Ambassadeur russe à l’ONU : Washington, Londres et Paris vont vers la 3e guerre mondiale

Vassily Nebenzia
L’ambassadeur russe auprès des Nations Unies, Vassily Nebenzia, s’est adressé au Conseil de sécurité le 9 avril 2018, à propos d’une attaque chimique présumée à Douma, dans la banlieue de Damas.
Transcription :
Je vous remercie. Si vous croyez que c’est un plaisir pour moi que de parler de la question qui nous occupe maintenant et de faire une déclaration, vous vous trompez lourdement. Malheureusement, la situation est telle que je vais devoir dire beaucoup de choses aujourd’hui, et il vous incombera de m’écouter. Nous sommes reconnaissants à M. De Mistura [Envoyé spécial du Secrétaire Général de l’ONU pour la Syrie] pour son exposé, ainsi qu’à M. [Thomas] Markran [Directeur et adjoint du Haut Représentant aux affaires de désarmement].
La Fédération russe a exigé que cette réunion se tienne sur les points de l’ordre du jour, qui sont les menaces pour la paix et la sécurité internationales, dans la mesure où nous sommes profondément alarmés par le fait que dans plusieurs capitales, surtout Washington et celles qui la suivent aveuglément, à savoir Londres et Paris, une politique délibérée a été entreprise pour attiser les tensions internationales. Les dirigeants des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France, sans aucune justification et sans se soucier des conséquences, se sont engagés dans une politique de confrontation contre la Russie et la Syrie et incitent d’autres pays à faire de même. Un large arsenal de méthodes est utilisé pour calomnier et insulter : la rhétorique belliciste, le chantage, les sanctions et les menaces d’utiliser la force contre un État souverain.
La Russie est menacée de façon impardonnable. Le ton avec lequel cela est fait a dépassé le seuil de ce qui est acceptable, et n’a pas même été atteint pendant la guerre froide. Une telle grossièreté contre mon pays est quelque chose que vos prédécesseurs n’ont jamais pris la liberté d’entreprendre. Quelle est la prochaine étape ? Nous rappelons une question rhétorique que notre Président a posée depuis l’Assemblée générale des Nations Unies en 2015 à nos partenaires occidentaux, en particulier les Etats-Unis, concernant l’imprudence de leurs expériences géopolitiques au Moyen-Orient. « Comprenez-vous maintenant ce que vous avez fait ? » Mais la question est restée en suspens, sans réponse.
Mais il y a effectivement une réponse : non, vous ne comprenez pas. Tout comme vous n’arrivez pas à comprendre ce que vous faites maintenant. Votre manque de stratégie claire sur toutes les questions est consternant non seulement pour nous, il nous déconcerte non seulement nous, mais également la majorité de ceux qui sont assis ici. Mais ils ont décidé de ne pas vous en parler ouvertement, de vous suivre partout où vous allez, sans tenir compte du fait que partout où vous allez, vous semez le chaos. Vous essayez de pêcher en eaux troubles, mais vous n’attrapez que des poissons mutants. Je vais poser une autre question rhétorique : comprenez-vous le seuil dangereux vers lequel vous amenez le monde ?
L’un des domaines où l’hostilité est la plus marquée est la Syrie. Les terroristes et les extrémistes, soutenus par des sponsors externes, y subissent une défaite. Rappelons que nous parlons des terroristes et des extrémistes que vous avez armés, financés et déployés dans un pays pour renverser un gouvernement légitime. Maintenant, il est clair pourquoi cela provoque l’hystérie parmi ceux qui ont investi leur capital politique dans ces forces obscures.
Récemment, grâce aux efforts déployés par la Russie conformément aux résolutions du Conseil de sécurité, une opération d’envergure a été entreprise pour lever le siège de la Ghouta orientale. Ses résidents, pendant un certain nombre d’années, ont été forcés de supporter l’impudence et la torture des combattants. Plus de 150 000 civils ont été évacués de cette banlieue de Damas, de manière totalement volontaire, avec les conditions de sécurité requises. Des dizaines de milliers d’entre eux ont déjà pu retourner dans les zones libérées et beaucoup ont retrouvé leurs proches. Il n’y a eu aucun changement [ou remplacement de la population] : cette composition dénoncée à cor et à cri par les partisans de l’opposition syrienne n’a pas eu lieu. Ce sont des mensonges.
Avec les dirigeants de ces groupes armés, des négociations difficiles ont eu lieu. En conséquence, beaucoup d’entre eux ont quitté les zones qu’ils occupaient, dans le plein respect des garanties de sécurité. Incidemment, au cours des opérations de transport, plusieurs tentatives ont été entreprises pour mettre en scène des attentats terroristes lorsque des militants ont tenté d’atteindre les bus avec des ceintures explosives. D’autres ont préféré régler leur statut auprès des autorités syriennes. Grâce aux amnisties présidentielles, ils pourront retourner à la vie civile et, par la suite, ils pourront peut-être même entrer dans les forces de sécurité syriennes. Nous parlons de la mise en œuvre d’un principe de l’ONU : la démobilisation, le désarmement et la réintégration.
Cependant, cette dynamique positive n’est pas du goût de certains sponsors étrangers à travers les pays occidentaux, qui sont prêts à faire feu de tout bois pour maintenir un foyer de résistance terroriste à portée de la capitale syrienne, afin que les combattants puissent continuer à terroriser les civils, à saisir leur nourriture et à demander à la communauté internationale de leur fournir une assistance humanitaire. Remarquons qu’ils n’étaient pas prêts à partager leurs médicaments avec les civils, comme l’a montré l’inspection des forteresses abandonnées par les combattants. C’était déjà le cas par le passé à Alep-Est : les hôpitaux improvisés dans les sous-sols étaient pleins de médicaments qui, à la suite de sanctions occidentales, ne parvenaient pas à Damas et aux autres régions contrôlées par le gouvernement.
De plus, de grandes quantités de [mots indistincts] ont été trouvées, ainsi que les corps et les cadavres de personnes qui avaient été soumises à la torture. Nous sommes stupéfaits de l’échelle des tunnels utilisés par les djihadistes. Dans certains d’entre eux, des camionnettes pouvaient circuler librement. Ces installations souterraines étonnantes reliaient les positions de groupes considérés par certains comme modérés, qui étaient tous liés au fief du Front Al-Nosra.
Le 6 avril, le nouveau chef du (groupe terroriste) Jaysh al-Islam, suivant les instructions de ses sponsors, a fait dérailler l’évacuation d’un groupe de combattants de Douma et a repris le tir de roquettes et de mortiers contre les zones résidentielles de Damas. Les tirs ont ciblé [nom indistinct de quatre zones]. Selon les informations officielles, huit personnes sont mortes. 37 civils ont été blessés. Malheureusement, nous n’avons pas vu les déclarations des capitales occidentales condamnant le bombardement d’un quartier historique de Damas. Le lendemain, le 7 avril, des combattants ont accusé les autorités syriennes d’avoir largué des bombes-barils contenant des substances toxiques. En même temps, les concepteurs de ces diversions s’emmêlaient les pinceaux. On parlait tantôt de sarin, tantôt de chlore ou même d’un mélange de gaz toxiques. Basé sur un schéma bien connu, ces rumeurs ont été immédiatement relayées par ceux qui sont financés par des capitalistes occidentaux : je parle des ONGs et des Casques blancs qui œuvrent mensongèrement sous l’habit de professionnels de santé. Et ces rapports ont également été repris et transférés aux médias.
Il nous incombe encore une fois d’affirmer que beaucoup de ces structures douteuses ont une liste claire des adresses électroniques des représentants des membres du Conseil de sécurité, ce qui montre que certains de nos collègues, ayant une conception particulièrement imprudente de leur statut, transmettent des informations sensibles à leurs protégés. Soulignons-le bien, tout le monde devrait se rappeler que les Casques blancs ont mis sur Internet une vidéo montrant les préparatifs d’une prétendue victime d’une attaque présumée perpétrée par l’armée syrienne.
En 2011, le feuilleton chimique a commencé, et on continue à nous le passer en boucle, en prenant soin que chaque nouvel épisode soit plus sensationnel que le précédent. À Washington, à Londres et à Paris, des conclusions immédiates ont été tirées, accusant les autorités syriennes ou, comme ils disent, le régime syrien. Personne ne s’est demandé pourquoi Damas aurait besoin de faire une telle chose. Des injures ont été portées contre la direction syrienne. Cependant, le principal fardeau de la responsabilité a été épinglé sur la Russie et l’Iran. Et je pense que cela n’est plus surprenant pour quiconque à ce stade, mais cette accusation a été portée immédiatement, conformément aux tendances actuelles, sans qu’aucune enquête ne soit menée.
Le 8 avril, les troupes syriennes qui inspectaient Al-Shimona près de Douma ont trouvé une usine artisanale de Jaysh al-Islam qui fabriquait des substances chimiques. Des agents de chlore de fabrication allemande et des équipements spéciaux ont également été découverts. A Istanbul, un journaliste de l’opposition, [nom indistinct], a mis sur sa page Twitter une vidéo montrant prétendument la zone de l’incident, probablement filmée par les Casques blancs. Un individu inconnu y est montré à côté d’une bombe artisanale comportant un produit chimique, et qui aurait frappé la chambre d’un immeuble à Douma. Tout cela était accompagné de commentaires sur une autre attaque chimique du régime contre des civils. Le fait que ce soit une mise en scène ne fait aucun doute. La trajectoire de la bombe présumée est inconcevable. Cette bombe a supposément frappé la maison, perçant un toit, et naturellement, calmement, serait tombée sur un lit en bous, sans même endommager ce lit. Une bombe peut-elle tomber sur un lit en bois sans l’endommager ?! Clairement, elle avait été placée là pendant la préparation de la mise en scène.
Il y a une séquence intéressante d’événements. La provocation chimique à Douma, le samedi 7 avril, a eu lieu immédiatement après que la délégation américaine au Conseil de sécurité a reçu l’ordre de convoquer pour lundi 9 avril des consultations d’experts sur leur projet de résolution sur le mécanisme d’investigation des incidents d’utilisation d’armes chimiques. Le texte initial a aujourd’hui reçu des changements et des révisions de grande envergure.
Dans ces circonstances obscures, nous devons bien sûr aller au fond des choses. Cependant, nous devons le faire de manière honnête, objective et impartiale, sans méconnaître le principe de la présomption d’innocence, et sans préjuger du résultat de l’enquête. Malgré les provocations, les spécialistes russes poursuivent leurs efforts pour résoudre la situation dans la Ghouta orientale.
Dans l’après-midi du dimanche 8 avril, suite à un nouvel accord, l’évacuation des combattants de Jaysh al-Islam a repris. Après la libération de Douma, des spécialistes russes de la protection radiologique, chimique et biologique y ont été envoyés pour recueillir des preuves et des informations. Ils ont prélevé des échantillons de sols qui montrent l’absence de tout agent neurotoxique ou de substances chlore.
Les sections locales ont été interrogées sur la cessation de la résistance aux combattants. Aucun résident local n’a confirmé qu’une attaque chimique avait eu lieu. Dans les hôpitaux locaux, il n’y avait aucun rapport sur les symptômes d’une substance toxique comme le chlore. Les autres installations médicales ne sont pas situées à Douma. Les corps des morts à la suite d’une contamination n’ont pas été trouvés. Le personnel médical et les résidents n’ont aucune information sur leurs zones d’inhumation potentielles. De ce fait, l’utilisation de sarin et/ou de chlore n’est pas confirmée. Incidemment, les représentants du Croissant-Rouge syrien ont réfuté la déclaration qui aurait été faite en leur nom au sujet d’une aide apportée à des victimes de gaz toxiques. J’invite ceux qui vont parler contre moi et calomnier le régime syrien à partir du principe qu’il n’y a pas eu d’attaque chimique.
La Suède a préparé un projet de résolution pour enquêter sur l’incident. En principe, pour mener une enquête, l’OIAC n’a pas besoin de résolution de l’ONU. Cependant, nous sommes disposés à considérer cette résolution. Aujourd’hui, nous proposons que ce que vous envisagez dans votre projet soit fait. Laissons donc l’OIAC, qui, par l’intermédiaire du Directeur général du Secrétariat technique, M. Üzümcü, s’est déclaré prêt à aller au fond des choses, partir dès demain pour Damas. Là, les autorités syriennes et les troupes russes fourniront les conditions nécessaires pour se rendre dans la zone de l’incident allégué afin qu’ils puissent évaluer la situation. Incidemment, c’est ce que le président Trump et d’autres dirigeants occidentaux nous avaient demandé d’entreprendre.
En ce qui concerne la possibilité d’une attaque chimique, les Syriens du Centre russe de réconciliation des parties adverses l’ont évoquée à plusieurs reprises. Il a été déclaré que pour filmer une attaque chimique, et je vais citer leurs propos, « l’équipement nécessaire a déjà été introduit. » Nous avons également fait les déclarations pertinentes au Conseil de sécurité. Vous avez entendu ces avertissements. Vous les avez entendus mais les ignorez délibérément dans la mesure où ils ne correspondent pas aux vues doctrinales de ceux qui cherchent l’élimination du gouvernement légitime d’un nouveau pays arabe.
Pourtant, ce qui n’est pas examiné est le fait qu’un nombre important d’armes chimiques a été découvert en novembre-décembre 2017 sur le territoire syrien qui avait été libéré des terroristes. Sur les sites de stockage d’al-Zakhariya et d’al-Afafir dans la province de Hama, vingt conteneurs d’une tonne chacun ont été découverts. Plus de 50 munitions contenant des produits chimiques toxiques ont été trouvées. À Tal-Adli, dans la province d’Idleb, 24 tonnes de produits chimiques toxiques ont été découvertes et on pense que c’est du chlore. Sur le site de stockage d’Adhamiya, à 30 kilomètres au nord-est de Damas, des munitions de calibre 240 et 160 millimètres ont été trouvées. Des boîtes en plastique contenant des substances et des composés de phosphore ont été trouvées. Dans la région d’Al-Servita, province d’Idlib, un complexe industriel a été trouvé pour la synthèse de diverses substances toxiques. 54 munitions chimiques ont été trouvées avec 44 conteneurs chimiques, et ceux-ci pourraient être utilisés pour la fabrication de substances toxiques.
Depuis le début de cette année, quatre cas ont de combattants utilisant des produits chimiques toxiques contre des positions où les troupes gouvernementales sont situées été signalés, notamment à Shuja et Al-Mesharif. Plus de 100 soldats syriens ont été hospitalisés. Le 3 mars, quand Hazrama et Al-Tars ont été libérés dans la Goutha orientale, les combattants des troupes gouvernementales ont découvert dans un tunnel un site souterrain de fabrication de munitions chimiques artisanales. Et c’est loin d’être une liste complète. Cela souligne les méfaits et les abus de l’opposition irréconciliable. Cependant, envoyer des experts de l’OIAC là-bas pour identifier les preuves n’est pas une chose que nous voyons les gens désireux de faire. Nous demandons à l’OIAC de vérifier toutes ces zones. L’accès peut être fourni.
De plus, des informations sont disponibles sur le camp d’Al-Tanf. Des instructeurs américains ont formé un certain nombre de groupes de combattants pour organiser des provocations avec des armes chimiques servant de prétexte à une frappe. Il était clair pour nous que des tentatives d’abriter des terroristes et en même temps de punir le régime tant détesté par certaines capitales occidentales seraient tôt ou tard entreprises. Des têtes de lecture sur les écrans de télévision ont tenté de répéter la frappe de l’an dernier contre la Syrie. Ce matin, il y a eu des frappes contre le terrain d’aviation T4 dans la province de Homs.
Nous sommes profondément préoccupés par de telles actions. Les provocations à Douma font écho à l’incident de l’année dernière à Khan Sheikhoun. Le point commun est la nature planifiée de ces attaques. Une analyse des opérations de l’US Navy avant et après l’incident à Khan Sheikhoun en avril 2007 montre que Washington, à l’avance, s’était préparé à mener cette opération. Du 4 au 7 avril de l’année dernière – à l’époque où la substance toxique était utilisée à Khan Sheikhoun, avant la frappe contre la base aérienne de Shayrat –, le destroyer USS Porter était déjà présent dans les eaux méditerranéennes. Il n’est pas entré dans les ports où un échange de munitions aurait pu avoir lieu afin d’augmenter le nombre de missiles de croisière.
Incidemment, du 4 au 5 avril, le destroyer USS Porter était situé au sud-est de la Sicile, et le destroyer USS Ross se trouvait dans un passage de la base navale de Rota dans la région au sud de la Sardaigne. Plus tard, le 6 avril, un mouvement accéléré des deux destroyers fut signalé vers les positions de tir plus au sud-ouest de Chypre. De là, le 7 avril, ils ont mené une frappe massive contre l’aérodrome de Shayrat. Dans le même temps, le nombre de missiles Tomahawk lancés (59) a dépassé celui qu’auraient dû avoir des deux destroyers réunis s’ils avaient réellement été engagés dans les opérations de défense antimissile qui leur avaient été assignées. À cette fin, seuls 48 missiles étaient nécessaires. De ce fait, les navires militaires américains, même avant l’incident chimique à Khan Sheikhoun, sont entrés en service avec un équipement de frappe supplémentaire, une augmentation du nombre de missiles de croisière qui n’était pas nécessaire pour la défense antimissile. Et cela pourrait attester de la planification préalable par Washington de frappes contre Damas.
Les fausses informations d’attaques chimiques à Douma samedi visent en fait à détourner l’attention de la société de l’affaire Skripal, qui a été rendue confuse par Londres, et à lancer contre la Russie des accusations totalement non confirmées dans le but de se solidariser pour construire une alliance anti-russe. Maintenant, les Britanniques s’éloignent d’une enquête transparente et proposent des réponses précises aux questions, mais en même temps, ils effacent leurs traces. Lors de la réunion du Conseil de sécurité le 5 avril sur l’affaire Skripal, nous avons averti que la tentative de nous accuser injustement d’avoir participé à l’incident de Salisbury était liée au dossier chimique syrien. Hier, cette question a vu de nouveaux développements intéressants. Pour le moment, le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson continue de divulguer des éléments contre la Russie et essaie d’être spirituel. Voici une perle : des experts d’un poste d’écoute de l’aviation britannique au sud de Chypre auraient intercepté des rapports le jour de l’empoisonnement de Skripal. Et c’est ce que rapporte le Times. Il contient la phrase suivante : « Le colis a été livré » et « les deux personnes ont réussi leur sortie ». Cela semble faire partie des renseignements fournis par Londres deux heures avant l’expulsion des diplomates russes. Cependant, n’est-il pas clair qu’il existe un lien irréfutable ici ? Est-ce que ce n’est pas clair pour tous ? Syrie-Russie-Salisbury ?
Je vais donner un coup de pouce aux services de renseignement britanniques et je vais le faire gratuitement. Voici une autre bonne idée pour effacer vos traces : vous pourriez suggérer que ‘Novichok’, qui est si apprécié maintenant, a atteint Salisbury directement de Syrie par paquet. On se moque vraiment du monde.
L’ambassadeur Haley a récemment déclaré que la Russie ne sera jamais l’amie des États-Unis. Et je souhaite répondre à cela. L’amitié est quelque chose qui est à la fois réciproque et volontaire. On ne peut pas forcer une amitié. Et nous ne sommes pas particulièrement désireux d’être amis avec vous. Nous ne vous supplions pas non plus d’être nos amis. Ce que nous voulons de vous, ce n’est vraiment rien : des relations civilisées normales que vous refusez avec arrogance, en ignorant la courtoisie la plus élémentaire.
Et vous vous faites des illusions si vous pensez que vous avez des amis. Vos soi-disant amis ne sont que ceux qui ne peuvent pas vous dire non. Et c’est le seul critère d’amitié dans votre compréhension. La Russie a de vrais amis, et contrairement à vous, nous n’avons pas d’adversaires. Nous ne voyons pas le monde à travers ce prisme. Et oui, le terrorisme international, c’est notre ennemi. Cependant, nous continuons à proposer la coopération. Cela doit être une coopération respectueuse et mutuelle, il faut aller vers la résolution de problèmes réels et non pas de problèmes imaginaires. Et vous devriez être tout aussi intéressés que nous à une telle coopération.
En fin de compte, en tant que membres permanents du Conseil de sécurité, nous assumons la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Par les canaux appropriés, nous avons déjà transmis aux États-Unis que l’usage de la force armée sous des prétextes mensongers contre la Syrie, où, à la demande du gouvernement légitime du pays, les troupes russes ont été déployées, pourraient entraîner de graves répercussions.
Nous appelons les politiciens occidentaux à réduire leur rhétorique belliciste, à envisager de manière significative les répercussions possibles de leurs actions et à mettre un terme à la profusion inconsciente de menaces à la sécurité mondiale. Ce que les mésaventures militaires de l’Occident ont provoqué nous est bien connu si l’on considère les exemples de la Yougoslavie, de l’Irak et de la Libye. Et personne ne vous a conféré le pouvoir d’agir en tant que policiers du monde ou en tant qu’investigateurs, procureurs, juges et bourreaux en même temps.
Nous vous appelons à revenir à la légalité et à respecter la Charte des Nations Unies, à affronter ensemble les problèmes qui surgissent, plutôt que d’essayer à chaque étape de faire avancer votre jeu géopolitique égoïste. Toute l’énergie doit être concentrée sur le soutien au processus politique en Syrie, pour lequel il est nécessaire de tirer de manière constructive les efforts de tous les acteurs influents. La Russie est toujours prête à s’engager dans une telle coopération.
Pour conclure, Monsieur le Président, je voudrais saisir cette occasion pour demander au Conseil de sécurité un exposé sur les résultats de la mission d’évaluation des Nations Unies à Raqqa et sur la situation dans le camp de Rahman. Nous voyons la façon dont les membres de la Commission tentent de créer un écran de fumée autour de cette question, qui est le résultat de leurs actions en Syrie, y compris l’opération visant à raser Raqqa par des bombardements. Aucune provocation chimique ne détournera l’attention de cela, de ce que vous avez fait.
Je vous remercie.
Vassily Nebenzia

Les nouvelles techniques des coups d’État légaux

Par Christophe Ventura  |  27 mars 2018 

Fragment. Comment Marielle Franco est utilisée par le système médiatique et politique pour justifier la politique sécuritaire et meurtrière du gouvernement ?

Qui se promène dans le quartier de Gavea à Rio doit s’arrêter manger chez « Lorena. Confiserie et restaurant ». Situé sur une petite place où stationnent taxis, marchands ambulants et, en permanence, une voiture de police de la ville de Rio, ce bar-restaurant-épicerie est un lieu populaire. Il accueille à longueur de journée ce peuple des taxis, des petits commerçants, des fonctionnaires de police, des ouvriers qui travaillent dans le quartier, des femmes de ménage qui nettoient les appartements des familles de la classe moyenne (pour beaucoup elles vivent dans la favela de Rocinha), des jeunes qui vont travailler sur les plages de Rio, des retraités qui trouvent ici un espace de socialisation convivial, etc.

Dimanche 18 mars, quatre jours après l’exécution de Marielle Franco et l’organisation de nombreuses mobilisations en son hommage (50 000 personnes à Rio, 30 000 à Sao Paulo ce même 18 mars), démarre sur Globo tv (principal média engagé dans la campagne contre la gauche et Lula) à 20h30 l’un des programmes les plus connus de la chaîne : « Fantastique : le show de la vie ». Mélange de journalisme sensationnel et de divertissement.

Tout le monde regarde chez « Lorena ». Émission spéciale. Monica, la compagne de Marielle, et toute la famille de la défunte icône ont accepté de parler, de raconter Marielle.

Étrange sensation du téléspectateur. Pourquoi la famille d’une militante politique accepte-t-elle d’entrer dans ce jeu médiatique ?

Présentation de la maison de Marielle, souvenirs intimes, bientôt les larmes coulent sans s’arrêter sur le visage de Monica. « Nous comprenons votre douleur » lâche la journaliste vedette. « Parlez nous encore ».

Et Monica s’effondre, elle pleure, elle parle. C’est ensuite le tour de la fille de Marielle, de ses parents.

Une certaine Marielle domine désormais le spectre médiatique national et international. Globo en est l’une des principales matrices. L’opinion se fabrique sous nos yeux chez « Lorena ».

Globo célèbre un individu qui s’est affirmé face à certains conservatismes de la société. Elle est femme, métisse, a quitté un mari pour une femme. Elle a toujours aimé sa communauté et donné de sa personne pour aider les autres.

Tout ceci est si vrai. Mais cette identité est sélective, elle n’est que le reflet partiel d’une militante dont la radicalité des positions est gommée. De sa critique des structures sociales et économiques qui produisent les conditions des rapports sociaux qu’elle combattait, de son engagement résolu contre l’intervention militaire dans les quartiers il ne reste rien. Quatre jours après sa disparition.

Le système peut accepter une partie des demandes d’émancipation individuelle dans la société si elles ne remettent pas structurellement en cause la hiérarchie économique et sociale. C’est le nouvel ordre intérieur qui explique pourquoi montée des revendications des libertés individuelles peut coïncider avec néoconservatisme économique et social, autoritarisme étatique. Donner là, désintégrer et réprimer ici.

Ce point est capital à analyser pour la gauche et les mouvements sociaux.

Pire dans le cas brésilien. Au lendemain des hommages à Marielle et de l’émission de Globo tv, O Globo, journal papier du mastodonte médiatique, titre : « Le gouvernement va dégager des crédits supplémentaires pour la sécurité » (voir photo).

Et d’annoncer que la police militaire remplacera la police de proximité (mise en place sous Lula) dans la favela de Rocinha .

L’icône Marielle reformatée est désormais utilisée pour la mise en place de politiques qu’elle combattait et pour lesquelles elle a été assassinée. Son image est désormais sa version acidulée. Marielle est morte ? Plus d’intervention militaire.

A la question : « Pourquoi des militants politiques qui combattent ce gouvernement et son allié Globo contribuent à cette manœuvre ? », aucune réponse.

Pendant ce temps, les jours s’égrènent – dans le silence médiatique – avant le possible emprisonnement de l’ancien président Lula qui signifierait l’élimination d’un projet plus favorable aux majorités populaires à l’élection présidentielle d’octobre 2018.

http://www.medelu.org/Les-nouvelles-techniques-des-coups

L’Arc minier de l’Orénoque, les « écologistes » et les mafias

Par Maurice Lemoine  |  11 avril 2018  

Construite à l’origine, en 1952, pour servir de centre administratif à la Orinoco Mining Company, multinationale américaine exploitant à l’époque le minerai de fer et l’embarquant vers les marchés internationaux, Puerto Ordaz, fière de ses grappes d’immeubles modernes et d’antennes-relais que séparent de vastes zones vertes, est l’une des villes les plus modernes et industrieuses du Venezuela. Dès l’aube, à la sortie sud de sa « petite sœur pauvre » San Felix (cité dortoir avec laquelle elle forme l’ensemble de Ciudad Guyana), des files d’hommes se pressent sur le bord de la route et jouent des coudes pour aborder les bus, cars, camions, camionnettes ou véhicules parfois vétustes qui passent en vrombissant.
Route nationale qu’emprunte cette noria, la « Troncal 10 » trace son sillon en direction du sud et du Brésil, à 600 kilomètres de là. Toutefois, au bout de 165 kilomètres, elle traverse la première des localités à sinistre réputation vers laquelle se dirige, dans l’espoir d’un possible revenu, cette multitude enfiévrée : Guasipati. De dizaines de kilomètres en dizaines de kilomètres, suivront l’inquiétant El Callao, puis la pustule urbaine de Tumeremo. Il y a même pire, à ce qu’il paraît. « A partir de là, grimace le Vénézuélien qui nous accompagne, c’est l’anarchie. Le point le plus obscur, c’est la mine d’or à ciel ouvert de La Cristina. »

Nous nous trouvons au nord de l’Etat de Bolivar, en plein cœur du très polémique Arc minier de l’Orénoque (AMO). Le 24 février 2016, confronté à la campagne de déstabilisation économique menée par l’opposition et le gouvernement des Etats-Unis, le président Nicolás Maduro en a fait une « zone de développement stratégique nationale » de 112 000 km2 afin d’y exploiter d’importants gisements – or, diamants, coltan, kaolin, dolomie, autres métaux rares et stratégiques – et de diversifier l’économie, trop dépendante du pétrole – ce qui, sur tous les tons, est en permanence reproché au Venezuela « bolivarien ».
L’annonce a provoqué de très virulentes critiques de l’opposition, de partis politiques considérés « progressistes » (tels Marea socialista), de « défenseurs de l’environnement » nationaux et étrangers, d’organisations indigènes et de personnalités présentées comme « dissidentes » du chavisme – une poignée d’ex-ministres de feu le président Hugo Chávez (Ana Elisa Osorio, Héctor Navarro, Gustavo Márquez Marín, Olly Millán), le général en retraite Cliver Alcalá Cordones, l’intellectuel Edgardo Lander et Nicmer Evans (« chouchou de certains « gauchistes » européens, qui vient de s’allier à la droite dure au sein d’un Front large récemment constitué en remplacement de la MUD [1] que l’incohérence et les erreurs de ses dirigeants ont fait exploser).
« Le président a rejoint le camp de la droite en méconnaissant le fait irréfutable que les mouvements de gauche, partout dans le monde, ont incorporé à leur patrimoine doctrinal la préservation de l’environnement (…) », déclarera ainsi Freddy Guttiérrez, le 15 août 2016, lors d’une conférence de presse organisée conjointement par la Plateforme citoyenne de défense de la Constitution bolivarienne et les instigateurs du « recours de nullité » déposé devant le Tribunal suprême de justice (TSJ) contre l’AMO. « Il [le chef de l’Etat] a décidé d’amputer le territoire national de 112 000 km2, un espace plus grand que Cuba, l’Irlande ou la Croatie. Il s’agit de la création d’un Etat dans l’Etat. » Qui plus est, ajoutent les relais internationaux de cette virulente campagne, « livré à la rapacité de dizaines de multinationales dérogeant aux lois du travail et à l’impôt [2] ». Pour l’ex-ministre de l’environnement Osorio, « cette initiative provoquera des dégâts environnementaux irréversibles, avec de graves conséquences pour les ressources hydriques, et rendra plus aiguë la décomposition sociale dans d’importantes zones du territoire aujourd’hui quasiment dépeuplées. »

Il y a là des arguments à ne pas négliger. Mais aussi de quoi sursauter d’étonnement… Tout au long du parcours qui, de Ciudad Guyana, mène à Upata, Guasipati, puis El Callao et Tumeremo, les longues lignes droites de la route ne traversent que des zones déboisées, des aires désolées, des champs qu’arpentent quelques troupeaux. Des cocotiers découpent leurs palmes contre le ciel. Où diable est donc passée la forêt vierge immaculée, l’immense jungle aux lianes énormes, aux cours d’eau inviolés, aux peuples d’Indigènes vivant en harmonie avec la Terre Mère, aux innombrables espèces d’oiseaux qu’est censément en train de détruire Maduro ?
« Il y a méconnaissance et désinformation malicieuse, réagit Luis Alberto Vásquez, technicien « révolutionnaire » (de tendance « écologiste et anarchiste » précise-t-il), qui, pour le compte du Centre national de technologie chimique (CNTQ), collabore avec le ministère du Pouvoir populaire pour le développement minier et écologique (MPPDME). On présente l’Arc comme le responsable de la situation alors qu’il prétend la régler. Il y a dans cette région un héritage historique très lourd auquel le gouvernement cherche à apporter des solutions. »

C’est en 1853 – et non en 2016 ! – qu’El Callao, fondée par des migrants en provenance de la Caraïbe, a changé pour toujours lorsque de l’or y fut découvert. Alluvionnaire d’abord, dans les fleuves et les cours d’eau, puis en sous-sol. A 20 minutes aujourd’hui en hélicoptère de Tumeremo, une compagnie anglaise creusa son premier puits en 1881 – fin de XIXe siècle au cours de laquelle des firmes européennes s’abattaient sur ce nouvel eldorado [3]. Lorsque, un peu plus tard, le prix de l’or s’effondra, ces entreprises se retirèrent. Mais l’exploitation des filons n’a jamais cessée.

En 1970 naquit la vénézuélienne Minerven, nationalisée quatre années plus tard. En même temps, multinationales et compagnies appartenant à la classe dominante – celle-là même qui s’est opposée à Chávez et tente aujourd’hui de renverser Maduro – se voyaient octroyer d’importantes concessions qu’elles exploitaient de façon totalement incontrôlée. Dans le pire des cas, elles ne produisaient pas un gramme du précieux métal. Faisant « certifier » leur minerai [4], elles jouaient en bourse avec les fluctuations du prix de l’or sur les marchés et engrangeaient d’importants profits, n’apportant, sous forme d’impôt, aucun bénéfice à l’Etat. D’autres, jouissant d’une autorisation d’exploitation de vingt, voire cinquante ans, en terminaient rapidement avec le filon le plus facile à arracher au sous-sol – le « filet mignon », s’amuse un acteur de terrain ! – et réclamaient immédiatement une autre concession, laissant derrière elles à l’Etat le reliquat de minerai le plus malaisé et le moins rentable à exploiter.
Dans ce sillage, au milieu de ceintures de misère, toute une population informelle s’installait et, repoussant la forêt et parfois les Indiens, transformait le Bolivar en un gruyère tropical creusé d’innombrables puits. N’en déplaise aux rêveurs mal informés, il y a bien longtemps que le paradis terrestre n’y existe plus.

Entre mines et activités connexes – acheteurs d’or plus ou moins véreux, fournisseurs de matériel, vendeurs de bricoles et de boustifaille, camionneurs, mototaxis, compagnes, prostituées –, environ deux cent cinquante mille personnes vivent d’un « extractivisme » devenu sauvage au fil du temps. Dont une proportion notable d’étrangers – Colombiens, Brésiliens, Guyaniens, Dominicains. A l’exception de quelques gisements à ciel ouvert, les plus épouvantables pour l’environnement, l’exploitation, souterraine, se mène depuis les « verticales », puits d’où s’enfoncent, entre 25 et plus de 80 mètres de profondeur, de très étroites et obscures galeries. Précairement assis sur un court bâton fixé perpendiculairement à l’extrémité inférieure de la corde qu’ils cramponnent à deux mains, les travailleurs descendent ou ressortent, au bout de plusieurs heures d’un labeur épuisant, grâce à un treuil des plus rudimentaires que deux gaillards aux traits rudes actionnent à la force des bras. A mesure que la profondeur augmente, rendant l’effort physiquement impossible, un « winch » électrique modernise quelque peu l’installation. Tout au long du jour, de ces mines, remontent à la surface les sacs de 50 kilos de terre d’où, dans les « plantas » voisines, sera extrait, par un ravageur traitement au mercure, le métal convoité.

Entre deux plongées, les travailleurs se reposent dans leur hamac. Partout autour, sur le « barranco » (le front de travail), l’équivalent d’une fourmilière redouble d’activité. Huit hommes et une cuisinière composent généralement l’équipe qui exploite les mines les plus modestes, l’immense majorité. Incapables de payer un logement ou même une chambre d’hôtel, tous vivent dans des campements insalubres faits de « casuchas » – toiles de plastique noire tendues sur des piquets. Ils ne tiennent d’ailleurs pas forcément à une habitation en dur. Leur précarité leur permet de se déplacer « à vitesse grand V » pour peu que surgisse la rumeur d’une « bulla » – le « raffut » que provoque la découverte inopinée d’un nouveau et supposé riche filon.
« Quand tu trouves de l’or, tu oublies tout, s’esclaffe un intéressé, jusqu’au nom de ta maman ! Tu récupères toute ton énergie. » Parfois jusqu’à l’absurde, jusqu’à la folie ! « En 1981, dans l’ouest du Bolivar, en pleine forêt, sous la piste d’atterrissage de leur campement, des types ont découvert des diamants, raconte Sergio Milano, professeur à l’Université nationale expérimentale de Guyana et spécialiste de l’activité minière. En une nuit, ils ont totalement défoncé la piste ! Quand ils ont retrouvé un minimum de bon sens, ils se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient plus ni sortir de là, ni être ravitaillés… »
Traditionnellement, les mineurs ont de l’or une vision magique. Pour eux, le métal pense, il a une personnalité. Ils prétendent qu’ils ne le découvrent pas, que c’est lui qui les trouve. Que c’est lui qui décide à qui il va apparaître. « Dans leur idiosyncrasie, dans leur cosmovision, la nature est seulement porteuse de richesse. Le concept de sa protection ou de sa conservation n’existe pas. » C’est donc, lorsque surgit la « bulla », à grands coups de pics, de pelles, d’explosifs et souvent de conflits que naît une nouvelle communauté.

Un gramme d’or environ pour 200 kilos de matériel brut : la boue collée sur leurs vêtements, les chanceux du moment s’entassent devant les officines qui, de Guasipati à Tumeremo, le long des rues bruyantes et encombrées d’une foule grouillante courant en tous sens, achètent, en argent liquide (qui a disparu dans tout le reste du pays) le métal précieux. La bière et le rhum coulent à flots. Les « filles » des « currutelas » cambrent les reins et tendent la main. « La maison de passe, c’est le centre social de la mine », soupire, ayant l’air d’en connaître un rayon sur la nature humaine, un habitant désabusé.

En période de crise économique, comme celle que traverse le Venezuela actuellement, des hordes d’hommes en quête de survie déboulent de partout. Des zones périphériques surgissent autour des agglomérations, dans la plus totale anarchie. « Cela a un fort impact, nous confie José Alejandro Martínez, le maire chaviste de Guasipati, ex-plus jeune édile du pays, qui entame son troisième mandat. En matière d’eau, d’électricité, d’équipements, cette ville n’est pas préparée à recevoir tant de gens. De plus, cette déferlante a une influence sur l’insécurité. »
Il rôde dans les parages des « malandros » (délinquants), des « pranes » (caïds), des bandes mafieuses appelées « syndicats » ou « bases », qui luttent pour le contrôle des territoires, armés de fusils R-15, FAL et AK-47. On pratique le racket – « la vacuna » (« vaccination » : un terme colombien). Quatre ou cinq grammes d’or à payer chaque mois pour éviter d’être embarqué dans les collines et tabassé, voire exécuté, parfois découpé à la tronçonneuse. A El Callao (25 000 habitants, 80 000 avec la population flottante), l’un des onze « municipios » du Bolivar, 90 assassinats ont eu lieu en 2015. Avec, de temps en temps, un pic spectaculaire de violence, très médiatisé. Le 4 mars 2016, à Tumeremo, quatorze corps sont retrouvés dans une fosse commune, exécutés par la bande d’Ulloa Suárez, alias « El Topo » (abattu par les forces de l’ordre ultérieurement). Cinq morts à El Callao, le 5 avril 2017, quand des sujets armés s’en prennent à une patrouille militaire. Onze malfrats au tapis et un officier de l’armée blessé, le 11 septembre 2017, à Tumeremo, lors d’un affrontement avec le « syndicat » du mafieux « Fausto ». Après neuf morts encore, à El Callao, dans le secteur San Luis, le 15 novembre, dix-huit malfrats porteurs d’armes de gros calibre tombent, le 11 février 2018, dans la mine Cicapra de Guasipati.

Chacune de ces tragédies voit se renouveler la même plaisanterie : les députés d’opposition, leurs supplétifs et leurs médias clouent au pilori… les forces de l’ordre, le gouvernement et Maduro. Quelques heures à peine après l’ultime drame de Guasipati, sans avoir effectué aucune enquête de terrain, Provea, supposée organisation de défense des droits humains devenue une quasi annexe du Département d’Etat américain, estimait que, d’après les faits portés à sa connaissance, il s’agissait « d’un nouveau massacre » des Forces armées bolivariennes [5]. Faisant réagir (parmi beaucoup d’autres) Carlos Clarck Wallace, bel homme de 74 ans, noir comme du charbon (et pas spécialement politisé), rencontré dans sa mine de Caratal (près d’El Callao) : « Pendant la IVe République [avant Chávez], il y avait d’avantage de respect pour la loi. Maintenant, avec leurs histoires de droits de l’Homme, quand vient la Garde nationale, on prétend que c’est de la répression. Ces choses-là circulent jusqu’à l’opinion internationale et contribuent à criminaliser le gouvernement. » 

Depuis quelques années, la violence a changé de nature. « Le mineur est un homme rude, mais pacifique, cette barbarie est importée, analyse Sergio Milano. Une partie des formes d’assassinat utilisées ces derniers temps viennent de Colombie. » La « ruée vers l’or » n’ayant pas attiré que des enfants de chœur, des paramilitaires en provenance du pays voisin ont effectivement importé leurs obscènes méthodes. « Comme ce sont des zones où le contrôle policier est déficient et où, jusqu’à présent, ils pouvaient agir avec une certaine liberté, ils se sont enkystés. »
Dans quel but ? A elle seule, l’activité minière informelle – la « pequeña minería » – produit au grand minimum deux tonnes d’or par mois. Paradoxalement, en 2015, la Banque centrale du Venezuela (BCV) n’en a reçu pour toute l’année que 700 kilos – 500 kg en 2016 – alors que, selon une directive de 2009, les mineurs ont l’obligation de lui vendre 60 % de leur production. En revanche, au large des côtes vénézuéliennes, l’île de Curaçao en exportait plus de 18 tonnes. Cette dépendance hollandaise des Caraïbes a ainsi engrangé 2,3 milliards de dollars entre 2010 et 2015… sans posséder une seule mine sur son territoire !
Dans le chaudron étouffant du Bolivar, or et diamants s’échappent par d’obscurs chemins – « los caminos verdes » – ou de discrètes pistes d’aviation clandestines vers le Brésil, la Colombie, le Guyana, Aruba et Curaçao… Qui, sans vergogne, « légalisent » puis exportent la richesse qu’ils savent volée à leur voisin. Aidés, chez celui-ci, pendant longtemps, par l’absence de contrôles et la plaie endémique de la corruption. « Un garde national, un policier, un fonctionnaire public ont des salaires modestes, explique Milano. On leur offre quelques grammes. Ça vaut des millions. Il est très difficile de résister. »

Longtemps, L’état a envisagé d’exploiter cette richesse. Sans réellement passer à l’acte. « Ce secteur était toujours relégué car le pétrole constituait la force motrice du pays : une extraction facile, avec peu de travailleurs, et un marché d’exportation à proximité », nous expliquait en mai 2017 le ministre du MPPDME Jorge Arreaza. Le péché capital du Venezuela du XXe siècle : l’or noir freinant toute autre activité. Par ailleurs, dans la loi des mines de 1952, le petit mineur n’existait pas. « Il devait être éliminé et était censé s’incorporer à l’industrie minière, rappelle Milano. Mais, que cela plaise ou non, il était là ! »
Il faut attendre 2001 pour que Chávez signe un décret-loi prenant en considération cet acteur oublié, qui extraie des fortunes, mais n’en récolte que de misérables miettes. En 1995, peu de temps après être sorti de prison pour sa tentative de coup d’Etat du 4 février 1992 contre le président Carlos Andrés Pérez, il a parcouru l’Etat de Bolivar et y a découvert la dure réalité de la vie des « mineros ». N’ayant rien oublié, il reconnaît la dette historique du pays à l’égard de cette population.
En août 2011, Chávez, encore lui, expose en conseil des ministres, puis publiquement, l’idée qu’il a en tête depuis longtemps. « Dans le sud du pays, affirme-t-il, nous avons l’une des réserves d’or les plus importantes du monde et je vous informe que je vais bientôt approuver une loi nous permettant de prendre en main la gestion de la région aurifère parce que les mafias et la contrebande y font régner l’anarchie. Cette loi est déjà prête pour réserver à l’Etat les activités d’exploration et d’exploitation de l’or et toutes les activités connexes. » Sans coup férir, il « invente » l’Arc minier. Quand le « comandante » parle, les courtisans se taisent. Aucun de ceux qui, aujourd’hui, sur ce thème, se réclament de lui pour crucifier Maduro, n’élève la voix.

« On ne va pas tenter de cacher le soleil avec un doigt en prétendant qu’il n’y a pas de dégâts environnementaux, admet en haussant les épaules José Ortiz. Evidemment qu’il y en a ! Il ne s’agit donc pas de produire “plus d’or”, mais “plus et dans de meilleures conditions”. Cela implique que nous devons être accompagnés par le peuple minier pour transformer les relations sociales de production. »
« Muchacho » né à Guasipati, avocat sans costume ni cravate, mais à l’énergie débordante et communicative, Ortiz est depuis un an président de la Mission Piar [6], elle même apparue en 2005 pour mettre un terme à ce Far-West « polluant et générateur de vices » par une « reconversion minière » pleine de bonnes intentions. Un échec, à ce moment. Car il existe trois types de « mineros ». Ceux qui, surgissant en période de crise, repartiront si la situation générale du pays vient à s’améliorer ; les investisseurs d’entreprises de taille moyenne et leurs salariés ; mais, et surtout, la masse des « historiques », dont les pères, grands-pères et aïeux, parfois sur cinq ou six générations, pratiquaient déjà cette activité. « Ces gens-là, tu ne les transformes pas en coiffeurs, en paysans ou en en boutiquiers du jour au lendemain. Tu te heurtes à tout un substrat culturel. Ils ne bougeront jamais, et moins que tout par décret. Le gouvernement a dû reculer. »

Lorsque le vice-président Elías Jaua lance à son tour en 2010 le Plan Caura, destiné à interdire la recherche illégale et terriblement nocive de l’or et du diamant sur le bassin du río Caura, habitat et terre ancestrale des Indiens Yekuwana, Sanemá et Hoti, il se heurte lui aussi à des résistances initialement sous-estimées. En plein boom pétrolier, l’Etat indemnise les propriétaires de barges et d’installations, lesquels empochent l’argent et… vont se réinstaller un peu plus loin.
Quand enfin Chávez « nationalise » l’or en 2011, en expliquant aux investisseurs privés et aux multinationales que, désormais, l’Etat se réserve les tâches d’exploration-exploitation aurifère et devra posséder 55 % du capital des firmes du secteur, ceux-ci décident de s’en aller. A travers Minerven, l’unique entreprise publique existant alors avec ses 800 travailleurs, l’Etat prend le contrôle des multinationales – Crystallex, Rusoro Mining, Mineria MS Ca, Promotora minera de Guyana, Gold Reserve Inc. –, mais, d’une certaine manière, semble hésiter sur le rôle à attribuer à la « pequeña minería ».

« L’or, jusque-là, ne laissait rien, à l’exception de la malaria, d’un environnement saccagé et d’une situation sociale absolument désastreuse, résume l’actuel ministre du MPPDME Victor Cano. Il y avait dès lors deux manières de procéder. A feu et à sang, en envoyant l’armée nettoyer le secteur d’une partie de sa population, ou en travaillant avec les mineurs, chemin que nous avons choisi. Même si c’est difficile, nous en sommes conscients. »
En récupérant en 2016 le flambeau defeu Chávez, Maduro et ses collaborateurs ont établi les bases « réelles » du projet de développement. Premier élément, essentiel, systématiquement occulté par les détracteurs de l’Arco : seuls 5 % de la « potentielle » zone de production de 112 000 km2 donneront lieu à une exploitation, qui plus est « contrôlée ». Ailleurs, dans les aires sous régime d’administration spéciale et les parcs nationaux, la biodiversité sera protégée.

Le 5 décembre 2017, un décret a démarqué les vingt-trois zones (3 400 km2), définies avec le ministère de l’Ecosocialisme, dans lesquelles pourra être exercée l’activité minière. Tout individu ou communauté exerçant en dehors de ces zones doit immédiatement migrer vers les aires autorisées. Deux pour le diamant, vingt-et-une pour l’or. Quelques-unes destinées à la grande industrie – Faoz (Venezuela) pour le coltan – et à quelques multinationales – Afridiam (République démocratique du Congo) pour le diamant, Bedeschi (Italie) pour l’or, ainsi que Yankuang Group (Chine), Barrick Gold Corporation, MPE International Inc et Gold Reserve (Canada). Comme pour le pétrole, des entreprises obligatoirement « mixtes » dont l’Etat sera propriétaire à 55 % et, précise-t-on au ministère, avec un volontarisme évident, « garant du respect des règles salariales et environnementales ».
La majorité des zones sera néanmoins réservées à la moyenne et petite « minería » [7], dans des conditions également imposées par l’Etat.  » Une recherche d’équilibre entre quatre lignes « stratégiques » : apport à l’économie nationale, sécurité, mesures sociales et protection de l’environnement. « Un plan construit sur le territoire, précise Ortiz, avec la participation des gens et la pleine connaissance de leur réalité, de leur culture, de leurs traditions ; pas planifié à Caracas dans une station de métro. »

En 2017, plus de sept cent réunions ont été organisées, par le biais du Conseil populaire minier (CPM), entité créée par les intéressés ces dernières décennies pour lutter, parfois avec succès (et l’aide de Chávez), contre la grande industrie qui tentait de les expulser. « Il y a des zones, explique Victor Cano, où l’on ne savait même pas combien il y a de personnes… » Pendant trois mois, une équipe de techniciens et de professionnels, accompagnés par cinquante garçons et filles de 17 à 35 ans encadrés par la Mission Piar et le « chapitre minería  » du Plan de travail pour les jeunes – la Chamba Juvenil [8] – se sont plongés dans ces espaces chaotiques pour en recenser les habitants. « Le mineur ne sort pas de sa mine, poursuit le ministre, jamais. Il fait sa vie dans la mine, mange dans la mine, reste à la mine. Impossible de lui dire “va te faire enregistrer à El Callao ou Ciudad Bolivar”, il ne le fera pas. On doit se rendre sur place pour l’identifier. »
Au terme de cette intervention a été formalisé un Registre unique des mineurs (RUM) qui permet de connaître de plus près la réalité. « L’accueil a été différent en fonction des endroits, nous confie une jeune femme de Puerto Ordaz, qui a participéà cette enquête de terrain. Une fois seulement, les mineurs ont refusé de nous recevoir, tout en nous traitant avec cordialité. Ailleurs, ça s’est passé très tranquillement. On n’a rencontré des réticences que dans environ 10 % des cas. » Pour la première fois dans l’Histoire, nous content quelques grands-pères, le gouvernement prend en compte la « piétaille » des « mineros » pour formaliser et réglementer leur activité.

En quelques mois, le gouvernement a signé quarante-six « alliances stratégiques » avec ces derniers – entre cent et cent cinquante autres se trouvant en instance de formalisation. « Ils s’organisent en coopératives, en entreprises dotées d’un statut juridique, s’associent à l’Etat, doivent payer des impôts, mais, en échange, rentrent dans la légalité, c’est gagnant-gagnant. » Jusque-là livrés à une armée de profiteurs et de trafiquants pour se fournir en matériels et combustible à des tarifs exorbitants, ils peuvent désormais les acquérir légalement, à prix régulé, réduisant ainsi leurs coûts de production. En contrepartie, ils s’engagent à vendre leur or à travers la compagnie nationale Minerven, qui, pour le compte de la Banque centrale du Venezuela (BCV), le leur achète, rubis sur l’ongle, au prix international du marché – pour parler clair : au taux de change illégal et manipulé dans le cadre de la « guerre économique » imposée au Venezuela [9]. Un aveu d’impuissance, mais aussi, très pragmatiquement, le seul moyen de décourager l’exploitation clandestine et de mettre à mal la concurrence des mafias. « Actuellement, c’est l’Etat qui paye le mieux, nous confie Mireya Cobarubia, co-propriétaire de la mine Tesoro de Dios. Plus que les étrangers ! Depuis qu’on a signé notre alliance et qu’on est partenaires, tout va beaucoup mieux, on collabore à la construction de ce pays. »

Pour bénéficier de ces conditions qui ne nuisent en rien à leurs intérêts, les « mineros » doivent néanmoins faire un effort et, « impérativement », respecter un certain nombre de règles, en matière de sécurité et de protection de l’environnement. Dans ce registre, le principal défi concerne le traitement du matériel aurifère sorti des puits. « C’est nouveau dans le pays, se réjouit Alberto Vásquez, notre « écologiste anarchiste » du CNTQ. Jusque-là, le traitement se faisait presque exclusivement avec du mercure, dont il faut deux tonnes pour obtenir une tonne d’or. Peu efficace donc, et terriblement polluant, il contamine nos ríos et nos poissons. » En effet très toxique, ce métal lourd relâché dans les eaux résiduelles, détruit la faune, la flore et même les hommes en contaminant la chaîne alimentaire par bioaccumulation ; auparavant, chauffé en plein air pour en séparer l’or qu’il a amalgamé, il a produit des gaz dévastateurs pour le « minero » qui procède à l’opération et son entourage immédiat [10].
Il s’agit désormais, pour les mineurs organisés, de se tourner vers les « plantas » utilisant le cyanure, dont quelques-unes existent déjà ; et de pousser les propriétaires d’équipements utilisant le mercure à remplacer leurs néfastes installations. Négativement connoté – à cause des suicides et des homicides par empoisonnement ! –, le cyanure, infiniment moins contaminant que le mercure, se dégrade beaucoup plus facilement. Si, dans son installation initiale, le processus de lixiviation qu’il permet se révèle plus coûteux, il permet, une fois opérationnel, de récupérer 92 % de l’or contenu dans le matériau brut, quand le mercure n’en capte que 38 à 40 %. A minima, une production passant du simple au double, donc un investissement rapidement rentabilisé [11]. Par ailleurs, la cyanuration ne présente un danger qu’en cas de rupture des digues qui retiennent les boues à 75 % liquides qu’elle rejette en bout de course – ce qui s’est déjà produit de par le monde, chacun en est conscient. « Le ministère nous a sollicités pour qu’on trouve des technologies alternatives, souligne Vásquez. On travaille activement sur de nouvelles possibilités, plus écologiques, de substitution. »

Bien entendu, les chemins du progrès, rarement linéaires, ne sont pas exempts de difficultés. Au sortir du traitement dans les « plantas » (également appelées « molinos » ou « moulins brésiliens ») utilisant le mercure, les boues résiduaires mêlées aux flots d’eaux toxiques constituent, une fois asséchées, les « colas » – sables inertes qui contiennent encore, on l’a vu, environ 60 % de l’or très fin non capté par cette technique d’extraction. Ce sont ces « arenas » que récupèrent en priorité les quelques installations procédant par cyanuration, comme Inversiones Guaviare (10 à 15 kilos d’or par mois, 200 ouvriers travaillant en trois-huit). « L’objectif à atteindre est qu’elles traitent la matière primaire, que le mineur y aille directement, sans passer par le mercure, explique lucidement Darwin Evans, vice-président de Minerven, à El Callao. Mais il y a une quantité importante de “molinos” et de gens qui dépendent de leur activité. A mesure du processus d’organisation, on devrait dépasser cette phase, mais ça va forcément prendre du temps. »
Nous faisant visiter son modeste « molino » de Tesoro de Dios, Mireya Cobarubia confirme à sa manière : « On est conscients de ce que le mercure est mauvais pour notre santé et l’environnement, qu’il va arriver un jour où ce moulin ne pourra plus fonctionner, à cause de la contamination, et qu’on devra apporter le matériel directement à l’usine de cyanuration. Donc, tout le monde commence à se réorganiser, mais sans pression. » Un processus de transformation graduel qui a, quoi qu’on en pense, le mérite d’avoir commencé. Et dans lequel chacun peut trouver son compte s’il est bien mené…
« En 2005-2007, avec le CNTQ, on a calculé la quantité d’“arenas” issues du mercure non encore retraitées, raconte Vásquez, évoquant l’Etat de Bolivar. On est arrivés à 10 millions de tonnes ! Si l’on répartit cette quantité entre les traditionnelles équipes de mineurs, et si l’Etat finance ou subventionne de nouvelles installations de cyanuration, ils vont récupérer de l’or sans être tentés de partir dans les zones de forêt primaire ! »

Souvent levés à quatre heures du matin pour arpenter routes et pistes de terre rouge, les membres de la Mission Piar déploient une activité aussi enthousiaste qu’incessante. Militants autant que fonctionnaires, ils constituent la pièce maîtresse de « la grande transformation » recherchée. Deux cent-trente étudiants et professionnels du Plan de travail pour les jeunes – géologues, ingénieurs des mines, travailleurs sociaux, bacheliers, de toutes les universités de l’Etat de Bolivar – actuellement en formation au cri enthousiaste et ludique de « pico, pico / pala, pala / manea, manea / la batea [12 ! », vont les assister pour, selon José Ortiz, « entreprendre une humanisation des mines ». En poussant à l’abandon du mercure, déjà interdit, mais qui jouit d’une période de « tolérance » : « On n’envoie pas l’armée, on fait les choses progressivement. Quand le temps de grâce sera terminé, tout le monde devra se soumettre à la loi. » Avec des principes simples à comprendre. Par exemple : « Si tu as dévasté la nature, tu dois replanter ! »
La mission entend également favoriser l’émergence de projets socio-productifs – pisciculture, agriculture, briqueteries, petites entreprises – « car il ne s’agit pas de remplacer la rente pétrolière par la rente minière ». Ce qu’ont manifestement intégré nombre d’intéressés : « On a déjà prévu un terrain pour monter un élevage de porcs et développer le maraichage, confirme ainsi Ramón Calderón en nous accueillant dans la zone de La Ramona (1 500 familles, plus une population flottante de 500 personnes). On projette également d’avoir un camion, une ambulance, un module de santé, un terrain de foot, une bonne école et un lycée avec leur cantine. Nous devons aussi préparer notre jeunesse en l’envoyant à l’Université… »
Autres axes de travail, « la santé intégrale, sexuelle et reproductive » ainsi que la sécurisation des mines, souvent dangereuses, non étayées, mal ventilées, où ne sont utilisés ni casques, ni masques, ni gants. Et même un registre « loisirs » pour pousser les mineurs à créer des équipes de football, organiser des tournois, « prendre des vacances de quelques jours au bord de la mer plutôt que de dépenser tout leur fric au bordel… »
« On dira que je suis fou, rit Ortiz, mais c’est notre rôle ! La mine doit cesser d’être un espace de production avec violence pour devenir un espace de production humain. »

« Vous allez vous marier avec un projet et ses difficultés, annonçait ce même Ortiz le 10 mars, sans langue de bois, aux deux cent soixante « chamberos » – jeunesde la « Chamba Juvenil » – réunis à Ciudad Bolivar, capitale de l’Etat que borde le puissant Orenoque. Il y a des choses qu’on pourra faire immédiatement, d’autres à moyen terme, d’autres à long terme. Lorsque des complications inattendues vont surgir, ne sombrez pas dans le découragement. Aucun de nos efforts ne sera vain. Nous ne pouvons pas nous rendre ! Notre champ de bataille, c’est les mines, les pieds dans la boue, avec les gens. »
De fait, le message global commence à générer une dynamique. Les premiers résultats sautent aux yeux. Lors d’une visite à San Rafael de la Camora, l’éternel sourire d’Ortiz s’élargit : « la alzadora » – un simple monte-charge – protège du vide impressionnant les trois hommes qu’il transporte à moins 85 mètres grâce à de très inhabituelles sangles de sécurité. Tous les mineurs portent bottes et casque de sécurité.
De quoi motiver les « chamberos » qui se préparent à se lancer dans l’aventure, avec ferveur, « patriotisme », ils ne s’en cachent pas, mais aussi quelques craintes au fond des yeux. Jolie brune de 32 ans abritée derrière de larges lunettes de soleil, Maria Santoya frissonne : « Tu te demandes comment on va te recevoir… Il y en a qui sont dans les mines depuis une éternité, sur plusieurs générations, et nous, on va se pointer et leur dire qu’il faut mettre un casque, un masque pour les poumons, des gants de chantier ! “Qu’est-ce que c’est que cette jeunette qui vient m’expliquer ce que je dois faire”, vont-ils penser… » Laissant fuser un léger rire, une de ses copines l’interrompt : « C’est tous des hommes ! C’est justement parce qu’on est des “muchachas” qu’ils vont ouvrir de grands yeux et nous écouter. » Ce à quoi Isberlyn González, une géologue de Caroni, ajoute : « On n’y va pas seulement pour les mineurs. On y va aussi pour aider, sur le plan social, leurs femmes et leurs enfants. » Derrière elles, dans un charivari d’exclamations joyeuses, un groupe rugit : « Pico, pico / pala, pala / manea, manea / la batea  ! »
C’est aussi ça, le Venezuela.

« On a défini cinq minéraux stratégiques  : l’or, les diamants, le coltan, le cuivre et l’argent », commente le ministre Victor Cano. Le coltan est exploité depuis moins longtemps que l’or, et de façon artisanale. On ne savait pas qu’il était si important, on n’en a entendu parler que ces dernières années. » Et pour la première fois en 2009, quand Chávez en personne révéla qu’on avait découvert des mafias exploitant de manière illégale et détournant en contrebande en Colombie « un métal stratégique appelé coltan ».
Minerai aussi précieux que l’or du fait de son utilisation dans les industries électronique et spatiale, indispensable à la fabrication des téléphones portables, tablettes et condensateurs d’ordinateurs que même les « écolos » les plus purs utilisent quotidiennement pour dénoncer son extraction « par le gouvernement irresponsable de Maduro », le coltan peut être extrait artisanalement et dans des conditions apocalyptiques, comme en République démocratique du Congo (RDC), ou selon un mode industriel, mécanisé et relativement sécurisé. Pas d’enfants dans les mines donc, ni travail forcé au Venezuela où deux entreprises mixtes fonctionnent d’ores et déjà dans le secteur de Los Pijiguaos. Le 9 septembre 2017, l’Entreprise mixte minière écosocialiste Parguaza (Emmepas) a annoncé avoir produit sa première tonne et le pays a communiqué qu’il allait procéder à sa première exportation « officielle » – aucune nation d’Amérique latine ne disposant encore d’installations pour raffiner cet « or bleu ».
Lui aussi exploité artisanalement, le diamant fait l’objet, depuis plusieurs années, de négociation et de discussions avec des entreprises angolaises et sud-africaines intéressées par une association avec l’Etat vénézuélien. D’après le président Maduro, cité par le quotidien El Universo du 3 juin 2017, la zone concernée s’étend sur 10 000 hectares où, estiment les géologues, se trouveraient 40 millions de carats [13].

Ne voir dans l’arrivée de multinationales, dans les conditions précitées, qu’une « mise à l’encan du pays » et une « soumission au capitalisme » a un aspect terriblement simpliste et réducteur. Toutefois, que le retour de la canadienne Gold Reserve reste en travers de la gorge de ses détracteurs n’a rien non plus de vraiment indécent.
En 1992, pour exploiter la mine Brisas de Las Cristinas, Gold Reserve a obtenu une concession, dont elle s’est crue propriétaire (alors que, selon la Constitution, le sous-sol appartient à la nation). Lorsque, en 2009, Chávez a révoqué cette concession, la multinationale en a appelé à la Banque mondiale qui, bien entendu, à travers le Centre international de règlement des différends relatifs aux investissements (Ciadi), lui a donné raison. Au terme de six années de confrontation, l’Etat vénézuélien a été condamné à payer 1,037 milliards de dollars d’indemnité – dont près de 800 millions ont été réglés, le solde donnant lieu à un accord qui permet la création de l’Entreprise mixte éco-socialiste Siembra minera, dont la compagnie canadienne possède 45 % des actions. Le champ d’action de ce « partenariat, que le pouvoir entend « plus écologique qu’auparavant », s’étendra sur les 18 951 hectares du projet Brisas Cristinas, l’un des plus importants gisement d’or et de cuivre du monde, où Gold Réserve opérait avant 2009 et où elle a laissé derrière elle un désastre épouvantable en matière d’environnement [14].

L’apparition en 2016 de la Compagnie anonyme militaire des industries minières, pétrolières et gazières (Camimpeg) provoque tout autant les suspicions. Pour le pouvoir, il s’agit, la crise économique étant ce qu’elle est, de permettre à ce « moteur industriel militaire » de générer des ressources afin de subvenir à ses besoins en matière d’équipement, d’armement et de fonctionnement. Et, s’agissant de l’Arc minier, d’y assurer une présence permettant de contrôler et réduire la présence des groupes irréguliers. Pour ses critiques, ce « cadeau » fait aux généraux donne à ceux-ci un pouvoir économique, et donc politique (déjà non négligeable) préoccupant. D’autres, et pas forcément anti-chavistes, du côté de Guasipti et El Callao, se montrent dubitatifs – certains militaires se montrant, en quelques circonstances, sur le terrain, moins enclins à travailler de pair avec le peuple « minero » qu’à défendre des intérêts douteux, y compris à travers la corruption ou même parfois la répression.
Les mêmes rajoutent généralement que si Washington et l’opposition, à la recherche d’un « Pinochet » (« démocratique », cette fois !), n’appelaient pas ouvertement les forces armées à renverser Maduro, le pouvoir aurait moins de raisons de s’assurer sa fidélité en lui consentant quelques « gratifications » excessives. Néanmoins limitées dans le cas présent : contrairement aux thèses absurdes véhiculées par les réseaux sociaux – qui mériteraient d’ailleurs, à l’examen, d’être rebaptisés « copier-coller sociaux » – les militaires ne se sont pas vu octroyer l’exclusivité de l’exploitation de l’Arc minier : ils ne pourront opérer que dans deux zones, quand on peut supposer qu’ils en espéraient beaucoup plus.

D’après le recensement de 2011, 54 686 Indigènes vivent dans l’Etat de Bolivar, répartis dans 182 communautés. Il n’est pas possible ici d’entamer une description systématique des frictions existant sur ce thème, très classiques au demeurant. Arrêtons nous plutôt sur quelques instantanés qui aideront à baliser le terrain.
D’après les opposants, le gouvernement ne respecte pas la Constitution qui, dans son article 119, traite des « garanties que les Indigènes doivent avoir quant à leurs terres » et, dans le 120, précise que l’exploitation des minerais y existant se fera « sans préjudice pour leur intégrité culturelle, sociale et économique ». La loi organique des peuples indigènes de décembre 2005, par ailleurs, prévoit une « consultation préalable et informée (…) de bonne foi, prenant en compte les langues, la spiritualité, respectant l’organisation propre, les autorités légitimes (…) des peuples et communautés indigènes concernés ». Obligation qui ne serait pas respectée.
De son côté, en mai 2017, le ministre Jorge Arreaza nous affirmait que de telles consultations, respectant les formes et les normes, avaient bel et bien lieu. « On leur présente le projet, on leur explique l’impact environnemental. S’ils disent “ici, non, c’est un territoire sacré”, on écarte immédiatement. On leur explique aussi le besoin de main d’œuvre, certains s’opposent, d’autres non. »
Pour Juan Carlos Velásquez, capitaine général des communautés du « municipio » Gran Sabana, l’Arc minier représente un problème de plus pour des populations déjà affectées par les trafiquants de combustibles. Dans le même registre, Esteban Rodríguez, porte-parole des Ye’kuana de l’Alto Ventuari (Amazonas), estime qu’« il attirera des inconnus sur le territoire, prostituera les femmes indigènes et apportera des maladies ». Francisco Rojas, de la Confédération indigène bolivarienne d’Amazonas, affirme quant à lui qu’il provoquera « des guerres et des problèmes entre Indigènes, car quelques membres des communautés concernées par le décret ont donné leur accord et l’ont même fait savoir à l’opinion publique [15 ».

Deux logiques, deux cultures, deux modes de pensée ? Pas forcément. Les « peuples originaires » ne constituent pas un bloc homogène. Pour le compte de la communauté Mapoyo, Jairo García, lors d’une audience devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme, a fait connaître son appui au développement de l’Arc minier. Une partie des Yekuana partage cette position « pro-minería  ». Les Pemones ont une histoire minière ancestrale. Pour le meilleur et pour le pire : utilisation du mercure, liens avec les contrebandiers. Le 2 mars dernier, pendant notre séjour, alors que la vice-ministre devait rencontrer leur capitaine général le lendemain, ils séquestraient une fonctionnaire, provoquant l’émoi. Car les logiques des fils de la « Terre-mère » sont parfois tordues : alors qu’ils ont signé une alliance stratégique et pratiquent l’extraction de l’or, ils veulent pouvoir le faire dans une zone qu’a interdit le gouvernement pour… préserver la biodiversité !

Au-delà des polémiques et controverses, une forte majorité de mineurs plébiscite manifestement le changement. Le 9 mars, dans la chaleur moite de Caicara del Orinoco, sous les paillotes d’un « Club de musique créole », une assemblée attentive et joyeuse assiste à la signature de 43 « alliances stratégiques » entre le gouvernement et des petits producteurs de diamant. A la tribune, le ministre Victor Cano côtoie le vice-président de la BCV José « Chino » Khan, le gouverneur du Bolivar Justo Noguera, les autorités militaires et les édiles locaux. « Cette alliance stratégique avec l’Etat est un acte historique de dignification de notre travail, scande, sans trop de précautions oratoires, l’orateur qui ouvre la cérémonie. Avec tout le respect pour nos Forces armées, ici présentes, les mineurs artisanaux qui sortaient les diamants pour nourrir leur famille avaient peur chaque fois qu’elles apparaissaient ! Ils étaient illégaux, on leur brûlait tout, on leur détruisait leurs machines, comme s’ils étaient des délinquants. Ce qu’ils voulaient, c’était simplement travailler pour élever leurs enfants. Aujourd’hui, grâce au gouvernement révolutionnaire, c’est possible… D’autres vont nous rejoindre. (…) L’or, le diamant, le coltan vont jouer un rôle aussi important que le pétrole et notre activité va être capitale pour renforcer économiquement la patrie dans la difficile situation que nous traversons. »
On pourrait multiplier les déclarations entendues à l’infini, mais l’essentiel, ce jour-là, est dit. On citera simplement la confirmation apportée par Catalina Gómez, sympathique jeune femme actionnaire d’une modeste mine – neuf personnes au fond du « barranco », cinq en surface – dans le secteur Pérou d’El Cllao : « Avant, on avait des problèmes, on nous confisquait nos machines, on nous maltraitait, on nous expulsait ! Maintenant, on est protégés par l’Etat, ça nous permet de travailler. »
Un Etat qui récolte les fruits de sa politique : alors que la Banque centrale (BCV) ne recevait que 500 kilos d’or en 2016, elle en a stocké 8,5 tonnes en 2017 et en annonçait déjà 8 tonnes début mars 2018 – avec un objectif raisonnable de 24 tonnes en fin d’année. Deux milliards de dollars pour le fisc, espère Victor Cano. Un dur coup aux mafias étrangères qui, durant des années, se sont enrichies sur le dos du pays. Et de quoi alimenter la fureur de Washington et de l’opposition… C’est en effet grâce à cet or que le Venezuela, soumis à des sanctions économiques chaque jour plus pénalisantes des Etats-Unis, a pu financer une partie de ses importations, en particulier d’aliments, en janvier et février 2018.

Avec la complexité de ses causes, de ses effets et de ses contradictions, la transformation et l’utilité de l’Arco requièrent, comme on peut le voir, pour être jugées objectivement, un minimum d’informations et de bonne foi. Décoloniser la « minería », la rendre moins prédatrice pour l’environnement, améliorer la situation de dizaines de milliers de travailleurs, tout en remplissant les caisses de l’Etat… On peut débattre de cette approche, douter de sa réussite (et pour certains souhaiter son échec !), mais, en tout état de cause, on est loin de la planification cynique et irresponsable du « saccage à grande échelle » régulièrement dénoncé.
Le 20 mars dernier a été célébré le premier anniversaire de la création du Parc national indigène populaire Caura, espace vierge de 7,5 millions d’hectares (20 % de l’Etat du Bolivar), dans lequel vivent, entre autres, sept ethnies – Yekwana, Sanema Hoti, Pemón, Hivi (Guajibo), Eñepa et Kariñas – reconnu par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) comme la zone forestière humide protégée la plus grande du monde.
Oui… au Venezuela !

L’Arc minier de l’Orénoque, les « écologistes » et les mafias

Photographies : Maurice Lemoine

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« Forêt vierge » entre Guasapati et El Callao !

 

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Mine de San Rafael de la Camora

 

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Mine de San Rafael de la Camora (moins 85 mètres)

 

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Mine de San Rafael de la Camora

 

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Mine de San Rafael de la Camora

 

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Mine de San Rafael de la Camora

 

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Mine de San Rafael de la Camora

 

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Traitement du minerai au mercure dans l’installation de La Romana (El Callao)

 

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Traitement du minerai au mercure dans l’installation de La Romana (El Callao)

 

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Résidus du traitement au mercure (« la cola »)

 

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Traitement du minerai au mercure dans l’installation de La Romana (El Callao)

 

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Amalgame de l’or et du mercure

 

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Campement de mineurs

 

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« Chamba Junevil minera » (Guasipati)

 

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« Chamba Junevil minera » (Guasipati)

 

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Installation de traitement au cyanure (El Callao)

 

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Installation de traitement au cyanure (El Callao)

 

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Installation de traitement au cyanure (El Callao)

 

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Installation de traitement au cyanure (El Callao)

 

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Résidus de traitement au mercure (Mine « Tesoro de Dios »)

 

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Produits chimiques

 

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Mine à ciel ouvert

 

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Particules d’or retenues par le mercure

 

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Mine de la zone El Perú (Le Pérou)

 

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Mine de la zone El Perú (Le Pérou)

 

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Mine de la zone El Perú (Le Pérou)

 

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Mine de la zone El Perú (Le Pérou)

 

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El Perú : bidonville créé par les nouveaux arrivants au cours des huit derniers mois

 

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El Callao

 

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El Callao

 

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El Callao

 

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Signature d’une « Alliance » avec les producteurs de diamants (Caicara del Orinoco)

 

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Signature d’une « Alliance » avec les producteurs de diamants (Caicara del Orinoco)

 

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Signature d’une « Alliance » avec les producteurs de diamants (Caicara del Orinoco)

 

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Signature d’une « Alliance » avec les producteurs de diamants (Caicara del Orinoco)

 

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Diamants remis symboliquement au ministre Victor Cano (Caicara del Orinoco)
Notes

[1] Table d’Unité démocratique : organisatrice des violences insurrectionnelles qui se sont soldées par 45 morts en 2014 et 125 en 2017 parmi les opposants, les forces de l’ordre, des malchanceux passant au mauvais endroit au mauvais moment et des chavistes, avec, à chaque fois, des centaines de blessés.

[2] « Arc minier de l’Orénoque  : quand Maduro et l’opposition s’entendent sur le dos des indigènes, des travailleurs et de l’environnement », Hebdo anticapitaliste, Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Paris, 26 juin 2017.

[3] D’après les chroniques, on peut même remonter plus loin puisque celles-ci rapportent que, à l’époque coloniale, les missionnaires faisaient exploiter l’or par les Indigènes afin de l’exporter en Espagne.

[4] Processus d’évaluation et de quantification des réserves minières exécuté par des organismes scientifiques d’exploration et d’analyse du sous-sol.

[5]  BBC Mundo, Londres, 12 février 2018.

[6] Général pendant les guerres d’indépendance et ami de Simón Bolivar, Manuel Carlos Piar, condamné à mort pour « insubordination sédition et conspiration », fut exécuté le 16 octobre 1817 après que Bolivar ait ratifié la sentence.

[7] La petite « minería » traite entre 0 et 100 tonnes de minerai aurifère par jour ; la moyenne, entre 100 et 500 tonnes ; la grande, aujourd’hui représentée par la seule Minerven, plus de 500 tonnes.

[8] Programme de formation et de production destiné à inclure 600 000 jeunes dans le développement d’un nouveau programme économique rompant avec le rentisme pétrolier.

[9] Début mars 2018, lors de la réalisation de ce reportage, 1 dollar s’échangeait officiellement contre 25 000 bolivars ; au marché noir, il permettait d’obtenir 240 000 bolivars.

[10] A El Callao, depuis 2009, 37 % de la population présente des taux de mercure supérieurs au niveau tolérable.

[11] C’est l’acquisition nécessaire de « moulins à bol de broyage » et de réservoirs avec injection d’air, qui rend important l’investissement pour une usine de cyanuration.

[12] « Pic, pic, pelle, pelle, remue, remue la batée ! »

[13] 1 carat = 0,20 grammes.

[14] Ce retour de Gold Reserve se fait pour elle à des conditions avantageuses. Toutefois, contrairement aux allégations des opposants, les impôts et taxes qu’elle devra payer, ainsi que les bénéfices revenant à l’Etat n’ont rien de léonins. Lire : « Oro y CIADI : El arreglo de Gold Reserve con Venezuela », Mining Press, Buenos Aires, 8 août 2016.

[15] Lorena Meléndez, « El Arco minero pasó hasta por encima de los derechos indígenas », Runrunes, Caracas, 23 février 2017.

http://www.medelu.org/L-Arc-minier-de-l-Orenoque-les

« Il faut diversifier notre économie sans toucher au social »

Publié par Venezuela infos dans Etats-Unis,

Jorge Rodriguez

Dans un entretien réalisé pour l’Humanité par Cathy dos Santos, Jorge Rodriguez, ministre vénézuélien de la Communication et chef de campagne du président Nicolas Maduro, candidat à sa réélection, revient sur les raisons de l’échec des pourparlers avec l’opposition, dont une partie concourra au scrutin présidentiel.

L’élection présidentielle aura lieu le 20 mai prochain dans un contexte économique très tendu. Une partie de l’opposition a annoncé qu’elle ne participera pas à ce scrutin. Pourquoi selon vous ?

Jorge Rodriguez Voilà deux ans que le président Nicolas Maduro appelle l’opposition à un processus de dialogue. Un processus durable pour jeter les bases d’une cohabitation pacifique et ce, malgré le fait que nous ayons une vision du pays différente. Nous prônons des modèles sociaux, politiques, économiques complètement antagoniques. Mais, pour le gouvernement, il s’agissait d’éviter toute action extraconstitutionnelle : coup d’État, violences dans les rues… Cette proposition de dialogue s’est concrétisée par plus de cent cinquante réunions secrètes et officielles avec l’opposition. Après l’élection de l’Assemblée nationale constituante en août 2017, l’idée de renouer le dialogue en République dominicaine a été avancée. Le président dominicain, Danilo Medina, a offert ses bons offices. Le dialogue a abouti en décembre à un préaccord qui contenait toutes les garanties électorales, à savoir le registre électoral, la présence d’une observation internationale, la composition du Conseil national électoral. Il abordait également le renforcement institutionnel, la reconnaissance de l’Assemblée nationale constituante de la part de l’opposition…

En tant que chef de la commission de dialogue du gouvernement bolivarien, vous étiez aux premières loges de ces pourparlers en République dominicaine. En février encore, l’accord était présenté comme imminent…

Jorge Rodriguez Durant l’année 2016, les dirigeants de l’opposition vénézuélienne et les mentors internationaux tels que le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, le chef de l’État colombien, Juan Manuel Santos, et même le président américain, Donald Trump, disaient que la solution à la crise politique passait par une présidentielle. En décembre donc, nous nous sommes fixé comme objectif un nouveau round de discussion exclusivement autour de la question de l’agenda électoral. L’opposition voulait que la présidentielle se tienne le 9 juin et nous, le 18 mars. L’ancien président du gouvernement espagnol, et médiateur, José Luis Rodriguez Zapatero, entreprend un voyage à Caracas et se réunit avec l’opposition. Celle-ci avance alors la date du 22 avril, et le président Nicolas Maduro donne son accord. J’ai moi-même appelé les responsables de la Mesa de Unidad Democratica (MUD – coalition de l’opposition), en leur confirmant que nous allions donc signer l’accord. Tout était prêt en République dominicaine jusqu’au pupitre où nous devions faire nos déclarations officielles. Et puis, dans l’après-midi, Julio Borges, l’ancien président de droite de l’Assemblée nationale, a reçu un appel téléphonique de la Colombie.

Qui était au bout du fil ?

Jorge Rodriguez Coïncidence, le secrétaire d’État américain (qui a depuis été limogé), Rex Tillerson, entreprenait une tournée en Amérique latine. Ce jour-là, il se réunissait avec le président colombien, Juan Manuel Santos. L’opposition nous a alors annoncé qu’elle ne signerait pas l’accord. De retour à Caracas, José Luis Rodriguez Zapatero a envoyé une lettre à l’opposition pour lui demander quelle était son alternative dès lors qu’elle refusait de participer à une élection présentant les garanties sur lesquelles elle avait elle-même travaillé.

Peut-on affirmer que les États-Unis ont directement influencé la décision de la coalition de droite de ne pas signer l’accord politique et électoral ?

Jorge Rodriguez Il n’y a aucun doute à avoir en la matière. Tout comme il est vrai également que le chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis à Caracas, Todd Robinson, a demandé à Henry Ramos Allup, qui s’était porté pré-candidat de l’opposition à l’élection présidentielle, de ne pas se présenter.

Lors de sa tournée en Amérique latine, l’ex-secrétaire d’État Rex Tillerson a plaidé pour la constitution d’une sorte de front anti-Venezuela. Cet appel augure-t-il d’un interventionnisme plus direct de Washington ?

Jorge Rodriguez Le président Donald Trump a intronisé une période des plus agressives à l’encontre du Venezuela. Il s’agit d’un suprémacisme grossier, virulent. L’intention est claire : empêcher le Venezuela de poursuivre ses transformations par la voie démocratique des urnes.

En dépit de la posture de certains dirigeants de l’opposition, Henri Falcon s’est porté candidat à la présidentielle. Comment interprétez-vous son choix ?

Jorge Rodriguez La MUD est composée de plusieurs partis. Quatre d’entre eux dénient aux autres le droit de participer à une élection ou d’intervenir dans les prises de position de cette coalition. Mais, au vu de l’accord qui avait été élaboré en République dominicaine, Henri Falcon a décidé de participer à la présidentielle. Parce qu’il a fait ce choix, on le présente aujourd’hui comme un chaviste, comme un faux opposant. Pour rappel : il a été deux fois gouverneur de l’État de Lara pour l’opposition et il a occupé le poste de chef de campagne du candidat de la MUD, Henrique Capriles, à la présidentielle de 2013.

L’Union européenne pourrait-elle emboîter le pas à Washington et ne pas reconnaître les résultats de l’élection présidentielle du 20 mai ?

Jorge Rodriguez Il est triste que des pays européens endossent les mêmes habits que les États-Unis et mènent de ce fait une politique agressive envers le Venezuela. Ne trouvez-vous pas étrange que notre pays subisse des sanctions parce qu’il organise des élections ? Nous parlons d’élections libres, transparentes et secrètes. En Colombie, les électeurs photocopient leurs bulletins de vote. Au Honduras, 65 % des bulletins de vote disparaissent. C’est tellement incroyable que même Luis Almagro, le président de l’Organisation des États américains, n’a pas certifié la validité des élections honduriennes. Au Brésil, comment Michel Temer (président autoproclamé suite au coup d’État contre la cheffe de l’État de gauche, Dilma Rousseff – NDLR) a-t-il été élu ? Que s’est-il passé au Paraguay après le coup d’État ? L’ancien président Jimmy Carter a dit de notre système électoral qu’il était l’un des plus fiables au monde. C’est le même qui a permis à l’opposition de remporter les législatives en 2015. Il s’agit de nos vingt-cinquièmes élections en dix-huit ans. On nous menace de sanctions parce que nous faisons ce que l’opposition nous demandait de faire en décembre dernier, c’est-à-dire d’avancer la présidentielle ! Les garanties électorales existent et ceux qui souhaitent envoyer une mission d’observation peuvent le faire.

Vous évoquez le climat régional. L’avènement de plusieurs gouvernements de droite ne participe-t-il pas également à une forme d’isolement de Caracas ?

Jorge Rodriguez Avec les virages droitiers pris dans certains pays, nous pourrions dire que nous assistons à une « restauration », au retour du modèle néolibéral, qui a pourtant généré tant de pauvreté sur notre continent. Les structures que nous avons promues telles que l’Alliance bolivarienne pour les Amériques, la Communauté des États latino-américains et caribéens ou encore l’Union des nations sud-américaines sont fragilisées. Pourtant, lorsque les présidents de gauche les ont impulsées, personne n’est allé demander au président mexicain ou au président colombien quelles étaient leurs idéologies pour pouvoir les intégrer. Nous avons toujours promu l’unité. Le président péruvien Pedro Pablo Kuczynski voulait interdire au président Maduro de participer au sommet des Amériques de Lima (les 13 et 14 avril) mais c’est lui qui n’y assistera pas puisqu’il a été démis de ses fonctions pour son implication dans la grande affaire de corruption Odebrecht. Néanmoins, je crois que nous assisterons à une récupération des forces progressistes en Amérique latine avec l’élection au Venezuela mais également en Colombie, ou encore au Brésil si Lula ne se voit pas interdit d’élection. Il a d’ailleurs eu cette phrase terrible : « S’ils me tuent, je deviens un martyr. S’ils me mettent en prison, ils font de moi un héros et si je suis libre, je serai président. »

Pour revenir à la situation économique vénézuélienne, les nouvelles sanctions contre la cryptomonnaie, le petro, auront-elles un impact sur le scrutin ?

Jorge Rodriguez Le Venezuela est soumis à des sanctions unilatérales. Il s’agit d’un véritable blocus économique et financier. On parle beaucoup de la crise humanitaire que connaît le pays mais nous avions 1 500 millions de dollars que la République bolivarienne destinait à acheter des médicaments et des aliments, ici, en Europe. Ils ont été bloqués ! Face à cette situation, le président Nicolas Maduro a avancé une série de plans pour protéger le peuple vénézuélien. Il s’agit d’une protection directe de 6 millions de familles qui concerne 20 millions de Vénézuéliens sur une population totale de plus de 31 millions d’habitants. Chaque mois, ils reçoivent 18 produits du panier de base. Le carnet de la patrie permet à 16 millions de personnes de bénéficier d’une protection sociale accrue pour préserver les droits fondamentaux du peuple. En dépit de la crise économique et financière, le caractère social du modèle vénézuélien n’a pas été touché puisque 74 % du budget sont destinés aux dépenses sociales. Aucun des 34 000 centres de santé n’a été fermé même si nous avons des difficultés d’approvisionnement de médicaments. Dans le cadre de la grande mission logement, nous venons de franchir les 2 millions d’appartements livrés en sept ans. Hier encore, à chaque crise pétrolière, les gouvernements abandonnaient aussitôt les politiques sociales pour maintenir les bénéfices d’une minorité de la population. La révolution chaviste fait exactement le contraire.

L’inflation atteint des records hallucinants. Ses conséquences ne peuvent être endiguées par les seules politiques sociales. Quelles mesures adoptez-vous pour y faire face ?

Jorge Rodriguez Il faut des réponses plus macroéconomiques. Le président a annoncé des mesures de compensation monétaire avec la suppression de trois zéros du bolivar. La prévente du petro, la cryptomonnaie, a été de 5 milliards de dollars. Cela va permettre de nous désengorger du blocus financier. Le président Donald Trump ne peut endiguer le petro, sauf à éteindre Internet sur l’ensemble de la planète. Les réserves de la cryptomonnaie s’élèvent à 5 342 millions de barils de pétrole à Ayacucho. Elles s’appuient aussi sur d’autres ressources : nous venons de découvrir la quatrième mine d’or la plus grande au monde. Sans parler du cuivre, des diamants. Le petro doit nous aider à détruire la dictature du dollar au Venezuela.

La crise économique que connaît votre pays ne révèle-t-elle pas les limites d’un modèle économique hyperdépendant de sa rente pétrolière et donc celles de son manque de diversité économique ?

Jorge Rodriguez Oui, bien sûr. Mais la chute drastique du cours du pétrole est partie intégrante de la guerre économique de l’administration contre le Venezuela mais également contre la Russie et l’Iran avec qui nous avions scellé des accords au sein de l’Opep pour stabiliser le prix du pétrole. Cela fait cent vingt ans que le Venezuela a un problème de dépendance au pétrole. Il faut substituer le modèle de la rente mais sans toucher au modèle de protection sociale. Le président Nicolas Maduro en a fait sa principale proposition de campagne présidentielle. Il nous faut diversifier notre économie pour garantir, par exemple, notre suffisance alimentaire. Le petro a permis au Venezuela d’accéder à des ressources financières renouvelées. Car l’idée est que le pétrole ne soit plus la première source de financement. Deuxièmement, nous devons substituer le cours monétaire avec le petro. 2018 doit être l’année de la mise en échec de l’inflation. L’élection, avec ces cinq candidats, constitue une étape importante pour générer un climat plus propice à la paix sociale mais également économique.

Jorge Rodriguez
Ministre de la Communication du Venezuela

entretien réalisé par Cathy Dos Santos.

Source : https://www.humanite.fr/venezuela-il-faut-diversifier-notre-economie-sans-toucher-au-social-652993

Nicolas Maduro interdit toute expulsion de paysans et exige d’arrêter les responsables de ces exactions

Texte : Alba Ciudad (Luigino Bracci Roa)

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Jhenzi Erazo González, membre de la Cooperative Caño Avispero, reçoit le titre de propriété des terres.

“Compagnon Castro Soteldo (Ministre d’Agriculture et des Terres), compagnon Aristóbulo (Ministre des Communes), enquêtez et allez-y à fond. Dites-moi ce qu’il y a à faire et à qui couper la tête !” a dénoncé le Président Maduro lors d’une transmission en direct par la télévision publique VTV. “Je ne veux pas de grands propriétaires, de corrompus ni de complices de grands propriétaires dans le gouvernement bolivarien ! Qu’on les chasse tous ! Que soient arrêtés tous ceux qui ont emprisonné cette petite fille ! En prison, ces voyous !”

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Angélica Palencia et sa fille Juana María. Photo: La Tabla

Maduro faisait allusion à Juana María, une fillette de 5 mois dont la mère, la paysanne Angélica Palencia, de 30 ans, fut une des personnes arrêtées le 16 mars dans la municipalité Obispo Ramos de Lora de l’État de Mérida. La fillette, pour pouvoir être allaitée, était amenée plusieurs fois par jour jusqu’au siège du Corps d’Investigations Scientifiques et Pénales et Criminelles (CICPC) de El Vigía, où ont été reclus les 32 paysans, dont la maman.

“Quel besoin y avait-il de faire entrer cette fillette dans une cellule froide du CICPC?” s’est exclamée durement Jhenzi Erazo González, membre de la Coopérative Caño Avispero, “une des victimes de El Vigía”, ainsi que l’a appelée le Président vénézuélien lui-même, qui a lui a remis en main propre les titres de propriété socialiste agraire et les documents d’enregistrement agraire en faveur de la coopérative mentionnée, l’autorisant à  cultiver 350 hectares de terre de qualité A-1, de niveau optimal pour l’agriculture. Comme l’a dénoncé Angelica González, ces terres ne sont pas mises en culture par les grands propriétaires, qui y parquent des bœufs.

González a expliqué que la terre de La Magdalena, où ils travaillent, sera rebaptisée “Juana María” en honneur à la fillette de 5 mois qui l’a accompagnée lors des jours de prison.

Comme l’a expliqué le site Web La Tabla, le 16 mars dernier environ trente paysans étaient en train de travailler la terre de La Magdalena avec l’autorisation de l’Institut National des Terres du 21 septembre 2017 dernier leur permettant de mettre en production 350 hectares qui n’étaient pas cultivés. Des commissions policières du CICPC et de la Garde Nationale se sont alors rendues sur place avec deux juges du Ministère Public. Trois leaders paysans furent abordés avec de supposés mandats d’arrêt.

Leurs compagnons s’opposèrent à l’arrestation et assurèrent aux policiers qu’en cas d’arrestation de leurs compagnons, “il faudrait tous les emmener”, comme l’explique aussi la journaliste Indira Carpio, de sorte que les 32 travailleurs furent arrêtés. Parmi eux se trouvaient onze femmes et six personnes âgées, dont une atteinte d’une affection cancéreuse.

La mesure de privation de liberté fut ordonnée par la Juge du Pôle 6 de contrôle de Mérida, Rosario Méndez. La terre en conflit a pour supposé propriétaire la famille Celis Aranguren, qui – selon le site La Tabla – possèdent huit autres grandes propriétés dans la région et qu’elle voue à l’élevage alors qu’il s’agit de terres de catégorie 1 et 2, dont l’usage doit être légalement réservé à l’agriculture.

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Photo: La Tabla

 

 

Finalement, le 25 mars, les paysans ont été libérés. Le jour suivant, le Procureur Général de la République, Tarek William Saab, a annoncé que le Parquet a demandé à la Juge du pôle 6 de Mérida, de revoir sa mesure de privation de liberté contre les 32 paysans. Il a indiqué que ces paysans ont été arrêtés arbitrairement “en violation des Lois de la République, qui consacrent le droit à la terre comme Droit Humain” et a manifesté sa “ferme volonté d’affronter avec la loi les grands propriétaires”.

Il a également indiqué que le Ministère Public “assumera la défense des droits humains de nos paysannes et paysans quand ils sont victimes de puissants secteurs économiques qui veulent faire revenir le Venezuela à l’époque des grandes propriétés (latifundios) ”.

Nicolas Maduro: « J’interdis totalement les expulsions des communautés paysannes. Elles sont totalement interdites ! ». L’Assemblée Nationale Constituante ouvrira une enquête.

“J’ai demandé à l’Assemblée Nationale Constituante qu’on ouvre une enquête et que dans les 15 jours elle me remette un rapport sur les expulsions illégales, répressives, dont a été victime le mouvement paysan ces dernières semaines dans tout le pays” a insisté le Président Maduro lors de la transmission de VTV. “J’exige une enquête approfondie pour punir sévèrement ceux qui s’allient aux grands propriétaires. J’interdis totalement les expulsions des communautés paysannes. Elles sont totalement interdites !” a exprimé le mandataire national.

“Celui dont je découvre qu’il a des liens avec les grands propriétaires et utilise la force publique pour poursuivre et expulser comme cela s’est produit à El Vigia, qu’il soit sûr que je vais le faire traduire en justice et qu’il sera expulsé des rangs de la révolution ! Je le chasserai du gouvernement ! Les expulsions sont interdites ! Assez de corruption et de complicité avec les grands propriétaires ! Ca suffit ! Nous ne sommes pas une révolution complice des grands propriétaires ! Nous sommes une Révolution des paysans, des paysannes, de la justice !” a souligné le président vénézuélien.
Epurer les institutions

Après avoir reçu son titre agraire des mains du Président Maduro, Jhenzi Erazo González s’est exclamée : “Malgré tant d’intimidations de la part des différents corps de sécurité, nous sommes toujours en lutte ! Aujourd’hui notre président Nicolás Maduro Moros fait de notre rêve une réalité. Aujourd’hui, je parle au nom des 32 compagnons injustement détenus par le CIPC d’El Vigía à cause du caprice des grands propriétaires et latifundiaires et de la complicité de fonctionnaires qui sont toujours dans une institution créée en révolution telle que l’Institut National des Terres (INTI). Monsieur le Président, comment est-il possible que deux fonctionnaires aient apporté leur concours à ces actes de répression contre nous ?” s’est demandé González tout en dénonçant les fonctionnaires Yelibel Hernández et Ana Karina Pérez qui « ont participé pour que nous soyons humiliés de la manière la plus cruelle”.

La paysanne a également exigé que soit destituée la juge qui a pris la mesure d’arrestation, au mépris du titre remis par le président de l’Institut National des Terres à ce moment-là, mesure aujourd’hui ratifiée par le Président de la République.

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González a invité le président Maduro, au nom des 32 compagnons arrêtés et de la fillette de 5 mois a ce qu’il “parcoure avec nous tout l’axe Panaméricain et qu’il observe le travail que nous effectuons avec le Front Élargi Unifié de Résistance Paysanne, avec l’appui du Parti  Tupamaro et notre organisation, qui sont ceux qui nous appuient”.

Elle a aussi demandé au Président Maduro de mener les enquêtes pertinentes pour que “cette affaire n’en reste pas là”. Elle a indiqué que d’autres compagnons ont subi un déplacement forcé à la La Buena Esperanza, au cours duquel 11 compagnons furent arrêtés et qui sont encore “devant les tribunaux”, alors que l’Institut National des Terres se soit prononcé en leur faveur. “Ces compagnons ont été traités d’envahisseurs de terre et considérés comme des terroristes, et cela nous fait mal car nous sommes une seule et même famille à l’échelle de tout une nation, nous voulons produire et faire avancer ce pays”.

González a lancé un appel à l’Institut National des Terres pour qu’il “travaille la main dans la main avec nous. Sur l’axe Panaméricain nous travaillons avec trois fois rien, parce que nous n’avons pas de machines. AgroPatria (entreprise publique d’équipements agricoles) ne nous permet pas d’acheter parce que nous n’avions pas de titre agraire. Aujourd’hui nous l’avons, compagnons !”

Vous ne deviez pas vous laisser arrêter. A présent, occupons les terres pour les faire produire !”

“Je ne crois pas dans les paroles des bureaucrates ! Je crois dans la parole de cette paysanne pauvre !” a répondu le président vénézuélien après avoir écouté González. Il a insisté sur le fait qu’il faut passer de la mentalité de résistance à la mentalité offensive et productive. “Le peuple doit posséder la conscience du pouvoir. Vous ne deviez pas vous laisser arrêter. Je ne me serais pas laissé faire. En vous disant cela, tout est dit. Que celui qui a des oreilles entende bien. Ne vous laissez pas faire. Je ne me serais pas laissé faire ! (..) Et à présent il faut occuper les terres pour produire”, a insisté Maduro.

DaYKpo8W4AA14O_-680x458Le 18 avril le Venezuela atteindra les six millions d’hectares remis aux paysans.

Le président a annoncé que le 18 avril “nous allons atteindre un objectif auquel Hugo Chavez accordait beaucoup d’importance : la Révolution Bolivarienne aura octroyé six millions d’hectares aux paysans ”. Pour atteindre cet objectif, a expliqué Maduro, 44.000 hectares de plus ont été remis aux travailleurs ruraux, dont il a remis ce lundi une partie sous la forme de nouveaux titres de propriété aux paysans.

Le président a indiqué qu’il est nécessaire d’être autocritiques et d’augmenter la production agraire pour aider le pays à sortir de la problématique qu’il subit actuellement. Il a rappelé qu’en Colombie plus de 300 mille citoyens ont été assassinés en 70 ans à la suite, entre autres causes, de la lutte pour la terre. “Les terres en Colombie sont aux mains de 10 familles. Au Venezuela, la propriété des terres a commencé à se démocratiser avec l’arrivée de la Révolution Bolivarienne, la Loi des Terres (approuvée en 2011 par le président Hugo Chavez), avec la Constitution Bolivarienne (de 1999)”. Nicolas Maduro a rappelé que la Constituante accélèrera ce processus de démocratisation « pour que les terres appartiennent à ceux qui la cultivent ».

“Je demande plus d’efforts productifs. Nous ne produisons pas la quantité suffisante pour couvrir les besoins d’un pays qui veut le socialisme, qui veut l’égalité, le futur. Qui va produire pour nous ? Donald Trump ? Santos ? Nous devons produire nous-mêmes et je vais vous demander un plan productif” a dit le Chef de l’État en s’adressant aux leaders des mouvements paysans et aux ministres Castro Soteldo et Istúriz.

Maduro a également convoqué l’État Major Paysan pour que le prochain 25 avril se tienne une réunion de travail dans laquelle seront revus des plans réimpulsant le secteur agricole du pays. Il a appelé les travailleurs ruraux à revoir les plans de production sur les six millions d’hectares octroyés au secteur paysan, afin d’ « approuver les ressources en bolivars et en Petros, pour aller vers un grand plan productif de l’agriculture vénézuélienne ».

Source : http://albaciudad.org/2018/04/maduro-32-campesinos-detenidos-el-vigia-video/

Traduction : Thierry Deronne

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Dollariser le Venezuela : la promesse du candidat de l’opposition aux présidentielles, Henri Falcon.

Publié par Venezuela infos dans politique économique, Privatisation

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Selon certains médias, la dollarisation est une proposition « nouvelle » de l’un des candidats de l’opposition à la Présidence de la République, Henri Falcon, qui a fait de la confiscation de la monnaie nationale vénézuélienne l’élément central de son programme de gouvernement. Toutefois, les antécédents et l’orchestration de ce projet n’ont pas commencé avec Falcon, bien au contraire.

Les antécédents.

Depuis le lancement de Dolar Today comme arme de guerre financière dans un contexte de blocus à l’encontre du Venezuela, la question de la dollarisation s’est positionnée dans le champ médiatique comme une nécessité prétendument inéluctable. Certains cercles intellectuels vénézuéliens en lien avec des organismes de lobbies états-uniens, tout particulièrement le Centre CEDICE LIBERTAD, qui est lui-même une filiale du puissant think-thank INSTITUTO CATO, ont commencé à introduire ce thème pour rivaliser avec le débat économique national depuis 2015 au moins, année où il a acquis une certaine notoriété en deçà de ses activités académiques. Deux éléments clés ont placé cette proposition le plus à droite du spectre politique vénézuélien, où l’on peut aisément identifier avec Maria Corina Machado et l’ancien Parti Voluntad Popular. D’un côté, nous avons une appartenance à la charte intellectuelle du néolibéralisme et de ses principaux représentants ; de l’autre, une identification (pas toujours chaleureuse) de l’Instituto Cato avec le Parti Républicain, outre ses activités de lobbying et de conseil juridique en vue d’engager des réformes favorables aux grandes multinationales au sein du Congrès Américain. Entre parenthèses, il convient de rappeler que l’Instituto Cato a récompensé en 2008 le dirigeant étudiant Yon Goicoechea en lui décernant un prix créé par l’Institution elle-même, le prix Milton Friedman, à savoir 500 mille dollars en espèces remis à quiconque irait grossir les files de Voluntad Popular une fois de retour au Venezuela en 2017.

Mi-2015, CEDICE a commencé à organiser une série de rencontres internationales sur la dollarisation au Venezuela, dans la ville de Caracas. Pour améliorer l’image de ces évènements, ont été invités des acteurs financiers du processus de dollarisation qui avait été mis en œuvre en Equateur et quelques représentants de la classe capitaliste vénézuélienne comme Victor Maldonado, alors président de la Chambre de Commerce de Caracas et qui fait aussi partie du CEDICE.

En publiant une large gamme d’articles et d’enquêtes, CEDICE a tenté de se présenter comme l’avant-garde idéologique de la dollarisation au Venezuela, et a également financé des activités académiques relevant du domaine économique, en mettant en avant des référents intellectuels et en promouvant les idées de ceux qui, dans le spectre politique national, montrent de la sympathie pour la dollarisation et le démantèlement de l’Etat Vénézuélien. Le CEDICE a, par exemple, mis en avant la figure de Maria Corina Machado et ses relations en publiant ses articles, l’admettant en quelque sorte comme membre non officiel de son organisation.

Le parrainage des activités du CEDICE passe par le cordon ombilical de la NED, ce qui revient à dire par le Département d’Etat des Etats-Unis opérant par des mécanismes de pouvoir doux. Publiquement, cette institution a reconnu son soutien à cette ONG et à d’autres qui constituent un vaste réseau d’agents de déstabilisation du pays.

Bref portrait de qui se cache derrière Falcon.

Les droits d’auteur concernant la dollarisation au Venezuela reviennent à Steve Hanke. Il est actuellement le directeur de l’Instituto Cato et l’un des 30 économistes les plus influents du monde selon divers points de vue. Il a également été conseiller du second gouvernement de Rafael Caldera à qui il a proposé de dollariser l’économie vénézuélienne comme élément de base du programme de privatisation –dont tout le monde se rappelle- nommé Agenda Venezuela. Il a conseillé les chefs d’Etat de plus de 10 pays dans leur politique monétaire ; c’est un économiste qui bénéficie d’une forte présence médiatique et qui se vante d’avoir été l’artisan de la dollarisation en Equateur et du démantèlement du secteur public dans plusieurs pays d’Europe de l’Est après l’effondrement de l’Union Soviétique. Son rôle de sicaire financier au Venezuela est amplement connu et on sait qu’il est l’un des promoteurs et des conseillers de l’indice parallèle Dolar Today, dont on se sert pour dévaluer le bolivar et altérer sévèrement le système des prix de l’économie vénézuélienne. Il est aussi le créateur de « l’indice de la Misère », une méthode d’évaluation globale de la pauvreté très peu crédible en comparaison des paramètres internationaux admis, bien qu’il se révèle être un produit médiatique très rentable.

Pour Hanke, le Venezuela est le « pays le plus misérable du monde ». Il se sert de son influence dans les médias internationaux et d’importantes publications académiques et instrumentalise cette qualification pour apporter sa contribution au dossier dit « l’Etat en faillite » au Venezuela depuis le domaine qui est le sien. Autre chose pour laquelle on peut le remercier.

Depuis l’année 2015, Hanke a soutenu la dollarisation du Venezuela dans divers médias, le présentant comme un remède magique aux problèmes de l’inflation du pays, ceux-là même que Dolar Today a contribué à intensifier. Il a défendu en personne cet indice en mai 2016 lorsque l’Etat vénézuélien a dénoncé cette page web devant les tribunaux états-uniens. Cette année-là, il a accordé une interview au journal Panorama dans laquelle il affirme « Je peux résoudre les problèmes en quelques heures seulement, la seule chose à faire est de dollariser le pays, et les médicaments, les aliments commenceront à affluer. L’autre solution, que j’ai recommandée au Président Caldera et que nous avons presque mise en œuvre en 1996, mais il n’a malheureusement pas obtenu les voix suffisantes aux élections, consiste à remplacer le bolivar par le dollar comme nous l’avons fait en Equateur en 2001 », voulant montrer par là qu’il serait le seul à être capable d’engager ce processus au Venezuela.

En 2017, il a soutenu dans une publication de Forbes que son « modèle » de dollarisation du Venezuela était prêt ; il s’agissait d’un projet de loi de 8 points incluant l’élimination du bolivar, le transfert de tous les actifs de la République en monnaie étasunienne et la désignation d’un comité d’experts chargé de redéfinir le schéma des investissements et du remboursement de la dette du pays. Bien qu’à l’époque, la publication ait été propagée par de grands médias financiers, sa proposition n’a pas obtenu de soutien notoire de la part des acteurs politiques et économiques vénézuéliens. Néanmoins, son offensive destinée à influencer l’opinion publique vénézuélienne en faveur de la dollarisation ne s’est pas arrêtée là. Au mois de mars dernier, il a accordé une entrevue à El Universal du Venezuela au cours de laquelle il a de nouveau présenter le modèle qu’il avait déjà évoqué une année auparavant, mais en se référant cette fois-çi aux aspects politiques de la dollarisation, ce qui est nouveau chez Hanke : « s’il y avait un nouveau gouvernement dans ce pays, les sanctions en cours deviendraient inutiles et seraient immédiatement levées », citant l’exemple du Panama où même en pleine détérioration des relations entre les Etats-Unis et Manuel Noriega puis l’invasion ultérieure de 1989 « il n’y eut aucune difficulté à mettre en œuvre la dollarisation ».

Une conclusion qui dépasse le point de vue économique

L’idée de dollarisation ne vient pas de Henri Falcon et encore moins de son conseiller en économie, Francisco Rodriguez, même s’ils ont essayé de la présenter comme une initiative personnelle dont ils auraient la propriété exclusive. Ceci d’un point de vue économique.

D’un point de vue politique, Henri Falcon reste le candidat présidentiel qui a délégué son programme de gouvernement et son activité stratégique de campagne à un économiste étasunien. Il a ainsi mis en évidence non seulement son manque de créativité politique et économique face à la situation actuelle, mais aussi son extrême dépendance à la constellation d’idées liée au néolibéralisme. Un très mauvais service qu’il rend de la sorte à sa tentative de se distancier des autres acteurs de l’opposition qui ne cachent pas leur sympathie culturelle pour les Etats-Unis, ses ONG’s et ses think-thanks, et qui soutiennent programme d’assiègement et d’asphyxie à l’encontre du Venezuela.

Reproduire à la lettre et en actes le programme de dollarisation de Steve Hanke voulait dire, au début de la campagne de Henri Falcon, aller à l’encontre d’une charte de significations liées à l’identité vénézuélienne, comme la défense du pays et de ses principaux symboles qui comprend aussi la monnaie ne se résumant pas à ses seules propriétés métalliques. Dans le cadre de la confrontation directe imposée par les Etats-Unis ces derniers mois, ces caractéristiques ont agi au sein de la société vénézuélienne en faveur de l’unité et de la cohésion face à la menace visant ouvertement l’existence politique même du pays. C’est ce qui a constitué l’atout politique et moral fondamental du chavisme et a fait sa force en plein conflit. De ce point de vue, le fait que Falcon reconnaisse que son programme de « changement » dépend explicitement et politiquement d’un acteur identifié aux Etats-Unis le place automatiquement dans une position de confrontation à l’intérêt national. C’est un autre mauvais service qu’il se rend à lui-même lorsqu’il se présente contre le chavisme à sa base populaire face au mépris qu’il a suscité auprès des secteurs de la classe moyenne supérieure et ses principaux porte-paroles.

Il reste cependant quelques facteurs à éliminer de l’équation, surtout sur le plan de la tactique. Compte-tenu de la pression idéologique que Steve Hanke exerce sur des acteurs de l’extrême droite vénézuélienne (je pense à Maria Corina Machado), le fait d’avoir recours à la dollarisation en tant que programme central de son gouvernement pourrait représenter une manœuvre destinée à inverser le modèle de compétition qu’entretient la campagne de Falcon avec les dirigeants les plus en vue de l’opposition vénézuélienne rassemblées au sein de Primero Justicia, Voluntad Popular et Accion Democratica, et, avant tout, avec la politique de sanctions des Etats-Unis qui sont en définitive les meilleurs des tacticiens.

Pour l’instant, il bénéficie du soutien de Steve Hanke.

Il est fort probable que sur le plan tactique, Falcon se serve de la dollarisation pour obtenir un consensus minimal avec les principaux dirigeants du milieu de l’opposition et du front international contre le Venezuela, qui l’ont qualifié d’instrument de « la dictature » et l’ont accusé de soutenir la « fraude ». Obtenir l’appui de ses adversaires au sein de l’anti-chavisme est primordial pour le candidat de l’opposition afin de lui permettre de libérer sa campagne présidentielle du discrédit qui pèse sur elle. Une bonne partie de cette contre-campagne provient de porte-paroles de l’establishment états-unien qui brandissent la narrative du caractère « frauduleux » des élections du 20 mai, parmi lesquels figurent Marco Rubio, Ileana Ros et l’état-major du Département d’Etat. Ils considèrent Falcon comme un obstacle à l’escalade des sanctions économiques contre le pays après les élections. Dans ce contexte, la proposition de dollarisation tente de persuader les Etats-Unis de baisser le ton de la confrontation, celle-ci étant l’élément fondamental de l’orientation des porte-paroles les plus extrémistes de l’anti-chavisme, puisque le programme central du candidat de l’opposition accorderait à la Réserve Fédérale le contrôle total du Venezuela une fois gagnées les élections. Un bon échange apparemment pour relâcher les tensions au sein de l’opposition. Mais au-delà du point de vue de la tactique, ou de ce que Falcon tente de faire avec son arme de persuasion, il ne semble pas qu’il existe de lignes nettes de démarcation dans le spectre des dirigeants anti-chavistes puisque tous à leur manière poursuivent le même but : livrer le pays aux centres du pouvoir mondial qui a déclaré la guerre au Venezuela.

Source : http://misionverdad.com/La-Guerra-en-Venezuela/dolarizacion-steve-hanke

Traduction : Frédérique Buhl

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Tous, nous sommes le Venezuela, par Issa N’Diaye

Du 06 au 7 mars 2018 s’est tenue à Caracas une journée internationale de solidarité avec le Venezuela. Des délégués de mouvements sociaux, d’organisations de société civile, de partis politiques, intellectuels, artistes, religieux, autres, sont venus de tous les continents et régions du monde. Amérique latine : 116, Amérique du Nord : 48, Caraïbes : 33, Afrique : 19, Europe : 34 et Océanie.

De nombreux délégués ont pris la parole pour dénoncer la guerre totale et multiforme (économique, financière, médiatique, diplomatique et militaire) imposée par les Etats Unis d’Amérique et leurs alliés européens et sous-fifres de pays tiers au peuple du Venezuela et à son gouvernement légitime. Les dénonciations les plus fortes sont souvent venues des délégués venus des Etats-Unis, du Canada et d’Europe.

D’avril à juillet 2017, les attaques armées ont causé au Venezuela 120 morts, des milliers de blessés, la destruction de centaines de centres de santé, écoles, unités de transport et installations publiques.

Cependant, la mobilisation et la résistance des populations et du gouvernement vénézuélien a fini par faire échouer les tentatives violentes de changement de régime menées par les USA et les forces de la droite locale appuyée par celles d’autres pays d’Amérique Latine et d’Europe.

L’échec des agressions militaires par l’intermédiaire de groupes paramilitaires, la plupart étranger, a conduit à d’autres types d’action qui ressemblent fort au blocus total imposé à Cuba depuis de nombreuses décennies : blocus économiques, interdiction d’importations de denrées alimentaires de première nécessité et de médicaments, interdictions de transactions bancaires, attaques et spéculations sur la monnaie vénézuélienne, chutes des cours du pétrole, média mensonges et désinformations en tout genres. Tous les moyens même les plus amoraux ont été utilisés pour faire plier le pays, faisant des victimes innocentes parmi les populations.

Ce qui frappe avant tout en arrivant à Caracas, c’est le calme et la paix sociale face à cette hystérie qui se déchaine dans la presse occidentale. Ce qui est dépeint dans les media occidentaux est totalement différent des réalités de terrain. Le peuple vénézuélien est totalement mobilisé pour surmonter les difficultés qui lui sont imposées. La riposte populaire a conduit à la création de Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) composés de 5 à 12 familles pour assurer la fourniture aux populations des denrées de première nécessité et relancer le système de production nationale en vue d’assurer la souveraineté alimentaire. La relance de la production agricole se fait par la redynamisation de l’agriculture familiale et des coopératives paysannes.

La prise de conscience est nette au niveau du peuple et des dirigeants vénézuéliens de la nécessité de sortir du modèle économique dominant et d’explorer des voies endogènes de développement en dehors du système mondial imposé par le néolibéralisme. Partout et dans tous les domaines sont instaurés des débats populaires où sont explorées des solutions alternatives. Citoyens, spécialistes, experts, universitaires et politiques y sont impliqués dans des échanges féconds. Les délégués étrangers conviés y ont largement participé. Des expériences menées dans d’autres pays et continents ont été analysées et mises à profit.

La mobilisation populaire au Venezuela a mis en échec le plan de déstabilisation programmé par les puissances étrangères. Au plus fort de la crise, des exigences d’élections anticipées avaient été formulées par la droite locale et ses soutiens internationaux.

Ainsi les élections pour la mise en place de l’Assemblée Constituante du 30 Juillet 2017 ont été remportées par le Grand Pôle Patriotique chaviste. L‘opposition avait prôné le boycott.

Elles ont été suivies par les élections régionales du 15 octobre 2017 qui ont vu également le triomphe des chavistes. Aussi, 4 des 5 gouverneurs élus de l’opposition de droite ont décidé de reconnaitre la Constituante dominée par les chavistes, isolant du coup Capriles, chef de file de l’opposition et tête de pont des USA, qui a perdu dans la foulée, son poste de gouverneur de l’Etat de Miranda. Le Poste de Gouverneur de l’Etat pétrolier stratégique de Zulia fut pris également à la droite par les chavistes.

Les élections municipales du 10 décembre 2017 ont vu, grâce à la mobilisation populaire, la large victoire du peuple vénézuélien. Ainsi le PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela) au pouvoir, a remporté 308 mairies sur 335. Seulement 25 furent gagnées par l’Opposition et 2 par les dissidents.

Ainsi les élections de juillet, d’octobre et de décembre 2017 ont toutes confirmé, les importantes victoires du chavisme. Le Conseil des Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA) a rappelé que les partis de droite comme de gauche ont déclaré être satisfaits du déroulement des 9 audits préalables aux élections. « Ce processus d’audit est inédit et unique dans la région. Il permet que toutes les étapes du processus, tout ce qui est programmé et tout ce qui fait partie du processus soit contrôlé par des techniciens et par des membres des différents partis politiques délégués devant le Centre National Electoral. Aussi le CEELA avait déclaré le 11 décembre dans son rapport final que « le processus de vérification citoyenne s’est déroulé en toute normalité et avec succès. On a pu constater que le nombre de bulletins de votes en papier introduits dans les urnes et le nombre de votes électroniques enregistrés par les machines coïncident à 100% »

En 18 ans de pouvoir chaviste, le Venezuela a connu 24 élections, faisant dire à la Fondation Jimmy Carter des USA que le Venezuela possède l’un des meilleurs systèmes électoraux au monde.

La dernière séquence du processus électoral au Venezuela doit connaître son épilogue le 20 mai prochain avec les élections présidentielles.

Ayant perdu tout espoir de renverser le pouvoir légitime au Venezuela, les USA prônent le boycott et menacent de sanctionner les opposants qui ont décidé de participer au processus électoral. Ils déclarent ne pas reconnaitre à l’avance les résultats de la prochaine présidentielle, suivis en cela par certains gouvernements européens et d’Amérique Latine. Drôle de façon d’exercer leur leadership mondial en ‘démocratie’ !

Il est évident que le peuple vénézuélien ne veut plus rester une néo-colonie des Etats-Unis. La dynamique de fond dans le monde actuel est en faveur du processus de reconquête par les peuples de leur pleine et entière souveraineté.

Ce qui se passe au Venezuela nous concerne tous. Il s’agit d’un tournant important pour tous les peuples en quête d’indépendance et de mieux-être.

Aussi nous devrions nous considérer Tous comme Venezuela. Jusqu’à la victoire finale.

Hasta Siempre !

Pr Issa N’DIAYE

URL de cet article: http://bolivarinfos.over-blog.com/2018/04/venezuela-nous-sommes-tous-le-venezuela-todos-somos-venezuela.html

Élection présidentielle au Mexique : menaces réelles et imaginées

Par Mark Weisbrot  |  28 mars 2018  Co-directeur du Center for Economic and Policy Research (CEPR), Washington

Dans moins de cinq mois [en juillet 2018] se déroulera au Mexique une élection présidentielle que les commentateurs des médias américains et internationaux qualifient d’entreprise périlleuse. Pour certains, c’est une « tempête parfaite » [1] qui pourrait ravager l’économie mexicaine (combinée à la réforme fiscale de D. Trump [2] et aux menaces qui pèsent sur l’Alena [3]) ; pour la presse d’affaires, ce sont les investissements étrangers qui sont menacés, en particulier dans l’industrie pétrolière nationale [4], qui depuis 2013 s’est ouverte à un niveau sans précédent à ce type d’investissements ; et pour d’autres observateurs, c’est une menace pour la « sécurité » – c’est-à-dire pour la politique étrangère – des Etats-Unis.

Le problème, selon les experts et l’administration Trump, est que le candidat de la gauche, Andrés Manuel López Obrador (souvent désigné sous ses initiales, AMLO), jouit d’une avance très nette dans les sondages et pourrait bien être le prochain président du Mexique. Mais son élection potentielle à la présidence constitue-t-elle réellement la menace qu’on nous annonce ?

Bien que López Obrador se soit rapproché du centre durant sa campagne, son parti, Morena (Mouvement de régénération nationale [5]), a un ancrage à gauche qui ressemble à celui des mouvements et des gouvernements auxquels Washington s’oppose depuis qu’ils ont commencé à s’étendre à travers toute l’Amérique latine dans les premières années du XXIe siècle. López Obrador a été le maire populaire de la ville de Mexico de 2000 à 2005. Aux élections présidentielles de 2006 et 2012, il a été le candidat du Parti – de centre-gauche – de la Révolution démocratique (PRD). Lorsque López Obrador a créé Morena en 2014, il a rallié sous sa bannière une bonne partie des sympathisants du PRD.

Le but affiché de Morena était de proposer une alternative à l’offre politique existante dans le but de réformer non seulement le mode de gouvernement du Mexique, mais aussi sa politique économique. L’objectif était d’orienter l’économie mexicaine vers un modèle plus clairement axé sur le développement – avec des marchés intérieurs plus solides grâce à une politique industrielle, des investissements et une planification publics – et d’offrir une plus large protection sociale en orientant davantage le pays vers une social-démocratie.

Comme Bernie Sanders lors de l’élection présidentielle américaine de 2016, López Obrador fait campagne en « outsider », dans son cas contre ce qu’il dénonce être une élite corrompue représentée par l’ensemble des partis dominants qui sont incapables d’apporter une sécurité économique ou physique aux citoyens du pays [6]. Il promet de « nettoyer la corruption au sein du gouvernement, de haut en bas comme on nettoie les escaliers ». Et il propose de réallouer autour de 4% du PIB du Mexique à des infrastructures et des programmes sociaux, dont un régime de retraite universelle – politique similaire à celle menée au profit des habitants de Mexico lorsqu’il était maire de la ville et qui avait été l’une de ses réalisations les plus populaires et les plus influentes.

Les autres partis semblent confirmer les critiques qu’il leur adresse, dans la mesure où ils fusionnent de plus en plus les uns avec les autres malgré la disparité de leurs lignes idéologiques. Ce qui reste du PRD, auparavant orienté à gauche, s’allie avec le Parti d’action nationale (PAN), parti de droite qui a des liens avec l’Eglise catholique. En 2000 avec l’élection du président Vicente Fox, le PAN a brisé l’hégémonie sans partage exercée depuis plus de 70 ans sur la vie politique par un parti unique, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Mais le gouvernement Fox du PAN n’a guère réussi à changer grand-chose en terme d’amélioration du niveau de vie de la plupart des Mexicains, et sa « guerre contre le narcotrafic » sponsorisée par les Etats-Unis a échoué à endiguer la montée de la violence. En 2012, le PRI est revenu au pouvoir avec l’élection à la présidence d’Enrique Peña Nieto.

Mais Peña Nieto s’est avéré être le président le moins populaire depuis des décennies, du fait des échecs économiques constants et d’une série de scandales liés à la corruption, ainsi que de l’incapacité de son gouvernement à faire baisser le niveau épidémique des violences. En janvier, des statistiques gouvernementales prévisionnelles ont montré qu’en 2017 le nombre des assassinats au Mexique a battu tous les records. La rencontre en 2016 de Peña Nieto avec Donald Trump, à l’époque où celui-ci était candidat à la présidence, a aussi tourné au désastre, l’affront s’ajoutant aux multiples injures subies par le président mexicain lorsque Trump a proclamé qu’il n’y avait pas eu de discussion sur qui allait payer le mur qu’il se proposait de construire à la frontière mexicaine, tandis que Peña Nieto a soutenu qu’il avait clairement dit lors de la rencontre que le Mexique ne paierait pas pour le mur.

Le candidat du PRI à la prochaine élection, José Antonio Meade [7], est donc à la traîne dans les sondages en troisième position loin derrière López Obrador (et en outre beaucoup voient en lui un concurrent terne). Le bruit court que le PRI va soutenir de tout son poids le candidat du PAN, Ricardo Anaya, ce qui concrétisera la « masse indifférenciée » d’hommes politiques dénoncée par López Obrador et ses partisans.

Nombreux étaient ceux qui pensaient que le Mexique avait entamé une transition vers la démocratie en 2000, lorsque le PRI a perdu la présidence. Mais cela s’est avéré être de l’ordre du mythe. La promesse de cette transition ne s’est jamais matérialisée, et le Mexique est devenu un narco-État de plus et plus violent et toujours profondément corrompu. Les réformes économiques néolibérales – qui ont échoué – entreprises par le PRI à partir des années 1980 ont été consolidées par la signature de l’Alena, qui a contribué à rapprocher le Mexique des Etats-Unis, économiquement et politiquement.

Voyons d’abord les aspects économiques. De 1960 à 1980, sous l’ancien régime du PRI, le revenu moyen des Mexicains a presque doublé. Si l’économie avait continué à croître à ce rythme, les Mexicains auraient aujourd’hui un niveau de vie comparable à celui des Européens. Quant à savoir si le Mexique aurait pu devenir plus démocratique en se développant, cela reste de l’ordre de la spéculation ; ça a été le cas dans beaucoup de pays, quoiqu’à des rythmes variés.

Au lieu de cela, les années 1980 ont été une « décennie perdue », avec une croissance négative du revenu par tête d’habitant dans la mesure où le Mexique – sous la pression de créanciers étrangers, FMI inclus – a transformé son économie à coup de réformes néolibérales, libéralisant le commerce international et les flux de capitaux, privatisant les entreprises publiques et abandonnant les politiques industrielles et de développement. L’Alena a institutionnalisé la plupart des changements délétères sous la forme d’un accord international, en partie, sur l’insistance de Washington, pour les rendre permanents.

Les vingt-trois années qui ont suivi la signature de l’Alena se sont soldées par un échec économique défiant toute comparaison historique ou internationale. Le taux de pauvreté national est plus élevé aujourd’hui qu’il ne l’était en 1994, et les salaires réels (corrigés de l’inflation) ont à peine augmenté. Durand cette période, le Mexique s’est retrouvé classé au quinzième rang des vingt pays d’Amérique latine en terme de croissance du PIB par habitant. Près de cinq millions d’agriculteurs ont perdu leur outil de subsistance, incapables de soutenir la concurrence du maïs américain subventionné. Même si certains ont pu retrouver un emploi dans les nouvelles agro-industries d’exportation, ce bouleversement a contribué à une forte augmentation de l’émigration vers les Etats-Unis entre 1994 et 2000.

Quel type de démocratie a bien pu se développer durant ces années d’expérimentation économique sur fond d’échec permanent ? On pourrait s’attendre à ce que les gouvernements successifs aient été contraints de trouver d’autres moyens pour rester au pouvoir dans la mesure où ils n’ont pas tenu leurs promesses. C’est ce qu’ils ont fait. Le New York Times rapporte que le gouvernement mexicain a dépensé la somme astronomique de près de 2 milliards de dollars sur les cinq dernières années pour acheter les médias – en partie en payant pour des publicités à la condition de bénéficier d’une couverture favorable.

Selon le Times, pas moins de 104 journalistes ont été assassinés depuis 2000, et quelque vingt-cinq autres ont disparu. En 2017, le Mexique était le second pays le plus dangereux du monde, après la Syrie, pour le travail des journalistes. Bien que beaucoup de gens aient l’impression que les cartels de la drogue sont les principaux responsables de la violence et du climat de peur, le Times rapporte que « selon des données du gouvernement, les journalistes ont plus souvent été menacés par des fonctionnaires – maires et officiers de police – que par les cartels de la drogue, les petits délinquants ou qui que ce soit d’autre ».

Non seulement les journalistes, mais aussi les citoyens et les militants peuvent être tués pour leurs activités alors qu’elles sont protégées par la Constitution. La disparition et le massacre en 2014 de quarante-trois étudiants [normaliens] à Iguala, dans l’État de Guerrero, ont porté à l’attention du monde entier la violente répression qui sévit au Mexique du fait de l’ampleur des crimes et de l’implication attestée des forces et des agents de sécurité du gouvernement.

L’inexistence de médias indépendants, le quasi-monopole de deux chaînes contrôlées par des partis au sein des services de programmes télévisés, l’achat très répandu de suffrages et l’utilisation de ressources publiques par le gouvernement dans les campagnes électorales rendent la démocratie particulièrement faible au Mexique. Puis vient le système électoral lui-même. Dans une élection présidentielle serrée en 2006, il a manqué à López Obrador 0,6% des suffrages populaires pour être élu. Mais il y a eu un problème supplémentaire : dans chaque bureau de vote, le nombre des bulletins déposés dans l’urne (blancs ou nuls compris) et des bulletins restants non utilisés est censé correspondre au nombre total des bulletins présents à l’ouverture du scrutin. Dans près de la moitié des bureaux de vote, ça n’a pas été le cas [8].

Malgré les rapports faisant état de fraude électorale et de malversations – et les centaines de milliers de gens dans les rues qui demandaient un recomptage des voix – l’administration Bush a immédiatement soutenu de tout son poids une campagne ayant pour objectif de déclarer parfaitement légitime l’élection du candidat du PAN, Felipe Calderón (un recomptage partiel, dont les résultats n’ont pas été publiés, alors que les élections étaient toujours contestées, a soulevé d’autres questions sérieuses concernant le décompte). L’administration Bush a suivi le même mode opératoire que celui utilisé pour la course à l’élection de Bush lui-même en 2000, et elle a fait du beau travail. Mais tout comme pour la transformation économique du Mexique d’un État développementaliste en un État néolibéral, l’influence des États-Unis sur la politique du Mexique est passée largement inaperçue.

De nombreux Mexicains s’inquiètent à nouveau des perspectives de fraude électorale dans l’élection de juillet prochain. Mais les officiels de l’administration Trump, y compris le chef de cabinet de la Maison Blanche, John Kelly, ancien chef du Commandement Sud des Etats-Unis, ont exprimé d’autres préoccupations. Ils sont inquiets à l’idée que López Obrador puisse gagner. Comme on pouvait s’y attendre, des officiels américains ont allégué qu’il y aurait des ingérences russes dans l’élection. Ce qui a déclenché dans les médias américains une série d’articles stupides, ne reposant sur aucun fait, et au Mexique les allégations ont tourné à l’épidémie, comme escompté. López Obrador a répliqué en tournant la chose en ridicule, s’affublant lui-même du nom de « Andrés Manuelovich », et annonçant qu’il attendait avec impatience qu’un sous-marin russe fasse surface avec son or (lors de l’élection de 2006, les médias avaient diffusé à qui mieux mieux de fausses informations alléguant que López Obrador avait des liens avec le gouvernement chaviste du Venezuela ; cette campagne diffamatoire a également refait surface).

Il est intéressant de constater que, malgré toutes les fanfaronnades de Trump sur la construction du mur et la renégociation de l’Alena, auxquelles s’ajoutent ses insultes et menaces habituelles et l’animosité qui en résulte, la coopération du Mexique avec la politique étrangère malveillante de Washington dans la région reste solide. Quasiment personne ne croyait aux résultats de l’élection du 26 novembre 2017 au Honduras [9]. Même la direction de l’Organisation des États américains, particulièrement bien disposée à l’égard de Washington, avait appelé à une nouvelle élection dans ce pays. Mais le Mexique a été l’un des premiers à déclarer son total soutien au « vainqueur », le président sortant – et allié des Etats-Unis – Juan Orlando Hernández, dont le parti est arrivé au pouvoir avec l’aide des Américains suite à un coup d’État militaire en 2009.

L’agence Reuter rapportait en décembre que la déclaration officielle du Mexique « avait été négociée en coordination avec les Etats-Unis ». Très habilement, le jour suivant, un haut responsable du département d’État américain citait la déclaration du Mexique comme une bonne raison de rejeter les appels à une nouvelle élection au Honduras. C’est là le type même de coordination qu’affectionne Washington – et que l’administration Trump doit craindre de voir disparaître avec l’arrivée d’un président moins accommodant.

Il est difficile de dire jusqu’où pourrait ou voudrait aller López Obrador s’il était élu, étant donné les forces coalisées contre lui, à la fois dans le pays et au Nord du continent. Mais s’il y a un candidat et un parti de la réforme en lice dans la course à la présidence, c’est sans aucun doute López Obrador et son parti, Morena.

En juillet prochain, les Mexicains vont devoir décider si leur pays aurait plus de chances de réussir en devenant indépendant – si toutefois ils peuvent défendre leur droit à une élection libre et honnête.

Cet article a été publié par la New York Review of Books le 9 mars 2018.

*Mark Weisbrot est codirecteur du Center for Economic and Policy Research (CEPR, Centre de recherches économiques et politiques) à Washington DC et président de Just Foreign Policy (Pour une politique étrangère juste). Il est aussi l’auteur du livre Failed : What the «Experts» Got Wrong About the Global Economy (Tout faux : ce que les experts n’ont pas compris au sujet de l’économie mondiale).

Traduction et notes : Mireille Azzoug

http://www.medelu.org/Election-presidentielle-au-Mexique

Notes

[1] Terme dû à un journaliste, Sebastian Junger (auteur du livre et du film A Perfect Storm) pour décrire la tempête de l’Halloween de 1991, particulièrement violente parce qu’elle résultait de la confluence rare d’une série de phénomènes météorologiques. Métaphoriquement, l’expression désigne la conjonction d’un faisceau de circonstances qui aggravent un événement.

[2] NDT. La réforme fiscale de D. Trump, qui se traduit par une baisse importante de la fiscalité sur les hauts revenus et les profits des grandes entreprises, risque d’inciter les grandes entreprises mexicaines à délocaliser leurs sièges et leurs directions pour réduire leurs prélèvements (31% au Mexique contre 21% désormais aux Etats-Unis).
La réforme fiscale risque aussi de décourager l’investissement des compagnies américaines au Mexique et de les inciter à rapatrier leurs fonds et leurs emplois aux Etats-Unis. Ainsi Fiat-Chrysler prévoit d’y relocaliser la fabrication de son pick up jusqu’ici assurée au Mexique.
Source : La Tribune de Genève

[3] NDT. Alena, Accord de libre -nord-américain (Nafta en anglais) entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique signé en 1992 et entré en vigueur en1994. Sa renégociation est une menace pour le Mexique, la principale motivation des États-Unis étant la balance commerciale avec ce pays, qui s’est inversée avec le traité, passant d’un excédent de 1,6 milliard de dollars pour les États-Unis à un déficit de 64 milliards de dollars. Si le Mexique peut survivre sans l’Alena, l’impact sur l’investissement étranger risque d’être dramatique.
Source : Wikipédia, « Accord de libre-échange nord-américain »

[4] NDT. La nationalisation en 1938 par le président Lázaro Cárdenas de l’industrie pétrolière mexicaine conduisit ce pays exportateur d’or noir à s’affranchir peu à peu des majors anglo-saxonnes et françaises à partir des années soixante. En 2013, peu après son arrivée au pouvoir, Peña Nieto ouvrait les compagnies nationales aux investissements privés.

[5] NDT. Morena, Mouvement de régénération nationale, fondé par López Obrador et qui, selon les sondages, obtiendrait 30% des voix, les deux autres candidats du PAN et du PRI n’en recueillant chacun que 20%. L’élection présidentielle se déroulant à un seul tour à la majorité relative, les deux précédents présidents ont été élus avec 40 % des voix.
Source : AFP 18 février 2018 : in Le Point

[6] La pauvreté a augmenté ces dernières années, passant de 51,6% de la population en 2012 à 53,2% en 2014, soit l’équivalent de plus de 63 millions de Mexicains. Alors que le PIB augmente (moyenne annuelle de 2,1%), les salaires ne suivent pas au bas de la pyramide (baisse de 3,5% des revenus des ménages entre 2012 et 2014) tandis les fortunes s’envolent à son sommet. En poursuivant la « guerre contre le narcotrafic » (instaurée par son prédécesseur Felipe Calderón fin 2006), alors qu’elle affichait des résultats très discutables, Peña Nieto a enlisé le pays dans un conflit au bilan désastreux. Depuis le début de son mandat, la violence a provoqué plus de 100 000 morts.
Source : « Mexique : le bilan accablant d’Enrique Peña Nieto à un an de l’élection présidentielle », Luis Alberto Reygada, 23 sept. 2017, Mémoire des luttes

[7] NDT. José Antonio Meade, ministre des finances, qui vient de démissionner, et ancien ministre de l’énergie puis des finances du président de droite Felipe Calderón, n’appartient à aucun parti. Il a été intronisé par Peña Nieto lui-même comme candidat du PRI de façon à ratisser large et à rassembler les voix du PRI et du PAN, dont le candidat est Ricardo Anaya. Le PAN, en pleine débâcle, a décidé de faire une alliance contre nature avec un « parti de gauche » le PRI et un troisième parti, le Mouvement citoyen. En créant un Front citoyen pour le Mexique, ces trois partis auraient des chances de l’emporter sur Lopez Obrador, mais ils n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la manière de désigner le candidat de cette coalition, qui court le risque d’éclater.
Source : Le Monde, 12 fév. 2018

[8] NDT. Voir Mark Weisbrot, Luis Sandoval et Carla Paredes-Drouet, « An Analysis of Discrepancies in the Mexican Presidential Election Results », Center for Economic and Policy Research, août 2016

[9] NDT. Les 26 novembre 2017, les résultats de l’élection présidentielle donnaient, dans un premier temps, gagnant Salvador Nasralla, le candidat de gauche de l’Alliance de l’opposition contre la dictature, contre le président conservateur sortant Juan Orlando Hernandez. Après décision du tribunal électoral suprême, c’est le président sortant qui a été officiellement déclaré élu, avec 42,95 % des voix contre 41,24 % à Nasralla. De nombreuses manifestations populaires (faisant plus d’une dizaine de morts) ont alors eu lieu dans tout le pays, à l’appel des partisans de Nasralla, convaincus qu’il s’agissait d’une fraude électorale, une panne informatique étant notamment intervenue durant le recomptage des votes.
Source : Le Monde, Amériques, 18 12 2017

Julian Assange, réfugié politique

Silvia Arana

Le 28 mars, le gouvernement équatorien a confirmé qu’il avait tenu au secret Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, en représailles pour un tweet. Dans ce tweet, Assange avait assimilé l’arrestation du président de la Catalogne Carles Puigdemont en Allemagne et à la demande du gouvernement espagnol, avec l’arrestation en 1940 du président catalan Lluís Companys par la Gestapo. Companys a été déporté en Espagne et exécuté par le gouvernement fasciste de Franco.

Selon le gouvernement équatorien, Assange avait accepté de ne pas s’immiscer dans les affaires de politique étrangère alors qu’il se trouvait à l’ambassade d’Équateur à Londres. Mais sous quel angle le tweet d’un journaliste représente-t-il une «ingérence» dans la politique étrangère? Affirmer qu’un tweet d’Assange est une ingérence dans les affaires étrangères équivaut à nier la liberté d’expression à l’un des journalistes et rédacteurs en chef les plus éminents de la dernière décennie. Rappelons que WikiLeaks a publié plus d’informations secrètes au cours des dix dernières années que tous les autres médias combinés sur les accords commerciaux, la surveillance de masse, les attaques contre les civils, la torture et les meurtres commis par les gouvernements des Etats Unis et d’autres pays en Irak, en Afghanistan, au Yémen, en Syrie … La plupart des révélations ont été fournies par les plaignants de conscience, comme Chelsea Manning, qui ont risqué leur vie et la liberté de défendre le droit des peuples à être informé, à savoir la vérité.

Le gouvernement de l’Équateur, qui assurait la protection de son ambassade à Londres il y a six ans, a montré son attachement et son respect aux lois internationales en faveur des réfugiés et a résisté avec intégrité aux pressions des Etats-Unis et du Royaume-Uni.

Cependant, l’ancien et le gouvernement équatorien actuel ont, à plusieurs reprises, exprimé leur malaise face aux opinions politiques que Julian Assange publie auprès du consulat équatorien à Londres. En Octobre 2016, le gouvernement de Rafael Correa lui avait coupé l’Internet au cours de la dernière étape des élections aux États-Unis, peut-être en réponse à la pression du Parti Démocrate qui a considéré que les révélations publiées par WikiLeaks sur divers sujets avaient porté préjudice à sa candidate Hillary Clinton, qu’il s’agisse  du favoritisme dans la gestion des primaires qui a lésé le candidat Sanders, des accords secrets avec Wall Street ou encore de son rôle clé en tant que secrétaire d’État dans l’invasion sanglante de la Libye et le coup d’état au Honduras.

Récemment, le président Moreno a publiquement averti Assange de ne pas intervenir dans les affaires politiques, peu de temps après avoir diffusé des informations favorables au mouvement indépendantiste catalan. Moreno, qui se targue d’être une personne ouverte au dialogue et modérée, n’a eu aucun scrupule à qualifier Julian Assange de «pierre dans la chaussure».

Des expressions comme celle-là déforment la réalité. La pierre dans la chaussure serait en tout cas le gouvernement du Royaume-Uni qui persiste à ignorer le mandat de l’ONU de février 2016 recommandant la «liberté immédiate» de Julian Assange. Le groupe de travail des Nations Unies a assimilé l’emprisonnement d’Assange à l’ambassade à une «détention arbitraire» et a exhorté les gouvernements britannique et suédois à mettre fin à la persécution du rédacteur en chef de WikiLeaks. Cependant, deux ans plus tard, le gouvernement britannique continue de refuser d’accepter la recommandation des Nations Unies et continue de mettre en péril la sécurité et la vie de Julian Assange ainsi que son droit humain à être avec sa famille et en liberté.

Qualifier Assange comme étant «le problème» n’est pas la seule distorsion de la réalité. Les politiciens et les journalistes persistent à définir Assange comme un «hacker», et à confondre le rôle d’un lanceur d’alerte avec le travail de WikiLeaks. Ni WikiLeaks ni Julian Assange ne sont des lanceurs d’alerte. Assange est le fondateur d’une édition en ligne qui diffuse les révélations des dénonciateurs, qui, en réponse à leurs devoirs de citoyens, dénoncent les illégalités commises par le gouvernement. S’il est vrai que le lanceur d’alerte et l’éditeur partagent tous deux le même objectif qui est d’exposer les actions illégales commises par le gouvernement et / ou les sociétés d’État alliés, selon le premier amendement de la Constitution des États-Unis -pour citer le pays dont le gouvernement a ouvert un procès secret contre WikiLeaks et Assange-, un éditeur et un média engagés à révéler la vérité doivent être protégés, et non persécutés.

Pourtant, Julian Assange et WikiLeaks ont non seulement été attaqués par des fonctionnaires successifs, des présidents aux sénateurs et aux politiciens américains des deux grands partis (et de l’Union européenne et de la droite mondiale), mais aussi par presse elle même, qui au cours des dernières décennies a évité toute confrontation avec le pouvoir.

Si le gouvernement équatorien venait à retirer la protection d’Assange, la Grande-Bretagne remettrait immédiatement Assange aux États-Unis. Cela a été confirmé par des experts dans le domaine, tels que les journalistes Glenn Greenwald et John Pilger, ainsi que des lanceurs d’alerte bien connus tels que Daniel Ellsberg et Edward Snowden. Nous espérons que l’Équateur n’abandonnera pas la défense de Julian Assange, journaliste et éditeur persécuté pour avoir diffusé les crimes de guerre commis par le pays le plus puissant de la planète. Car si l’Équateur revenait sur sa décision, ce ne serait pas seulement abandonner Assange mais aussi presque 10% de la population équatorienne qui vit à l’étranger, et qui a besoin de la protection des mêmes lois internationales qui protègent aujourd’hui Assange. L’Équateur est un pays d’émigrants, sur un total de 17 millions d’habitants, plus d’un million résident aux États-Unis, en Espagne et dans d’autres pays. Que leur gouvernement soit un défenseur des droits de l’homme, crée pour tous un espace de respect dans le monde.

Nous pouvons tous être des émigrés, nous pouvons tous être des réfugiés à une époque marquée par des migrations massives. Et Julian Assange en dépit de l’importance incommensurable de son travail en tant que journaliste et rédacteur en chef de WikiLeaks qui a ébranlé les structures les plus puissantes dans le monde, est un réfugié de plus, un persécuté confiné dans une ambassade depuis six ans, malgré le fait que son arrestation ait été a été qualifiée d’arbitraire et d’injuste par les Nations Unies. Julian Assange peut être comme John Berger a dit «l’exemple de ceux réduits en poussières parce qu’ils résistent.» Mais même réduits en poussières, ils ont plus d’intégrité que quiconque.

ALAI AMLATINA, 30/03/2018 https://www.alainet.org/es/articulo/191926

Traduction FAL33

Le fascisme menace le Brésil

Le fascisme menace le Brésil

Juan Manuel Karg

29/03/2018

Il ne s’agit pas un titre risqué et hâtif. La double attaque contre le convoi de l’ancien président Lula da Silva à Parana –dans un premier temps avec des œufs et ensuite avec des tirs- dessine le moment dramatique que la démocratie vit au Brésil, quelques semaines après l’assassiner de la militante des droits de l’homme et féministe Franco Marielle à Rio de Janeiro. De quelle autre façon, si ce n’est par le terme fascisme, peut-on cataloguer l’extrême droite brésilienne qui prétend à prendre le pouvoir d’assaut avec la candidature du militaire à la retraite Jair Bolsonaro, qui arrive en deuxième place dans les sondages et qui continue de progresser face à l’effondrement de la « droite classique brésilienne»? Quel qualificatif, si ce n’est fascisme, pour caractériser le groupe de hors-la-loi qui a tiré sur la caravane de l’homme le plus important de l’histoire contemporaine du Brésil?

Le problème n’est pas les » électrons libres», si tenté qu’il y en ait, hypothèse difficile à croire étant donné l’organisation et la planification des faits, mais le message qu’envoient les institutions : Bolsonaro lui-même, lorsqu’il a appris les attaques, les a relativisés dans les réseaux sociaux avec l’expression «ils se victimisent». Celui qui parle est celui qui a voté la destitution de Rousseff en rendant hommage au tortionnaire de l’ex présidente, dans un grave mépris pour la démocratie dans son pays. Plus grave encore est la phrase de celui qui a été battu par Lula lors d’élections transparentes et démocratiques, Gerardo Alckmin (PSDB), qui a condamné «le PT récolte ce qu’il a semé». Pour ceux qui n’en croient pas leurs oreilles : Alckmin n’est pas un homme retiré de la politique; il n’est rien moins que le gouverneur de l’état de San Pablo. Ses mots sont un poignard pour une démocratie sérieusement endommagée par le PSDB lui-même, qui, en pariant sur le coup d’Etat parlementaire de Temer, continue à s’effondrer dans les sondages.

Que cherche l’extrême droite brésilienne avec les tirs sur la caravane de l’ex-président? Intimider les organisations et les mouvements sociaux face à l’arrestation probable de l’ancien dirigeant métallurgique. L’objectif fondamental est de faire peur face à une condamnation manifestement injuste, dans un processus aussi vicié que celui qui a conduit au départ de Rousseff de Planalto. Que recherchent Alckmin et la PSDB avec leurs déclarations malheureuses? Naturaliser la violence politique contre les dirigeants populaires, après que les médias brésiliens – principalement Globo, Folha et Estado de Sao Paulo- ont inoculé depuis des années la haine contre Lula, Dilma et tout ce qui est une alternative au statu quo, qui pendant siècles, a gouverné ce pays.

Le Brésil court le risque sérieux d’entrer dans une phase de mexicanisation de sa politique, avec des assassinats de dirigeants politiques, des attaques contre des dirigeants populaires et des tentatives de légitimer cette violence, grâce à la complicité de divers secteurs du pouvoir. C’est la triste évolution d’un coup d’État parlementaire qui, depuis 2016, maintient le pays dans un véritable état d’urgence, dont la condamnation et la disqualification de Lula constituent la deuxième phase. Pendant ce temps, l’UNASUR et la CELAC – freinés par le passage à droite de plusieurs pays du cône Sud, n’agissent pas et l’OEA -toujours inféodée aux intérêts extérieurs à notre région- continue de ne parler que du Venezuela. L’Amérique latine ne peut pas détourner le regard : il s’agit de défendre ce qu’il reste de démocratie dans ce pays, le plus grand et le plus influent dans la région en termes politiques et économiques, avant qu’il ne soit trop tard pour eux et nous tous.

Juan Manuel Karg   Politologue de l’UBA (Université de Buenos Aires). Analyste International.

https://www.pagina12.com.ar/104547-el-fascismo-amenaza-a-brasil

Traduction FAL33