

Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), un enfant colombien sur dix souffre de malnutrition chronique. Un rapport du Département administratif national des statistiques (DANE) indique qu’entre 2012 et 2016, 1 562 enfants sont morts de malnutrition sur l’ensemble du territoire national. Toujours selon l’Unicef, un enfant sur trois vit dans des conditions de pauvreté multidimensionnelle et la moitié des enfants de moins de deux ans vivent dans des conditions de promiscuité critique.

La Colombie se classe au troisième rang, parmi 175 pays, avec le taux d’homicides d’enfants le plus élevé au monde, selon le dernier rapport de l’ONG internationale Save the Children pour les années 2015-2017.

Au cours des 11 derniers mois, 162 défenseurs des droits humains et dirigeants sociaux de 99 municipalités du pays ont été assassinés, selon les données du bureau du médiateur colombien.

Selon le dernier rapport de Transparency International, la Colombie a aggravé son indice de Perception de la Corruption, qui se situe déjà à la 99ème position sur 180 pays analysés. La corruption en Colombie coûte 18,4 milliards de dollars par an, selon le Bureau du contrôleur général de l’État ; ce qui équivaut à plus de 5% du PIB, ou 15% du budget national.

En Colombie, les attaques contre les journalistes ont augmenté de 89% entre 2015 et 2018, selon la Fondation pour la liberté de la presse. En fait, la Colombie fait partie (avec le Mexique et le Brésil) des 14 principaux pays du monde où les assassins de journalistes ne sont pas punis par les tribunaux, selon l’indice mondial d’impunité établi par le Comité pour la protection des journalistes.

La Colombie continue d’être le pays qui compte le plus grand nombre de personnes déplacées dans le monde, avec 7,7 millions de personnes en 2017, selon une étude publiée par le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Sur le plan économique, le poids de l’activité industrielle en Colombie est passé de 25 à 12% du PIB entre 1970 et 2016, selon les chiffres de la Banque centrale de Colombie. Au contraire, le secteur bancaire a pris du poids au cours des dernières années et ses actifs ont atteint 48% du PIB (23% en 1990). 55% des travailleurs gagnent moins que le salaire minimum.

Le Groupe d’Action Financière International (GAFI) met en garde contre une situation très problématique en Colombie. Dans son dernier rapport, il est indiqué que «les systèmes et outils de lutte contre le blanchiment de capitaux et contre le financement du terrorisme ne sont pas tout à fait conformes à l’approche fondée sur les risques et qu’il existe d’importantes lacunes dans le contrôle des activités». Ce rapport détermine que la Colombie a ignoré la réalité de la quantité totale d’argent blanchi dans le pays. Une étude de la Banque mondiale a estimé que le volume des actifs blanchis dans l’économie colombienne représente 7,5% du PIB.

Pour sa part, dans le domaine démocratique, la Colombie est le pays de la région où le taux de participation électorale est le plus faible de toute l’Amérique latine. Entre 1994 et 2018, le nombre moyen d’abstentions pour les nominations présidentielles était de 54,21%. Deux données supplémentaires confirment cette faiblesse du système démocratique colombien : a) lors du référendum sur les accords de paix, le taux d’abstention était de 62,57% et b) le référendum populaire anti-corruption organisé en 2018 avait un taux d’abstention de 67,96%.


Pour toutes ces raisons et bien d’autres, Monsieur Ivan Duque Márquez, Président de la République de Colombie, je vous propose de convoquer le groupe De Lima pour tenter d’obtenir de l’aide pour votre pays qui, apparemment, en a besoin selon plusieurs organisations internationales. Je vous suggère de vous adresser aux Nations Unies ou, si vous préférez, à l’Organisation des États américains (OEA) pour trouver le soutien approprié pour votre pays. Et si rien de tout cela ne vous intéresse, vous pourrez toujours organiser un concert.

Alfredo Serrano Mancilla est titulaire d’un doctorat en économie de l’Université autonome de Barcelone (UAB), en Espagne. Il a effectué des séjours pré doctoraux à Modène et à Bologne (Italie) et au Québec (Canada) et a été boursier postdoctoral à l’Université Laval (Québec, Canada). Il est spécialiste de l’économie publique, du développement et de l’économie mondiale. Il travaille comme professeur de troisième cycle et doctorat dans des universités internationales. Auteur d’ouvrages comme América Latina en disputa, El pensamiento económico de Hugo Chávez, ¡A Redistribuir! Ecuador para Todos y Ahora es Cuándo Carajo. Chroniqueur invité du quotidien argentin Página 12, La Jornada, Público, Russia Today. Directeur exécutif actuel du Centre stratégique géopolitique latino-américain (CELAG).

Article publié par : le Centre Stratégique Latino-américain de Géopolitique
Centro Estratégico Latinoamericano de Geopolítica (CELAG)

Traduction FAL 33

Colombie: Dans l’Antioquia 121 des 125 municipalités signalent une présence paramilitaire

Publié le Mercredi 13 Décembre 2017

Rapport: Présence de Groupes Paramilitaires et quelques de leurs dynamiques en Antioquia.

Quatre cas d’étude:

Dans l’Antioquia, la réorganisation paramilitaire a abouti à un nombre important de structures. Certaines ont émergé ces dernières années et d’autres se maintiennent depuis les années 90 avec quelques variations, comme c’est le cas de le «Oficina del Valle de Aburra» (OVA), anciennement connue comme la «Oficina de Envigado».

Dans l’étude, nous interpelle la récente expansion des groupes de «Valle de Aburra» vers les zones rurales en coordination avec  les forces d’autodéfenses gaitanistes de Colombie (Alliance Criminelle du Nord – ACN). Cette présence paramilitaires et ces alliances entrainent de graves violations des droits humains.

Ce rapport a comme période d’étude 2016-2017 (Octobre) et aborde trois axes: la présence des groupes paramilitaires opérant sur les territoires de l’Antioquia; les dynamiques économiques, principalement illégales et les dynamiques socio-territoriales qui démontrent le contrôle de la population et les menaces contre le travail des leaders ainsi que les défenseurs des droits humains.

Les sous-régions analysées sont: le Nord-est, le Nord, l’Uraba et la vallée d’Aburra du fait de la forte persécution du travail des défenseurs et des leaders.

Dans le département 96% (121) des municipalités signalent une présence paramilitaire. Quant aux dynamiques sociales et territoriales, 124 des 125 municipalités signalent des homicides (3 521) et 121 déplacement forcés (15 574 victimes). Ce qui rend compte de la dynamique armée et de son effet sur la vie des communautés.

En ce qui concerne les dynamiques économiques, les extorsions continues, le monopole sur le panier familial (Medellín), le micro-trafic , qui a augmenté dans les zones après le départ des FARC-EP, l’exploitation sexuelle-commerciale, sont entre autres les activités les plus rentables pour les structures paramilitaires.

Dans les dynamiques sociales, persistent le recrutement forcé, les menaces envers les paysans qui de nos jours désirent bénéficier du programme de substitution des cultures, les agressions envers les processus organisatifs, qui aujourd’hui parviennent à enregistrer plus de 29 homicides, 110 menaces individuelles et 21 menaces collectives. A ceci s’ajoutent les pratiquent disciplinaires sociales et le positionnement d’un programme communautaire qui légitime l’action paramilitaire.

En tant que plateforme des droits humains, la Coordination Colombie Europe États-Unis  – Nodo Antioquia, appelle l’État colombien à démanteler immédiatement les structures paramilitaires, sans quoi  il est  impossible d’avancer dans l’accomplissement des accords  convenus à La Havane et de construire une paix territoriale. Il est nécessaire que les espaces institutionnels créés à cette effet aient non seulement des ressources, mais aussi la volonté sans restriction des institutions de réaliser des progrès en la matière.  De-même, il est nécessaire que l’État avance dans les enquêtes  et les sanctions à l’encontre des agents de l’État qui continuent d’agir avec les groupes paramilitaires en défaveur de la population.

Il faut que l’État adopte toutes les mesures nécessaires pour protéger les défenseurs des droits humains qui se trouvent en péril. Comme l’averti le bureau de la «Defensoria del Pueblo» dans son rapport sur les risques concernant les organisations et les processus sociaux en Colombie, il est urgent d’adopter des mesures affirmatives qui garantissent la vie des leaders sociaux et leur droit à participer à la construction démocratique du pays. Il est fondamental que le Gouvernement dispose de mesures spéciales pour protéger la vie des ex combattants des FARC-EP.

Source :http://www.cjlibertad.org/publicaciones/105-informes/1263-en-antioquia-121-de-los-125-municipios-tiene-presencia-paramilitar-informe.html

Traduction: FAL33

Le narco-Etat colombien et sa guerre économique contre le Venezuela

Par María Fernando Barreto

En direct de la frontière Venezuela-Colombie

Combien des plus magnifiques récits de la littérature universelle commencent à la croisée des frontières… Avec le temps, les frontières ont condensé les conflits sociaux, la complexité politique et une hybridité culturelle qui les rend fascinantes. Mais passer en ce moment la frontière qui sépare le Venezuela et la Colombie en emportant dans son sac à dos une certaine conscience de l’Histoire implique, en outre, de trouver un orifice par lequel on observe deux guerres : la guerre contre la Révolution Bolivarienne et la guerre de l’Etat colombien contre son propre peuple.

Une première image de la Colombie de cette époque s’est présentée à moi dès que j’ai passé le pont : les vigiles privés qui surveillent les bureaux de migration et traitent les citoyens avec la même arrogance qu’une police nationale. Ces organismes de surveillance privée prolifèrent maintenant en Colombie comme de véritables corps para-policiers. Les groupes paramilitaires semblent s’être fondus dans l’Etat même, les tueurs à gages contrôlent les villages, un silence qui ressemble à de la peur prédomine et la pauvreté de la campagne contraste avec une augmentation des centres commerciaux et des espaces publics enluminés qui aveuglent dans les villes. Il n’y a pas de paix en Colombie, seulement un changement dans la façon de faire la guerre.

Où sont à présent les groupes paramilitaires les plus « organisés » qu’on voyait dans les villes de Colombie ? Ai-je demandé à une camarade qui vit dans l’un des villages autrefois contrôlé par le « Cartel de Cali ».

Alors, les plus durs ont émigré au Venezuela, m’a-t-elle répondu. Là, ce qui reste, c’est un tas de tueurs à gages.

J’ai du mal à l’avaler. En Colombie, même le trafic de drogues a perdu sa souveraineté. D’autres questions inquiètes interrompent mes réflexions.

  • Est-il vrai qu’au Venezuela, on mange des cafards pour survivre ? Est-il vrai que Maduro est un dictateur?
  • Alors, moi, je fais attention pour ne pas grossir – réponds-je ironiquement. Où as-tu entendu ça sur le Venezuela ?
  • Sur RCN, sur Caracol (médias privés, hégémoniques en Colombie, NdT)… partout.
  • Et as-tu entendu sur RCN, sur Caracol, qu’on a tué plus de 187 dirigeants populaires en Colombie cette année ?
  • Non…
  • Et voilà : c’est parce qu’ils mentent sur le Venezuela de la même façon qu’ils mentent sur ce qui se passe en Colombie
  • Ah ! Et pourquoi tant de Vénézuéliens passent-ils la frontière tous les jours ? Pourquoi y a-t-il des gens du Venezuela qui demandent de l’argent dans les rues de Bucaramanga?

Je réponds aux questions de mon interlocutrice par une analyse des chiffres que donne le Gouvernement colombien lui-même et bien qu’elle soit satisfaite, je reste pensive. Où il y a une frontière, il y a de la contrebande, où il y a des contrôles, il y a des affaires parallèles mais avec le Nord de Santander, il y a tout ça et bien plus. Il y a une véritable économie parallèle, il y a une para-politique et évidemment, il y a des paramilitaires.

La seconde image est celle que dessine cette économie parallèle qui se développe à Cúcuta: à seulement 200 mètres. Du pont qui marque la frontière, on voit plusieurs pâtés de bureaux de change qui se consacrent exclusivement à l’achat et à la vente de bolivars et où il est très facile d’obtenir des billets vénézuéliens de 100, 500 et 1000 bolivars.-

  • Combien vous achetez le bolivar ?
  • 5 et demi.
  • Combien vous le vendez ?
  • 6 et demi.
  • Vendez-le moi à moi, mademoiselle, je l’achète à 8 !

Décontenancée, j’essaie de trouver la réponse et un million de bolivars en billets de 1 000 est remis sous mon nez. J’insiste.

  • Mademoiselle, pardon, il m’explique qu’il veut dire 5 et demi.

La réponse a dépassé la réalité :

  • 5 et demi, c’est 0.055 centimes de peso.

Je cligne des yeux, je réfléchis. Alors que la semaine dernière, à la Banque de la République de Colombie, 1 bolivar tournait autour de 300 pesos, à Cúcuta, 1 peso vaut environ 18 bolivars!

C’est que Juan Manuel Santos, le prix Nobel, est un spécialiste dans les offres d’actions pour la paix qu’il ne réalise pas ensuite. Il l’a fait avec les FARC-EP, il l’a fait avec le Gouvernement vénézuélien. Face à la crise économique qui s’est déchaînée au Nord de Santander quand, en 2015, le président Maduro a pris la décision souveraine de fermer la frontière monsieur Santos a offert de demander une abrogation de la résolution 8 de 2000 de la Banque de la République de Colombie qui permet à la main sale et criminelle du marché de réguler – selon le mythe de la loi de l’offre et de la demande – la valeur du peso colombien par rapport au bolivar sans passer par la Banque Centrale du Venezuela et, mieux encore, sans utiliser aucun paramètre économique.

Le président colombien n’a rien fait, cette résolution qui n’est rien d’autre qu’une version colombienne du « laissez faire » c’est à dire « faites ce que vous voulez », dans ce cas, avec la monnaie du pays voisin, reste en vigueur.

Il y a plus d’un an, j’ai écrit un article pour expliquer de la façon la plus didactique possible comment opère l’économie parallèle que ces agents de change soutiennent. Peu de choses ont changé depuis lors. Selon la CEPAL, il n’y a pas d’explication économique à ce dollar parallèle ni au prix qu’on donne du bolivar à Cúcuta, ce n’est pas non plus Dolar Today qui fixe le prix du bolivar à Cúcuta mais c’est ce prix qui définit la valeur du dollar parallèle au Venezuela. Mais l’Etat colombien ne va pas abroger volontairement cette résolution parce qu’elle lui permet :

  • D’être à l’avant-garde de la guerre économique contre le Venezuela. Un rôle qui lui a été assigné depuis ce qui est encore (pour l’instant) l’épicentre du capitalisme mondial.
  • De faire des bénéfices exorbitants sur la contrebande d’extraction d’aliments, de combustible et de ressources minières en provenance du Venezuela. Ce sont les mafias liées à ces secteurs qui en profitent essentiellement, certaines transnationales et Ecopetrol. Des produits qu’une série de décrets a essayé de légaliser en Colombie, d’intégrer au PIB et générer ainsi des sources de « travail » dans les villes frontalières.
  • Et enfin, mais c’est moins important, cette résolution lui permet de « légitimer » des capitaux, c’est à dire de blanchir l’argent provenant du commerce de la drogue qui, selon le dernier rapport de la DEA, a augmenté de plus de 30% l’année dernière en Colombie.

Le Gouvernement vénézuélien a pris de nombreuses mesures pour essayer d’amortir les effets de cette guerre économique. Mais la vérité est que tant que cette résolution n’est pas abrogée, les efforts vénézuéliens seront vains. Santos lui-même, son personnel, les économistes vénézuéliens de droite et les économistes vénézuéliens de gauche assez « égarés » à mon goût rendent les contrôles responsables de l’existence de cette économie parallèle et nous proposent de libérer le dollar pour que la « main invisible » (et sainte?) du marché régule la valeur des devises que l’Etat vénézuélien produit à 95% grâce à l’exportation du pétrole et non grâce aux entreprises privées.

Il serait un peu plus cohérent de dénoncer, par exemple, les dégâts que cause cette résolution de la Banque de la République de Colombie à l’économie vénézuélienne devant les organismes internationaux, d’exiger son abrogation immédiate et une réparation économique pour le Venezuela. Mais là, apparaissent de nouveau ceux qui défendent l’assassin : s’il y a contrebande d’extraction, c’est parce qu’il y a des subventions, s’il y a le dollar parallèle, c’est parce qu’il y a un contrôle des changes et si on te viole, c’est parce que tu sors dans la rue habillée d’une façon très provocante. Certainement, il faut admettre, par exemple, qu’il manque une certaine sorte de devise – ce ne doit pas être le dollar – qui permette le commerce légal entre la Colombie et le Venezuela. Mais il est indubitable que le Gouvernement vénézuélien a le droit et le devoir de protéger ses devises et ses biens et d’envisager un modèle économique différent du modèle colombien, excluant et violent.

Cependant, le Venezuela n’est pas une île, il est à côté de l’un des pays d’Amérique où les inégalités sont les plus fortes et qui est le plus important producteur et exportateur de cocaïne au monde. Le narco-Etat colombien assassine, exploite et contrôle son propre peuple grâce à de multiples appareils légaux (comme les entreprises de la communication) et illégaux (comme la drogue dont la consommation est visiblement plus importante de jour en jour), réprime la protestation du peuple grâce à des corps de sécurité aussi sanguinaires que l’ESMAD et se renforce grâce à des corps de sécurité privés, des armées paramilitaires et des tueurs à gages. Il signe des accords de paix qu’il ne respecte pas, laisse totalement impunis les assassinats de ceux qui osent penser différemment, privatise les services de base et instaure la flexibilisation du travail. Mais il réussit à convaincre une bonne partie de son peuple que ce n’est pas là mais à côté qu’il y a une dictature.

La Colombie n’a pas la souveraineté pour se soulever, elle a le statut de pays hôte des Etats-Unis pour être la protagoniste de la guerre économique et de l’invasion paramilitaire du Venezuela.

Évidemment, les processus historiques ne sont pas des contes de fées. La volonté ne suffit pas pour que la décision souveraine du Venezuela se réalise dans ce contexte géopolitique. La République Bolivarienne du Venezuela pourra seule construire sa réalité concrète sans jamais perdre de vue les objectifs du projet bolivarien que nous construisons selon les orientations du Commandant Chávez, c’est à dire sans faire de concessions stratégiques. Mais il est évident aussi qu’en matière économique, des mesures qui l’obligeront stratégiquement à entrer dans le jeu du marché international sont urgentes.

Il faut attendre que cela se fasse en prenant soin de ne pas être dévoré ni entraîné par leur inertie. Une tâche politique et économique difficile et complexe pour le Gouvernement vénézuélien mais une tâche impérative au début de cette nouvelle année. Il est vital de trouver des mesures économiques unilatérales qui permettent de résoudre le problème que ces bureaux de change causent au pays. On a pour cela le soutien des pouvoirs hégémoniques émergents comme contrepoids pouvant être utilisés en notre faveur, non comme de nouveaux modèles à imiter. Le Venezuela ne doit pas se rendre et la gauche vénézuélienne ne peut pas non plus être paralysée par des purismes anti-dialectiques abstraits et idéalistes. En 2018, il faudra prendre des mesures très différentes en matière d’économie et de finances et, certainement, « le Petro » est un bon indice.

Mais au quotidien, l’homme, la femme, les enfants qui font ou non une révolution foulent la terre. Ils traversent des fleuves et passent des frontières. Ils vont et viennent de San Antonio del Táchira à Cúcuta ou de n’importe lequel des dizaines de villages de cette frontière vivante sur laquelle s’étend un front de guerre économique contre la Révolution Bolivarienne. C’est ça, le terrain des grandes décisions. C’est là que le Gouvernement vénézuélien doit récupérer sa capacité à gouverner.

Enfin, cette fois du point de vue du temps, entre l’année qui s’achève et l’année qui débute, je me demande : nous, les principales victimes du narco-État colombien subordonné aux États-Unis, nous sommes 2 – d’un côté le peuple colombien qui résiste et de l’autre, le peuple et le Gouvernement du Venezuela qui luttent pour construire leur propre projet historique – qu’attendons-nous pour nous unir plus ?

Source: https://venezuelainfos.wordpress.com/2018/01/02/le-narco-etat-colombien-et-sa-guerre-economique-contre-le-venezuela/

Trois leaders paysans assassinés en Colombie en moins de 24 heures

Colombie, le 17 Décembre 2017

En 24 heures, trois leaders paysans ont été assassinés en Colombie dans les zones de Magdalena, Córdoba et Cauca.

Le leader paysan et membre de «las Mesas de victimas de Pivijay», José Rafael De la Hoz Villa, a été retrouvé sans vie dans une ferme près de la commune de Las Canoas, dans le département de Magdalena en Colombie.

Il a probablement été attaqué avec une machette par un groupe d’inconnus dans la nuit du vendredi, après avoir tenu une réunion avec le groupe des «Mesas de Victimas».

Le cadavre, retrouvé par un groupe de paysans de la zone, présentait de multiples blessures par arme blanche (machette). Selon la déclaration de ses proches, De la Hoz Villa a été intercepté quand il se dirigeait à son domicile situé vers Las Canoas à bord de sa moto.

Alexander Padilla Cruz (Córdoba) et Marcial Castillo en Sucre (Cauca), d’autres leaders sociaux colombiens, ont aussi été assassinés.

La Coordinatrice Nationale des Cultivateurs de Coca, Ampola et Marihuana (COCCAM), a dénoncé à travers son compte officiel Twitter (@COCCAMColombia), que l’assassinat de Padilla, a été perpétré par l’armée.

Elle a également souligné que 20 leaders cultivateurs ont déjà été assassinés au cours de l’année 2017.

Source: http://www.albatv.org/Asesinados-tres-lideres-campesinos.html

Traduction: FAL33

QUE CESSENT LES ATTAQUES CONTRE LA POPULATION CIVILE

Publié le 8 décembre 2017

Diffusion du premier rapport au sujet de la situation des droits humains après cinquante jours de cessez-le-feu bilatéral temporaire entre le gouvernement colombien et l’Armée de Libération Nationale (ELN). Ce bilan a été élaboré par un regroupement d’organisations sociales de surveillance du cesser le feu. Nous publions ici un résumé de la version complète (cf lien).

Le 4 septembre dernier, le gouvernement colombien et l’ELN ont convenu d’un cessez-le-feu bilatéral temporaire national (CFBTN), dans le but de réduire “l’intensité du conflit armé” et d’améliorer la situation humanitaire de la population civile.

Nous constatons et mettons en avant que durant les cinquante premiers jours du CFBTN l’intensité du conflit armé a diminué, car aucune confrontation armée entre les forces armées de l’Etat et la guérilla de l’ELN n’a eu lieu. Cependant, un des objectifs premier du CFBTN, à savoir améliorer la situation humanitaire de la population civile, n’a pas été atteint. Ceci est démontré par les faits expliqués ci-dessous.

Le rapport complet contient des graphiques et des études de cas particuliers comme le massacre perpétré par des agents de la police nationale dans la municipalité de Tumaco, département de Nariño. Dans le cadre d’une manifestation contre le processus d’éradication forcée menée par le gouvernement colombien, au moins 7 paysans et autochtones ont été assassinés et plus de cinquante personnes blessées. Un autre cas est celui de l’assassinat du gouverneur autochtone Aulio Isaramá Forastero dans le département du Cauca qui a généré une crise humanitaire dans cette zone du pays. Le fait a été reconnu publiquement par l’ELN qui a présenté des excuses aux proches.

“Que cesse les attaques contre la population civile” est la principale exigence du mouvement social

Entre le 1er octobre et le 20 novembre, un total de 299 victimes a été dénombré. Sur ces 299, on compte 45 homicides, 96 blessé·es, 35 individus victimes de menaces et 25 menaces collectives. Sur les 45 homicides, on compte 5 évènements au cours desquels 11 ex-combattants de la -EP sont morts dont 6 lors d’un massacre. Entre le 14 avril 2017 et le 11 novembre 2017, 31 membres des -EP et 12 de leurs proches ont été assassinés dans le cadre du processus de paix. Sur les 45 homicides, 3 massacres ont fait 16 victimes. 9 de ces homicides ont eu lieu dans le cadre de manifestations. Durant le CFBTN entre l’ELN et le gouvernement, plus de 129 personnes ont été victimes d’agression lors de manifestations. Selon les organisations sociales, ce chiffre inclus 90 blessé·es, 9 homicides et 14 individus menacés. Les informations mentionnées dans le rapport précisent que les responsables sont les agents de l’Etat dans 73 % des cas, des auteurs inconnus dans 17 %, des paramilitaires dans 8 % et l’ELN dans 1 % des cas.

Les actes perpétrées par les paramilitaires constituent le principale défi à l’atteinte des objectifs du cesser le feu. S’il existe une grande quantité de cas dans lesquels on ne peut identifier les auteurs matériels des faits, on peut supposer qu’ils pourraient être associés aux paramilitaires de par la modalité d’action ou parce ce que les victimes avait précédemment reçues des menaces d’un de ces groupes.

Au cours de la période étudiée, 84 cas de personnes privées de la liberté victimes de traitements cruels inhumains ou dégradants et de menaces ont été documentés. 2978 des 3774 prisonnier·es politiques membres des -EP ont été libérés. On note une inquiétante augmentation des agressions contre les prisonnier.es politiques, spécialement de l’Armée de Libération Nationale- ELN- provoquée par l’augmentation des représailles contre eux et elles.
Traitement violent contre la contestation sociale durant les cinquante premiers jours de CFBTN

Du 1er octobre au 20 novembre 2017, période d’analyse de ce rapport plusieurs journées de mobilisation et manifestations ont eut lieu en Colombie: journées d’indignation, Minga pour la vie et journées de grève nationale contre les politiques de substitution de culture illicite (coca), entre autres. Les personnes présentes dans les manifestations sont issues des peuples autochtones, afro-descendants, communauté paysannes, habitant·es des villes, en raisons des revendications et problématiques sociales propres à chacun de ces secteurs.

Le gouvernement national a opté pour un traitement cohérent avec celui qui a été historiquement donné aux manifestations : stigmatisation, intimidation, usage disproportionné de la force policière et usage des forces militaires. Des dénonciations ont été documentées dans les départements de Nariño, Cauca, Caldas, Huila, Catatumbo – Norte de Santander, Arauca, entre autres. Ces dénonciations font Etat d’abus des forces de l’ordre, d’usage d’arme non conventionnelles, stigmatisation, persécution aux manifestant·es et de non-respect des accords convenus par le gouvernement auprès des communautés locales.

Quelques conclusions issues du rapport :

L’Etat colombien continue à ne pas respecter sa décision de protéger les leaders sociaux et défenseur·es des droits humains ;
Durant le CFBTN, de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire ont eu lieu de la part des forces publiques et de groupes paramilitaires sur les territoires paysans et autochtones ;
La réponse répressive de l’Etat à l’encontre de la contestation sociale durant cette période est contraire à la volonté exprimée par le gouvernement colombien ;
Il n’existe aucune politique ni mesure concrète pour lutter contre les groupes paramilitaires ;
La situation humanitaire dramatique dans les prisons et les traitements inhumains et dégradants envers la population privée de liberté persistent ;
Le gouvernement continue à ne pas respecter la mise en place des accords signés avec les -EP.

Quelques recommandations :

Les parties concernées doivent appliquer les principes du droit international humanitaire, en particulier celui de la protection de la population civile et éviter toute forme de stigmatisation et d’attaque envers elle ;
L’Etat colombien doit mettre en place les moyens et politiques nécessaires pour une protection réelle et effective et fournir des garanties à l’exercice de la contestation sociale et de l’opposition politique ;
L’Etat colombien doit se conformer à ce qui a été convenu dans l’accord au sujet de la fin du conflit armé avec les -EP, en particulier les garanties et la lutte contre les groupes paramilitaires ;
L’Etat doit assumer la responsabilité des actions des ses agents dans le cadre des violations des droits humains et des infractions au droit international humanitaire ;
L’Etat colombien se doit de respecter le fait de consulter les communautés paysannes, noires et autochtones dans le cadre de la politique des cultures illicites ainsi que les autres sujets les concernant ;
L’Etat doit adopter des mesures urgentes face à la dramatique situation humanitaire dans les prisons.

Organisations signataires du rapport :

Mesa Social para La Paz; Paz Completa; Redepaz ; Central Unitaria de los Trabajadores (CUT); Cumbre Agraria, Campesina, étnica y popular; Coordinación Colombia Europa Estados Unidos; Somos Defensores ; Movimiento Nacional de Crímenes de Estado – Movice; Organización Nacional Indígena de Colombia (ONIC) ; Proceso de Comunidades Negras (PCN); Marcha patriótica; Congreso de Los Pueblos;Red de Hermandad y Solidaridad con Colombia (RedHer); Indepaz ; Coordinador Nacional Agrario (CNA); Coordinación de Movimientos Sociales de Colombia (Comosoc) ; Mesa Ecuménica.
Iglesia Presbiteriana de Colombia; Fundación Comité de Solidaridad Con Presos políticos; Asociación Minga; Humanidad Vigente ; Corporación Ensayos ; Comisión de Justicia, Paz e Integridad de la Creación de los Misioneros Claretianos; Confluencia de Mujeres para la Acción Pública ; Casa de la Mujer ; Movimiento Social Discapacidad Colombia (Mosodic); Instituto Nacional Sindical (INS);
Federación Unitaria de Trabajadores Mineros, Energéticos, Metalúrgicos, Químicos y de Industrias Similares de Colombia (Funtraenergética); Sindicato de Trabajadores y Empleados Universitarios de Colombia (Sintraunicol) ;Censat Agua Viva ; Red de Universidades por la Paz (Red Unipaz); Instituto de Investigación Acción en Procesos Educativos y Sociales “Orlando Fals Borda (Iapes – OFB); Teusaquillo Territorio de Paz ; Paz a la calle ; Fundación Juan Manuel Bermúdez nieto ; Jaime Gutiérrez Ospina ; Asociación de juntas de Acción Comunal del Corregimiento Serranía del Alto Nudo ; Proceso Casa Libelulosa; Avanza Colombia; Asociación Mujeres del Oriente Amar; Corporación Ágora ; Corpades; Análisis urbano ; ABC Paz ;Punto de Encuentro por la Paz y la Democracia ;Comité de Integración del Macizo Colombiano (CIMA) ; Comité de Integración Social del Catatumbo (CISCA) ; Comisión de Interlocución del Sur de Bolívar, Centro y Sur del Cesar ; Asociación Vivienda Emece ;Funama Huila ; Asociación de campesinos y Comunidades sin Tierra del Cesar ; Sintraime Valledupar; Identidad Estudiantil Valledupar ; Fundación Manos unidas Colombia
Asociación campesinos del Huila ; Corporación Comunal por Colombia ; Asociación de Cabildos Indígenas del Norte de Cauca (ACIN) ; Movimiento Campesino de Cajibío ; Sindicato Único de Trabajadores de la Educación del Valle (Sutev) ; Movimiento Político de Masas del Centro Oriente Colombiano; Red de Lucha contra el Hambre y la Pobreza ; Proceso Nacional de Identidad Estudiantil.
Minga Juvenil Nacional ; Tejido Juvenil Nacional Transformando a la Sociedad (Tejuntas) ; Sindicato Único Nacional de Mototrabajadores (Sunmcol) ; Corporación Claretiana Norman Pérez Bello ; Observatorio de Movimientos Sociales Suroccidente (Omsapt) ; Colectiva Antonieta Mercury ; Colectivo Profes Nuevos 1278 ; Colectivo de la Salud Epitelio ; Rocaso Estudiantil ; Zona Pública ; Fuerza Común ; Movimiento Político Poder y Unidad Popular (PUP) ;  Senador Alberto Castilla – Polo Democrático Alternativo, Corporación Servicios Comunitarios Sembrar.

Source : Mesa Social Lyon

El Nula, chronique de la frontière avec la Colombie

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La frontière avec la Colombie, sur des kilomètres, est un fleuve avec des maisons d’un côté, des cultures, des terrains de football, de petites maisons et souvent seulement des plaines, des arbres, des bois.

Celui qui ne connaît pas ne sait pas qu’il est sur la frontière, que la rive d’en face, juste là, identique à celle-ci, est un autre pays où se trouve une grande partie de ce qu’on ne trouve pas ici. La guerre est là, ici aussi et ce fleuve qui s’écoule en fait partie. On doit apprendre à observer et à écouter. Ce canoë qui passe avec deux personnes : contrebande ou pêche ?

Là, la culture du commerce illégal existe depuis longtemps. Avant, ce n’était pas de la contrebande d’extraction, il ne saignait pas le pays, maintenant, oui. De plus en plus. Et non seulement passe l’essence, le bétail, les aliments du panier de la ménagère, les médicaments, les billets mais ces derniers temps, l’éventail s’est élargi à d’autres secteurs comme le plastique, les verres, les pelles à ordures. Toute méthode est bonne pour les faire passer, comme ceux qui s’enveloppent le corps avec des kilos de viande ou des tablettes d’antibiotiques.

Le différence du change consécutive à l’attaque de la monnaie transforme presque tout objet vénézuélien en une marchandise qui génère de super-bénéfices si elle est vendue de l’autre côté, en Colombie.

70 litres d’essence valent plus qu’un salaire minimum du Venezuela. Un salaire minimum dans une étape d’hyperinflation de guerre ne suffit pas à faire vivre une famille. Ni 2 ni 3 salaires minimum. Faire des heures de queue pour trouver de l’essence n’est pas un problème, c’est une activité qui rapporte en 1 jour plus d’argent qu’en 1 mois dans l’état.

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Toute la zone frontalière avec la Colombie a été attaquée par cette dynamique et la paroisse de San Camilo, dans l’état d’Apure, n’est pas une exception. Ses caractéristiques économiques lui donnent la possibilité de développer sa production : c’est la paroisse la plus productive de l’état en produits laitiers avec une moyenne de 200 000 litres par jour et quelques 25 000 têtes de vaches à lait. Elle a aussi l’agriculture, des étangs poissonneux. Elle pourrait être prospère mais le meilleur bétail s’en va en Colombie, une autre partie dans les états du centre, le lait est acheté par Nestlé et les fromageries privées qui gèrent le marché. Les prix sont élevés à San Camilo.

Les causes de cette situation sont variées et s’entrecroisent. Les producteurs achètent des fournitures – vaccins, produits contre les parasites, etc… – en provenance de Colombie , ce qui fait monter le prix de l’élevage et, en conséquence, par exemple, du lait, avec lequel on fait le fromage. Ils ont besoin, disent-ils, de fournitures bon marché. Celui qui devrait le garantir, c’est l’état, qui pourrait aussi acheter une partie importante de la production de lait. Rien de tout cela n’est nouveau, ils ont fait des essais qui ont été freinés, ils sont restés à mi-chemin. Aujourd’hui, les producteurs sont au milieu de la chaîne et fonctionnent avec des prix de fournitures de frontière en guerre et la vente à des intermédiaires privés qui spéculent et font des bénéfices extraordinaires. Ce sont les contrebandiers et les privés qui y gagnent.

Il ne s’agit pas de les faire passer pour des victimes ni de nier que certains producteurs préfèrent un super-bénéfice en faisant traverser le fleuve à leur bétail. La question qui se pose est envers l’état, les politiques qui se construisent d’ici, la façon d’aborder ce contexte. Aucun producteur n’est intéressé pour vendre à l’état si le paiement, comme d’habitude, tarde des mois alors que les prix augmentent tous les jours, tous, et que Nestlé paie immédiatement. Cela n’est pas nouveau non plus.

Il y a des exemples qui montrent que la volonté politique et la coordination des parties peuvent construire d’autres réalités. Une expérience a été mise en marche à El Nula, centre de San Camilo, où les institutions, le Parti Socialiste Uni du Venezuela, le Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora, les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) et les conseils communaux se coordonnent pour faire des opérations de vente de viande et de poisson aux communautés. Le schéma est le suivant : on garantit les fournitures aux producteurs qui vendent la viande à un prix plus bas et grâce à l’organisation populaire, la viande et le poisson sont vendus directement à la population à 25 000 bolivars le kilo de viande et 15 000 le kilo de poisson. Le dernier jour, il y a eu 93 bêtes et 3 000 kilos de poisson pour 19 CLAP.

EL NULA- ISIDORO C PANORAMIO

L’impact est économique, subjectif et retentit sur l’organisation. C’est une façon d’affronter collectivement une réalité de plus en plus contraire. Le cas d’El Nula est un exemple de la façon dont le quotidien économique prend la forme de batailles quotidiennes : la seule banque du peuple a cessé de fonctionner pendant 2 mois et le pont d’accès principal – sur le fleuve Burgua – s’est effondré le 4 octobre dernier. Cette situation a aggravé les problèmes déjà existants, l’essence est passée à 15 000 bolivars le litre et les billets ont commencé à être revendus avec 60% d’intérêt. Les besoins de la majorité sont devenus des affaires pour quelques-uns. Une logique imposée par la guerre qui se répercute sur l’économie. Dans le cas du pont effondré, on a installé une micro-société sur chaque rive : 2 000 bolivars pour traverser en canoë, 30 000 en camionnette, des points de vente de nourriture, de glaces et les 2 rives transformées en piscine pour les enfants.

Comment se battre contre tout ça ? Les jours de vente de viande et de poisson sont une possibilité. Ils montrent qu’on peut essayer des solutions qui comprennent une action de l’état coordonnée avec des producteurs et des communautés organisées en vue de la cogestion. Sans ce triangle, il est difficile d’imaginer comment desserrer le nœud qui se resserre en même temps que le cadre économique général. Les principales variables s’aiguisent sur la frontière.

La question : que faire concrètement ? est au centre des débats, c’est le premier point de toute conversation. Il ne semble pas possible d’arrêter la contrebande en arrêtant ceux qui amènent un camion d’essence de l’autre côté ou plusieurs kilos de viande enroulés autour de son corps. Il s’agit d’une société frontalière dans un moment de crise, coordonnée en grande partie autour de cette activité économique où, souvent, celui qui n’y est pas mêlé directement a un membre de sa famille qui y est impliqué. L’attaque doit être menée contre les mafias de la contrebande qui déplacent des camions, des troupeaux, des milliers de millions. Et des politiques qui génèrent les conditions économiques pour que la production soit rentable et que la culture soit productive.

C’est facile à écrire mais difficile à faire. En particulier parce que la frontière est plus qu’une frontière, il y a une architecture organisée pour renforcer ce cadre. Des bureaux de change colombiens à la politique du Gouvernement de Colombie qui laisse passer toute la contrebande. La situation des paroisses frontalières comme San Camilo peut être résolue par des réponses développées par la volonté des forces locales mais a besoin de réponses nationales, structurelles. Parce que le problème de la frontière est l’épicentre de la guerre vers laquelle on nous a amenés. Par là, ils veulent mettre le bolivar à genoux, organiser des pénuries dans le pays, faire entrer une armée illégale sous commandement nord-américain.

Nous sommes dans une guerre où souvent les généraux ennemis sa cachent, sont invisibles. En particulier quand le champ de bataille est un fleuve qui sépare deux rives identiques, avec des plaines, des maisons et des canoës qui passent. C’est un conflit avec une stratégie lâche que nous devons nommer, expliquer, acculer dans le domaine économique comme dans le domaine politique. La réalité matérielle, avec toutes les conséquences qu’elle amène, le demande.

Marco Teruggi

Source: https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/11/16/el-nula-cronica-de-la-frontera-con-colombia/

Traduction: Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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Colombie: Un rapport révèle le rôle des acteurs économiques et étatiques dans l’augmentation des menaces envers les défenseurs du droit à la terre et à l’environnement

Paris-Genève-Bogotá, le 5 octobre, 2017 – L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme (FIDH-OMCT) et le Colectivo de Abogados José Alvear Restrepo (CAJAR) publient aujourd’hui un rapport qui alerte le public sur un phénomène encore peu analysé : le rôle joué par les acteurs économiques dans l’accroissement de la vulnérabilité des personnes et groupes qui défendent le droit à  la terre et à l’environnement, et en particulier la captation de l’État par les acteurs économiques, qui menace la sécurité, la tranquillité et la vie de ces défenseurs.

Dans un contexte de post-conflit où de nombreuses organisations ont alerté sur l’augmentation des attaques contre les personnes et des groupes de défenseurs du droit à la terre et à l’environnement qui opèrent dans le secteur extractif, le rapport “Défendre la terre et l’environnement dans le cadre des activités des entreprises extractives” décrit, au travers de trois cas emblématiques, la relation entre État, entreprises et les attaques dont souffrent les défenseurs du droit à la terre et à l’environnement.

L’accumulation des procédures judiciaires, la stigmatisation et les menaces contre les avocats de la Corporación de Abogados Colectivo « Luis Carlos Pérez » (CCALCP), et leur rapport chronologique et circonstanciel avec des étapes clés du travail de dénonciation de l’impact négatif des activités des entreprises sur les droits du peuple autochtone Barí et des différentes communautés rurales de la région de Catatumbo, interrogent sur le rôle des entreprises dans ces attaques. Pour réduire les pressions auxquelles les défenseurs dans ces régions sont confrontés, il apparaît nécessaire d’étudier en particulier le rôle des acteurs économiques dans les zones où sont présents les acteurs armés, afin de comprendre comment les intérêts et actions de ces différents acteurs s’articulent, et pouvoir ainsi prendre des mesures pour prévenir ou remédier à cette situation.

De la même manière, la criminalisation abusive du dirigeant syndical et environnemental Héctor Sánchez Gómez, et du militant universitaire Miller Dussán démontre l’instrumentalisation du droit pénal par des entreprises comme Pacific E&P et EGEMSA, à travers par exemple le dépôt de plaintes disproportionnées et les pressions indues exercées, entre autres, sur les magistrats et les procureurs, dans le but de ralentir ou de déstructurer les actions de ces acteurs à des moments potentiellement porteurs pour la garantie effective des droits humains.

L’asymétrie paradoxale entre d’une part les avancées rapides des procédures judiciaires lancées à l’encontre des défenseurs ; et d’autre part les retards pris dans la conduite des enquêtes déclenchées à l’initiative des défenseurs, de leurs organisations ou des communautés contre des entreprises et l’État suggèrent une certaine connivence ou inaction des acteurs étatiques, y compris du pouvoir judiciaire, au détriment des défenseurs.

Le rapport dénonce également la captation de l’État par les entreprises comme l’illustrent la persécution et les actes de surveillance visant Héctor Sánchez par l’entreprise de sécurité Pacifique E&P et des membres des forces de l’ordre, qui appartiennent parfois aux bataillons miniers et énergétiques financés par les sociétés minières à travers des accords de coopération entre ces entreprises et les forces de l’ordre. Cette situation fait passer les défenseurs des droits humains pour des ennemis qui doivent être réprimés. Le rapport donne également plusieurs exemples de la mobilité entre les secteurs public et privé des postes de direction (phénomène des chaises musicales), et l’identifie comme un facteur de vulnérabilité des défenseurs.

Face à ces constatations, l’Observatoire et le CAJAR apportent un regard constructif sur cette problématique, appelant l’État à identifier les facteurs de vulnérabilité auxquels sont confrontés celles et ceux qui défendent le droit à la terre et à l’environnement, notamment en déterminant le rôle joué par les acteurs économiques, dans le cadre de conflits socio-environnementaux. La multiplicité des causes de la violence que connaissent les régions ne devrait pas être un argument pour diluer la responsabilité des acteurs étatiques et des entreprises face à la situation des défenseurs. Ces recommandations ont pour objectif de mieux lutter contre l’escalade des attaques, dans le but de construire un système démocratique qui reconnaît le travail légitime des défenseurs des droits humains.

   

Ce rapport lance un appel urgent aux différents acteurs afin qu’ils agissent pour protéger celles et ceux qui défendent le droit à la terre et à l’environnement. Nos organisations appellent le gouvernement Colombien à renforcer les mécanismes de protection, qui devraient agir plus efficacement pour prévenir les diverses attaques subies par les défenseurs, et éviter qu’elles ne se traduisent en assassinats. Le rapport invite également les acteurs économiques à reconnaître et à ne pas entraver le travail légitime et essentiel qu’ils font pour assurer le respect des droits humains liés à l’environnement et à la terre en Colombie.

Pour plus d’informations, veuillez contacter:

FIDH: Samuel Hanryon: +33 6 72 28 42 94/ José Carlos Thissen: + 51 95 41 31 650

OMCT: Miguel Martín Zumalacárregui: + 41 22 809 49 39

CAJAR: Angelica Chapano : +57 321 381 97 33

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme (l’Observatoire) est un programme créé en 1997 par l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et la FIDH. Son objectif est d’intervenir pour prévenir ou remédier à des situations concrètes de répression contre les défenseurs et défenseures des droits humains.  La FIDH et l’OMCT sont tous deux membres deProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs des droits de l’Homme mis en œuvre par la société civile internationale.

Publication :

Un autre ex-membre des FARC est assassiné dans le Département d’Antioquia

Colombie | 13 novembre 2017

L’assassinat d’un autre ancien membre des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a été signalé dans la municipalité de Ituango, dans le nord d’Antioquia, des hommes armés lui ont tiré dessus d’une moto.
La victime a été identifiée comme Dalaider de Jesús Vásquez (‘Dala’) appartenant au 18ème Front des Farc. Dala discutait avec d’autres personnes, lorsque des hommes armés qui voyageaient à moto l’ont abattu.
Les quatre personnes qui l’accompagnaient ont été blessées et emmenées à l’hôpital San Juan de Dios.
Les autorités recherchent les responsables qui ont pris la fuite ; un groupe spécial d’enquêteurs ont été chargés de capturer les meurtriers.
Ituango, était jusqu’à très récemment, la plus grande zone d’Antioquia avec 120 guérilleros concentrés, la plupart du Front 18 des FARC.

Source : Agencia Prensa Rural

http://www.albatv.org/Asesinan-a-otro-exintegrante-de.html

Elvia Vargas est assassinée près de la Minga indigène

Colombie | 8 novembre 2017

Au septième jour de mobilisation nationale, dans les zones Caldas et Vallée du Cauca en Colombie, des affrontements avec les forces de sécurité ont eu lieu et on signale un manifestant blessé au front et l’assassinat de Elvia Azucena Vargas à Caldas. À La Delfina, trois indigènes sont portés disparus.

«La force publique a répondu par son action guerrière aux milliers de participants de la Minga Nationale qui réclament l’application des droits des peuples et l’accomplissement des accords de paix», affirment les autorités indigènes.

Ils ont déclaré que les 16 membres des forces de sécurité, qui ont été retenues par la Garde indigène «ont été remis aux maires de Pueblo Rico, Marseille, Carmen del Atrato et Quibdo (e) et au médiateur de Chocó et Risaralda, à la Personería de Pueblo Rico, et au Bureau du Procureur de Risaralda et de l’Église catholique, avec le soutien de MAPP / OEA. »

Gustavo Parra, membre de l’organisation indigène ACIVA, a déclaré que les affrontements se sont prolongés pendant plusieurs heures et que l’opinion publique a été informée de la grave situation comme conséquence de la répression. Selon Parra, «le colonel de l’armée a nié tous les faits, mais nous avons des photos et des douilles des cartouches de fusils quand ils nous ont tiré dessus.»

Assassinat d’Elvia Vargas
Martha Hernández, élue au Conseil des Affaires indigènes de Caldas, a informé que le 2 novembre Elvia Azucena Vargas a été assassiné dans la communauté Portachuelo Momo, à deux heures de la concentration de la Minga. Elle a précisé que les faits faisaient l’objet d’une enquête.

Concernant la mobilisation, elle a indiqué qu’il existe encore des communautés où la présence de l’ESMAD est constante. Cela a été considéré comme une intimidation «qui va à l’encontre de la loi parce qu’ils ne respectent pas la norme établie par la consultation avec les autorités autochtones pour entrer dans les territoires».

Elle a également dit que les hommes en uniformes «se sont installés dans des moulins à sucre et des maisons abandonnés. Mercredi dernier, ils ont lancé des gaz lacrymogènes et les gens ont dû quitter leurs maisons. »

Face au nombre d’indigènes blessés, Hernández a indiqué qu’ils ont reporté 4 personnes blessées dans les affrontements avec l’ESMAD. Elle a souligné que la force publique tire directement sur le visage des gens, ce qui est très inquiétant. La mission médicale, qui est présente 24 heures sur 24, s’est occupée de personnes, il n’a donc pas été nécessaire de déplacer les gens vers des centres médicaux.

Enfin, Hernandez a précisé qu’aucune voiture ou moto n’ont été brûlées dans le cadre de la manifestation. Elle a indiqué que la mobilisation indigène continuera de demander que les autorités nationales mettent en place une table de négociation. En outre, elle a précisé à Caldas, que l’ONIC (Organización Nacional Indígena de Colombia) est toujours « préoccupée par la déclaration du Colonel du service de Police stipulant que si un occupe la voie publique, il sera privé de liberté et mis à la disposition du ministère public. »

Publié par : http://www.albatv.org/Asesinan-a-indigena-Elvia-Vargas.html