Un concert pour la Colombie

par Alfredo Serrano Mancilla | 26 février 2019

Commençons par le début
et sans détour. Selon la Commission européenne, sur la base de son propre index
(préparé par le Comité permanent inter institutions du groupe de référence sur
les risques, les premiers avertissements et l’état de préparation, INFORM), la
Colombie est le pays d’Amérique latine où le risque de crise humanitaire est le
plus élevé devant le Guatemala, le Mexique, le Honduras et, bien sûr, le
Venezuela.

Un enfant pauvre en Colombie devrait attendre 330 ans en moyenne pour ne plus l’être, selon un rapport de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE). Il faut attendre le passage de 11 générations.

Selon le Fonds des
Nations Unies pour l’enfance (Unicef), un enfant colombien sur dix souffre de
malnutrition chronique. Un rapport du Département administratif national des
statistiques (DANE) indique qu’entre 2012 et 2016, 1 562 enfants sont morts de
malnutrition sur l’ensemble du territoire national. Toujours selon l’Unicef, un
enfant sur trois vit dans des conditions de pauvreté multidimensionnelle et la
moitié des enfants de moins de deux ans vivent dans des conditions de
promiscuité critique.

La Colombie se classe
au troisième rang, parmi 175 pays, avec le taux d’homicides d’enfants le plus
élevé au monde, selon le dernier rapport de l’ONG internationale Save the
Children pour les années 2015-2017.

Au cours des 11
derniers mois, 162 défenseurs des droits humains et dirigeants sociaux de 99
municipalités du pays ont été assassinés, selon les données du bureau du
médiateur colombien.

Selon le dernier
rapport de Transparency International, la Colombie a aggravé son indice de
Perception de la Corruption, qui se situe déjà à la 99ème position sur 180 pays
analysés. La corruption en Colombie coûte 18,4 milliards de dollars par an,
selon le Bureau du contrôleur général de l’État ; ce qui équivaut à plus de 5%
du PIB, ou 15% du budget national.

En Colombie, les
attaques contre les journalistes ont augmenté de 89% entre 2015 et 2018, selon
la Fondation pour la liberté de la presse. En fait, la Colombie fait partie
(avec le Mexique et le Brésil) des 14 principaux pays du monde où les assassins
de journalistes ne sont pas punis par les tribunaux, selon l’indice mondial
d’impunité établi par le Comité pour la protection des journalistes.

La Colombie continue
d’être le pays qui compte le plus grand nombre de personnes déplacées dans le
monde, avec 7,7 millions de personnes en 2017, selon une étude publiée par le
Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Sur le plan économique,
le poids de l’activité industrielle en Colombie est passé de 25 à 12% du PIB
entre 1970 et 2016, selon les chiffres de la Banque centrale de Colombie. Au
contraire, le secteur bancaire a pris du poids au cours des dernières années et
ses actifs ont atteint 48% du PIB (23% en 1990). 55% des travailleurs gagnent
moins que le salaire minimum.

Le Groupe d’Action
Financière International (GAFI) met en garde contre une situation très
problématique en Colombie. Dans son dernier rapport, il est indiqué que
«les systèmes et outils de lutte contre le blanchiment de capitaux et
contre le financement du terrorisme ne sont pas tout à fait conformes à
l’approche fondée sur les risques et qu’il existe d’importantes lacunes dans le
contrôle des activités». Ce rapport détermine que la Colombie a ignoré la
réalité de la quantité totale d’argent blanchi dans le pays. Une étude de la
Banque mondiale a estimé que le volume des actifs blanchis dans l’économie
colombienne représente 7,5% du PIB.

Pour sa
part, dans le domaine démocratique, la Colombie est le pays de la région où le
taux de participation électorale est le plus faible de toute l’Amérique latine.
Entre 1994 et 2018, le nombre moyen d’abstentions pour les nominations
présidentielles était de 54,21%. Deux données supplémentaires confirment cette
faiblesse du système démocratique colombien : a) lors du référendum sur les
accords de paix, le taux d’abstention était de 62,57% et b) le référendum
populaire anti-corruption organisé en 2018 avait un taux d’abstention de 67,96%.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres, Monsieur Ivan Duque Márquez,
Président de la République de Colombie, je vous propose de convoquer le groupe
De Lima pour tenter d’obtenir de l’aide pour votre pays qui, apparemment, en a
besoin selon plusieurs organisations internationales. Je vous suggère de vous
adresser aux Nations Unies ou, si vous préférez, à l’Organisation des États
américains (OEA) pour trouver le soutien approprié pour votre pays. Et si rien
de tout cela ne vous intéresse, vous pourrez toujours organiser un concert.

Alfredo Serrano Mancilla est titulaire d’un doctorat en économie de l’Université autonome de Barcelone (UAB), en Espagne. Il a effectué des séjours pré doctoraux à Modène et à Bologne (Italie) et au Québec (Canada) et a été boursier postdoctoral à l’Université Laval (Québec, Canada). Il est spécialiste de l’économie publique, du développement et de l’économie mondiale. Il travaille comme professeur de troisième cycle et doctorat dans des universités internationales. Auteur d’ouvrages comme América Latina en disputa, El pensamiento económico de Hugo Chávez, ¡A Redistribuir! Ecuador para Todos y Ahora es Cuándo Carajo. Chroniqueur invité du quotidien argentin Página 12, La Jornada, Público, Russia Today. Directeur exécutif actuel du Centre stratégique géopolitique latino-américain (CELAG).

Article publié par : le Centre Stratégique Latino-américain de Géopolitique
Centro Estratégico Latinoamericano de Geopolítica (CELAG)

Traduction FAL 33

Venezuela : Formation à l’ONU d’un groupe destiné à défendre le Droit International

14 Février 2019, 18:36pm | Publié par Bolivar Infos

« Nous avons décidé de nous organiser pour défendre le droit des pays souverains, » a fait savoir le chancelier vénézuélien Jorge Arreaza depuis le siège de cet organisme international.

Le chancelier vénézuélien Jorge Arreaza a annoncé jeudi qu’un groupe de pays a décidé de former une équipe diplomatique à l’Organisation des Nations Unies (ONU) pour défendre les Droits de l’Homme et la Charte fondamentale de l’ONU.

Information en développement

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source en espagnol :

https://www.telesurtv.net/news/onu-grupo-defensa-derecho-internacional-venezuela-eeuu-20190213-0024.html

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2019/02/venezuela-formation-a-l-onu-d-un-groupe-destine-a-defendre-le-droit-international.html

La guerre de recolonisation de Trump contre le Venezuela

Samuel MONCADA ACOSTA

La recolonisation de Trump est l’exacte caractérisation de ce qui, progressivement, est devenu le plan d’invasion militaire des États-Unis au Venezuela. Un fait jamais vu dans notre histoire.

Il est fondamental de souligner que malgré les manœuvres faites de l’extérieur pour fabriquer une réalité inexistante au Venezuela, notre pays est aujourd’hui en pleine paix et tranquillité. Le gouvernement constitutionnel du Président Nicolás Maduro a aujourd’hui, comme toujours, le contrôle plein et effectif du territoire national. Les institutions de l’État vénézuélien fonctionnent tout à fait normalement, dans le cadre de notre Constitution.

C’est par une manipulation dangereuse que l’on peut penser que le Venezuela peut représenter une menace pour la paix et la sécurité régionale ou internationale, comme on a prétendu le faire croire avec la fausse information au Conseil de Sécurité des Nations Unies le 26 janvier dernier. Nous avons tous été témoins de ce qui est arrivé et des appels de la grande majorité de la communauté internationale de notre région en faveur du respect de la souveraineté et de l’autodétermination de notre peuple. La majorité de la région soutient notre intégrité territoriale et une solution pacifique sans ingérence étrangère et sans invasion militaire.

Trump impose son dictateur marionnette

La fabrication d’un dossier pour promouvoir et justifier la recolonisation du Venezuela en imposant un gouvernement marionnette dans notre pays est entrée dans sa dernière phase avec l’auto-proclamation d’un député comme prétendu président du Venezuela. Cette action, sans aucune base dans notre Constitution nationale, représente un attentat contre les institutions démocratiques de la République Bolivarienne du Venezuela et une usurpation, non seulement des pouvoirs constitutionnels du président Nicolás Maduro, qui a été réélu pour le mandant 2019-2025, mais aussi de la volonté du peuple vénézuélien qui, par suffrage universel, direct et secret, l’a élu librement aux élections du 20 mai 2018.

Il faut le dire clairement : le 23 janvier dernier a eu lieu au Venezuela un Coup d’État promu, organisé et financé par le gouvernement des États-Unis, avec l’appui d’un groupe minoritaire de pays de notre région et d’Europe, comme l’ont affirmé le 26 janvier dernier le Wall Street Journal, à la suite d’une enquête à laquelle des hauts fonctionnaires du Gouvernement de Trump ont apporté des informations, ainsi que l’Agence AP du même jour et le New York Times en septembre 2018.

Il s’agit d’un nouveau modèle de Coup d’État promu par les États Unis, exécuté par la manipulation politique et juridique de l’article 233 de la Constitution Nationale. Il se servent de l’apparente intention de « rétablir » l’ordre démocratique au Venezuela comme excuse pour imposer un gouvernement dictatorial avec une concentration de pouvoir similaire à celle de régimes tyranniques que notre région a connu au XXème siècle.

Trump transforme le Venezuela en une colonie

L’objectif final de la campagne criminelle d’agression contre notre Patrie est la mise en place d’une façade permettant aux États Unis de gouverner directement à travers leurs employés comme s’ils faisaient partie d’une compagnie pétrolière étrangère. Ces derniers sont présentés par les médias comme les représentants légitimes de l’opposition vénézuélienne, mais en vérité ce sont des représentants des États-Unis au Venezuela. La dictature qu’ils sont en train d’imposer n’existe pas dans notre Constitution et c’est un euphémisme évident pour ce que nous connaissons tous comme un changement de régime, par la même mise en œuvre appliquée en Libye en 2011, avec le Conseil National de Transitions.

Les jours qui ont précédé le Coup d’État, le Vice-président des États Unis, Mike Pence, le Secrétaire d’État Mike Pompeo, le Conseiller pour la Sécurité Nationale John Bolton et le sénateur Marco Rubio (FL-R), parmi d’autres fonctionnaires, ont menacé le peuple vénézuélien, ses institutions et ses autorités civiles et militaires de l’usage de la violence. Ils ont également fait des appels publics à un soulèvement militaire dans le but de rompre la chaîne de commandement des Forces Armées, en même temps qu’ils réitéraient que « Toutes les options sont sur la table », même l’option militaire de laquelle Trump lui-même a menacé précédemment et pour laquelle aujourd’hui même des pays européens semblent se préparer.

Trump et l’Europe pillent les richesses du peuple vénézuélien

Avec les mêmes pratiques des puissances coloniales européennes en Afrique au XIXéme siècle et des États Unis en Amérique au XXème siècle, Trump réintroduit les habitudes criminelles du vol des richesses des peuples conquis, avec le plus grand mépris du droit international.

Ces actions constituent une nouvelle preuve que c’est clairement le gouvernement des États-Unis qui représente la plus grande menace pour la paix et la stabilité en Amérique Latine et les Caraïbes. Comme il est de tradition, ils se servent du chantage et de la coercition contre d’autres États pour qu’ils reconnaissent un président marionnette et ainsi commettre le plus grand vol de l’histoire, propre d’un régime raciste et impérialiste, guidé seulement par la cupidité et la haine. Malheureusement, l’Union Européenne, suivant ses pires traditions, s’est jointe à la mise à sac et à l’aventure militaire au Venezuela, comme l’a annoncé le 30 janvier dernier le Ministre de la Défense du Portugal.

En attendant, le premier acte de la marionnette des États Unis a été de demander à ce pays d’intervenir au Venezuela. Quand a-t-on vu un citoyen qui demande une action militaire, source de tant de souffrances pour son propre peuple, lequel, de plus, veut être appelé président ? Quand a-t-on vu un citoyen qui accepte que les ressources de son propre peuple soient pillées lequel, de plus, veut être appelé résident ?

Cette même personne ne reconnaît au Venezuela que lui-même : il ne reconnaît ni le Tribunal Suprême de Justice, ni le Conseil National Électoral (la même instance par laquelle il a été élu député à l’Assemblée Nationale en 2015), ni le Procureur Général (Fiscal Général), ni le Défenseur du Peuple, ni le Contrôleur Général. Alors, le député auto-proclamé serait chef de deux pouvoirs publics, le Législatif et l’Exécutif, ce qui montre la nature dictatoriale du régime qu’il prétend imposer aujourd’hui au Venezuela. Les États Unis justifient toutes ces actions au nom de la liberté, mais leur seul intérêt est de mettre à sac les richesses de notre peuple.

En ce moment le plan d’envahir le Venezuela met en place le plus grand pillage de notre temps. Trump, avec le soutien des pays européens, est en train de s’approprier des raffineries, des locaux diplomatiques, des biens et des comptes bancaires de notre pays aux États Unis, le Royaume-Uni s’approprie nos réserves d’or, en accord avec la grande tradition de pillage de l’empire britannique. C’est le retour de la spoliation colonialiste. L’arrogance de l’élite britannique, habituée au saccage, leur permet de penser qu’ils peuvent voler l’argent de tous les vénézuéliens impunément, seulement parce qu’ ils sont devenus des associés minoritaires de la colonie vénézuélienne de Trump. Quel pays au monde peut penser que ses réserves monétaires sont en sécurité dans les banques d’un ancien empire habitué au pillage soutenu par un fanatique raciste ?

Tandis qu’il dort protégé par les marines à l’Ambassade des États Unis à Caracas, l’employé des États Unis au Venezuela appelle au soulèvement des Forces Armées et à la rébellion civile, appelle les fonctionnaires à méconnaître le principe d’autorité, confirme les représentants diplomatiques nommés par Trump auprès d’organisations multilatérales et d’autres États, tente de soudoyer par les réseaux sociaux le service extérieur vénézuélien, appelle à la confiscation des ressources financières et des actifs de l’état vénézuélien à l’étranger et acceptent le saccage de notre terre sacrée.

Un exemple est la prétendue désignation comme représentant du Venezuela à Washington de Monsieur Carlos Vecchio, qui a été nommé par le Sénateur Marco Rubio via Twitter et ensuite confirmé par l’Assemblée Nationale. Vecchio a été avocat de la compagnie pétrolière Exxon Mobil au Venezuela. C’est-à-dire qu’il est littéralement un employé des pétrolières étasuniennes au Venezuela. Il ne peut y avoir de signe plus évident d’un gouvernement colonial que celui-ci.

Du vol extérieur à la guerre pour le pillage intérieur

Vu ce que précède et les défaites internationales des États Unis, tant à l’Organisation des États Américains (OEA) qu’au Conseil de Sécurité des États Unis, il nous faut alerter sur le problème suivant : l’invasion militaire. Argumentant une prétendue « crise humanitaire » ou se fondant sur la notion discréditée de la « responsabilité de protéger », Trump veut intervenir militairement sur notre terre sacrée. Nous devons empêcher que le Venezuela devienne l’excuse pour donner à Trump la guerre qu’il cherche pour sauver sa peau comme Président. Nous ne pouvons permettre que des trafiquants de guerre assouvissent leur ambition et leur cupidité en se servant de notre peuple comme chair à canon.

Le droit international est le seul cadre pour traiter les affaires vénézuéliennes à l’extérieur.

La solution de la conjoncture que le Venezuela connaît actuellement requiert, avant toute chose, du respect des principes fondamentaux clairement établis par la Charte des Nations Unies. Il s’agit du respect de la souveraineté et de l’auto-détermination des peuples, de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États, le respect de nos institutions démocratiques et l’abstention de l’usage ou de la menace de la force. Nous ne demandons rien d’autre que ce que tout gouvernement exige et espère du reste de la communauté internationale. Comme ce n’est pas au Venezuela de décider sur les affaires intérieures d’autres États, aucun autre pays peut prétendre déterminer le futur de notre patrie et décider qui est le président de notre nation. C’est pourquoi nous apprécions la position digne prise par les pays frères des Caraïbes, ainsi que leurs efforts en faveur de la réduction des tensions et d’une solution politique à la conjoncture actuelle.

Le Gouvernement du président Nicolás Maduro, pour sa part, a manifesté et prouvé sa volonté de dialogue. Nos instruments sont la politique, le respect de la Loi, la rationalité et la diplomatie. Nous sommes conscients que des intérêts obscurs veulent nous mener à la guerre, comme Trump essaie de le faire, et à être l’objet d’une future invasion militaire, conformément aux appels lancés par les appareils de propagande des États Unis et d’Europe.

Nous sommes conscients de ces risques, encore plus depuis la désignation par Trump d’un criminel de guerre condamné dans son propre pays, Elliot Abrams, comme charge de la gestion de la situation vénézuélienne. Nous ne sacrifierons jamais notre souveraineté par des pressions, des chantages et des conspirations mises en œuvre de façon agressive par les pays qui encouragent ce plan de recolonisation.

Nous faisons un appel à défendre les règles du droit international, à réitérer la vigueur des objectifs et des principes de la Charte de l’Organisation des nations Unies, comme garante de la paix, de la sécurité et de la stabilité internationales. Il est de notre devoir d’arrêter la guerre de recolonisation. Le Venezuela est ferme et en paix et personne ne pourra l’isoler et le diviser. Nous sommes en plein processus de la seconde libération de notre Patrie.

Le 31 janvier 2019

Samuel MONCADA ACOSTA

Ambassadeur du Venezuela à l’ONUURL de cet article 34520
https://www.legrandsoir.info/la-guerre-de-recolonisation-de-trump-contre-le-venezuela.html

Volonté de dialogue et de combat

Marco Teruggi,  3 février 2019

Deux conclusions apparaissent dans le conflit vénézuélien presque deux semaines après l’auto-proclamation de Juan Guaido. La première est que la direction de la tentative de gouvernement  parallèle se trouve aux E.U., la seconde est que, pour l’instant, la force principale s’y trouve aussi. Ceux qui sont venus au Venezuela dans l’espoir de trouver les images d’un pays transformé en champ de bataille devront attendre. Ce samedi en a été une nouvelle confirmation. C’est la conclusion qui parait s’imposer à cette phase de l’attaque.

La direction : Pour savoir  ce qui se passe et  ce qui peut se passer au Venezuela, il faut regarder ceux qui prennent les décisions aux E.U. : John Bolton conseiller  en sécurité, Mike Pence vice-président, Mike Pompeo, secrétariat d’état, Elliot Abrams, envoyé spécial pour manœuvrer l’affaire du Venezuela, Steven Mnuchin, secrétariat au trésor, Marco Rubio, sénateur républicain, et Donald Trump lui-même.  S’intéresser à Juan Guaido ou à un autre dirigeant de la droite pour savoir ce qui peut arriver,  est une perte de temps.

Pence, par exemple, a prononcé un discours dans une église de Miami, vendredi dernier. Il y a affirmé qu’il est nécessaire d’éliminer les gouvernements du Venezuela, de Cuba et du Nicaragua, qu’il  s’agit d’une affaire « régionale » et que « le temps de la négociation est terminé ».

Bolton, pour sa part, s’est positionné comme chef : « Les E.U. demandent instamment à tous les militaires vénézuéliens de suivre le leadership du général Yanes et de protéger les manifestants pacifiques qui soutiennent la démocratie ». Bolton faisait référence à Francisco Yanes, général de l’aviation de la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) qui a diffusé une vidéo, samedi matin, où il a annoncé son appui à Guaido.

Le conseiller en sécurité a, lui aussi, affirmé qu’ils enverraient la dite aide humanitaire : « A la demande du président par intérim Juan Guaido et, en accord avec ses fonctionnaires, les E.U. réuniront et transporteront les médicaments de l’aide humanitaire, les accessoires chirurgicaux et les suppléments alimentaires pour le peuple vénézuélien. Il est temps que Maduro cesse de faire obstruction. Guaido, lors de la manifestation de la droite, samedi à Caracas, a déclaré : « Nous annonçons une coalition mondiale  pour l’aide humanitaire et la liberté au Venezuela. Nous avons trois points de collecte pour cette aide : le premier, c’est Cúcuta. L’autre sera au Brésil. Et le troisième sur une ile des Caraïbes. Son unique annonce a été ce que Bolton avait déjà dit. La chaine de commandements est d’une évidence qu’ils cherchent à peine à dissimuler, bien que parfois, ils soient obligés de spécifier, comme Rubio, «  que ce ne sont pas  les E.U. qui ont organisé le mouvement , mais bien le peuple vénézuélien. »

Guaido a seulement précisé un lieu concret pour l’entrée de l’aide : Cúcuta. C’est une zone frontalière caractérisée  par une forte présence du para militarisme  colombien, des mafias de contrebande –liées au para militarisme ou synonymes- où furent entraînés ceux qui ont tenté d’assassiner Nicolas Maduro en août dernier. C’est un des principaux lieux qui pourrait être activé comme foyer critique, où on pourrait provoquer des incendies, avec comme particularité, une large exposition médiatique. Ce fut de cet endroit, par exemple que Luis Almagro, secrétaire de l’Organisation des Etats Américains, a affirmé que l’option militaire contre le gouvernement de Maduro n’était pas écartée.

Il est probable que tel qu’est prévu le scénario, le centre du conflit alterne entre Caracas et ces lieux critiques. Comment pensent-ils faire rentrer l’aide ? Avec quelle logistique, force, autorisation, acteurs ? Quel type d’action accompagnerait l’entrée ? Le «  gouvernement parallèle » a besoin d’un territoire, d’une capacité à exercer le pouvoir, deux dimensions qu’il ne possède pas. La seule chose qui fait que Guaido est « président » à l’intérieur de la nation, c’est que la base sociale de la droite le nomme ainsi. Il est évident qu’il n’a pas, ni lui ni toute la droite réunie, la force pour porter plus avant une stratégie ayant ces caractéristiques.

Le gouvernement ne permettra pas que pénètrent des forces nord-américaines ou des acteurs à gages qui ouvriraient une brèche dans le territoire national .Aucun gouvernement ne permettrait qu’une force étrangère -ou ses agents- pénètre sans son autorisation.

Le jeu est fait. Les E.U. affirment qu’il n’y aura pas de dialogue, écartent des tentatives comme celle du gouvernement du Mexique et de l’Uruguay, des positions, comme celle du secrétaire général des Nations Unies, qui affirment la nécessité d’un dialogue. Quelques pays de l’Union Européenne ont créé un groupe de contact international avec le Venezuela –comprenant dix ou douze membres, pas tous européens- pour travailler la proposition de convoquer de nouvelles élections avec un délai de quatre vingt dix jours pour évaluer les résultats.

Dans ce contexte, Maduro a annoncé lors de la mobilisation de ce même samedi, où le chavisme a réalisé une nouvelle démonstration de force, qu’il lancera une consultation sur la possibilité d’élections législatives anticipées- ça devrait être en 2020- Ce serait une manière de tenter de  désactiver l’assemblée nationale avec tous les risques que cela comporte. Est-il préférable de  la laisser avancer vers une tentative de gouvernement parallèle en dehors de toute loi  avec l’objectif de réussir un coup d’état ?

Il paraît clair, en ce moment, que les E.U. vont avancer et utiliser n’importe quel argument pour renforcer leur discours comme quoi il n’y aura pas de négociation. Une grande partie de leurs messages a pour objectif de casser la volonté de lutte du chavisme et en particulier de la FANB qu’ils ont besoin de faire éclater. C’est pour cela qu’ils ont avancé un éventail de possibilités, depuis la promesse d’amnistie jusqu’aux menaces d’interventions, en passant par les messages comme celui de Yanes, des comptes ouverts sur les réseaux sociaux pour que les soldats n’obéissent pas à leurs généraux et des attaques armées.

Voila comment se termine cette autre semaine au Venezuela. Il n’y aura pas de pause. Les discours des E.U. renvoient à une offensive finale qu’ils sont en train de diriger. Le chavisme se maintient uni, mobilisé, avec une volonté de dialogue et de combat.

Con voluntad de pelea y diálogo

Trdauction FAL 33


Venezuela : Qui reconnaît qui ?

Manifestation à Caracas contre le coup d’état piloté par les États Unis

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Le 23 janvier 2019, deux manifestations secouent les rues de Caracas. Celle imposante des chavistes, celle massive de l’opposition. C’est dans la fièvre de cette dernière que, depuis l’estrade dressée place Juan Pablo II, dans le très chic « municipio » de Chacao, le député et président de l’Assemblée nationale [1] Juan Guaidó s’autoproclame « président par intérim » du Venezuela et « prête serment ». Arguments invoqués : les articles 233, 333 et 350 de la Constitution qui établissent que, en cas « d’absence absolue du chef de l’Etat », il revient au chef du pouvoir législatif d’occuper temporairement la présidence et de convoquer des élections. « Absence absolue » ? A quelques kilomètres de là, depuis le balcon du palais présidentiel de Miraflores, le chef de l’Etat constitutionnel, Nicolás Maduro, harangue la foule, au milieu des ovations.

Pour qui ne s’informerait qu’en écoutant les « matinales » de France Culture ou France Inter, représentantes officielles à Paris de la droite radicale et de l’extrême droite vénézuéliennes, on rappellera la déclaration récente de Claudio Fermín, chef de campagne du candidat de la droite civilisée, Henri Falcón, lors de la dernière élection présidentielle : « La victoire du chef de l’Etat le 20 mai 2018 constitue un fait politique et, en conséquence, Maduro est un président légitime [2]. »

Impuissant en interne, privé de tout pouvoir effectif, en l’absence de soutien de l’armée et des corps constitués – Assemblée nationale constituante (ANC), Tribunal suprême de justice (TSJ), Conseil national électoral (CNE), etc. –, le président fantoche Juan Guaidó a dans les faits été « nommé » par la Maison Blanche pour servir de pivot dans la poursuite de la déstabilisation du Venezuela. Le 22 janvier, veille de son auto-proclamation, le vice-président étatsunien Mike Pence avait diffusé ses ordres sous forme d’un message vidéo dans lequel il appelait les manifestants vénézuéliens « à faire entendre leur voix demain » et assurait, au nom de la Maison-Blanche et (supposément) du peuple américain : « Nous sommes avec vous tant que ne sera pas restaurée la démocratie. » Le 23, quelques minutes après la pseudo prestation de serment, c’est Trump en personne qui se chargea par tweet de faire savoir qu’il reconnaissait Guaido comme seul président du Venezuela.
 
Très emblématiquement, c’est depuis le Forum économique mondial de Davos, symbole de l’argent, du pouvoir et des milliardaires au cerveau plein de chiffres, que Mauricio Macri (néolibéral pur et dur), Ivan Duque et Jair Bolsonaro (extrême droite), respectivement présidents de l’Argentine, de la Colombie et du Brésil, pays chefs de file du Groupe de Lima, violemment hostile à Caracas, ont apporté leur onction à Guaidó.

En avril 2002, lors de l’éphémère coup d’Etat contre Hugo Chavez, les plus rapides à reconnaître le patron des patrons Pedro Carmona « seul président légitime » s’appelaient George W. Bush et José María Aznar. En 2019, un « trio de la honte » euro-américain a assuré la succession : Donald Trump, le « socialiste » espagnol Pedro Sánchez et Emmanuel Macron. Dès le 24 janvier dans la matinée, ce dernier a ainsi twitté : « Depuis l’élection illégitime de Nicolás Maduro en mai 2018, l’Europe soutient la restauration de la démocratie. » Avant, se croyant encore au temps des colonies, de lancer en compagnie de Sánchez un « ultimatum de huit jours » à Maduro pour qu’il organise de nouvelles élections. Faute de quoi Paris reconnaîtrait le « pronunciamiento » (rebaptisé « Juan Guaidó »).
Ne manquant pas d’humour et croquant férocement l’impudence des petits marquis européens, le président vénézuélien a en retour posé un ultimatum à Madrid en lui donnant « huit jours pour reconnaître la Catalogne », faute de quoi Caracas prendrait des sanctions.

Du XVIIe à la presque fin du XXe siècle, la souveraineté nationale a constitué le principal fondement du droit international. Le principe selon lequel « tout Etat a le droit inaliénable de choisir son système politique, économique, social et culturel sans aucune forme d’ingérence de la part de n’importe quel autre Etat » a été confirmé par divers actes juridiques, notamment la résolution du 24 octobre 1970 de l’Assemblée générale de l’ONU et l’acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) de 1975 [3]. Aux « conquistadores » à la petite semaine, il n’est pas inutile de rappeler quelques principes de ce droit international censé garantir le respect de l’article 2, paragraphe 1 de la Charte de l’ONU : « L’Organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses membres. » Il s’agit, somme toute, de protéger les plus faibles des disparités de puissance entre Etats. En rappelant, par exemple « le devoir d’un Etat de s’abstenir de favoriser, d’encourager ou d’appuyer, directement ou indirectement, les activités de rébellion ou de sécession, au sein d’autres Etats, sous quelque prétexte que ce soit, et de toute action tendant à briser l’unité ou à saper ou à compromettre l’ordre politique d’autres Etats »  ; « le devoir d’un Etat de s’abstenir d’exploiter et de déformer les questions relatives aux droits de l’Homme dans le but de s’ingérer dans les affaires intérieures des Etats, d’exercer des pressions sur des Etats ou de susciter la méfiance et le désordre à l’intérieur d’Etats ou de groupes d’Etats et entre eux [4]. » Quant au paragraphe 4 du même article 2 de la Charte fondamentale, que semblent ignorer tant Donald Trump que Luis Almagro, lesquels n’ « écartent pas l’option militaire », il interdit « la menace ou l’emploi de la force contre la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique du tout Etat ».

En tant qu’association d’Etats indépendants, l’ONU peut admettre un nouvel Etat parmi ses membres. Elle accrédite également les titulaires de la représentation de chacun des pays siégeant en son sein. Dans le cas d’un changement normal d’autorité, au terme d’une élection démocratique, par exemple, la question de l’accréditation du représentant de l’Etat concerné ne se pose pas [5]. Plus complexe se révèle la reconnaissance de l’autorité légitime d’un pays en cas de doute sur les conditions du processus démocratique, après ou pendant des troubles intérieurs, une révolution, un coup d’Etat ou l’existence d’un « gouvernement en exil » (en général autoproclamé). N’étant ni un Etat ni un gouvernement, l’ONU en tant que telle n’est pas habilitée à trancher. Elle dépend du concert des Nations. Au sein duquel certaines dominent et d’autres non. Avec de surcroît, au Conseil de sécurité, dont les décisions ont un caractère obligatoire, cinq membres permanents disposant d’un droit de veto [6].
Dès lors, en l’absence de tout critère qui puisse véritablement la fonder, la légitimation de tel ou tel acteur apparaît éminemment politique, sachant par ailleurs que l’acceptation d’un gouvernement comme représentant d’un Etat au sein d’une organisation internationale ne s’analyse pas nécessairement comme une reconnaissance collective de celui-ci [7]. Et que les tractations se déroulent à l’occasion hors des murs de l’ONU.

Le passé pré et post-ONU fourmille d’exemples faisant pencher le fléau de la balance dans un sens ou dans l’autre, au gré des circonstances et des intérêts en jeu. On mentionnera simplement ici la façon dont les Etats-Unis, après 1917, ont ignoré la révolution bolchévique, ne reconnaissant qu’un gouvernement tsariste, qui n’avait aucune maîtrise effective de son supposé territoire ; le gouvernement de la France libre, reconnu par les alliés et considéré comme un gouvernement légitime de 1940 jusqu’à la fin de la guerre ; Taïwan qui a longtemps représenté la Chine à l’ONU alors qu’il ne contrôlait qu’une île de 36 000 kilomètres carrés ; le général de Gaulle, chef d’Etat français capable de ne pas servir de carpette aux Etats-Unis, reconnaissant la République populaire de Chine le 27 janvier 1964, sept ans avant l’ONU et quatorze ans avant l’établissement de relations diplomatiques entre Washington et Pékin ; plus récemment, en 1991, le président haïtien Jean-Bertrand Aristide qui, renversé par un coup d’Etat et en exil, a continué à siéger à l’ONU à travers ses représentants, les sbires du gouvernement illégitime n’y étant pas admis.

Sous la forte domination de Washington, la mondialisation néolibérale et une forme d’hégémonie euro-atlantique ont contribué, ces dernières années, à une érosion du droit et donné lieu à des actes belliqueux d’un caractère purement discrétionnaire. Avec des résultats généralement calamiteux.
C’est ainsi au nom de « raisons humanitaires » – nourrir la population acculée à la famine – que l’opération hyper-médiatisée « Restore Hope » a été menée en 1992 par les Etats-Unis et les Casques bleus de l’ONU en Somalie. Chacun s’en souvient, faute d’une connaissance des réalités socio-économiques du pays, elle s’est terminée en 1993 par un sanglant fiasco, sans, en rien, améliorer le sort des Somaliens.

Un quart de siècle plus tard, le même type de prétexte – « l’aide humanitaire » – revient pour justifier ce qui n’est en fait qu’une cynique provocation. Asphyxiant le Venezuela par une sournoise « guerre économique » et d’astronomiques sanctions financières, les Etats-Unis et leurs supplétifs annoncent la livraison de cette « aide » de l’USAID à Guaido et son « gouvernement de transition ». D’ores et déjà, avec l’accord du président Duque, la ville de Cúcuta, sur la frontière colombienne, a été choisie comme principale porte d’entrée d’un supposé « corridor humanitaire » destiné à faire entrer au Venezuela un important stock d’aliments et de médicaments (à l’heure où nous écrivons, la présence du socialo-sarkozo-macroniste Bernard Kouchner, avec son sac de riz sur l’épaule, n’a pas encore été confirmée [8]).
Cúcuta est un lieu particulièrement symbolique. Dans une région colombienne hautement pénétrée par le paramilitarisme, cette ville est le centre de la « contrebande » hautement organisée qui participe de la « guerre économique » imposée au Venezuela. Le gouvernement « bolivarien » refusant de laisser se développer ce « show » monté avec la complicité de la Colombie (mais aussi du Brésil et d’une île de la Caraïbe encore non précisée), la tentative de faire entrer cette « assistance humanitaire » dans le pays pour la remettre à un pseudo gouvernement « de transition » va se révéler hautement problématique et pourrait déboucher sur de sérieux incidents – objectif à l’évidence recherché.
 
Emmanuel Macron n’a rien d’un précurseur. Créé le 27 février 2011 en Libye afin de coordonner la rébellion contre le régime de Mouammar Kadhafi, le Conseil national de transition (CNT) a été d’emblée reconnu par de nombreux Etats. La France de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Bernard Henri Lévy a été le premier d’entre eux à recevoir des représentants du CNT. Les Nations unies ont finalement gelé les fonds et les avoirs financiers appartenant à / ou contrôlés par la famille Kadhafi, l’objectif étant à terme de permettre « au peuple libyen » de récupérer ces biens – peuple qui les attend encore, son pays ayant été imprudemment ou cyniquement détruit, livré à la rapine et au chaos. Perspective qu’on ne peut nullement écarter s’agissant du Venezuela où une guerre civile menace si d’aventure Maduro venait à être renversé par l’actuelle tentative de coup d’Etat. Ce qui, bien entendu, n’a rien de certain, le chavisme faisant preuve de belles capacités de résistance. Mais que chacun en soit conscient : outre le Venezuela, une telle catastrophe affecterait fortement la Colombie voisine, où les « accords de paix » battent de l’aile, sabotés par l’extrême droite et ce qu’on appellera pour aller vite « l’oligarchie ». Les conditions sont réunies pour une extension du conflit.

En droit international, l’usage a consacré les « sanctions » comme terme générique pour qualifier les contre-mesures légitimes prises par le reste du monde à l’encontre d’un Etat qui ne respecte pas ses obligations internationales. S’agissant de celles, financières, unilatéralement imposées par Washington à Caracas, qui ne semblent poser aucun problème à l’Union européenne (pourtant elle même parfois affectée par les lois extraterritoriales américaines), elles ne sont nullement sanctifiées par les Nations unies [9]. Bien au contraire. « Je suis particulièrement préoccupé d’entendre des informations selon lesquelles ces sanctions visent à changer le gouvernement vénézuélien », a déclaré le 31 janvier le Rapporteur spécial de l’ONU Idriss Jazairy, avant de préciser : « L’utilisation de sanctions de la part de pouvoirs extérieurs pour renverser un gouvernement élu est en violation de toutes les normes du droit international. » Le 17 septembre 2018, plus avisé que son compatriote et successeur, le « José María Aznar de gauche » Pedro Sánchez, l’ex-président du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, fort de son expérience de médiateur entre le gouvernement bolivarien et son opposition, avait lié « l’intensification des flux migratoires [de Vénézuéliens] aux sanctions économiques imposées par les Etats-Unis ».

Transition encore… Soucieux de faire aussi mal que celui de Nicolas Sarkozy avec la Libye, le gouvernement de François Hollande, sans craindre « d’ajouter la guerre à la guerre » (pour reprendre une expression de François Mitterrand [10]), a été le premier, le 23 novembre 2011, à reconnaître comme « interlocuteur légitime » le Conseil national syrien, qui ne représentait qu’une infime partie de l’opposition, avant même les Etats-Unis (6 décembre) et le Royaume-Uni (24 février 2012). Deux jours après l’apparition de la Coalition nationale syrienne, le 11 novembre 2012, François Hollande déclarera : « La France reconnaît la Coalition nationale syrienne comme la seule représentante du peuple syrien et donc comme le futur gouvernement provisoire de la Syrie démocratique, permettant d’en terminer avec le régime de Bachar Al-Assad. » Huit années après le déclenchement de la tragédie, on peut a minima s’interroger sur l’opportunité d’une telle prise de position qui n’a en rien fait avancer la cause de la paix et a totalement marginalisé la diplomatie française dans la région.

Mélange bâtard de ses deux prédécesseurs, le président Macron figure donc en première ligne de cette « communauté internationale » qui, à en croire la sphère médiatique, a reconnu la légitimité de Juan Guaido et de son « gouvernement de transition ». Information ou manipulation ?
Côté pro-coup d’Etat, Washington et ses supplétifs. Le Groupe de Lima (13 pays latinos conservateurs plus le Canada). Le 4 février, depuis Ottawa, celui-ci s’est prononcé « pour un changement de régime sans usage de la force » en appelant… l’armée vénézuélienne « à se ranger derrière Juan Guaido ». Message subliminal : « On cherche un Pinochet sympa. » Et respectueux des nouvelles normes en matière de coup d’Etat.
 Traditionnellement, un « golpe » est défini comme la prise illégale et brutale du pouvoir par l’armée ou par une autorité politique bénéficiant de son soutien. Si le pire devait survenir au Venezuela en la figure d’un quarteron de généraux félons, qu’on n’imagine pas un scénario à la chilienne. L’opération porterait le tampon « méthode Honduras ».

Dans ce pays, en juin 2009, ce sont le Parlement, la Cour suprême de justice et, dans l’ombre, Washington, qui se trouvent à la manœuvre pour renverser le président constitutionnel – mais de gauche – Manuel Zelaya. L’astuce (sur ordre impératif du gouvernement américain) : le 28 juin, c’est un commando militaire qui arrête et séquestre le chef de l’Etat, l’expédie à l’étranger et réprime violemment ses partisans. Toutefois, l’exécuteur des basses œuvres, le général Romeo Vásquez, remet immédiatement le pouvoir au président du Congrès. Une manœuvre parfaite : « soumis au pouvoir civil », qui lui a demandé d’agir pour défendre la Constitution, les militaires servent d’instrument à une « succession présidentielle ». Bientôt, le régime putschiste de Roberto Micheletti se verra rebaptisé « gouvernement de transition » [11]. Anesthésiée par la présence omniprésente des « costume cravate », l’opinion internationale n’y verra que du feu.

Le Groupe de Lima, donc [12]. Les boutefeux européens : l’Allemagne, l’Espagne, la France, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, bientôt rejoints par l‘Autriche, qui envoient un l’ahurissant ultimatum de huit jours au chef de l’Etat constitutionnel, lui enjoignant de convoquer une nouvelle élection présidentielle, puis reconnaissent le « fils de Trump » (en espagnol : «  HijueTrumpa »). Comme l’a fait le 31 janvier – 430 « pour », 104 « contre » et 88 abstentions – le Parlement européen. Une résolution non contraignante, mais donnant le sens du vent mauvais.

Derniers appuis au « dictateur », soutiennent devant micros et caméras les disciples du faux-semblant, la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran, la Turquie et Cuba. Une liste qui, puant les « pays parias » à plein nez, est censée mettre un terme à tout débat. Sauf que le monde entier n’est pas obligé de croire ce genre de demi-vérité. Car, à l’examen, même l’Europe se divise. « Aussi incroyable que cela paraisse, s’étrangle L’Express (6 février), il y a au cœur de l’UE des gouvernements qui ne parviennent toujours pas à déclarer ouvertement que Nicolas Maduro, le maître de la clique de Caracas, s’est rendu illégitime (…).  » Interdisant une position commune, la Grèce et l’Italie, ou la Roumanie refusent de suivre le troupeau ; seules dix-neuf nations de l’UE sur vingt-huit reconnaissent Guaido.

Pire encore au sein de l’Organisation des Etats américains ! Humiliant son secrétaire général Almagro et le chef de la « diplomatie » américaine (et ex-patron de la CIA) Mike Pompeo, la résolution destinée à adouber le pseudo-président, lors du Conseil permanent réuni le 24 janvier, n’a recueilli que 16 voix sur 34 – c’est-à-dire, pour qui sait compter, une minorité. Par la voix de leur représentant, le premier ministre de San Cristóbal et Nieves, Timothy Harris, les pays de la Communauté des Caraïbes (Caricom) ont vertement exprimé leur « désapprobation et leur grave préoccupation » face aux scandaleux agissements d’Almagro. Tandis que le « nouvel ambassadeur vénézuélien » nommé par l’Assemblée nationale, Gustavo Tarre Briceño, n’était pas autorisé à participer à la session, le Mexique (ex-membre du Groupe de Lima, abandonné depuis l’élection d’Andrés Manuel López Obrador) a enjoint le secrétaire général de vérifier « le statut juridique » de Guaidó. Puis, en compagnie de l‘Uruguay, s’est proposé comme médiateur pour de possibles discussions. Que Maduro a acceptées.

Pour les apprentis sorciers, le coup de grâce provient finalement de l’ONU. Le 26 janvier, au cours de la réunion extraordinaire du Conseil de sécurité, convoquée à la demande du secrétaire d’Etat Mike Pompeo pour essayer d’obtenir la reconnaissance du « gouvernement fantoche », dix-neuf des vingt-cinq pays de tous les continents qui participent au débat se prononcent pour la non ingérence dans les affaires intérieures du Venezuela. Au nom de l’Union africaine, continent qui s’y connaît en matière d’arrogance coloniale, le vice-président Thomas Kwesi Quartey, envoie un message de solidarité au président Maduro.

Certes, Guaido poursuit son « show » en faisant nommer, par l’Assemblée nationale, de nouveaux « ambassadeurs » au Brésil, au Paraguay, au Guatemala, en Argentine, aux Etats-Unis, etc… Que vont faire les nouveaux duettistes Pedro Sánchez et Emmanuel Macron, pour ne citer qu’eux ? Dans leurs capitales respectives, ils ne peuvent autoriser quiconque à utiliser les locaux de l’ambassade vénézuélienne, compte tenu de l’inviolabilité rappelée à l’article 22 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Cela ne leur interdit pas de déclarer les ambassadeurs du gouvernement qu’ils contestent persona non grata et de les obliger à quitter le territoire. Mais, dans ce cas, comment pourront-ils prétendre à un rôle d’interlocuteur dans le Groupe de contact européen [13] – censé, avec son homologue latino-américain, et à l’initiative du Mexique et de l’Uruguay (qui n’ont pas reconnu Guaidó), aider le Venezuela à trouver une sortie négociée – ce qui implique de parler avec les représentants du président Maduro ? Joli casse-tête pour le brillant (Jean-Yves) Le Drian.

Pour qui demeure attaché au droit international, censé faire sortir l’Humanité de la barbarie, le bon côté de la légitimité saute aux yeux : le 31 janvier, en réponse à une requête de Guaidó, Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a confirmé que les Etats de l’Assemblée générale des Nations unies et du Conseil de sécurité reconnaissent Nicolás Maduro comme président constitutionnel et légitime du Venezuela. Il s’est également félicité de l’initiative du Mexique et de l’Uruguay, organisateurs d’une réunion internationale dans le but de lancer un dialogue politique. Toutefois, vraisemblablement conscient de l’hypocrisie et de la duplicité de certains des participants, le secrétaire général Guterres a fait savoir que son secrétariat ne participera à aucune réunion de groupes qui se forment pour discuter de la crise vénézuélienne, afin de « garder sa crédibilité ».

De son côté, et alors que l’opération « corridor humanitaire » va démarrer sous l’œil des essaims de caméras, à la demande du « président par intérim », le directeur des opérations du Comité international de la Croix Rouge (CICR), Dominik Stillhart, a informé que tout acheminement d’aide au Venezuela ne sera(it) possible qu’avec « le consentement du gouvernement du président Nicolás Maduro ». Cheffe de la délégation du CICR pour les Etats-Unis et le Canada, Alexandra Boivin a même été plus loin en avertissant Washington « des risques qu’implique sa décision d’envoyer de l’aide au Venezuela sans autorisation du gouvernement ».

Trump et ses petits soldats peuvent bien monopoliser les « unes » des ex-journaux d’information, les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les 197 Etats actuellement reconnus par l’Organisation des Nations unies, seuls 34 ont reconnu Juan Guaido [14].« Le [supposé] défaut de légitimité [de Maduro] n’est jamais qu’un prétexte d’apparence juridique invoqué pour justifier un refus de reconnaissance inspiré par des considérations purement politiques [15].  » Même avec l’onction de l’impérialisme et du sous-impérialisme, une tentative de coup d’Etat demeure une tentative de coup d’Etat. Aux pages les plus honteuses de l’Histoire de France – la reconnaissance du régime franquiste en 1939 ou le maintien des relations diplomatiques avec le Chili, après le coup d’Etat du général Augusto Pinochet (1973) – , il conviendra désormais de rajouter un chapitre : Emmanuel Macron et le Venezuela.

Illustration  : ATTENTION : CECI N’EST PAS UNE « FAKE NEWS » – Manifestation d’appui au président Nicolas Maduro, le 2 février, à Caracas (malheureusement trop discrète pour être remarquée par les médias).


[1] Depuis janvier 2016, l’Assemblée nationale, dominée par l’opposition, se trouve dans l’illégalité (« desacato ») pour avoir fait prêter serment à trois députés élus dans des conditions irrégulières.

[2]  Globovisión, Caracas, 15 janvier 2019.

[3] Olivia Danic, « L’évolution de la pratique française en matière de reconnaissance de gouvernement », Annuaire français de droit international, CNRS Editions, Paris, 2013.

[4] « Déclaration sur l’inadmissibilité de l’intervention et de l’ingérence dans les affaires intérieures des Etats », résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies 36/103 du 9 décembre 1981.

[5] A chaque session, l’Assemblée générale examine les pouvoirs de tous les représentants des Etats membres participants.

[6] France, Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni et Chine.

[7] Résolution 396 (V) du 14 décembre 1950 de l’Assemblée générale des Nations unies.

[8] Le 5 décembre 1992, accompagné d’un fort contingent de journalistes pour immortaliser son courage et son abnégation, Kouchner, alors ministre de la Santé et de l’Action humanitaire du gouvernement Bérégovoy (socialiste), débarqua, un sac de riz sur l’épaule, sur une plage, au nord de Mogadiscio.

[9] Pour saisir l’ampleur dévastatrice de ces sanctions, on en consultera la liste détaillée et actualisée sur le blog de Romain Migus, « Venezuela en vivo » : https://www.romainmigus.info/2019/01/chronologie-des-sanctions-economiques.html

[10] Le 28 juin 1992, lors d’une visite éclair à Sarajevo, pendant le conflit en ex-Yougoslavie, Mitterrand, pressé par les inévitables Bernard-Henri Levy et Bernard Kouchner, rejeta toute action militaire contre la Serbie.

[11] Lire Maurice Lemoine, Les enfants cachés du général Pinochet. Précis de coups d’Etats modernes et autres tentatives de déstabilisation, Don Quichotte, Paris, 2015.

[12] La chaîne d’information panaméricaine Telesur s’est vue interdire de couvrir sa dernière réunion à Ottawa (si quelqu’un croise Reporters sans frontières, prière de bien vouloir l’en informer).

[13] Allemagne, Espagne, France, Italie, Portugal, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède.

[14] 16 en Amérique (sur 35) ; 15 en Europe (sur 50) ; 1 au Proche-Orient (sur 16) ; 1 en Afrique (sur 54) ; 1 en Océanie (sur 15).

[15] J. Touscoz, Le principe d’effectivité dans l’ordre international, LGDJ, Paris, 1964.

Nicolas Maduro, le candidat du chavisme

Manifestations Caracas – 27 février 2018

Février a une qualité historique particulière, essentiellement vénézuélienne: c’est le mois où l’année politique est définie.

C’est le cas depuis 1989, lorsque, dans la matinée du 27 février, le soulèvement de la population de Caracas, poussé par les manifestants de la municipalité de Guarenas dans L’État de Miranda, a inversé la trajectoire de trois décennies en quelques instants.

Le cours de l’histoire récente s’est chargé, plus d’une fois, de souligner cette continuité et surtout, l’héritage – avec ses dignes efforts – d’avoir brisé le projet néolibéral de «fin de l’histoire» sur le sol local ; le déclencheur qui a donné raison d’être au Chavisme en tant que force politique. C’est cette audace qu’aujourd’hui encore on continue de nous faire payer.

Les pires années du processus sont sans aucun doute celles qui ont le mois de février comme point de départ pour les guarimbas et les insurrections armées. Pour exemple : c’est toujours en février que se situe le cœur de l’attaque brutale contre le pays lors des tentatives de coup d’État de 2014 et 2017.

Et ceci n’est pas un détail des moindres : d’après  le dur labeur des majordomes de la guerre contre le Venezuela, qui ont consacré la dernière étape de leur vie à organiser une intervention militaire, aujourd’hui le chavisme ne devrait être qu’un lointain souvenir qui ne devrait se répéter nulle part sur la planète.

Les rêves de Julio Borges ne trouvent toujours pas de piste d’atterrissage. Et ça, c’est bien entièrement à Nicolas Maduro que nous le devons.

Une guerre fratricide sans retour apparent était ce que prévoyaient ceux qui ont investi des milliers de dollars pour nous écraser.

Mais rien de cela ne s’est produit et ce février, la cerise sur le gâteau, c’est nous qui avons l’avantage.

Contre tout présage apocalyptique, le chavisme reprend les rues pour soutenir la candidature de Nicolas Maduro, comme il l’avait fait il y a quatre ans, la gorge nouée par  le décès de Chávez.

Et pour rester sur la tonalité sentimentale : nous continuons de surfer avec intelligence sur la vague de mort et d’extermination que traverse aujourd’hui la planète entière. C’est là que là que Nicolas continue de donner des leçons, à l’échelle régionale et mondiale, sur la manière dont il gouverne avec l’opposition frontale de l’oligarchie mondiale.

Depuis l’instant déterminant où Chavez nous a donné l’ordre, tout s’est enchaîné et c’est bien la détermination de revenir à nos clés historiques qui est le garde fou qui continue aujourd’hui encore d’empêcher qu’on  nous donne l’estocade finale. C’est dans les paroles de Chávez cette nuit fatidique que nous nous retrouvons et que nous regardons dans les yeux.

Le poids de l’élite financière mondiale sur nos épaules n’a pas encore atteint les sourires et la joie du peuple, dans tout cet amalgame de vitalité qui définit le chavisme par excellence.

Nous pouvons définir le présent comme extrêmement dur et difficile, il ne peut en être autrement si nous regardons dans le rétroviseur l’accumulation de jeux dangereux que l’adversaire a commencé à jouer depuis le premier jour de la présidence de Nicolas.

Et voici le meilleur de l’histoire : c’est sur ce sol que nous foulons que s’est produite la première fissure du système capitaliste mondial et de son projet de «fin de l’histoire», terminons le travail, pour l’avenir de nos enfants et de no petits-enfants. Aujourd’hui, en ce moment précis de l’histoire, nous sommes sûrs d’une chose : Maduro ne reculera pas d’un seul millimètre.

27 Février 2018

Les photos pour Misión Verdad sont de Rosana Silva.

Traduction FAL 33

http://misionverdad.com/galerias/nicolas-maduro-el-candidato-del-chavismo

Un calme tendu

Marco Teruggi

Nous vivons un calme tendu au Venezuela. Les rues de Caracas sont d’une normalité qui ne correspond pas à l’image construite à l’étranger ni à la radicalité des annonces faites ces derniers jours.  Les quartiers ne sont pas en feu, et il n’y a pas deux gouvernements : un président autoproclamé sans territoire ni capacité à exercer le pouvoir ne peut avoir d’incidence que sur les réseaux sociaux, les salons diplomatiques et les notes d’opinion de ceux qui soutiennent Juan Guaidó.

Le week-end a  ressemblé à un réaménagement des positions, à une maturation de variables internationales, à un gain de temps dans le cadre national. La droite a organisé des assemblées samedi et a lancé dimanche son appel aux Forces armées nationales bolivariennes (FANB) – l’opposition a enlevé le mot Bolivariennes – pour promulguer la soi-disant  Loi d’Amnistie et Garanties Constitutionnelles pour Militaires et Civils.  La loi a été approuvée par l’Assemblée nationale déclarée illégale par la Cour suprême de justice, mais la légalité n’est pas le problème, aujourd’hui, lorsqu’il s’agit d’une tentative de coup d’État.

Cette loi se compose de deux volets: pardonner à ceux qui ont commis les actes de violence de 1999 à ce jour,  et donner le feu vert à ceux qui les commettraient désormais. La droite se proclame présidente et s’accorde de futurs auto-pardons.

L’objectif central est les FANB, axe autour duquel s’articulent les principales spéculations. Comment l’inclure dans le plan en cours, c’est-à-dire comment faire en sorte qu’un secteur dirige l’action par  la force. Les relations de la droite avec les FANB ont été  contradictoires: d’un côté, elle l’a dénigrée publiquement, attaquée  avec des flacons d’excréments dans la rue et des armes de guerre dans les casernes – en 2017 – mais, en même temps , elle a été appelée  à suivre les différents plans de non-reconnaissance de Nicolás Maduro. La droite sait qu’elle a  besoin de la Fanb d’abord pour gagner l’épreuve de force et ensuite  pour maintenir l’ordre futur qu’elle  essaierait d’imposer.

Pendant que la droite gagnait du temps, l’affaire continuait son développement au niveau international. Les menaces ont continué à se multiplier, comme l’a suggéré John Bolton, conseiller américain à la sécurité nationale, qui a déclaré: «Toute violence et toute intimidation dirigées contre le personnel diplomatique américain, le dirigeant démocratique du Venezuela ou l’Assemblée nationale constitueraient une agression grave contre la légalité et seraient  suivie d’une réponse significative «.

Les États-Unis ont également reconnu un représentant diplomatique du gouvernement virtuel parallèle, Carlos Vecchio, en fuite et recherché par la justice vénézuélienne, dirigeant de Voluntad Popular, le parti auquel appartient Guaidó. Voluntad Popular est la force la plus liée aux groupes armés / paramilitaires du pays, et Vecchio est proche d’un membre de son parti  impliqué dans le démembrement d’une femme en 2015.

Parallèlement, Benjamin Netanyahu a annoncé que le gouvernement israélien reconnaîtra  Guaidó. Le bloc dirigé par les États-Unis a fini par réunir toutes ses composantes: France, Allemagne, Espagne, Grande-Bretagne, Israël, Canada, Groupe de Lima sauf le Mexique. Pour ce qui est des pays de l’Union européenne, ils ont affirmé que s’il n’y avait pas d’élections dans huit jours – qui sont maintenant sept – ils reconnaîtront Guaidó.

«Personne ne peut nous donner un ultimatum. Si quelqu’un veut quitter le Venezuela, laissez-le partir «, a déclaré Maduro au cours d’une journée marquée par les exercices militaires de la  Fanb dans différentes régions du pays (voir annexe). Il n’y aura pas d’élections.

Les différentes pièces semblent positionnées sur l’échiquier. On attend les prochaines étapes qui seront franchies  en fonction d’un plan qui ne précise pas comment il fera ce qu’il annonce. Ce que Guaidó résume en trois phases: «cessation de l’usurpation, gouvernement de transition, élections libres», et refuse  tout dialogue – bien qu’il ait existé et a été même reconnu à force de preuves présentées par le gouvernement. Comment se matérialise la cessation de l’usurpation? Sans cela, il est difficile d’imaginer un véritable gouvernement de transition et un appel à des élections. Tout est 2.0 jusqu’à présent.

Par ailleurs, il est nécessaire d’attendre les bilans établis par les États-Unis après l’assemblée de l’Organisation des États américains et le Conseil de sécurité des Nations Unies. Savaient-ils qu’ils n’obtiendraient  pas la majorité nécessaire? Sont-ils prêts à franchir les prochaines étapes sans avoir cet accord? On le verra dans les faits.

La stratégie vis-à-vis du Venezuela ne semble pas faire l’unanimité au sein des forces démocratiques et républicaines. Guaidó est présenté dans plusieurs médias comme «chef de l’opposition» et non pas comme on le  lui avait dit : «président par intérim». En plus, ce président  virtuel est également  tourné en ridicule dans les réseaux sociaux comme #GuaidoChalenge. Guaidó, cadre secondaire de la droite, aurait été mis dans ce rôle car il peut être sacrifié stratégiquement? On le verra également dans l’évolution des événements.

La fin de semaine s’est terminée avec plus de questions que de certitudes. Pendant ce temps, le Venezuela a continué avec une normalité ébranlée en profondeur, des prises de parole du président Maduro devant les jeunes et devant la Fanb, des mobilisations du Chavismo dans diverses régions du pays. Qu’est-ce qui se cache derrière ce calme tendu?

Publié par : https://hastaelnocau.wordpress.com/

Traduction : FAL 33